Wednesday, May 19, 2021
izmasc.jpgPetite présentation de l'ancien squat Izmir en général et de la Z.I.L. en particulier. Article mis en ligne courant 2005, augmenté en 2006 et 2007 avec la destruction du squat et l'ouverture d'un autre, avenue de Rochetaillée, et dont les jours se sont achevés courant 2008.

 

Nous avons évoqué quelquefois le squat Izmir par le biais de notre forum. Il s'agissait en fait, tout simplement, de mettre en ligne, afin de les relayer, les communiqués du collectif. En particulier ceux concernant ses démêlés avec la Municipalité et l'existence de sa " Zone d'Information Libre ". En revanche, aucun des 2 membres + 1 intermittent du collectif virtuel Forez Info n'était jusqu'alors entré dans Izmir. Pas le temps, pas spécialement l'envie et puis la Turquie c'est vraiment loin.
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Le squat Izmir qui accueille la Z.I.L. tous les mercredis de 17h à  20h. D'après un communiqué du collectif, il y aurait à  Sainté près de 10 000 logements inoccupés, abandonnés ou laissés libres par des propriétaires (pour spéculer ?). Fabien préfère ne pas citer de chiffres " mais y' en a un paquet, y'a qu'à  voir la rue Roger Salengro".
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Votre humble serviteur s'est finalement dévoué, pensant que certains lecteurs du site, à  partir de ce petit article, pourraient avoir envie d'aller y faire un tour et peut-être s'impliquer dans la vie du collectif. Nous avons surtout pensé que le squat le méritait car à  sa manière 'qui ne peut ni ne doit plaire à  tout le monde- il fait bouger Sainté, propose des services, s'engage.
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La Z.I.L est gratuite. Elle met à  disposition un espace informatique axé sur Linux et les logiciels libres: accès internet et ateliers sur la création de pages web, graphisme, cryptage d'e-mails, matos informatiques divers... Un autre objectif de la Z.I.L c'est l'échange des savoirs: apprendre à  faire pousser du basilic, à  jouer du xylophone...
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Infokiosque et bar; le premier propose des revues, des fanzines, des brochures... La plupart sont gratuits, consultables sur place ou à emporter. Le second propose entre autres du " café zapatiste-solidaire "Bon bien sûr la " littérature " proposée est assez sélective, vous n'y trouverez pas Rivarol ou L'Action française. Quelques titres: Alternative libertaire, Résistons !, Clone zine, La claque, Colère (collectif anarchiste stéphanois), Combat syndicaliste, etc.

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Le squat se trouve au 3, rue de la Sablière, à  Beaubrun en montant un peu sur la colline des Pères entre la CAF et la Comédie. C'est Fabien qui m'accueille à  bras ouverts, empressé et visiblement très ému de ma visite. Après lui avoir dit que "non c'est rien, c'est normal, nous on est comme ça", on commence l'interview, un peu décousue. Fabien fait partie du collectif depuis trois ans. Le bâtiment par contre est occupé depuis le 4 novembre 2000 (un vieux tract indique le 31 octobre, voilà  qui fera débat chez les historiens futurs) " sans droit ni titre " autrement dit squatté. A l'origine se trouvait ici, notamment, un restaurant turc. Laissé à  l'abandon par son propriétaire (la mairie), c'est donc le collectif 8 qui s'investit à  sa manière pour en faire un "espace de vie autonome et communautaire, où créativité et jovialité feraient partie de notre quotidien".
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Le collectif 8, c'est le collectif Izmir actuel. Quand il a fallu se présenter aux flics au début de l'aventure, c'est le nom " bidon-nous sommes organisés " qui fut donné par le groupe de potes. Le collectif qui n'est pas déclaré assos loi 1901 est le seul squat d'activité de Sainté. Autrement dit, il y a d'autres squats sur Sainté mais Izmir est le seul à  s'engager dans une démarche collective et structurée, le seul à  proposer des activités. N'étant pas très au courant, j'ai demandé à  Fabien et Pack ce qu'il en est de la situation lyonnaise. Deux noms : la Friche et la Boulangerie, ce dernier semblant être un autre type de squat, genre " artiste subventionné ". Concernant Izmir, le collectif stéphanois n'a aucune relation avec les services municipaux oeuvrant en particulier dans le domaine culturel. " Nous n'avons jamais cherché à  établir de contacts pour une éventuelle association avec la mairie, et celle-ci n'a jamais cherché à  nous contacter à  ce sujet non plus. " Car la démarche du collectif est foncièrement indépendante comme le proclame cet autre tract : " Nous préférons prendre nos vies en main, nous auto-organiser collectivement, réaliser nos projets nous-mêmes." Autrement-dit le squat n'a pas envie de s'embringuer dans "l' exception française" des lourdeurs administratives et des règles bureaucrates sclérosées.
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Izmir tiendra sans doute un stand à  la bourse du travail lors du "salon de l'autre livre" organisé par la CNT.
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Chaque dernier samedi de chaque mois, le collectif vous invite à  participer à  une "Critical Mass" vélorutionnaire. RDV à  14h 00 place de la Liberté (Centre II) pour un joyeux merdier à  vélo, trottinette, patin à  roulettes...
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Sur les lieux mêmes, rue de la Sablière, le nombre d'habitants évolue. Actuellement ils sont cinq à  vivre dans la maison. La question qui se pose depuis déjà  pas mal de temps est de savoir s'ils seront " vidés " un de ces quatre. Ils ont reçu du tribunal un délai de deux mois, après c'est la " trêve hivernale " qui devrait leur permettre de tenir encore. Mais ensuite ? Fort Alamo ? Non, plus facile à  dire qu'à  faire. Et ensuite encore ? Et bien d'après Fabien, la mairie a pour projet de construire dans le coin des maisons individuelles, un parking, des espaces verts. On ne sait pas trop précisément. Le squat dénonce : " On peut prendre l'exemple de la Croix-Rousse à  Lyon, vieux quartier populaire, qui s'est transformé en quartier sordide de bobos (bourgeois-bohèmes, hippies-intégrés) à  coup de rénovations. Pour nous, la fin d'Izmir rime avec la disparition de la vie de quartier : lien entre voisins, entraide, convivialité, échanges..."
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La ZIL c'est aussi l'atelier vélo. Si vous aimez bricoler les bicyclettes avec ou sans selle, le squat vous accueillera volontiers. Izmir est aussi prêt à  entendre toutes les suggestions et propositions.
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En attendant Izmir n'a pas l'intention d'abdiquer et ne relâche pas la pression. Il prévoit " d'investir " l'espace publique le 5 novembre pour présenter aux Stéphanois tout ce qu'il a fait depuis ses débuts : la Z.I.L. et tout ce qui va avec, la friperie*, les " Critical Mass ", les diverses participations au festival des résistances, les collaborations avec tous les autres collectifs stéphanois (dont " La France pue "**) les concerts etc.
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Epilogue:
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Le 26 juillet 2006, les habitants d'Izmir ont été expulsés. Communiqué du collectif à  ce propos:

" Pour la ville de Saint-Etienne et tous les "urbanistes bourgeois", c'est la poursuite normale des opérations urbaines, dont le but est d'embourgeoiser les quartiers environnant le centre ville, entraînant la disparition de quartiers populaires tels que Beaubrun. Mais pour beaucoup de gens, c'est la fin d'un projet riche, intense (parfois), qui a pu créer plein de rencontres, de moments de joie, de colère aussi, de débats enrichissants ou stériles, qui était une source d'informations peu disponibles ailleurs, et qui participait au maintien d'une "culture alternative" sur Saint-Etienne.
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Quelques détails sur l'expulsion (rapides, car ce n'est pas le plus important) : Les CRS, policiers, huissiers, RG, maçons, déménageurs et autres sont arrivés à  6 heures du matin. Les CRS ont commencé à  essayer de défoncer notre porte d'entrée. Toutes les rues alentours étaient bloquées ou filtrées. Peu après, les CRS ont réussi à  entrer dans le bâtiment (pour celles et ceux qui connaissent le lieu : en défonçant la porte de la salle d'activité, puis en cassant le mur qui sépare cette salle du couloir d'entrée). Ils ont contrôlé notre identité, puis nous ont laissés déménager les affaires que nous voulions garder. Des ouvriers ont ensuite détruit le toit et barricadé la maison, pour qu'elle ne soit plus réoccupable. Izmir est mort, mais la tête de mort de la maison pirate continue à  hanter la ville..."
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Ci-git Izmir (janvier 2007)
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Un squat s'éteint, un autre s'éveille
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« Depuis fin octobre, nous occupons des maisons et une usine (laissés vides par un projet de spéculation immobilière) dans le quartier la Rivière-Bellevue. Nous y vivons et proposons diverses activités. Nous sommes déjà  en procès : les propriétaires aimeraient nous voir dégager au plus vite. En attendant la suite ...

... Venez lire, emprunter ou embarquer des livres, des journaux et des brochures dans l'infokiosque-bibliothèque; venez vous poser, boire un thé, bavarder... apportez le goûter ; (re)découvrez les joies de la machine à  coudre et confectionnez-vous un costume de pirate ou une mini-jupe rose à  pois verts avec l'atelier couture ; venez faire de la Danse-contact-improvisation; venez vous choisir une casquette orange dans la friperie- Zone de gratuité, et/ou y déposer des escarpins ou votre téléviseur ; choisissez un disque de rock'n roll, punk, hip hop... dans la distro "NRV-La France pue" ; venez réparer votre vélo ou en fabriquer un avec l'atelier vélo Biclou.
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Tout cela au 49, avenue de Rochetaillée à  Saint-Etienne.

Horaires et jours :
* Portes ouvertes : Zone de gratuité, Infokiosque-Bibliothèque, Distro, les mercredi, jeudi et vendredi de 16h à  19h.
* Atelier couture les mercredi après-midi.
* Danse-contact-improvisation, un lundi sur deux à  15h.
* Atelier vélo "Biclou" : à  préciser...

... à  bientôt... »
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* A propos de la friperie : elle était 100% gratuite. Ce n'était pas du troc ni de l'humanitaire. Personne n'étant obligé d'apporter pour prendre.
** Oui mais quand tu seras mort, elle sentira peut-être moins fort.
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Pour finir une annexe archéologique :
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" Ainsi Squattent-Ils "
 
" Te souviens-tu encore
D'la commune des couronnes
Où flottait le drapeau noir
Au milieu du boulevard
C'était autour du feu
Qu'on se sentait heureux
On faisait des méchouis
Un peu toutes les nuits
 
Te souviens-tu encore
de ces concerts sauvages
De la rue des vilains
Ils sont fous ces romains !
On ce couchait à  l'aube
Et on se levait le soir
On décorait nos piaules
Et on chantait victoire !
 
Te souviens-tu encore
De c'p'tit bar squatté
On avait pas eu tort
De l'appeler "mal-famé"
Et quand un car passait
Tout le monde s'mettait
Les keufs n'était pas nets
Sous une pluie de canettes !
 
Quelque part dans la Gaule
Un p'tit squat résiste
On y boit de la gnôle
Son promoteur tourix
Maintenant qu'il n'y plus rien
On ne regrette rien
Car il poussera demain
Des squats comme des petits pains!
 
Pour tous les mal-logés
Il y a un comité
Et même dans ton quartier
Il y a de quoi squatter
Il y a un comité
Qui défend le quartier
Du promoteur sans coeur
 
Ainsi squattent-ils
Sans droit ni titre
Ainsi squattent
Sans toi ni loi
Ainsi squattent-ils
Souvent fauchés
Ainsi squattent
Toujours marteaux ! "

Les Bérus
Il y a déjà  pas mal de temps mais... même pas morts !