Ce n'est pas pour entendre le cri de la fée et assister à  son décollage que nous avons pris la route du château Sainte-Anne. Mais pour admirer la kermesse des aigles, vautours et milans de la Volerie du Forez.


Depuis 1988, sous la conduite de Pierre et Claudine Degaret, le château de Marcilly-le-Châtel est le fief des rapaces. Ses murailles noires qui dominent la plaine, relevées au XIXe par le fantaisiste Hippolyte de Sauzéa, constituent un décor idéal pour les voltiges des oiseaux et les « parcours d'agility » des chiens-loups de Tchécoslovaquie.
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Pascal et " Zizou "
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C'est Pascal Roulet-Audy, dit « Jean de Bouc », qui nous accueille dans l'enceinte du château. Harnaché comme un soldat médiéval, il entame de suite une conversation avec quelques « courtes-pattes » gaulois (entendez des enfants) assez fous pour discourir avec lui sur la définition d'un oppidum. Des palabres de passionnés qui laissent froids les grands yeux jaunes du grand Duc de Virginie et n'émeuvent pas mieux la buse féroce. Quant au bateleur des savanes, il fait la sieste et exhibe ostensiblement son moignon de queue.
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Avant que ne débute le spectacle aérien, nous faisons le tour du propriétaire. Le château Sainte-Anne des origines, cité dès le XIe siècle, construit par les Marcilly de Chalmazel, puis place-forte des Comtes de Forez, fut démantelé sous Richelieu. Assiégé par le guerrier Polémas dans L'Astrée d'Urfé, il ne reste plus rien de ce premier château où vécut aussi la fée Mélusine, si ce n'est le croquis de Guillaume Revel dans son célèbre Armorial. Le tas de pierres fut vendu à  Montbrison en 1872 pour la somme de 25 francs (autant dire rien !) à  un riche industriel stéphanois répondant au nom de Jean-Claude Marie de Sauzéa dit Hyppolite (1798-1883) qui releva aussi Essalois.
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Mise en branle d'une bricole
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Dès l'année suivante, notre homme entreprit de restaurer les murailles, pour le plus grand bonheur des Foréziens. Mais l'enthousiasme ne dura pas car notre Hippolyte n'hésita pas à  mélanger les styles et les matériaux, utilisant brique et basalte, élevant des tours et abusant du néo-gothique. De Sauzéa, décédé en 1883, ne vit pas son « grand oeuvre » achevé. Deux ans avant l'ouverture de la Volerie, le site qui n'est pas classé MH fut défriché et les travaux continuent encore chaque hiver via un programme de restauration des murs.
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La visite commence avec une des tours qui sert de « ferme aux oiseaux ». Ici ont élu domicile plusieurs espèces, notamment des paons, un faisan « Isabelle » (une espèce mutante qui fait la maligne en se distinguant par une parure jaune d'or « flashante »), une magnifique poule Brahma, originaire d'Inde, introduite en France au XIXème et qui a la particularité de pouvoir pondre en hiver, une Padoue emmitouflée dans un couvre-chef fourni.
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Nous empruntons ensuite un tunnel long de 50 mètres qui nous mène vers la 2ème tour ronde du château. Ce souterrain, détruit une nuit de tempête en 1975 par l'effondrement de la façade Est de la chapelle, fut restauré en 1998. La seconde tour sert de lieu d'habitation à  des poneys et à  des cochons chinois. Ouverte au dessus de nos têtes, nous apercevons en surplomb le donjon du château coiffé du Dauphin de Forez. Pavoisée d'or et de gueules, il contient un pilori, des photos anciennes du lieu. L'étage renferme de nombreuses miniatures et figurines : casques de guerriers d'antan, dames en costumes... Et nous voilà  sur l'esplanade de la chapelle néo-gothique dont il ne reste plus que la façade. Ici la vue sur la plaine est superbe malgré le ciel couvert : le Mont d'Uzore, Montverdun... Mais voilà  que « Jean de Bouc » pousse une gueulante. Le spectacle va commencer.
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En raison du mauvais temps, il n'y aura pas de haut-vol aujourd'hui, « juste » une impressionnante démonstration en rasemote au dessus de nos têtes. Les volatiles et les deux bipèdes font leur show. Les numéros qui se suivent mettent en scène les plus petits oiseaux (pigeons de Birmingham) et les plus gros (« Fred », le vautour fauve, fait 2 mètres 80 d'envergure et pèse 8 kg !). Pascal et Pierre racontent avec humour leur passion pour le peuple de l'air tandis que « Zizou » l'Africain, « Jaffar », « Billy » et les autres frôlent nos têtes et volent d'un perchoir ou d'un poing ganté à  l'autre. Les milans font la chandelle, la buse féroce bavarde (c'est une femelle) mais le caracara du Mexique n'est pas en reste. Les pigeons de Birmingham partent en vrille (certains débutent dans la culbute) et il faut faire gaffe à  « Ralf », l'aigle chauve d'Amérique car c'est bien connu, les Américains attaquent pour « un oui ou pour un non ». Bref on en prend plein les yeux et on se dit que ce serait fort dommage que ce fleuron du tourisme dans notre département (où le tourisme ne fait pas florès) ne perdure pas.
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Pierre Degaret, sans tomber dans le catastrophisme, ne cache pas les difficultés de la Volerie du Forez qui a subi une baisse significative de sa fréquentation. 14 000 visiteurs viennent sur le site au lieu de 23 000 à  ses débuts. Les canicules successives, la coupe du monde de football, la grippe aviaire surtout (malgré les contrôles sanitaires très fréquents et leurs résultats affichés à  l'entrée du site) expliquent ces chiffres. "Par ailleurs, nous sommes des artisans du Tourisme et notre public est essentiellement originaire de la région, nous dit-il, et au delà  de 100 km à  la ronde, il est difficile de faire venir les gens, donc le public ne se renouvelle que difficilement."
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" Urfé " le chien-loup
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En tout cas, le Berrichon et son équipe n'attendent pas un second souffle pour leur volerie en gardant les bras croisés. Ils travaillent sur de nouveaux projets : une ruche vitrée et un circuit du « furet » pour les matrus.
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