Il fallait venir de bonne heure, en début d'après-midi, ce samedi 16 février, pour pouvoir découvrir les coulisses de l'Esplanade sans devoir patienter longuement dans le hall d'entrée. Notre visite a duré une bonne heure, et pourtant elle dut être abrégée tant l'affluence était grande. A notre sortie en effet, près de 200 personnes attendaient encore leur tour.
L'Opéra Théâtre de Saint-Etienne, ainsi que 27 autres opéras de France, a participé à  la 2ème édition de « Tous à  l'Opéra ! ».  Cette manifestation a pour ambition d'ouvrir les entrailles du bâtiment et faire connaître les divers corps de métier, artistiques et techniques, qui participent à  ces moments rares où la musique rencontre son public.
 
Construite à  partir de 1967 sous l'impulsion d'André Malraux, et par des architectes (Ferraz, Seignol, Gouyon et Clément) inspirés par Le Corbusier, la Maison de la Culture et de la Communication a été inaugurée en 1969. L'édifice mesure 100 mètres de long, pour 60 mètres de large et 30 mètres de haut. 36 000 mètres-carrés de surface sur 6 étages ! Construction en béton brut et aux lignes sobres, elle n'a pris le nom d'Esplanade qu'en 1994, avant d'être rebaptisée Opéra Théâtre de Saint-Etienne en 2006. Lors de sa réhabilitation par Ferrotet et Fabre, après l'incendie de 1998, le bâtiment a été doté au sud d'une verrière faisant office de hall d'entrée.

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Quatrième Maison d'Opéra de France par sa fréquentation, forte de 10 000 abonnés, il accueille aujourd'hui plus de 100 000 spectateurs/an au sein de ses deux théâtres: le Grand Théâtre, qui porte le nom de Massenet, l'enfant du pays, depuis 2001, et le Théâtre Copeau.  Avec près de 300 levers de rideau par an, son action s'exerce dans les domaines de l'opéra, de la danse, de la musique et de la création audiovisuelle. Théâtre à  vocation lyrique, l'accent est mis sur la découverte et la réhabilitation du répertoire français du XIXème siècle et du début du XXème, avec, bien entendu, une attention particulière apportée à  l'oeuvre de Massenet.

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Le Grand Théâtre Massenet (1210 places, trois balcons et un plateau de 377 mètres-carrés) donne l'image d'une salle à l'italienne adaptée à l'opéra et à la musique. C'est l'acousticien Rackin qui a repensé l'acoustique, considérée aujourd'hui comme étant une des plus performantes de l'Hexagone grâce aux prismes sur les murs et les alvéoles du plafond. Le Théâtre Copeau pour sa part bénéficie d'une régie indépendante. Ses 317 places et son plateau de 150 mètres-carrés sont destinés à accueillir les représentations à destination du jeune public et les concerts plus modestes. Il est utilisé en particulier lors du festival de Jazz de Rive-de-Gier. 84 professionnels font vivre en permanence l'Opéra Théâtre mais ce sont 250 à 300 personnes qui interviennent au moment des productions lyriques. En effet, le 2ème Opéra de Rhône-Alpes jouit de capacités de production qui font rayonner très loin de nos frontières le savoir-faire de ses équipes. En France, c'est même l'Opéra qui produit le plus.
L'Opéra Théâtre, en mettant en valeur les grandes oeuvres consacrées mais aussi celles qui sont méconnues, voire d'une rareté absolue, oubliées et revivifiées, s'est imposé dans le paysage lyrique international. En 2005 par exemple, la création des Dialogues des Carmélites (sur un livret d'Emmet Lavery d'après Georges Bernanos) a été unanimement saluée par la critique comme étant le meilleur spectacle lyrique de l'année. " Il frappe un grand coup, proposant une production qui pourrait faire rougir bien d'autres maisons d'opéra considérées comme plus prestigieuses ", a écrit Catherine Scholler pour le magazine Resmusica.
Il travaille avec l'Opéra Royal de Wallonie (Carmen de Bizet, Le Roi d'Ys de Lalo qui a séduit les mélomanes du monde entier...), le Festival de Martina Franca en Italie (Polyeucte de Gounod, Thais de Massenet, au Théâtre Carlo Felice de Gênes, Lakmé de Delibes au New York City Opéra...). Tout récemment, il a participé au festival "Croisements" de Shangaï avec Les Pêcheurs de perles de Bizet. Au niveau national, il collabore avec l'Opéra Comique (Mireille...), l'Opéra de Nice (Faust, La Vida brève...), l'Opéra d'Avignon (Sapho, La Vie parisienne...), etc.
Cette activité de création s'accompagne d'un travail de réflexion réalisé en étroite collaboration avec l'Université, et qui se traduit par l'organisation de colloques internationaux: "Opéra et religion sous la IIIème République", " Le livret d'Opéra au temps de Massenet"... Les actes de ces colloques ont donné lieu à la publication d'ouvrages dans le cadre des presses universitaires de France. L'Opéra Théâtre, c'est enfin six studios de danse ou de répétition dans lesquels les compagnies ou le Conservatoire peuvent travailler.

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Le plus souvent, on imagine dans les coulisses les habilleuses, les machinistes, les éclairagistes, mais il existe aussi de nombreux autres corps de métier: menuisiers, serruriers, décorateurs, couturières. C'est une véritable armée qui fourmille en permanence dans les ateliers de l'Opéra, qui a aussi la particularité, unique en France, d'intégrer ses propres ateliers de décoration.

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L'envers du décor, de l'autre côté de la scène, au niveau des rues. Vue sur le Gril

 

Coiffant la cage de scène, c'est une partie des cintres où les machinistes (cintriers) manoeuvrent les poulies qui mettent en mouvement les rideaux, décors et appareils d'éclairage. Et qui permettent de faire voler les personnages dans les airs.

 

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Ci-dessous: une des trois réserves, situées sous le Théâtre Copeau. Ici sont conservés les costumes originaux de Sapho, Le Roi d'Ys, L'Enlèvement au sérail, Marianne... Appartenant à l'Opéra Théâtre, ils peuvent être prêtés et retrouver les scènes de Liège ou de Nice. Certains costumes habituels (redingotes par exemple) peuvent être réemployés et transformés.
 
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Dans l'atelier de couture, de quatre à six couturières travaillent, à partir de maquettes, à la confection des costumes d'un spectacle. Le costume est le résultat d'un long processus de décision qui engage au départ le directeur artistique, le costumier, le chef-décorateur... Les tissus sont achetés à Lyon, dans des magasins spécialisés, et parfois teints à Saint-Etienne. La confection se fait d'abord sur de la toile à bas prix.
 
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Atelier des habilleuses. Celles-ci travaillent au plus près des comédiens. Elles les habillent et entretiennent leurs costumes. Elles effectuent les petites retouches comme les ourlets ou les boutons décousus.
 
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 Une douzaine de coiffeuses et maquilleuses travaillent à l'Esplanade lors des productions. Corinne Tasso est chef-maquilleuse depuis 22 ans. Et toujours intermittente. C'est elle qui doit "peindre" les visages des princesses de Mongolie, des épouses secondaires et autres dames de cour. Le corps entier parfois, comme pour Hadès, dans Ariane, maquillé en violet des pieds à la tête. Elle évoque son amour pour son métier et la chance de pouvoir travailler avec "un directeur qui aime le maquillage". " A Saint-Etienne, explique t-elle, on s'amuse vraiment, il y a des opéras plus classiques, à Lyon, par exemple. " Un maquillage "normal", celui d'un soliste par exemple, doit durer une 1/2 heure maximum. Elle utilise des produits spéciaux: fonds de teints qui permettent de transpirer, fards secs moins volatiles, maquillages à l'eau... La maquilleuse doit aussi s'adapter aux choix de l'habilleur, jouer avec les éclairages, "d'où l'importance des répétitions pour trouver le ton juste", explique-t-elle.
 
Le décorateur, lui, est le spécialiste du semblant, celui qui fait croire au marbre et à l'or. Dans l'atelier, sont construits, montés et peints les décors adaptés à la pièce et destinés à réaliser une ambiance particulière. Mais aussi les ustensiles, les boucliers et les épées par exemple. Les édifices sont d'abord travaillés sur support informatique et réalisés sous la forme d'une maquette. 

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Atelier de serrurerie et maquette de travail au 1/50e d'Alexandre Heyraud pour L'Enlèvement au sérail
 
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