Wednesday, September 22, 2021
Le froid est piquant ce dimanche 15 janvier, à  8h30 sur le parking de la gare de Montrond-les-Bains. Pourtant, quelque vingt personnes ont répondu à  l'invitation de la Ligue de Protection des Oiseaux. En effet, pour les ornithologues de toute l'Europe, le mois de janvier est la période de recensement des oiseaux d'eaux hivernant.
Dans toute la France, plusieurs milliers de passionnés, appartenant à  de multiples associations de protection de la nature participent à  cette journée « wetlands ». Le principe est simple : plusieurs équipes de volontaires armés de jumelles dénombrent les oiseaux par espèces qui hivernent dans les zones humides.

L'action permet de définir les zones de peuplement et de dresser, dans ce domaine précis, l'état des lieux de la présence ornithologique sur tout le territoire métropolitain. Ensuite, les données récoltées sont transmises à  Wetlands International, en Angleterre, où sera dressée la carte européenne.  Pourquoi en Angleterre ? C'est Mickaël Villemagne, notre guide, qui nous donne l'explication : " Parce que les Anglais sont de grands amateurs d'ornithologie. On estime à  un million le nombre d'ornithologues (pro et amateurs) en Angleterre. A titre de comparaison, il y a en France 38 000 adhérents à  la LPO et 1 250 000 chasseurs. Alors c'est sûr qu'on n'a pas les mêmes moyens que nos voisins. "
 
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L' Ecopôle du Forez
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Ecopolemick.jpgCe qui ne signifie pas nécessairement, dépêchons-nous de le préciser, que « chasseur » et « ornithologue » soient des termes antagonistes. Nombre de chasseurs font partie de la LPO ou d'autres assos, et face, par exemple à  l'urbanisation galopante (dans la plaine par exemple que les Stéphanois investissent en force ), les intérêts des uns et des autres se rencontrent. Même si, selon Mickaël, la collaboration n'est pas encore ce qu'elle devrait être pour préserver l'environnement. En sa compagnie, nous faisons le tour du site et commençons à  compter les oiseaux, au besoin en entrant dans les observatoires disposés tout le long du parcours. Un colvert, deux colverts... un siffleur, deux grèbes castagneux... A la longue vue, le spectacle est superbe. Les plumes sous les reflets du soleil se teintent de couleurs irisées, les cous « céladon » des colverts deviennent mauves ; et il faut l'oeil averti de notre guide pour nous indiquer au milieu de la masse des foulques une fuligule esseulée. Ces oiseaux que nous comptons hivernent, autrement dit, ils sont venus se « mettre au chaud ». En hiver - nous dit l'ornithologue - il y a beaucoup d'oiseaux sur le site mais relativement peu de variétés différentes. En été en revanche, c'est l'inverse : les individus sont moins nombreux mais les espèces sont plus diversifiées. 

Un mot sur Mickaël Villemagne : 25-30 ans, ornithologue de la FRAPNA Loire (Fédération Rhône-Alpes de la nature), il anime en particulier la maison de la réserve des gorges de la Loire. Passionné, bien entendu, il doit son intérêt au monde animal et aux volatiles en particulier, à  une rencontre avec un « féru de nature » qui lui inocula le virus. Son intérêt l'a déjà  mené en Guyane, en Roumanie... bientôt en Afrique Noire. Pour l'heure il nous mène vers l'Ecopôle du Forez, situé dans la plaine. Ce site remarquable, dans les méandres de la Loire, a été créé par la FRAPNA et couvre 400 hectares. Il reçoit chaque année la visite de 40 000 personnes qui viennent se balader au bord des étangs et du fleuve, observer les oiseaux, découvrir les expositions proposées dans un beau bâtiment de bois dont les baies vitrées donnent sur l'eau. 
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Chasseurs d'images
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Le Forez est la 7ème zone de reproduction d'oiseaux d'eau en France. Selon notre guide, dans le cours d'une année, ce sont environ une centaine d'espèces qui passent par notre région. Un chiffre honorable qui s'explique par la localisation centrale de notre département, par ses 300 étangs et la Loire qui le traverse de tout son long. Mais la référence en France, en terme de population, reste bien entendu la Camargue. En Avril-Mai, ce sont des centaines de milliers de canards nomades par exemple, qui y élisent temporairement domicile. En seconde position viennent les Dombes.
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Tout au long de notre parcours de recensement, en même temps que résonnent à  nos oreilles des noms de volatiles de toutes sortes ( foulques, nettes rousses...), un autre locataire de l'Ecopôle se rappelle à  notre bon souvenir. Pas en montrant sa frimousse (çà  aurait été trop beau) mais en nous laissant constater, après ouvrage, son impressionnant travail de bucheron. Le castor, car c'est bien de lui dont il s'agit, a été réintroduit dans la Loire en 1994. La FRAPNA a relâché 13 animaux ; aujourd'hui il y a 4 ou 5 familles, soit environ 25 têtes. Mais la colonisation plus avant des rives du fleuve est stoppée par les barrages de Grangent et Villerest. Inutile d'espérer faire sa rencontre en plein jour. Il faut se lever tôt ou se coucher tard.
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Au terme de cinq heures de balades, d'observation et de découvertes sur le site de l'Ecopôle, le bilan de notre recensement (approximatif) est le suivant : environ 1250 canards colverts, 96 grands cormorans, 80 foulques, 52 canards souchets, 24 canards chipeau, une vingtaine de canards siffleurs, une quinzaine de hérons cendrés, sept sarcelles, un martin pêcheur, une fuligule milouin, une fuligule morillon, une nette rousse, sans compter quelques accenteurs mouchet, sittelles torchepot et autres grandes aigrettes. 

Et, salués par un faucon crécerelle qui joue avec le vent, statique au dessus de la route, nous quittons l'Ecopôle en nous promettant d'y revenir...
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De gauche à  droite, quelques oiseaux observés à  l' Ecopôle du Forez: Foulque, héron cendré, canard souchet
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Fuligule morillon, martin pêcheur et nette rousse
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La LPO est née en 1912 en Bretagne pour protéger de l'extinction les macareux moines de l'Ile Grande. Le macareu est devenu la mascotte de l'association, reconnue d'utilité publique en 1985, et qui a essaimé en différentes délégations dans les régions et départements.