Monday, November 28, 2022
Reporter-photographe (1893-1969)

En 2003, les Archives Municipales de Saint-Etienne ont présenté au public une centaine de clichés parmi les 12 000 que contient le fonds Léon Leponce. De cette exposition, un catalogue-souvenir, sorte d'album de famille des Foréziens et des Stéphanois, a été imprimé. En 2005, ce sont une trentaine de ses clichés qui furent à  nouveau présentés aux Stéphanois au Club de la Presse.



Quelques mots sur Léon Leponce

Il est né à  Saint-Etienne en 1893. Son père était venu de Belgique former des apprentis dans le domaine de l'armurerie. En 1916, à  l'âge de 23 ans - il est déjà  photographe - il épouse une jeune femme originaire de Balbigny qui devait décéder en 1930. Sa carrière se déroula en deux temps : d'abord photographe indépendant, il travaille pour la municipalité de Saint-Etienne, réalise des portraits et prend en photo les 2000 succursales Casino de France ainsi que les dépôts et magasins, etc. En 1935 débute sa carrière de photographe de presse. Il entre alors à  La Tribune Républicaine puis au Progrès. A la Libération, il est engagé par Le Patriote jusqu'en 1956. Il s'éteignit en 1969, laissant quelques 12 000 clichés conservés depuis 1973 aux Archives municipales. La moitié à  peine de ces clichés, négatifs souples et plaques de verre, ont été inventoriés.
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Des chameaux à  Saint-Etienne, 1950 
 
Le fonds Leponce est remarquable pour sa valeur pédagogique. Il l'est aussi pour sa diversité. Le photographe fut de tous les évènements, petits faits divers ou grandes célébrations, qui marquèrent la vie locale. Des reconstitutions de scènes de crimes jusqu'aux travaux publics en passant par les fêtes de quartier. Il fixa pour la postérité les grands de ce monde venus honorer Saint-Etienne de leur visite : Lebrun en 1933, De Gaulle en 1944, Pétain... Il fut de tous les évènements sportifs : les matchs dans un chaudron encore cerné par les cheminées fumantes, les écureuils tournants au Vel d'Hiv, les matchs de boxe à  la Bourse du Travail... Surtout il a rendu témoignage de l'évolution du paysage de la ville et de ses coutumes comme celle aujourd'hui disparue de la course des garçons de café. Enfin, certains instantanés de Leponce sont de pures épreuves d'esthétisme; par exemple ses vues de la ville déserte ou les sous-bois nimbés de lumière.
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Parmi les photos exposées au Club de la Presse on peut citer en particulier la prise de vue du bidonville de Méons. Deux rangées de taudis de bois et de ferrailles séparées par un chemin de terre noire et humide. Un volet ouvert masque le haut du corps d'une mère de famille adossée contre une baraque et auprès de laquelle se tiennent deux jeunes enfants. A noter que la légende indique la date du 18 avril 1966. Dans La Gazette, le cliché fut publié il y a quelques temps avec la légende suivante : "Les bidonvilles à  Méons, en 1954." Un autre cliché célèbre de Leponce fut pris pendant la grève des mineurs en 1948. On y voit un groupe d'hommes au milieu d'une rue. Deux d'entre eux portent à  bout de bras, l'un un fusil l'autre un pistolet-mitrailleur. Au passage Leponce fut aussi un militant, membre de la CGT puis de la CFTC. Il fit partie de la vingtaine de journalistes à  signer la pétition indiquant la responsabilité des forces de police lors des graves incidents qui émaillèrent la grève. A regarder ses instantanés en noir et blanc, on peut se prendre au jeu des petits détails. Ainsi le cliché de la catastrophe de la Chana en 1942: le corbillard noir motorisé gravit la pente en hiver. Il est encadré par trois mineurs casqués et précédé par un prêtre portant une capeline sombre. Derrière vient la file interminable du cortège qui serpente jusqu'au loin. A leur coiffes blanches, on distingue deux religieuses. Sur le tram de Bellevue n° 526 qui vient de percuter un véhicule une publicité Frigeco clame que ses frigos ne sont vraiment pas chers ; sur la photo du Centre de triage du Secours National au 6, rue Victor Duchamp, on distingue l'indicatif à  composer en cas de besoin : 47-68. Sur la photo déjà  citée de la grève des mineurs, l'amateur d'armes remarquera que le pistolet-mitrailleur est une production locale, le MAS 1938...
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Reconstitution du duel à  la hache à  Saint-Genest Malifaux, le 5 novembre 1959
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