Tuesday, June 15, 2021
Savigneux, à  un lancer de caillou de Montbrison, a donné le nom de Rosenau à  sa place centrale. C'est le signe d'une amitié vieille de 36 ans entre la petite ville du Forez et sa jumelle alsacienne et qui s'est cristallisée en mai 2006 autour de la 1ère Bourse internationale aux minéraux de la Loire.
 
 En effet, il n'existait pas dans notre département de bourse aux minéraux digne de ce nom avant que des passionnés ne se lancent dans cette aventure. Et si la bourse de Savigneux est encore loin de Sainte-Marie-aux-Mines, la caverne d'Ali Baba des bourses aux minéraux avec ses 950 exposants venus des quatre coins de la terre, il reste que ce premier jalon forézien s'annonce très prometteur. Une réussite qui doit en grande partie à  Sylvie Bonnefont. Impliquée dans le comité de jumelage, elle a repris au profit de sa ville une manifestation qui a cours en Alsace et qui réunit des dingues de minéralogie et de gemmologie. Emerveillés par la beauté du monde minéral où formes et couleurs se déclinent à  l'infini, ils s'y rencontrent, échangent et vendent leurs spécimens, pierres et cristaux, agates, apatites, larmes d'apaches, pierres savon du Pérou et autres okénites découvertes de leurs mains ou achetées. C'est encore pour eux, qui ne sont pas (tous) des épiciers, l'occasion de transmettre au public un quartz de leur savoir.


Cette première édition, qui a réuni 22 exposants, doit aussi beaucoup à  M. Erwin Christmacher, "un passionné passionnant" qui à  derrière lui déjà  pas moins de 28 manifestations de cette nature et qui,
à  ses homologues foréziens, a offert son expérience sur un plateau d'argent. Les Alsaciens sont aussi venus les mains pleines de cailloux, pour le plus grand plaisir des matrus de l'école de Savigneux qui ont pu s'initier au micromount, à  l'orpaillage et repartir avec leur petit caillou dans les poches. De quoi susciter des vocations de chercheur de trésors, "jusque dans la cour de leur école où ils se sont mis à  gratter le sol pour chercher du granit ",  fait remarquer en souriant Mme Bonnefont. Mais une bourse aux minéraux, insiste-t-elle, "ce n'est pas une promenade de poussette à  la va-vite, un endroit frénétique. C'est un lieu reposant où on prend le temps de voir ce qui se trouve sous nos pieds, de contempler les merveilles de la nature".

 

Les Alsaciens présents à  Savigneux, c'est vrai, sont sympas et diserts. Claude Knaebel par exemple est féru de microménéralogie et de micromontage. Sur la planète minérale, la microminéralogie est née aux Etats-Unis et n'a essaimé en France que vers le milieu des années 80. Elle regroupe les voyageurs au centre de la matière, des sortes de contemplatifs d'un micro monde vertigineux où chaque cristal prend les airs d'une terra incognita. Ils sont 500 en France, réunis au sein de l'Association Française des micromonteurs, sans compter les indépendants.

En clair, la minéralogie c'est tout ce que vous pouvez voir à  l'oeil nu; la microminéralogie c'est ce que vous pouvez voir uniquement avec une loupe, ou mieux encore, une loupe binoculaire. "C'est la minéralogie du futur, nous dit M. Knaebel, car elle permet de dépasser les interdits liés aux prospections sur sites en ne travaillant que sur des pièces réduites prospectées sur les déblais." Le micromontage est l'art de présenter un cristal ou micro cristal sous son plus beau jour après l'avoir isolé d'une roche par un cassage approprié. La petite pièce est ensuite collée soigneusement dans une petite boîte en plastique et répertoriée. " A chaque fois, nous avons sous les yeux une perfection, une merveille de couleurs et de formes. Mais pour chaque micro-minéral elle est différente. Comme les flocons de neige, jamais deux cristaux ne sont semblables. Chaque observation est une découverte".

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Malachite olivénite
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Il existe plus de 4000 minéraux connus, classés d'après des critères chimiques et cristallographiques en neuf familles principales. Leur couleur vient d'abord, (exceptées,
pour les tenants de la lithothérapie, leurs vertus supposées) dans l'appréciation qu'on leur porte. Le violet de la kunzite ou de la fluorite, le bleu de l'azurite, le rouge du rubis, le vert de l'émeraude... Mais elle ne représente pas un critère d'identification absolue. Le quartz par exemple est un minéral caméléon qui se décline en plusieurs variétés selon la couleur qui va de l'incolore limpide (cristal de roche), au blanc laiteux, au noir enfumé, en passant par le violet (améthyste), le rouge (jaspe) ou le jaune (citrine)... Les préférences de Mme Souvignet, exposante à  la bourse, vont aux minéraux de Madagascar "parce qu'ils sont très variés et très colorés": la cornaline, qu'on peut facilement confondre avec de l'agate teintée, la labradorite qui possède un jeu de couleurs parfois étonnant, bleu vert spectral, ou encore le jaspe océan tacheté de petits cercles.


Plus près de nous, Jean-Pierre Battigelli, nous montre trois trouvailles prélevées du sol forézien. Du quartz fumé de Firminy qui doit sa teinte noircie à  une irradiation du cristal lors de son séjour au sein de la Terra mater. De la calcite en boules blanches de Saint-Georges-Hauteville.

Mais surtout un réalgar en provenance du crassier de la Ricamarie. Il s'agit d' un minéral de couleur rouge composé de sulfure d'arsenic. Surnommé "riz du coq" par les alchimistes, il est le produit d'une sublimation de type volcanique.

Cristal de réalgar
Cette photo est extraite du site de l'AMF

Noir, blanc et rouge, ce sont les trois couleurs qui concluent notre "petit oeuvre". S'il n'était pas philosophale, nous espérons qu'il ne vous sembla pas trop terre à  terre. Et nous vous invitons cordialement à  visiter la prochaine Bourse aux minéraux de Savigneux. Elle brille déjà de mille feux.