Thursday, November 26, 2020
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On a beaucoup glosé autour du Da Vinci Code. Et finalement, l'essentiel, à  ce qu'il nous semble, a été peu écrit. A savoir que le génie de Dan Brown est d'avoir romancé toute une littérature déjà  connue de ceux qui s'intéressent à  ce que nous nommerons « l'histoire souterraine ».
 
 
L'Américain en effet, a repris L'Enigme sacrée de Baigent, Leigh et Lincoln, qui eux-mêmes ont surenchéri aux écrits de Gérard de Sède. Pour ceux qui s'intéressent à  l'histoire secrète, ou supposée telle, c'est-à -dire « l'histoire où seraient les véritables causes des évènements », pour reprendre au conditionnel les mots fameux de Balzac, il est trois noms de lieux qui ont une résonance toute particulière: Rennes-le-Château, Gisors et Stenay. Si on prend un peu de hauteur à  la verticale de ces marqueurs géodésiques, sans aller nous cogner la tête sur une étoile de la Grande Ourse, nous dirons: Razès, Vexin et Ardennes. N'y a-t-il pas dans ces trois noms un je-ne-sais-rien d'animal, de paien ? En comparaison, Pilat fait un peu « flop ». Et pourtant ! Notre Pilat a fait couler beaucoup d'encre. Et en fait couler encore. Ici aussi, des érudits passionnés sont parmi nous, qui traquent la race fabuleuse. Certainement des souterrains attendent d'être découverts et des livres sont encore fermés. Et c'est peut-être grâce à  ces « diaboliques » - diaboliques dans le sens qu'Umberto Eco a donné au mot dans son immense Pendule de Foucault - qu'on dira dans cent ans du Pilat ce que René Nelli disait de l'Occitanie: «  On dirait qu'il a toujours éprouvé le besoin de se laisser emporter vers d'autres cieux- fussent-ils ceux de l'Ultima Thulé - pour prendre conscience de ses dimensions spirituelles, ou plutôt pour les illimiter. De son existence dans le passé, ainsi que du drame de sa réalité authentique, il n'a point à  se chercher des descriptions ou des preuves(...) ce qu'il veut c'est projeter sa survie dans le futur.»

Christian Rollat partage cette passion pour le Pilat. Et sa grande affaire, c'est le cas Guillaume de Roussillon, dont il retrace l'histoire dans un ouvrage publié en juillet 2006. Mais attention! Si Christian Rollat est un « rat de bibliothèque » doublé d'un collectionneur d'ouvrages anciens, son livre se veut un vrai travail d'historien, très solidement documenté - pour peu qu'on puisse en juger - et sans fatra ésotérique. Des hypothèses certes, des pistes, des clins d'oeil, des allusions mais pas d'extrapolations. Et beaucoup de faits ? L'Affaire Roussillon représente, de quelque manière qu'on puisse le juger, la somme d'un travail énorme.  Et fait mentir, à  propos de sire Guillaume, ce que Napoléon Bonaparte disait de Clio: « L'Histoire est un mensonge que personne ne conteste ».
 
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De gauche à droite et de haut en bas: blasons des Roussillon, du Dauphiné, de Forez et du Lyonnais

 
 
M. Rollat, quelles sont les origines de la famille de Roussillon ? Quel est le rapport  entre Guillaume de Roussillon, au coeur de votre ouvrage, et Girard (ou Gérard) de Roussillon ?

 Je me garderai bien d'affirmer catégoriquement quoi que ce soit à  ce propos. L'origine des Roussillon se perd dans les brumes de l'Histoire. Mais la mémoire de ce nom s'est transmis à  de nombreux lieux et personnages. On le retrouve en Dauphiné, dans le pays de Perpignan, en Bourgogne, en Provence, à  Lyon etc. La question est de savoir quels pourraient être les liens qui unissaient tous ces Roussillon. Et ce n'est pas le propos de mon ouvrage, même si j'écris quelques hypothèses en introduction.

A l'époque qui nous intéresse, les années 1270, « notre héros », Guillaume, est seigneur d'Annonay (Ardèche) et de Roussillon dans l'Isère. D'autres lieux de moindre importance, Surieu, Anjou, lui appartiennent également dans le Viennois. Comme nous le verrons plus loin, il était aussi seigneur de Farnay, Dargoire et Châteauneuf aux confins du Forez. Le Dauphiné-Viennois constitue donc une première approche géographique pour situer le berceau de la famille.

L'hypothèse bourguignonne est également envisageable. Si on remonte plus loin dans le temps, c'est de l'époque des successeurs de Charlemagne que datent les premières bribes évoquant une famille de Roussillon. A travers l'histoire de Gérard de Roussillon et de sa lutte contre le roi Charles le Chauve pour la possession de la vallée du Rhône. Bien plus tard, en 1459, un roman en prose fut publié d'après le manuscrit de l'Hôtel Dieu de Beaune qui reprit ces sources anciennes. Ce Gérard de Roussillon était un prince de Bourgogne - il a fondé l'abbaye de Vézelay - en même temps qu'il était lié au Narbonnais, à  la Gascogne, à  la Provence... Il faut noter que les armes du Roussillon, la région des Pyrénées orientales, sont de gueules et d'or (sang et or). Celles-là  même qui figurent sur le blason de Guillaume. Les Roussillon qui possédaient jadis le comté de Barcelone étaient-ils parents avec les Roussillon qui nous intéressent ici ? C'est possible... Il peut s'agir d'une même famille qui a essaimé en diverses branches.
 
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L'Affaire Roussillon, c'est d'abord une « bourde » historique qui concerne la mort de Guillaume de Roussillon en Terre sainte. Et vous ne craignez pas aujourd'hui d'écrire: « Après sept siècles, la vérité enfin dévoilée. » Pouvez-vous éclairer nos lecteurs ?

Cette erreur est le point de départ de mon livre. Elle se perpétue aujourd'hui encore. Certaines plaquettes touristiques de la Chartreuse de Sainte-Croix en Jarez indiquent que Béatrix, l'épouse de Guillaume, a fondé le monastère après la mort de son mari en croisade. En 1845, Paul-André Roger a écrit un ouvrage célèbre et volumineux intitulé La noblesse de France aux croisades. Il s'agit d'une sorte de liste des chevaliers de France qui prirent part à  l'aventure des guerres saintes en Orient. Dans cet ouvrage aujourd'hui critiqué figure le nom de Guillaume de Roussillon. A son propos Roger copie sans doute l'Histoire générale du Dauphiné de Nicolas Chorier (1661). Quoiqu'il en soit et bien que l'auteur n'indique pas de dates précises le concernant, il laisse donc entendre que Guillaume de Roussillon a participé aux croisades. Comme chacun le sait, il y a eu huit croisades. La première débutant en 1095 avec le pape Urbain II, la dernière s'achevant en 1270 avec la mort de Louis IX, futur Saint-Louis. Donc, la mort de Guillaume se situerait sous Saint-Louis, pendant la huitième croisade. Sauf que Guillaume est mort bien après 1270.  Antoine Vachez, un autre auteur, plus local celui-là , qui a repris le texte de Roger, a précisé l'année: 1275. En 1275, les croisades sont finies depuis cinq ans ! Il faut savoir: ou bien Guillaume est mort durant la huitième croisade ou il est mort après 1270. Auquel cas, il ne s'agit pas d'une croisade.

On sait aujourd'hui que Guillaume est mort en 1277 à  Saint-Jean d'Acre et qu'il était missionné par le roi de France Philippe le Hardi,  fils de Saint-Louis. Ce n'est donc pas à  une croisade qu'a participé Roussillon. Le manuscrit original de l'ordonnance royale donnée à  Guillaume a été sorti de l'oubli par la Bnf. C'est un document remarquable puisqu'il s'agit du seul document connu en France qui analyse en détail les méthodes de logistique utilisées pour le transport des troupes chrétiennes en Outre mer dans la seconde moitié du XIIIe.

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Pardon, Guillaume de Roussillon était donc un personnage important, investi d'une mission officielle par un roi de France. Comment expliquer que sa fin soit restée aussi longtemps, comment dire, enveloppée dans un linceul de brouillard ? Et comment avez-vous travaillé pour défaire l'écheveau ?

Et bien c'est la question que je me suis posée ! J'ai bien vu qu'il y avait d'un livre à  l'autre des erreurs, des anachronismes, des différences, des imprécisions. J'ai constaté en même temps qu'un certain nombre d'auteurs s'étaient contentés de recopier les erreurs des autres. J'ai donc décidé, pour mener mon enquête, de repartir à  zéro. J'ai vite deviné aussi que des auteurs anciens, comme Charles du Fresne du Cange peut-être, connaissaient certainement la vérité mais pour des raisons idéologiques ne souhaitaient pas la dévoiler. Parce que Guillaume de Roussillon, qui était un vrai chevalier, a été sacrifié au nom de la raison d'état, abandonné par le roi de France et assassiné par Charles d'Anjou. Il n'est pas tombé bravement pour la Croix en combattant une multitude de Musulmans !

Bref, j'ai consulté 600 ouvrages. Le déclic a été Olivier de Termes, par Gauthier Langlois. L'ouvrage, récent puisqu'il date de 2001, raconte l'histoire d'un chevalier qui a servi sous la septième et la huitième croisade. Ce personnage a occupé en Terre sainte exactement les mêmes fonctions qu'occupa Guillaume de Roussillon après lui. J'ai contacté l'auteur qui m'a renvoyé vers un autre bouquin: Migration et diasporas méditerranéennes. Parmi les auteurs de cet ouvrage, Pierre Vincent Claverie qui lui, avait travaillé sur la logistique, en utilisant des textes de la Bnf, notamment certaines pages en franco-provençal de l'Estoire de Eracles. Claverie d'ailleurs, qui d'après ce document évoque brièvement la mort de Guillaume deux ans après son arrivée en Orient.  Il s'agit de l'histoire des croisades écrite par les « continuator », c'est-à -dire des chroniqueurs, le plus souvent ecclésiastiques. L'Estoire de Eracles, à  son commencement a été écrite en latin par Guillaume de Tyr, jusqu'en 1127, et poursuivie par d'autres « continuator » au fil des ans jusqu'à  la fin du XIIIe. J'ai donc consulté  ce document ligne après ligne sur internet, ce fut épuisant. J'ai embarqué à  Aigues-Morte avec Guillaume de Roussillon, j'ai traversé la mer avec lui jusqu'à  ce que je tombe sur ce que je cherchais. Les mots écrits par son « continuator » anonyme, que je nomme simplement « le chapelain »:  « Et morut sire Guillaume de Roussillon qui estoit chevetaine en Acre sur la gent dou roi de France ». A partir de là , il fallait que je creuse autour pour planter le décor et percer le secret de cette tragique destinée. Mais pour revenir à  votre première question,  je peux comprendre que nombre d'auteurs, régionaux par exemple, n'aient pas eu l'opportunité de consulter ce document. Il a fallu attendre Napoléon III pour qu'il y ait un transfert de la bibliothèque impériale vers une bibliothèque nationale. D'où leurs erreurs et leurs imprécisions. Vive internet !
 
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Blason de La Tour du Pin
 

Repartons du début de l'histoire, si vous le voulez bien. Qui est Guillaume de Roussillon ? Quels sont ses liens de parenté ?


 Pour résumer à  l'essentiel, Guillaume est le fils d'Artaude de Forez et d'Artaud IV de Roussillon. Son grand-père maternel n'est autre que le comte Guy IV de Forez. Il a pour oncles Guy V, futur comte, et Renaud II de Forez, archevêque de Lyon. L'épouse de ce dernier, plus tard, est Isabelle de Beaujeu, cousine de Guillaume de Beaujeu, grand Maître de l'ordre du Temple. Guillaume est l'époux de Béatrix de la Tour du Pin, soeur d'Humbert de la Tour, futur Dauphin du Viennois. Béatrix est aussi apparentée à  la famille de Savoie. Une des s�?urs de Guillaume, une autre Béatrix, est l'épouse de Gaudemar de Jarez, seigneur de Saint-Chamond. Ses deux frères, Aymar et Amédée étaient respectivement abbé de Cluny et évêque de Valence et de Die. Le premier devint même archevêque de Lyon. En voilà  du beau monde ! Ceci pour dire que Guillaume de Roussillon n'est pas le premier venu. Sans parler des liens avec les Lavieu et les Albon !

De sa mère, il a reçu les fiefs de la vallée du Gier: Mornant, Riverie, Chateauneuf. Il est seigneur d'Annonay. Ses possessions en propre et celles de sa famille se trouvent donc aux confins de trois diocèses, celui du Puy, de Lyon et de Vienne et de trois comtés: Lyonnais, Forez et Viennois. Une région qui constitue une clef du Royaume de France pour l'accès à  la mer et dont la situation stratégique engendra de nombreux conflits. Pratiquement une zone franche jusqu'à  son annexion en 1312. C'est enfin un chef de famille; il a huit enfants. Et surtout un chevalier, fidèle à  son roi et à  la mission qui lui sera confiée. Une mission qui le dépasse complètement.
 
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Aigues-Mortes (photo de Jorgetutor)

Et qui lui fut confiée en catimini au concile de Lyon en 1274...

Les principaux enjeux de l'assemblée convoquée par le pape Grégoire X sont officiellement les suivants: envoyer des secours aux Chrétiens du Royaume de Jérusalem, dont les territoires, devant la multitude ennemie, se réduisent à  une peau de chagrin, réunir les églises ennemies, c'est-à -dire grecques et latines, réformer les moeurs et la discipline de l'Eglise. Concernant le premier point, il s'agissait en fait de lancer le projet d'une neuvième croisade. Le problème c'est qu'en réalité personne n'en voulait, à  l'exception du pape. Même si celui-ci savait peut-être en son for intérieur que c'était perdu. Philippe III le Hardi surtout, ne veut plus en entendre parler. Il n'a en tête que son mariage et le renflouement de ses caisses. Quant au roi d'Angleterre, il ne vient même pas à  Lyon.
 

Bref, c'est le fiasco mais heureusement  Saint Bonaventure a la bonne idée de mourir pendant le concile. Du coup, on se perd en prières et en processions. Mais comment le dire aux Chrétiens d'Orient qui ont à  leur porte les armées de Baibars et dont le dernier bastion, Saint-Jean d'Acre, est la proie des factions ? Et comment justifier la dîme de l'Eglise ? En envoyant un leurre, on dirait un pigeon aujourd'hui, à  savoir notre bon Guillaume avec pour mission de temporiser autant que faire se peut et assumer, en remplacememt d'Olivier de Termes, la responsabilité des croisés combattants au Royaume de Jérusalem. Il lui faudra aussi calmer les tensions entre les deux ordres de moines-chevaliers et les prétendants au trône. J'ai dit plus haut que ses deux frères, Aymar et Amédée occupèrent des fonctions importantes dans l'Eglise. Elles leur furent offertes à  cette même époque. Ce n'est pas pour rien. Le 12 août, Olivier de Termes meurt. En mars 1275, Guilaume reçoit des mains des émissaires du roi de France, peut-être dans le Pilat, l'ordonnance royale, son ordre de mission si vous préférez. Et Guillaume quitte son épouse et ses huit enfants pour un voyage sans retour. A la tête de 100 hommes à  cheval, 40 archers, 30 arbalétriers, 30 sergents à  cheval  et 300 autres à  pied. Voilà  la « croisade » de Guillaume de Roussillon. Et sa « force d'interposition », comme on dirait aujourd'hui, n'est pas composée de Chrétiens à  la foi enflammée. Parmi sa troupe, il y a certes des chevaliers, par exemple Guigues de Falatier, seigneur de Lupé et de Malleval, mais la plupart des soldats sont ni plus ni moins que des mercenaires.

Qui a fait assassiner Guillaume de Roussillon ?

Charles d'Anjou, l'oncle de Philippe III. Avec l'accord tacite de Guillaume de Beaujeu, grand Maître du temple et parent éloigné de Guillaume. Dès son arrivée, Guillaume s'était attaché à  contrôler l'activité du port, seul salut sur l'Occident. En fait de salut, le port ne lui apporta que des mauvaises nouvelles: la mort du pape Grégoire X, son principal soutien, la guerre en Castille qui retient l'attention de Philippe le Hardi, et surtout les galères de Charles d'Anjou. En effet, Hugues de Lusignan, roi de Chypre et de Jérusalem, - par Jérusalem, il faut entendre Saint-Jean d'Acre; la ville sainte est aux mains des Musulmans - Hugues de Lusignan donc, que Guillaume doit servir, à  abandonné la cité ! Et Charles d'Anjou, avec l'appui de Guillaume de Beaujeu, s'empare du pouvoir par un coup d'état. Guillaume de Roussillon, resté fidèle jusqu'au bout à  l'ordonnance royale et au roi de Chypre, qui n'est plus là , le paye de sa vie. Il meurt au plus tard le 30 novembre 1277. On ne sait pas vraiment dans quelles circonstances précises et son « continuator » d'ailleurs n'écrit pas qu'il fut assassiné. Mais c'est plus que probable. Il se peut aussi qu'il ait succombé à  ses blessures à  Chypre.

Que savons-nous du « continuator » de Guillaume de Roussillon ?

Rien ! Pas même son nom. C'est le dernier des « continuators ». Il n'y en a plus après lui. En tant que témoin des faits qui se sont déroulés en Terre sainte, il devait craindre pour sa vie. Il se peut qu'il ait ramené les restes de Guillaume en France. L'abbé Filhol écrit dans son Histoire d'Annonay (1880) que Guillaume aurait été inhumé dans l'église Notre-Dame. Il écrit aussi que Guillaume est mort en Vivarais mais passons. Filhol était un érudit qui, pourquoi pas, aurait très bien pu découvrir la sépulture de Guillaume. Les amoureux de Rennes-le-Château apprécieront...
 
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Méreau d'Aymar de Roussillon 
 

Les deux frères ?

Amédée s'est s'éteint en 1281 dans son diocède de Die. Aymar a joué un grand rôle comme médiateur dans le couloir rhodanien. Il est archevêque de Lyon mais assure aussi l'intérim à  la tête de l'Eglise de Vienne. Il a donc un pouvoir considérable mais son jugement est partial dès qu'il doit composer avec les Beaujeu avec lesquels il ne  se réconcilia jamais. Trop sans doute, aussi il va être envoyé en mission avec le comte Jean de Forez dans le Razès, en Occitanie, pour faire le point sur l'Inquisition. En clair, on l'éloigne de la vallée du Rhône. Et comme il est l'ami de Pierre Flote, il va être amené également à  oeuvrer au rattachement de Montpellier à  la couronne de France. Il meurt au cours de l'année 1283.
 
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Croix des Chartreux à Pavezin dansle Pilat: "Tourne le monde, demeure la Croix"

Et pendant ce temps, Béatrix ?

Béatrix vit à  Chateauneuf. A la mort de Guillaume, elle a 35 ans. Elle ouvre le testament de son mari début 1278. Il désigne pour héritier, Artaud, le fils aîné. Elle s'est éteinte en mai 1307. Elle est surtout connue bien sûr pour avoir fondé la Chartreuse de Sainte-Croix où elle repose. L'histoire du songe miraculeux à  l'origine de la fondation, la Croix et les étoiles dans le ciel etc, aurait été écrit dans une lettre, tout aussi légendaire semble-t-il, qu'elle aurait adressée en 1280 à  un certain Jean de Louvoyes, prieur de la Chartreuse de Paris. A ce jour, cette lettre n'a jamais été retrouvée. Toujours est-il que la famille de Béatrix entretenait des liens étroits  avec le monastère parisien. Voila pourquoi le choix s'est porté sur les Chartreux, outre le fait que l'ordre bénéficiait, comme de nos jours encore, d'une aura particulière en raison de leur règle particulièrement austère. C'est début 1281, dans le prieuré de Taluyers, en présence notamment de son fils Amédée, qu'elle offre à  l'ordre  la maison qu'elle a construite dans la paroisse de Pavezin et ses biens dans le hameau de Trêves. C'est l'acte de naissance officiel de la Chartreuse. En mars, Ponce Sableri en devient le premier prieur. A noter aussi la présence à  Taluyers d'un certain Pierre Flote, alors damoiseau, futur légiste fameux de Philippe le Bel qui allait amorcer l'affermissement du pouvoir royal. Et qui passera, à  terme, par l'annexion du Lyonnais, l'éviction des templiers... Ces templiers qui s'étaient bien compromis pendant l'épisode Guillaume de Roussillon et dont le sort se joua en 1312 lors d'un autre concile, à  Vienne.