Saturday, December 05, 2020
Ils ont tout tenté ! mais ça n'a pas suffit. Ce 13 mai 1976, en première page du Progrès, un des frères Revelli, la balle au pied et trois Allemands sur le dos, se démène comme un beau diable soutenu par Santini un peu en retrait. A la « une » de L'Equipe, Sarramagna « le magnifique » flotte dans les airs ; les bras en croix il survole le tacle d'un joueur du Bayern.

En 2006, quelques jours après une humiliation à  Gerland, on peut toujours se consoler avec une légende et ressortir les papiers jaunis des parents. Sur FI, pour commémorer Glasgow et rendre hommage à  ses perdants magnifiques, nous vous proposons ci-dessous la « une » de L'Espoir, journal stéphanois défunt fondé sous l'Occupation allemande. Suit le Pif poche spécial 1977 (le mythique !
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Allez les Verts !
Quand même, toujours.
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L' espoir déçu
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" Revêtu du maillot vert de Christian Lopez, Franz Beckenbauer a, pour la troisième année consécutive, reçu hier soir, des mains de M. Franchi, président de l'Union européenne de football, la coupe des clubs champions européens. Mais, incontestablement, cette victoire est la plus petite obtenue par le Bayern en finale européenne.

Devant une équipe de Saint-Etienne qui a fort bien organisé son jeu, qui s'est créée de bien meilleures occasions mais qui a fort joué de malchance notamment en première mi-temps (deux tirs sur les poteaux, Bathenay (33e) et Santini (39e), les tenants du titre ont longtemps tremblé. Seul un coup franc remarquablement tiré par Roth, après une heure de jeu, a permis au Bayern de signer ce troisième succès, le plus court obtenu à  la marque.
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Chaude alerte, à  la 37ème minute, pour Curkovic qui doit s'y reprendre à  deux fois pour capter la balle sur sa ligne de but
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Les Français ont tenu la dragée haute aux tenants du titre en les contraignant constamment, grâce à  une disposition tactique fort astucieuse, à  ne pouvoir développer leur jeu habituel. Certes, le marquage individuel a été très strict des deux côtés. Larqué n'a pas eu son rayonnement habituel en raison de la présence continuelle de Roth, mais les Stéphanois ont pu, grâce à  l'action remarquable de Lopez en défense, de Piazza qui grâce à  la position reculée de Muller s'est révélé en redoutable attaquant, à  l'action très incisive de Sarramagna, le meilleur homme en première mi-temps, à  démanteler souvent le réseau défensif des Allemands.
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Quoique battus, les Stéphanois sortent grandis de cette finale qui ne leur a échappé que de justesse. Ils peuvent évoquer la malchance, mais il n'en reste pas moins qu'ils ont joué remarquablement même malgré l'absence de trois éléments : Farizon, Synaeghel et Rocheteau. L'entré en lice de Rocheteau dans les dix dernières minutes a été bénéfique et il s'en est fallu d'un rien qu'il ne parvienne à  arracher lui-même, ou à  faire obtenir l'égalisation dans les toutes dernières minutes. Sa présence tout au long de la rencontre aurait manifestement donné à  l'attaque stéphanoise le perçant qui lui a souvent manqué. "
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On se croyait à  Geoffroy-Guichard hier sur les gradins d'Hampden Park
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" Les vedettes américaines qui assisteront aujourd'hui à  la projection du film « Hollywood Hollywood » au 30e festival du film de Cannes, ont eu une arrivée quelque peu mouvementée à  l'aéroport de Nice, mercredi matin. Quelques minutes avant l'atterrissage de l'appareil qui transportait Johnny Weismuller (sic), Gene Kelly, Fred Astaire, Cary Grant, Kathryn Grayson, Cyd Charisse, Donald O'Connor, le service d'ordre fut rapidement débordé par les quelques cents représentants de la presse venus accueillir les vedettes américaines. "
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Sur le journal dégoté, le lecteur de l'époque a comme malicieusement surligné le nom de Gerd Müller...
 
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" Pressé par les journalistes, bien loin d'accuser le poids de ses 77 ans, Johnny Weismuller (sic), dans une attitude que rendit célèbre son interprétation du rôle de Tarzan, lança son non moins célèbre cri de guerre actualisé par la circonstance (notre photo). Pour ne pas être en reste, Gene Kelly, empruntant un drapeau aux couleurs de l'A.S Saint-Etienne que brandissait un supporter niçois sur le point de s'envoler à  destination de Glasgow, agita l'emblème stéphanois en criant aussi « Allez les Verts » sous les applaudissements des représentants de la presse."
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Pif 77
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Le Pif poche spécial Allez les Verts ! a été publié en février 77 en collaboration avec Michel Naitchallal et le magazine Miroir du Football.
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" Le grand regret

Glasgow : le 12 mai 1976. Finale de la coupe d'Europe des clubs champions. Saint-Etienne-Bayern de Munich. Deux adversaires qui se craignent et se respectent mutuellement. Ce match, d'ailleurs, peut-être considéré comme une belle entre ces deux équipes. En effet, en 1970, les Verts avaient éliminé le Bayern en 16ème de finale de cette même compétition : 0-2 et 3-0.
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L'année dernière, ce sont les Bavarois qui sortent les Stéphanois en demi-finale, avant de triompher de Leeds en finale au Parc des Princes. Cette finale est l'occasion pour eux de faire la passe de trois sur la Coupe d'Europe et de se qualifier pour la prochaine, car ils ne sont pas champions d'Allemagne. Pour Saint-Etienne, c'est l'occasion rêvée de ramener la première Coupe d'Europe sur le sol français. Une perspective fort réjouissante. Malheureusement, les Stéphanois ne se présentent pas sur le terrain avec tous leurs atouts. Trois éléments essentiels de l'équipe sont absents : Rocheteau, Synaeghel et Farison, tous trois blessés. Lourd handicap qui ne va pas empêcher les Verts de jouer crânement leur match. Le match, ils vont le plus souvent le prendre en main. Le Bayern joue à  l'économie, semblant guetter le moment propice pour conclure. A la 33ème minute, Bathenay effectue une montée offensive dont il a le secret, « met dans le vent » plusieurs adversaires dont le dernier est Beckenbauer, et place un tir du gauche qui semble faire mouche. Mais le poteau renvoie le ballon. Trois minutes plus tard, c'est l'Allemand Rummenige qui adresse un tir d'une extrême violence. Curkovic ne peut bloquer le ballon. Celui-ci roule devant la ligne de but et c'est Lopez qui sauve, devant l'opportuniste Muller. A la 39ème minute, deuxième grande occasion stéphanoise. Sarramagna qui, depuis le début du match donne le tournis à  son adversaire direct, Hansen, échappe encore à  ce dernier et centre magnifiquement. Le ballon est repris de la tête par Santini mais là  encore, la transversale sauve Maier.

Saint-Etienne vient de laisser passer sa chance. A la mi-temps : 0-0

Après une bonne occasion de Sarramagna qui, de la tête, manque la cible de quelques centimètres, alors que Maier est battu, arrive la fatidique 57ème minute. A 20 mètres de ses buts, Piazza commet une faute sur Muller. C'est le coup-franc. Le mur français a du mal à  se mettre en place. L'arbitre le fait reculer. Il y a un flottement et Roth en profite pour ajuster un tir imparable. 1- 0 pour le Bayern qui remporte sa troisième Coupe d'Europe consécutive. Et cela, malgré les rushes désespérés de Piazza et la rentrée de Rocheteau à  7 minutes du coup de sifflet final. Juste le temps de donner quelques sueurs froides à  la défense allemande. L'opportunisme et le métier allemand ont triomphé de la volonté et du brio stéphanois. Cette finale, les Verts auraient mérité, autant que leur adversaire, de la gagner. Mais qu'importe, Saint-Etienne est une équipe jeune, vouée à  un grand avenir.

La Coupe d'Europe 1976 a vécu, vive la Coupe d'Europe 1977 !
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L'édition 77 s'acheva pour les Verts dans l'enfer d'Anfield Road.

La tribu
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Rocher Roger

- Président du Club
- Industriel en travaux publics
- 57 ans
- Dirige le club depuis 1961 avec fermeté et intelligence.
- Célèbre pour ses « coups de gueule »
- Un personnage entier
- On aime ou on n'aime pas, mais il ne laisse pas indifférent.

Robert Herbin

- Entraîneur de l'ASSE
- Né le 30 mars 1939 à  Paris
- Marié, 1 enfant
- 23 fois sélectionnés en équipe de France
- Un grand joueur aux dimensions athlétiques extraordinaires

- A su retenir les leçons de ses illustres prédécesseurs Jean Snella et Albert Batteux pour devenir le meilleur entraîneur de France.
- L'émotion semble n'avoir aucune prise sur lui. On l'a surnommé le « Sphinx ».

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Yvan Curkovic

- Gardien de but
- Né le 15 mars 1944 à  Mostar (Yougoslavie)
- 1, 79 m, 74 kg
- Marié, 2 enfants
- International yougoslave
- Surnommé « Ivan le Terrible »
- Intelligent et sérieux
- Un monstre de travail
- Le meilleur goal évoluant en France.

Jean-Michel Larqué

- Milieu de terrain offensif
- Né le 8 septembre 1947 à  Bizanos
- 1, 73 m, 70 kg
- Marié, 2 enfants
- 15 sélections en Equipe de France
- Le patron de Saint-Etienne
- Une forte personnalité, très intelligent
- Incomparable meneur de jeu et spécialiste des coups francs
- Un perfectionniste
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Dominique Bathenay

- Milieu de terrain
- Né le 3 février 1954 à  Pont d'Ain
- 1, 81 m,  72 kg
- Marié, sans enfants
- 5 sélections en équipe de France
- Le plus « Hollandais » des joueurs français
- Joueur puissant et athlétique
- Doté d'un remarquable pied gauche et d'un imposant abattage
- Bonne vision du jeu
- Ses montées offensives sont dangereuses.

Gérard Janvion

- Arrière latéral
- Né le 21 août 1953 à  Fort-de-France (Martinique)
- 1, 72 m, 69 kg
- Célibataire
- 6 sélections en Equipe de France
- L'homme des marquages individuels
- Intraitable sur l'homme, rapide, viril, doté d'une détente extraordinaire
- Encore perfectible, c'est tout dire !
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Christian Lopez

- Arrière central (stoppeur)
- Né le 15 mars 1953 à  Ain Témouchent (Algérie)
- 1, 77 m, 74 kg
- Marié, 2 enfants
- 5 sélections en Equipe de France
- Complément idéal de Piazza
- Il possède beaucoup de sang-froid et une bonne détente.
- Ses tacles sont très efficaces.

Oswaldo Piazza

- Arrière central (libéro)
- Né le 6 avril 1947 à  Buenos-Aires (Argentine)
- 1, 83 m, 81 kg
- Marié, 1 enfant
- International argentin
- Le « Zorro » stéphanois
- Dur à  passer
- Ses grandes chevauchées font vibrer le public.
- Cette année, le sauveur de Saint-Etienne en coupe d'Europe
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Pierre Repellini

- Arrière latéral
- Né le 27 octobre 1950 à  Hyères
- 1, 73 m, 67 kg
- Marié, 2 enfants
- 4 sélections en Equipe de France
- Joueur qui possède une bonne technique et un très bon tir.
- Intraitable sur l'homme
- Réserviste de grand talent à  Saint-Etienne, qui prouva sa valeur lors de la finale de Glasgow.

Jacques Santini

- Milieu de terrain
- Né le 25 avril 1952 à Della
- 1, 80 m,  75 kg
- Marié, 1 enfant
- International junior
- Une remarquable technique et une très bonne vision du jeu
- Très près du titulaire en poste à  Saint-Etienne, J.-Michel Larqué
- C'est tout dire sur sa classe
- Futur patron de l'ASSE
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Hervé Revelli

- Avant-centre
- Né le 5 juin 1946 à  Verdun
- 1, 74 m, 2 enfants
- 29 sélections en Equipe de France
- Du grand buteur qu'il était, il est devenu un excellent avant-centre de soutien.
- Ses remises de balle sont souvent remarquables.

Patrick Revelli

- Ailier droit
- Né le 22 juin 1951 à  Mimet
- 1, 74 m, 67 kg
- Marié, 2 enfants
- 4 sélections en Equipe de France
- Joueur très combattif qui accomplit, sur le terrain, un travail énorme.
- A marqué des buts décisifs en Coupe d'Europe.
- Progresse techniquement.
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Christian Sarramagna

- Ailier gauche
- Né le 29 décembre 1951 à  Bayonne
- 1, 72 m, 2 enfants
- 4 sélections en Equipe de France
- Ailier très doué, aux centres liftés très dangereux
- Une force de frappe extraordinaire
- Fragile et d'un tempérament défaitiste
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Gérard Farison

- Arrière latéral
- Né le 15 mars 1944 à  Terrenoire
- 1, 74 m, 73 kg
- Marié, 2 enfants
- 2 sélections en Equipe de France
- N'a connu qu'un seul club : Saint-Etienne.
- Arrière rapide et efficace
- Contre-attaquant dangereux

Dominique Rocheteau

- Ailier droit
- Né le 14 janvier 1955 à  Saintes
- 1, 76 m, 68 kg
- Célibataire
- 6 sélections en Equipe de France
- On le surnomme « l'Ange Vert ».
- Un dribble extraordinaire
- Sur la saison 1975/1976, un des meilleurs ailliers d'Europe
- La grande classe
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Christian Synaeghel

- Milieu de terrain
- Né le 28 février 1951 à  Leffrinckoucke
- 1, 74 m, 66 kg
- Marié, 2 enfants
- 4 sélections en Equipe de France
- Omniprésent sur un terrain, c'est un joeur vif, résistant, très bon techniquement
- Un coeur gros comme ça !
- Un élément primordial de l'édifice stéphanois
 
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Les grandes équipes ne meurent jamais
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" La ferveur qui entoure cette équipe prend des formes qui étonnent jusqu'aux dirigeants du club, tant elle apparaît sans comparaison avec les us et coutumes contemporains : par exemple les supporters envoient des chèques en blanc pour régler les places achetées par correspondance. Un supporter nous confia avoir habité Paris toute sa vie en caressant le rêve suivant : " Un jour j'habiterai Saint-Etienne et j'aurai une plaque 42 ». Mis en pré-retraite un lundi, il descendit en voiture le vendredi pour Saint-Etienne, et le lundi suivant, il faisait poser sa plaque 42 chez Norauto. Le directeur de la communication de l'ASSE nous raconta comment, le lendemain de la redescente de Saint-Etienne en Ligue 2, un homme entra dans son bureau. Il pleurait en montrant son torse couvert de tatouages à  la gloire des Verts. Il disait ne plus oser se déshabiller sur la plage car les gens se moquaient de lui quand le club était en seconde division. Le chef du Protocole de la ville de Saint-Etienne reçoit régulièrement des demandes afin que soient dispersées les cendres d'un défunt sur la pelouse du stade..."
 
Corine Miret et Stéphane Olry, scénaristes de la pièce Mercredi 12 mai 1976
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