Thursday, November 26, 2020
cinejmsc.jpgOn peut faire remonter l'origine du Ciné-Jeunes Stéphanois aux années 1955/56. A cette époque, les jeudis offraient, dans le cadre des patronages laïques, des projections de films, prêtés gracieusement par la Cinémathèque de Saint-Etienne. Mais les films proposés aux jeunes enfants n'étaient pas des oeuvres suffisamment intéressantes au goût des enseignants cinéphiles qui encadraient ces après-midis.

Devant l'insuffisance de la programmation, deux insituteurs passionnés, aujourd'hui décédés, Aimé Tavaud et Lucien Levy, décidèrent d'adhérer à la Fédération Jean Vigo. Celle-ci avait à son catalogue des films des pays de l'Est produits avec des studios spécialisés pour séduire un jeune public; c'est ainsi qu'ils firent découvrir les films de Trinka et Pojar. Les séances qu'ils présentaient à la salle de l'Amicale laïque de Tardy étaient accompagnées d'une présentation, d'un débat et d'une fiche documentaire qu'illustrait, avec beaucoup de talent, Pierre Zellmeyer.

Le cinéma entre dans l'emploi du temps

L'ambition d'Aimé Tavaud et Lucien Levy fut d'organiser des projections pendant l'horaire scolaire et, pour y parvenir, il fallait convaincre les collègues, les parents et l'administration de l'importance de l'image et du film dans l'univers des enfants et de tous les partis que l'on pouvait tirer d'une telle pratique. Pour répondre très vite aux critiques qu'Eugène Reboul, pionnier du cinéma à l'école comme moyen pédagogique avait déjà rencontrées dès 1926 - vous vous amusez, ce n'est pas sérieux - il a fallu mettre en place une programmation irréprochable, assortie d'une documentation qui ouvrait des pistes de travail dans toutes les disciplines de l'enseignement. C'est à ce prix que le Ciné-Jeunes Stéphanois a pu se développer et toucher près de 4000 élèves dans les années 70.

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Sur le tournage de Marcel, le fantôme de Jacquard

Il faut dire aussi que, depuis 1946, la Cinémathèque n'était plus dirigée par un inspecteur ni par un instituteur, et sa direction était abandonnée à des employés municipaux qui ne s'occupaient que du prêt et de l'entretien des copies pour les patronages et les associations qui utilisaient le film comme moyen d'alimenter leur caisse. Dans cette restructuration, le passage du 35 mm au 16 mm comme format de diffusion s'est très mal fait: on n'a jamais retrouvé, par la suite, l'équipement qu'avaient toutes les écoles de Saint-Etienne avec un projecteur 35 mm Phoebus.

Timothée le rêveur (1981) - 10 minutes - adaptation de l'album de Paul Fournel "Les aventures très douces de Tiimothée le rêveur " avec la participation de Louis Chardon à l'école du Cours Fauriel. Produits par les Films du Plateau, Lyon. Présenté au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand.

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Timothée est un gamin, un vrai cow-boy. Il roule des mécaniques et quand il tient la main de Marie, il pourrait tenir tête même au diable...
 
En 1967, un nouveau secrétaire général

En 1967, Aimé Tavaud, alors secrétaire, change de département, et c'est à ce moment-là que je fus détaché à la Fédération des Oeuvres Laïques de la Loire (FOL), pour prendre en charge son secteur cinéma (U.F.O.L.E.I.S) en perte de vitesse derrière la Fédération Française des Ciné-Clubs, la Fédération Jean Vigo et la  Fédération Loisirs et Culture Catholiques. Nommé au poste de secrétaire général du CJS, mon rôle a été de mettre en place une organisation qui donnait au cinéma une place prépondérante dans la pratique pédagogique des instituteurs. Chaque film était accompagné d'une fiche pour que l'enfant spectateur puisse considérer la séance de cinéma non plus comme un moment récréatif mais une fenêtre ouverte sur d'autres connaissances. Je dois écrire  aussi que j'ai été secondé dans ma tâche par des inspecteurs cinéphiles qui ont très bien compris l'enjeu, par exemple Messieurs Blanc et Guyot, puis Monsieur Daubresse pour la création de la salle du "France".

Julie et Grégory (1983) - 26 minutes: avec les élèves de Louis Chardon à l'école du Cours Fauriel. Avec dans les rôles titres Cécile Herrero et Camille Sers. Mais encore Nadine Besset, Sébastien Bolze, Claude Gerbe...  Produit par la Maison du Cinéma de Grenoble. Chorégraphie: Khada Godbane.  Prix du Public au Festival de Villeurbanne. Diffusé sur France 3 National.

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Un joli film plein d'inventivité et de clins d'oeil à des productions célèbres. Avec la participation exceptionnelle de l'artiste stéphanois Emmanuel Brun; un des plus grands joueurs de lame musicale.

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La stratégie du ciné-jeunes stéphanois

De 1967 à 1985, avec certains collègues, nous avons développé une stratégie, dont on peut retrouver des vestiges dans l'institution du France et de l'OROLEIS à Lyon (1):

1. Voir des films choisis, adaptés à notre jeune public, en débattre, en faire un sujet d'étude, c'est une première étape facile à mettre en place car l'enfant spectateur est très demandeur.

Mais pour mettre en place ce premier point, il était indispensable d'avoir des maîtres convaincus et formés à une telle activité, qui, pour beaucoup, dérangeaient leurs habitudes. Combien de fois n'ai-je entendu dire: "Oh, toi, tu ne fais pas la classe, on n'a pas le temps d'aller au cinéma..."

Grâce à des stages de visionnage et à des pratiques d'analyse de séquences, nous avons imposé, lentement, le cinéma dans la classe.

2. Puis ce fut l'étape de l'écriture en images. Avec André Gramaize, Jean Boyer, Louis Chardon, nous sommes passés deriière la caméra pour mieux appréhender le langage cinématographique.

Marcel, le fantôme de Jacquard (1987) - 13 minutes: fiction avec les élèves de la classe de Jacques Frécenon de l'école Jacquard. Avec Estelle Baruk, Kamel Kadi, Marie Esparbes.

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Suivez Colombo et ses amis dans une enquête aux frontières du réel. Eux aussi avaient parié que ça n'existait pas...

Ces réalisations ont pu voir le jour grâce au concours du Comité des Activités Nouvelles, qui servait de support logistique au CJS, aux subventions de la Municipalité et à l'aide matérielle de la Cinémathèque. Ces films étaient tournés en 16 mm, avec une piste magnétique couchée sur la pellicule. On pourrait se poser la question de savoir pourquoi utiliser un format aussi cher ? Tout simplement pour bien montrer que c'était un travail important et que l'enjeu était celui d'un vrai film, que l'on pouvait présenter dans une vraie salle de cinéma, au France.

Sept réalisations eurent lieu entre 1976 et 1980. Toutes avaient pour points de départ une histoire inventée par la classe, et la réalisation du film était l'aboutissement de tout un travail d'imprégnation, qui durait toute l'année scolaire: Voir, comprendre, analyser, écrire en images (story-board) puis tournage.

1976: Jeu de kart - 20 minutes: des élèves construisent un kart avec la classe d'André Gramaize à l'école de Côte-Chaude (Prix du scénario de Montbrison)
1977: Le cyclo-cross des cascadeurs - 20 minutes: fiction avec les élèves de Côte-Chaude d'André Gramaize
1977: Le cartable à roulettes - 13 minutes: fiction avec les élèves de CM2 de l'école de la Jomayère dirigée par Louis Chardon
1978: Il était une fois à Côte-Chaude - 20 minutes: fiction avec les élèves de la classe-atelier d'André Gramaize
1979: Les Robinsons de la Jomayère - 20 minutes fiction avec la classe de CM2 de Louis Chardon à l'école de La Jomayère
1980: Entre chiens et chats - 10 minutes: classe CM2 du Cours Fauriel de Louis Chardon. Un film prémonitoire sur le racket à l'école.
1980: Ainsi Pont, Pont, Pont - 35 minutes: fiction avec la classe d'Alain Cigolotti de Jonzieux.

A partir de 1980, nous décidâmes de prendre des histoires écrites par des auteurs, puis de les traduire en images, selon la même méthode. Cinq films furent encore réalisés dont L'Oiseau-Lire et Le Vase de Chine (2). En guise de conclusion, si nous sommes arrivés à faire entrer le cinéma dans les établissements scolaires avec des pratiques très différentes, je peux regretter de n'avoir pu trouver une écoute et des moyens pour créer des ateliers de production semblables à celui de Folimage, alors que l'ensemble des responsables cinéma de la région  Rhône-Alpes de la Ligue Française de l'Enseignement avait participé à la première production professionnelle de Jacques-Rémy Girerd: Pouce on tourne...

NdFI:

(1) L’OROLEIS est une association qui promeut le court métrage, en aidant notamment à la réalisation et à la production de courts métrages.
(2) L'Oiseau-Lire (1991) et Le Vase de Chine (1989) ont été tournés avec les élèves d'André Picon et de Danièle Beaumont (école des Ovides) sur des scenarios de Michel Aubrun.