Thursday, July 02, 2020

Le 27 mars 1969, Edgar Faure, ministre de l'Education, annonçait à Michel Durafour, Lucien Neuwirth et Antoine Pinay que Saint-Etienne aurait son université. Elle prit le nom de Jean Monnet, « père de l’Europe », vingt ans plus tard. Alors qu'il avait été initialement prévu de bâtir un grand campus à La Métare, qui ne regroupera finalement que la partie scientifique et l'IUT, les enseignements de Droit et de Lettres, pour débuter, furent installés sur ce que l'on appelle aujourd'hui le campus Tréfilerie, du nom de la rue qui le traverse et qui rappelle le travail des métaux dans les usines qui s'y trouvaient autrefois. C'est le campus le plus central de l'UJM, s’étendant sur une surface de 24 455 mètres carrés et comptant six amphis.

Ils le furent temporairement dans l'ancien bâtiment frigorifique des glacières municipales. Ce bâtiment existe toujours ; c'est celui qui est à l'angle des rues Tréfilerie et Richard, agrandi dans les années 1990 par Cimaise architectes avec « une greffe d’apparence moderne ». En l'occurrence un « bâtiment à la structure en acier et verre [venant] recouvrir l’édifice d’origine en formant une vague », comme s'enroulant sur le toit. Une bien belle réalisation, l’arrondi de la nouvelle structure jouant avec la géométrie de l’ancien bâtiment.

/Pierre Faurand

Sur ce site de Tréfilerie donnant sur la Grand’rue (rue du Onze Novembre sur ce tronçon, anciennement route d'Annonay) se trouvait autrefois la caserne Rullière. Elle avait été construite de 1847 à 1855 par l'architecte Gérard et portait le nom d'un colonel d'infanterie (1787-1863) devenu ensuite député de Haute-Loire, ministre de la Guerre puis député des Bouches-du-Rhône. Cette caserne, qui abrita longtemps le 38e RI, le plus célèbre des régiments stéphanois, fut démolie petit à petit pour construire les bâtiments destinés à accueillir les unités d'enseignement de Droit et de Lettres – en attendant cette dernière quitta le bâtiment des anciennes glacières pour s'installer un temps rue Francis Baulier dans le bâtiment qui, plus tard, accueillerait la Maison de l'Université (1977) et désormais le campus de Science Po Lyon.

Tout à côté, une autre caserne, la caserne Desnoëttes, fut également démolie pour accueillir la Bibliothèque Universitaire et la Maison de l'Armée, rue Voltaire, qui fait qu'aujourd'hui – nonobstant les militaires de l'EDIACA et les gendarmes – que Saint-Etienne n'est pas complètement un « désert militaire ».

Les architectes de ce projet furent ceux du site de La Métare: Pierre Dufau, Ferraz et Seignol. La pose de la première pierre eut lieu le 14 janvier 1970. Les Lettres s'installèrent rapidement en octobre de cette même année. Ce fut plus compliqué pour les juristes et les économistes, la tranche des travaux les concernant prenant du retard, beaucoup de retard... Le chantier de la BU, lui, débuta en 1974. Trois ans plus tard était débuté celui de la Résidence universitaire de la Cotonne, une sorte de "Woodstock" pour certains qui y ont (bien) vécu... Le Resto U fut construit par l'Etat sur le parking remplaçant un des blocs de la caserne Rullière...

Un des patios du campus dans les plus anciens bâtiments, aménagé il y a quelques années (archives FI)

Le Resto U depuis la rue du Onze Novembre (Pierre Faurand)

La Bibliothèque Universitaire a connu ces dernières années une restructuration (avec une extension de quelque 1500 mètres carrés) réalisée par l'Agence Ferret-Dutreuil, qui avait déjà travaillé sur celle de la fac de Science à La Métare à l'aube des années 2000. La Maison de l’Université a quant à elle déménagé dans un nouveau bâtiment, au 10, rue Tréfilerie. Elles furent inaugurées le 1er avril 2011 en présence de Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Le président de l'UJM était alors Khaled Bouabdallah et le maire, Maurice Vincent, ancien président qui, dans son allocution, se félicita de ces deux bâtiments « attendus de longue date » et qui « contribuent grandement à l'amélioration des conditions d'études des étudiants et de travail des personnels ». Certes, celles et ceux qui ont fréquenté le campus dans les années précédentes peuvent mesurer le chemin parcouru.

La BU en chantier (archives FI)

Son Atrium (archives FI)

La Maison de l'Université et des étudiants (au nombre de 6500 environ à Tref' au moment de l'inauguration), a été conçue par Christian Schouvey. Elle a été pensée pour être la vitrine de l'UJM en même temps qu'un symbole du renouveau de Saint-Etienne. Ce bâtiment de 6 étages, 4000 mètres carrés de surface utile, ayant coûté 11 millions d'euros (dans le détail 3,5 pour la Région, 3 pour l'Etat, 2,5 pour Saint-Etienne Métropole, 1 pour le Département et 1 pour l'Université), ne passe pas inaperçu. Sa façade est couverte de brise soleil de forme alvéolaire losangée, réalisés en lame de cuivre disposés selon un angle de 45° par rapport à la façade, de façon à protéger du soleil tout en conservant pleinement la vue. Ils forment comme un rideau au bâtiment quand, à l'angle des rues Chevreul et Tréfilerie cette fois, a été disposée une sorte de rotule complètement recouverte de cuivre sculpté qui correspond à l'emplacement de la salle culturelle d'une jauge de 180 places. Plus au Sud, un escalier entièrement habillé de caillebottis métalliques apparaît comme emballé dans un voile. César, trophée, totem... allégorisait alors l'UJM dans sa présentation.

 

/Pierre Faurand

/archives FI

En 2015 avait été annoncé le nouveau contrat de plan Etat-Région concernant notamment le réaménagement du campus. Un article de presse du 6 mars 2017 a précisé les changements qui interviendront à l'horizon 2021, le plus notable étant la construction d'un bâtiment de 3700 mètres carrés sur deux ou trois niveaux à l’angle des rues du Onze Novembre et Édouard-Vaillant, en face de la BU. Début des travaux en 2019. A suivre, bien sûr.

/Pierre Faurand

Non loin du campus Tréfilerie se situe le site Denis Papin de l'UJM, au numéro 21 de la rue. Ici se trouvait le célèbre Vélodrome de Saint-Etienne (1925 à 1961) comme en témoigne à l'entrée une plaque rendant hommage à Roger Rivière. Les lieux furent ensuite habités par une entreprise de fabrication d’appareils de mesures électriques, jusqu’en 1991, avant que l'Université ne les investisse. Les bâtiments ont été réaménagés sous la direction de l’architecte Michel Lassagne. En 1995 un amphithéâtre est ouvert et à partir de 2003 plusieurs entités rejoignent le site : le Service universitaire de la formation continue (SUFC), la faculté d’Arts Plastiques, le service des relations internationales et le Centre international de langue et civilisation (CILEC). S'y tiennent aussi des conférences de l’Université pour tous. L’ancien gymnase dévolu aux étudiant(e)s a été démoli et une nouvelle Halle des sports construite par l'Agence Ferret-Dutreuil déjà citée. Fin 2010, à la pose de la première pierre (celle-ci étant la dernière pierre extraite des fondations du Vélodrome) 4 étudiants sur 10 de l'UJM étaient inscrits à une activité sportive. D'un coût de 4,74 millions d'euros (3,5 millions de l'Etat), elle a été inaugurée en 2012, avec un accès par la rue Désiré Claude.

/Pierre Faurand

Sources: La force de la Volonté, ouvrage de Jacqueline Bayon et Guillaume Mathieu sur la naissance et l'affirmation de l'université de Saint-Etienne (octobre 2009). La description de l'extension du bâtiment des Glacières emprunte au site internet des architectes du projet. Pour la partie militaire, bulletin des Amis du Vieux Saint-Etienne d'avril 2002. Forez Info : dossiers de presse et textes d'allocutions communiqués par l'UJM et autres à l'époque de l'inauguration de la BU et de la Maison de l'Université. La Tribune-Le Progrès en bref pour le projet à venir. Egalement consulté, Guide d’architecture Saint-Etienne-Firminy de Jörn Garleff et Luc Pecquet (2011).

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