Thursday, September 24, 2020

Article publié en 2008. Il s'agit ici de l'ancien espace muséographique.

Capitale mondiale de la boule de pétanque et berceau des marques JB et OBUT, Saint-Bonnet-le-Château possède depuis 1991 un musée spécialement consacré à la pétanque en particulier et aux boules en général. Situé dans un ancien bâtiment de la société Souvignet, à  l'origine de la marque OBUT, on le doit à  Robert Souvignet.

 Le premier étage du Musée s'attache à  retracer avec humour et tendresse la longue histoire du jeu de boule. Le visiteur découvre d'abord le vocabulaire familier des joueurs de pétanque ou de boule provençale. On parlera d'un "carreau de comptoir" quand les pétanqueurs racontent leurs exploits  autour d'un verre. La vérité est parfois loin. Et de plus en plus loin plus on se rapproche de la Bonne Mère. Au pays de Pantagruel, les expressions empruntent aussi beaucoup au verbe "manger". "Manger la boule" désigne les encouragement prodigués au tireur de la "Sainte-Trinité". Qui peut-être épatera la galerie s'il "mange le bouchon" en réalisant une série de très beaux points. A moins qu'il ne secoue le tapis... Les joueurs du dimanche apprendront aussi que, dans les règles de l'art, le milieu, entendez le capitaine, ne doit tirer qu'en second quand son canonnier a épuisé ses munitions.


Et voici justement un marin. Sir Francis Drake sur le pont tient à  terminer sa partie alors que la Grande y Felici­sima Armada de Philippe II pointe à  l'horizon. Fanny pour les Espagnols. C'est le "point de l'Anglais" quand il paraît facile mais qu'il nécessitera de nombreuses boules pour l'emporter. La dernière fois en l'occurrence, c'était en 1066.  Aux côtés du corsaire, un autre grand capitaine est dessiné en la personne de Turenne. Les joueurs qui utilisent une paille pour mesurer la distance de l'une ou l'autre boule avec le cochonnet mesurent-ils aussi ce qu'ils doivent au stratège de Turckheim ? Efforçons-nous de le penser avec l'écrivain stéphanois Jules Janin: " Ainsi est fait ce peuple de France; il s'attache  à  ses grands hommes par le plus modeste côté de leurs vertus. Il ne sait plus que confusément les batailles de M. de Turenne; mais jusqu'à  la fin de l'histoire de France vous entendrez raconter, comme une grande affaire, la contestation du jeu de boule" (Un hiver  à  Paris, 1843).

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Pour les péchés il y a  Martin Luther, père de la Réforme, qui a tôt fait de transformer un jeu de quilles en un outil de prédication. Les quilles étant dotées chacune d'un nom de péché pour inciter le joueur (im)pénitent à  une morale meilleure. On termine avec le superbe carreau des gardes nationaux de Marseille qui s'amusaient à  jouer avec boulets près d'un dépôt de munition: 38 morts. " C'est le bilan le plus meurtrier de l'histoire des boules", indique la légende de la gravure.

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Le musée, on l'aura compris, n'est pas consacré uniquement à  la pétanque, ni même à  la boule. Il expose aussi de nombreux autres objets, billes, pierres, quilles et palets utilisés dans divers jeux ou disciplines sportives. Car la boule est universelle, depuis que le monde est monde et quand bien même il ne tournerait pas rond ! En Italie, il y a le Bocce, qui se pratique en intérieur comme à  l'extérieur, et ses boules synthétiques légères et colorées. Il se pratique aussi en Amérique du sud où il connaît un grand succès. Le Curling, plus connu car discipline olympique, se pratique avec une pierre de près de vingt kilos qu'on fait glisser sur la glace. Le but étant d'approcher au plus près la maison-cible. Citons encore le Palet breton, à  ne pas confondre avec la Boule bretonne, la Boule flamande et la Bourle. Cette-dernière a la forme d'une boule plate en bois. On l'a fait rouler sur la tranche et le but du jeu est d'atteindre l'étaque, ou bien de la placer pour empêcher l'adversaire de s'en approcher. Parmi les nombreuses pièces, notons encore une bille romaine du IIIe siècle de notre ère, en provenance des Thermes de Timgad, dans l'ancienne Numidie (Algérie), et la plus grosse bille en ciment jamais réalisée.

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" Quand une partie commence, c'est un village qui naît"
Yvan Audouard
Le Musée propose aussi des extraits de films: "Romarin" (1936), "Maurin des Maures" (1932)... et affiche sur ses murs de nombreuses personnalités "in action":  Lino Ventura, les gendarmes de Saint-Tropez, Yves Montand, Bourvil, Noiret, Eddy Mitchel, Yves Mourousi...

La Pétanque est née officiellement avec un premier concours en 1910 à  La Ciotat. Trois ans plus tôt, des joueurs avaient décidé de garder les  pieds tanqués, c'est-à -dire les pieds posés au sol, par opposition au Jeu provençal où le joueur garde un pied en l'air, soit au point soit au tir puisqu'il faut courir, comme dans la Lyonnaise. La plaque qui rappelle l'évènement sur le terrain Béraud a été inaugurée le  18 août 1979 par Georges Souvignet, maire de Saint-Bonnet le Château et Georges Roman, maire de la ville provençale. Aujourd'hui, avec plus de 376 000 licenciés, la pétanque se place au 6e rang des fédérations sportives françaises après le football, le tennis, le judo, l'équitation et le basket. Sur une mappemonde, des petites pastilles en couleur indiquent  le nombre de licenciés sur les 5 continents. Le Maroc et la Thailande comptent entre 1000 et 5000 licenciés. Il y en a de 500 à  1000 au Mali et aux Etats-Unis et de 5000 à  10 000 en Grande-Bretagne. De quoi mieux apprécier ces propos de Marcel Pagnol: "Il nous restera la fierté d'avoir inventé ce jeu magnifique qui en faisant le tour du monde travaille modestement, mais surement, pour le rapprochement des peuples, c'est à  dire pour la paix."

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Fanny en tissu
A  voir aussi une des premières photographies de fanny sur soie

Bien sûr, le règlement officiel du jeu de pétanque est affiché: 3 joueurs contre 3 joueurs avec deux boules chacun (triplettes), 2 joueurs face à  2 joueurs avec trois boules (doublettes) ou 1 joueur contre 1 joueur avec trois boules (tête à  tête). Les boules de pétanque doivent être agréées par la Fédération. Elles sont en métal et doivent avoir un diamètre compris entre 7,05 cm et 8 cm. Leurs poids est compris entre 0,650 kg et 0,800 kg. Le jeu se déroule sur tous terrains et la partie se déroule en 13 points...

La Lyonnaise quant à  elle, anciennement "jeu national" et aujourd'hui "Sport boules", a pris son essor dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il compte aujourd'hui 19 comités régionaux et 75 comités départementaux regroupant 3300 associations et 130 000 licenciés. Il se pratique avec des boules d'un  diamètre supérieur à  celui de la pétanque: de 88 à  110 mm et un poids de 1300 g maximum.

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Si le passé est justement mis en valeur, des moyens vidéos, au 2nd étage, permettent de comprendre le process de fabrication d'une boule de pétanque moderne. Mais avant d'en arriver à  la Match 110 NO d'OBUT, ou l'OBUT Bi-pôle avec sa "strie qui évacue l'onde de choc", il nous faut évoquer brièvement leurs glorieuses aïeules.

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Les premières, plus ou moins sphériques, étaient en pierre, puis en bois jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle. La boule en bois de buis fut ensuite renforcée par une véritable carapace cloutée. Un véritable travail d'artiste, pas plus de quatre ou cinq  paires fabriquées par jour par un artisan, et qui variait d'une région à  l'autre. A Lyon, par exemple, on ferrait carré alors qu'à  Grenoble la tête de clou était bombée. Vint la (circum) révolution  avec la " Boule Intégrale" en bronze de Vincent Mille et Paul Courtieu en 1923. Réalisée en fonderie, la fabrication dès lors ne fut plus artisanale mais industrielle. En plus des boules de nombreux champions, Alain Angelvin, René Macari ou Henri Lafleur, le musée garde un véritable petit trésor. Les Intégrales de Fernandel dans leur banaste (1935). Elles ont dégommé maintes fois celles de Raimu ou Pagnol. C'est avec ces boules que le grand acteur planta un véritable carreau, non truqué, dans le premier plan de son dernier film: "Heureux qui comme Ulysse". Elles furent remises par le fils de l'acteur en 1992 à  Robert Souvignet, PDG de la Société OBUT.

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Après l'Intégrale, en 1927, Jean Blanc et Louis Tarchier inventaient à  Saint-Bonnet-le-Château la boule en acier. Le brevet fut déposé quelques années plus tard, donnant naissance à  la société JB qui possède son usine à  côté du musée. Sur trois écrans, le spectateur assiste à  la mise en forme et à  la fabrication d'une boule de pétanque moderne OBUT, de la préparation au  traitement, en passant par le tournage. La vidéo débute par le cisaillage en lopins d'une barre d'acier, porté à  incandescence  et écrasé en disque par une presse de 400 tonnes, pour former ensuite  une coquille creuse. Deux demi sphères sont ensuite assemblées et soudées par un arc électrique pour former une boule. Le tournage transforme ensuite l'ébauche en une boule parfaitement lisse. Le striage, éventuellement, trace les lignes sur son pourtour et le marquage l'identifie avec son label et caractéristiques. Le traitement thermique assure la dureté souhaitée et, pour finir,  le polissage et le traitement de surface avec un dépôt de nickel et de chrome doivent la protéger de la corrosion. Elle sera ensuite soumise au rail de contrôle pour vérifier qu'elle n'a pas été "farcie", c'est à  dire que du mercure n'a pas été introduit à  l'intérieur.

La visite se termine avec une dernière vidéo où des grands champions prodiguent leurs conseils. De quoi  vous insuffler, peut-être, la passion des concours officiels.