Thursday, November 26, 2020
Le Musée Alice Taverne, en plein coeur du village d'Ambierle, présente la vie quotidienne et les traditions du Roannais et du Forez aux XIXe et XXe siècles, à  partir de collections rassemblées par une femme assez remarquable: Alice Taverne (1904-1969).


Alice Taverne appartient à  cette longue chaîne de chercheurs foréziens, avec le docteur Noëlas, Smith ou encore Gras et Prajoux, qui n'eurent de cesse, avant qu'elles ne soient définitivement perdues, de collecter et consigner les coutumes, croyances et légendes de leur pays. Sa passion survit en un lieu qui se visite et qui garde précieusement de nombreux objets patiemment rassemblés.  Alice Taverne, la dame du musée qui se disait "servante", a signé seule ou avec son père un certain nombre de publications dont Coutumes et superstitions foréziennes et Les vendanges en Roannais en 1939. D'autres écrits ont été complétés et collationnés par Robert Bouiller dans les années 1970.


Elle était née le 23 mars 1904 à  Balbigny. C'est son père, Louis Taverne, né en 1875, qui l'aurait initiée au folklorisme, au moment où celui-ci devient ethnographie, et aux prospections archéologiques. Louis Taverne, candidat malheureux à  l'entrée à  Polytechnique, est employé à  la Compagnie des chemins de fer du PLM. Il est affecté d'abord à  Saint-Chamond puis à  Balbigny, et Paris à  partir de 1906. Il s'intéresse tout particulièrement à  l'aviation naissante. Dans la capitale, Alice, fille unique, arpente les couloirs des musées et suit les conférences de Charcot et autres. En 1930, ils reviennent tous deux à  Ambierle. Louis Taverne est veuf, à  la retraite, et sa fille âgée de 26 ans.

Préoccupés par la disparition des coutumes,  et sous l'inspiration du Roannais Paul Fortier-Beaulieu, directeur d'usine mais aussi historien local et auteur de Mariages et Noces campagnardes dans les pays ayant formé le département de la Loire : Roannais, Forez, partie du Beaujolais, Jarez (1937), ils travaillent d'abord à  recueillir tout ce qui a trait aux coutumes du mariage en Forez, puis dirigent leurs recherches sur les traditions roannaises et foréziennes, selon le modèle ethnographique d'Arnold Van Gennep. Non seulement ils collectent les témoignages oraux, mais aussi des meubles, outils et ustensiles, jusqu'aux  objets habituellement non collectionnés à  cette époque, et des vêtements traditionnels, plus d'une quarantaine, avec leurs accessoires : costumes de bergère, vêtements journaliers ou de fête, et encore deux cents coiffes et pièces de broderies et dentelles. Alice Taverne s'intéresse aussi beaucoup aux techniques artisanales, celles des maçons, des scieurs de long, charpentiers et menuisiers... Elle rassemble des outils que l'on peut encore voir au musée.

A la mort de son père, survenue en 1946, Alice Taverne oeuvre sans répit à  la création d'un musée du terroir n'hésitant pas à  vendre la maison familiale pour pouvoir acquérir une ancienne maison de maître des XVIIe-XVIIIe siècles, transformée vers 1895 en institution religieuse. Elle achète le bâtiment en 1950, le retape, s'y aménage deux pièces à  vivre et travaille sans relâche à  la création des salles thématiques du futur musée. En 1951 des salles sont déjà  ébauchées et ouvertes au public. L'année suivante, le préfet  inaugure le Musée de la Paysannerie et de l'Artisanat forézien, devenu le Musée Alice Taverne à  la mort de sa fondatrice.


Au rez-de-chaussée, inaugurant la visite, du mobilier des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, buffets et grand vaisselier à  horloge centrale notamment, ce dernier provenant de la collection Noëlas. Nous avons déjà  mentionné plusieurs fois, dans nos articles, ce médecin et érudit (Frédéric Noëlas, 1830 - 1880). On remarquera sur et au pied de ce meuble les récipients en céramique qui servaient autrefois pour les conserves alimentaires, et les grands saloirs, sortes de grosses cruches rondes utilisées pour conserver la viande dans le sel. Dans une troisième salle, consacrée au mobilier du XIXe, trône un chef-d'oeuvre de marqueterie d'Antoine Fayet, offert au musée en 2011. Né en 1866, décédé en 1940, Antoine Fayet était un ébéniste de Saint-Martin-d'Estréaux, justement distingué par la Chambre de métiers de l'arrondissement de Roanne. Un autre meuble remarquable des années 1890 est celui d'un vigneron, dénommé Barnaud.


Les autres salles évoquent la fabrication du pain, les travaux agricoles, dont la culture de la vigne, l'épicerie de village, etc. Une multitude d'objets sont réunis qui reproduisent en détail les décors typiques de nos campagnes d'autrefois: petits moulins familiaux, céramiques domestiques, rouet, pots à  lait, baquet de bois, lit-armoire, affiches anciennes, balances... La petite épicerie (installation de 1970) rappelle le souvenir d'un commerce ambierlois ouvert de 1840 à  1970 ! Si sa grande banque-comptoir date du règne de Louis-Philippe, la plupart des objets et ustensiles présentés sont, eux, de la première moitié du XXe.

Il y a de quoi lire et voir, bref, meubler sa culture ! Saviez-vous que le gland du chêne, séché et grillé (appelé gland doux), donnait un semblant de café ? Et connaissez-vous Bonhomme Vincent ? C'est une brioche en forme de bonhomme confectionnée lors de la Saint-Vincent, patron des vignerons, le 22 janvier. Cette tradition perdure de nos jours dans le Roannais.
 
Plaque émaillée publicitaire pour le malt Kneipp, une boisson d'imitation du café

On emprunte un escalier pour visiter à  l'étage les salles exposant les collections de vêtements, et celles créées par Alice Taverne, sur la manière d'habiter, conservées dans leur disposition d'origine. Dans la montée d'escalier, on s'arrête un instant devant le petit espace intitulé " Chez Jean Fougère". Il expose, entre autres, les outils de ce rhabilleur d'horloges de Saint-Germain-Lespinasse.

Les salles sur le thème du vêtir évoquent le travail patient des dentellières, des cordonniers, le travail du cuir. Elles présentent des costumes militaires, les belles pèlerines en laine de marque "Le Gaillard" (Roanne), des vêtements d'enfance, de baptême, de communion, de mariage et de deuil. On remarquera une belle enseigne (une huile sur toile, sur bois) qui signalait autrefois à  Lay l'activité de sage-femme ("accoucheuse" on disait alors) de Mme Chaumette (1866 - 1949).


Les autres salles, sur l'habitat intérieur notamment, contiennent quant à  elles quelques pièces et souvenirs étonnants. Ainsi chez le rebouteux, un fac simulé réalisé par Alice Taverne d'une poupée de fixation (ou statuette d'envoûtement) percée d'épingles, de l'eau de vie de vipères (efficace contre les coliques), une boîte à  crapaud (ingrédient indispensable à  tout ensorceleur). La chambre de Jean-Marie Gachet, ancêtre d'Alice Taverne, maître chirurgien juré (fin XVIIIe), est reproduite à  partir de meubles de la famille Taverne. Y prend place un crâne et un oiseau empaillé qui rappellent les recherches de Louis Taverne sur la morphologie des os humains et le vol des oiseaux. A l'entrée d'une chapelle reconstituée, il y a la croix Charmette, en bois, autrefois située aux confins d'Ambierle, Saint-Rirand et Saint-Haon-le-Vieux. Elle possède une petite niche dans laquelle il fallait déposer deux sous pour ne pas s'égarer dans les bois. Dans la classe d'école, un bureau portent encore, gravées dans le bois, des signatures d'élèves et des dates de 1860 à  1920... Une vitrine montre les jeux et jouets de 1890 des enfants d'une famille aisée, les Alcock, dont une grande Tour Eiffel à  monter soit même...


Rameaux garnis foréziens (d'Urbise, Chalmazel...) offerts aux enfants lors de la fête des Rameaux, piqués dans une pomme et censés préserver des mots de dents durant un an...

La visite des expositions permanentes s'achève au rez-de-chaussée avec l'évocation des scieurs de long, de l'architecture forézienne et roannaise (dont les grands couverts bien sûr), les signes de protection campagnards, les métiers de la forge, le travail du sabotier... Dans la cour intérieure du musée est présenté le gros matériel agricole: chars, herses, charrues...

Le musée est ouvert tous les jours, sans exception, du 1er février au 30 novembre, de 10h à  12h et de 14h à  18h.
04 77 65 60 99