Thursday, September 24, 2020
  Le musée rural d' Usson-en-Forez fait toute une histoire de notre passé. Il est juste de lui faire un peu de place sur nos pages.

Nous faisons toute une histoire du passé. A lire la devise (presqu'un manifeste !) de l’écomusée d’ Usson-en-Forez,  le visiteur est en droit d’attendre beaucoup de ses déambulations. Au premier abord l’aspect extérieur du lieu laisse présager d’une bonne visite. En effet le musée rural abrite ses collections dans les anciens bâtiments d’une congrégation religieuse, celle des sœurs de Saint-Joseph. L’ensemble forme donc une sorte d’enclos pour le moins sympathique enserrant en son centre « le jardin de curé » aux mille fleurs, des arbres et des coins de verdure. La « tour-Belvédère », vestige du château des seigneurs de Baffie s’élève à un des angles et témoigne de la longue histoire de l’antique Icidmago aux confins de trois provinces, sur la voie Bolène et le chemin de Saint-Jacques. Le décor est planté mais avant d’entrer rendons hommage à Mr Alex Folléas qui fut un peu à Usson ce que Mme Martel fut à Montbrison en offrant à la petite ville 2000 objets, marquant ainsi, en 1985, le début de l’aventure du musée.



Nous commençons la visite par une expo temporaire vachement bien consacrée au travail de l’artiste Christian Malcourt. « Vachement » c’est justement le nom de l’expo que nous avons visité lors de notre venue (en 2005) puisque l’artiste avait croqué sous toutes les coutures (de profil, de face, portraits en pied, visage, nature ou typée, seule ou en famille) et de toutes les façons  à l’acrylique sur bois, sur toile, sur carton, bas-reliefs, sculpture…) la fidèle compagne du monde paysan. "J’aimerai, dit-il, dans cette exposition, leur donner (aux vaches) la juste place qu’elles méritent. Oublions un moment notre aveuglement pécunier quotidien et essayons de cerner ce que nous apporte cet animal. Lait, viande, cuir, en échange d’un abri et d’un peu d’herbe. Je crois que la transaction est plus qu’équitable. Apprécions tous ces bienfaits et espérons qu’elle traversera les siècles. Que nos descendants la contemplent, toujours généreuse et sereine, habiter nos campagnes. (...)"

Nous nous dirigeons ensuite vers une petite cour extérieure qui nous mène vers l’espace consacré à la ferme du début du XXe siècle. C’est un des atouts de l’écomusée que de permettre au visiteur de ne pas rester calfeutré à l’intérieur pour apprécier la vie quotidienne des habitants du Haut-Forez. Des outils de la vie paysanne sont réunis dans des étables à l’odeur caractérisque entre toutes: des fourches monoxyles (taillées d’un bloc dans un même morceau de bois), des herses, un bayard (c’est à dire une sorte de banc-civière pour tuer le cochon), une presse à foin et à paille de 1920, un tombereau, des biches à lait, tabourets à traire, sonnailles et cloches pour les boeufs (savez-vous quelle est la différence ?), jougs, semoirs… A noter encore la présence en période estivale de petits animaux, lapins et poussins (vivants !) que les petits matrus (ou les Parisiens) peuvent caresser.

 Sans titre, acrylique sur carton SPD 80 x 52,
Quant à nous, nous l'avons baptisé Marylin, Vach’art façon Warhol.
A quand la journée mondiale de la vacherie ?

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Une étrange petite roulotte de Saint-Anthème.
Il s’agit d’une cabane de berger sur roue.

Nous disons au revoir aux espiègles génisses déguisées en marguerites et nous regagnons l’ancienne chapelle de la congrégation où nous attendent une multitude d’autres objets de la vie quotidienne en provenance du Forez, du Velay, d’Auvergne et d’ailleurs : moulins à café, boites à café et à sel en fer blanc, pots à lait, quilles à jouer en bois de Saint-Etienne, catalogues manufrance, peignes, briques et appareils pour chauffer le lit, coiffes de nuit en coton, bouillotte réalisée avec un obus de la grande guerre, bouteilles en terre vernissée, cloches à beurre en terre cuite, cocotte en fonte, cannes de marche en jonc, en bois, en lierre ou en métal…



Des jouets étonnants, des objets de culte en miniature pour enfants,
 pour jouer « à dire la messe » et… susciter des vocations.

A l’étage nous sommes dans le domaine de « l’Eglise catholique en Haut-Forez », une exposition remarquable qui retrace les manifestations et pratiques religieuses du XIXe siècle à nos jours. Des photos nous offrent un aperçu de la diversité du petit patrimoine religieux : croix et calvaires en bois, en pierre ou en fer (parmi les mille croix de nos campagnes il n’y en a pas deux de semblables), petits oratoires, chapelles mais aussi vierges et signes de protection qui sont la grande spécialité des Monts du Forez. Grâce à une commande musicale, le visiteur est invité à écouter et décoder le langage des cloches réglant la vie des campagnes. Il peut apprendre ainsi à identifier l’âge d’un défunt avant le glas, entendre l ’ Angélus à midi et le soir (et ses trois séries de trois sons suivis de trente-trois coups à cadence rapide), l’ Avé Maria ou l’air d’ Au clair de la Lune, musique profane pourtant prisée lors des Baptèmes.

Il peut aussi découvrir ou retrouver les 1001 pratiques de la foi populaire, de la petite croix des champs plantées à la fin des semailles au monogramme du Christ gravé sur le linteau des portes, en passant par les images pieuses glissées dans les livres, les valises ou collées sur les murs, les souvenirs de pèlerinage (de Lourdes à Noirétable) et les bénitiers domestiques en faience, porcelaine ou émail. Et une foule d’objets étonnants. Savez-vous par exemple ce qu’est un chapelet scout ? Je m’empresse de vous faire profiter de ma science nouvelle, si comme moi vous n’êtes pas adepte de Baden P. Il s’agit d’une sorte d’anneau en fer porté au doigt comme une bague et qui porte sur son contour dix canelures et une petite croix. On le fait tourner autour de son doigt en utilisant un autre doigt, chaque canelure correspond à un Ave Maria et au terme des dix, la croix clôture le chapelet par un Pater Noster. Il y a aussi ces étranges petits souvenirs de défunts (avec des cheveux) et les reliquaires miniatures. De la foi populaire on passe à l’Eglise institutionnelle. L’occasion d’apprendre beaucoup sur le symbolisme du catholicisme : que symbolise l’autel dans l’église ? Pourquoi est-il recouvert de trois nappes de toile ? Quelles sont les cinq couleurs liturgiques ? A quelles fêtes correspondent-elles..?



Une tombe reconstituée avec les anciennes couronnes mortuaires.
De grande taille, elles sont décorées de perles colorées enfilées sur le fil de fer.

Après cette passionnante leçon de symbolisme, nous prenons la direction des métiers traditionnels, non sans nous arrêter un instant devant les centaines de sabots de bois décoratifs étalés sur un mur. C’est ici le règne du kitch : sabot marial, sabot kitsch avec photo de Romy Schneider, sabot-thermomètre, sabot-baromètre, sabot de Noël, sabot plein de billes, sabot avec lampe… Rigolo.

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 On passe ensuite aux « criminels », les scieurs de long des Monts du Forez, autrefois très nombreux dans la région et dont l’activité,
chaque année, donnait lieu à une véritable migration saisonnière durant neuf mois. Une autre activité traditionnelle, celle des dentellières est représentée et expliquée mais nous semble tout de même difficilement compréhensible sans un guide-conférencier. Au rez-de-chaussée, nous faisons connaissance avec le paillon de seigle qui sert à protéger les fromages et les bouteilles et avec le métier du charron (qui fabriquait les roues) expliqué par une vidéo.

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Après une pause à l’ombre d’un arbre, histoire de grapiller au frais les baies de cassis et de groseilles, et un tour dans le « jardin de curé » où les sarriettes et les roses trémières côtoient les alchémilles et les capucines, nous nous dirigeons vers le « trésor des contes ». Il s’agit d’une chambre à l’ancienne où le visiteur à côté d’un lit-armoire peut entendre quelques extraits de contes d’Henri Pourrat, l'auteur du célèbre « Gaspard des Montagnes ».

« Au temps des cochers » est la dernière exposition que nous visitons. Il s’agit d’une collection que nous devons à Mr Locca et qui est composée d’une vingtaine de véhicules à traction hippomobile: cabriolet à cul de singe, Phaeton jardinière, religieuse, omnibus d’un ancien maire de Veauchette, traineau d’un médecin de Saint-Bonnet-le-Château, corbillard, Victoria-Duc, Dog Cart etc.





Le célèbre petit métier à dentelle portatif
 L’omnibus et le cabriolet à cul de singe

Ainsi s’achève notre visite et nous comprenons mieux maintenant pourquoi l’écomusée a reçu de nombreuses distinctions dont un 3ème prix européen du musée. L’aspect du lieu, la richesse des collections, la mise en œuvre d’une muséographie contemporaine au service du patrimoine rural, le jardin intérieur, la tour-belvédère du haut de laquelle on peut admirer le paysage, tout est mis en œuvre pour offrir une très agréable et enrichissante visite.

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Renseignements pratiques :

Téléphone : 04 77 50 67 97

- Ouvert tous les jours de l’année (sauf le 1er janvier et le 25 décembre) de 14h 00 à 18h 00.
-Chaque premier samedi de chaque mois, le musée accueille les familles. Les enfants sont pris en charge par une animatrice et peuvent visiter le site d’une manière originale. Ils se verront remettre un carnet-découverte.
- Accueil des groupes sur RDV
- Service pédagogique pour les groupes scolaires
- Une boutique vous propose des livres régionaux et des objets soigneusement sélectionnés par le musée.