Thursday, September 24, 2020

Mireille Grivot, Bussiéroise, fille de gareur et auteure d'un Mémoire de maîtrise d'Histoire sur le tissage de la soie, évoque le Musée du tissage et de la soie de Bussières. Celui-ci a fêté ses 30 ans en avril 2008.

Bussières*, vous connaissez ?

Si vous êtes un vieil amoureux de la Petite Reine, vous vous souviendrez peut-être du célèbre critérium local qui vit concourir les grands de la (joyeuse) pédale, les Hinault, Anquetil et autre Merckx.

Si vous êtes un amateur éclairé de la sculpture du XIXe siècle, le nom de Denis Foyatier vous viendra forcément à  l'esprit. Sinon prenez-garde à  ce que sa Jeanne d'Arc ne chevauche depuis Orléans pour venir percuter votre mémoire défaillante.

Enfin si vous n'êtes qu'un curieux, ému par la petite histoire façonnée avec les mains et la sueur, alors Bussières vous accueillera à  bras ouverts pour vous raconter l'histoire fabuleuse des tisseurs de la soie**.

 

La navette, outil indispensable du tisseur

Il y a longtemps, les hivers étaient durs et longs et l'agriculture ne suffisait pas à occuper tous les bras. Au Moyen Age, les habitants de la contrée se mirent donc à  l'ouvrage et dès lors les montagnes du matin furent constamment ébranlées par le bistanclaque*** des métiers à  tisser. Les mains habiles des femmes, des enfants, des hommes, furent successivement marquées par les fibres du chanvre, du lin, du coton et enfin la maitresse fibre, la soie. C'est sous son règne que Bussières succomba aux ronronnements de la machine à  vapeur, aux sirènes de l'industrie.

Dans l'une des quinze usines qu'a connues le village, vous pourrez vous initier aux secrets du tissage, aux subtilités de la technique et du savoir-faire. Les bénévoles du musée, qui tous ou presque ont effectué leur carrière dans cette activité, vous invitent à  partager leur passion. Ils vous expliqueront comment, à  partir d'un cocon, on parvient à  tirer plusieurs kilomètres de fil. Puis vous comprendrez que le tissage, né de l'entrecroisement d'un fil de chaîne et d'un fil de trame, demande plusieurs opérations préparatoires. Les bénévoles vous montreront par exemple que les fils ne doivent pas s'entrecroiser au hasard et vous réaliserez ainsi combien l'invention du renommé Jacquard fut ingénieuse.

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Tordage manuel d'une chaîne
 

Ne vous découragez pas ! la visite, basée sur des explications claires, est simplifiée et illustrée par la mise en route des machines textiles. Car là  se trouve la richesse remarquable du musée : toutes les machines exposées, sans compter celles qui sommeillent dans les réserves dans l'attente d'une éventuelle renaissance, sont en état de fonctionnement. Dans l'espace central du musée battent encore plusieurs métiers à  tisser qui témoignent de l'évolution technique, du métier à  bras au métier automatique de quatre mètres de large. Là, au milieu de ces machines, au contact du bois et du métal de leurs montants, vous deviendrez le spectateur privilégié du ballet des navettes qui se croisent et s'éloignent, étourdi par le concert assourdissant des mille et unes pièces s'entrechoquant.

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Préparatifs pour l'installation de la machine à  nouer, mécanique qui remplaça à  partir des années 50 le tordage manuel.
 

Peut-être aurez-vous la chance de rencontrer, lors de votre venue, le grand chef d'orchestre de cet ensemble, M. Pierre Berchoux. Parce qu'il avait vu, à  la fin des années soixante, des tisseurs allumer de grands feux avec leurs métiers devenus inutiles, suite à  la grave crise du textile, ce petit homme aux grandes idées prit l'initiative de collecter et sauvegarder les outils et machines témoins de cette histoire locale. En 1977, il réussit, après avoir fédéré autour de lui une équipe de passionnés, à  ouvrir le premier musée du tissage. Le musée actuel, ouvert en 1997, propose entre autres des expositions temporaires, des démonstrations de bassine à  filer pour découvrir comment on obtient le fil de soie à  partir du cocon.

Notes:

* Les Montagnes du matin sont relativement peu connues des Foréziens, il n'est donc pas futile de préciser que Bussières se situe à  l'est de Feurs en direction de Violay, à  une dizaine de km de Panissières au sud et le superbe petit village de Néronde à  quelques km au nord.

** Bien qu'une rue du petit village voisin de Rozier-en-Donzy porte le nom des Canuts, les tisseurs de Bussières ne portaient pas ce nom qui reste attaché aux tisseurs lyonnais.

*** Le bruit caractéristique des métiers à  bras. A ne pas confondre avec le ciacapan, le bruit des métiers mécaniques.

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 Pour finir qu'on nous permette de rendre un modeste hommage à  M. Louis Muron. Journaliste et critique littéraire lyonnais, auteur de plusieurs biographies (de Georges Pompidou et Georges Bernanos en particulier), Louis Muron qui s'est éteint il y a trois ans environ était venu rendre visite, à  la demande du musée, aux habitants pour évoquer avec eux son roman inachevé Le chant des Canuts. Ce roman édité aux Presses de la Cité ne concerne pas à  proprement parler les tisseurs bussiérois dont on a déjà  dit qu'ils ne portaient pas ce nom de Canuts propre à  leurs frères lyonnais. Cependant c'est bien du même travail dont il s'agit, évoqué avec talent et minutie. L'action du drame se déroule à  Lyon pendant la célèbre révolte.