Thursday, December 02, 2021

Depuis la parution de cet article, André Longeon est décédé (ndFI)

André Longeon ne semble pas avoir cherché longtemps quelle forme donner à  sa vie professionnelle. Le modèle existait déjà  en la personne d'un père sculpteur.

Marius Longeon travaillait le bois et la pierre. L'église Saint-Louis de Vichy lui doit le Christ de son maître-autel et Saint-Etienne  les sculptures en relief de la rue Désiré Claude. Collé à  ses basques, l'enfant côtoie Lamberton (1) et décide qu'il sera lui aussi l'héritier des imagiers. Dès son plus jeune âge, en marge de sa scolarité, il suit les cours du soir et du week-end (six heures de pratique le dimanche) à  l'Ecole régionale des Beaux-Arts. De cet apprentissage du dessin et de la peinture avec Moulade, Salque (2)  et Batigne, il dit garder un bon souvenir malgré l'Occupation et le couvre-feu avec lequel il doit jouer pour assouvir sa passion. 

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Les industries traditionnelles de Saint-Etienne par Marius Longeon, rue Désiré Claude.
Le cycle, la passementerie et l'armurerie.
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Il côtoie également un certain Crémonèse, plus âgé que lui, un ancien élève de Rochette (3) connu pour avoir ridiculisé les historiens de l'art à  la fin des années 30.  Joanny Durand (4), originaire de Boen, et Machet sont ses professeurs de sculpture. Le premier a réalisé de nombreux monuments aux morts, notamment celui de sa ville natale.  Saint-Etienne lui doit le relief d'art déco de la future "Maison Gagnaire", rue de La Richelandière, et surtout, livré en 1922, le Mur du lycée Claude Fauriel. Des décennies plus tard, sous la municipalité Dubanchet, c'est un des élèves de Longeon, chargé de sa restauration, qui affublera Sainte Jeanne d'Arc d'une malheureuse moustache gauloise, avant que le ciseau ne rende vite son visage d'origine à  la pucelle d'Orléans.
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Denise Longeon, soeur de l'artiste
Ce dessin lui valut le prix de le prix de Deauville 

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A la veille de la Libération, André Longeon monte à  Paris. Il a 18 ans. Comme son père avant lui il a été admis à  l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs qui explore les arts graphiques et la sculpture ornementale de l'architecture intérieure. Bien noté, la progression de l'étudiant dans le cursus de l'école est relativement rapide. Il décroche le prix Jacquot, un prix de composition modelée qui l'exempte d'un an de service militaire et lui apporte quelques avantages pécuniers. Il a aussi le bonheur d'être hébergé chez George Hilbert, un artiste bien quoté pour avoir décroché le prix Blumenthal et futur membre de l'Institut, célèbre pour avoir toujours refusé de porter l'uniforme de rigueur. Dans l'atelier que l'artiste met à  sa disposition, il trouve de bonne conditions pour sculpter et commence à  se faire un nom. Il honore de premières commandes, notamment un buste du président d'Esso France.
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 Diplôme en poche, il entre ensuite au Cour supérieur d'histoire et de conservation des monuments anciens (Ecole des monuments historiques du palais Chaillot). Il travaille à  Notre-Dame et surtout au château de Vincennes qui a souffert des dégats considérables à  la Libération. Il participe à  la restauration des arcades entre les deux pavillons et rétablit avec ses compagnons les sculptures d'après les documents d'époque. Au milieu des années 50, il rejoint Autun où il reste deux ans en qualité de professeur. Il rejoint ensuite la Loire et le lycée Claude Lebois de Saint-Chamond en même temps qu'il se consacre  à  l'affaire familliale de Saint-Etienne. Sous la direction d'architectes (Béal, Gouyon...), il participe à  de nombreux ouvrages de restauration et de décoration dans des édifices publiques ou religieux. A Saint-Etienne, il travaille à  la Préfecture et à  l'Hôtel de ville surtout où il retape avec ses apprentis et compagnons toutes les moulures en stuc de la salle Aristide Briand. A Valbenoîte, il répare les chapiteaux de l'église et restaure les fonds baptismaux. 
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"Une présence fugace, on devine plutôt. Parce qu'il y a des choses qui sont mesquines. Jolie ? Oui si vous voulez, pfff... c'est de la sculpture..."
 
Mais c'est la statuaire qui occupe la majeure partie de son activité artistique. Il réalise une première grande statue du Père Champagnat. C'est celle de la chapelle du Rosey près de Marlhes, qu'il doit travailler à  l'extérieur pour des raisons de place avant que l'atelier d'Alexandre Breysse, dont il prend la succession, ne lui permette d'oeuvrer "au chaud" sur des blocs de grande taille. Huit mois de travail pour la tailler à  la broche dans du granit de Bicêtre !
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L'artiste travaillant sur la sculpture destinée à  La Valla
 
Il réalise pour La Valla-en-Gier, berceau de la communauté mariste, une autre représentation monumentale de Marcellin Champagnat. C'est encore à  André Longeon que Bourg-Argental doit son Saint François-Régis et les jardins Volpette de Saint-Etienne la belle sculpture de Notre-Dame des Jardins autrefois située dans la chapelle des Jésuites . Et des dizaines d'autres, des centaines même (il ne sait pas combien) éparpillées aux quatre coins de la France, de Bobigny à  la Sainte Baume, de Tartaras à  Notre-Dame de la Garde.
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Le souvenir de Joanny Durand, représenté ici aux vendanges avec toute sa famille.
 
De toutes tailles et de toutes natures, elles sont en bronze ou en bois, en marbre ou en pierre, taillées directement à  même la matière ou le plus souvent à  partir de maquettes: des bustes de personnalités, des libertés, des amours, des allégories de toutes sortes, des statuettes classiques ou modernes pour l'ornement des églises, des bretagnes de cheminée, des médailles, des pleureuses pour  les tombes, des reliefs pour immeubles particuliers ou fontaines...
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Elles ne portent pas son nom en toutes lettres mais une marque caractéristique qui relie l'artiste contemporains à  ses glorieux prédécesseurs des temps médiévaux. A Saint-Etienne son oeuvre la plus célèbre, choisie par la municipalité parmi vingt autres projets, se trouve en plein centre-ville à  deux pas du cinéma Le Royal. Il s'agit du Monument Jean Moulin (buste en bronze sur socle de pierre, inauguré en 1983) représentant le chef du C.N.R. avec son célèbre chapeau et son écharpe.
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Aujourd'hui âgé de 82 ans, André Longeon, par ailleurs père de quatre enfants, nous fait visiter son "bazar" encombré de centaines de maquettes. " Voilà ... vous voyez, c'est pas trop mal, dit-il, j'ai un peu travaillé."

"Il n'y a pas de stagnation chez un véritable artiste, il cherche sans cesse un autre mode d'expression - exemple Picasso. Il faut un renouvellement même si l'on a de la suite dans la conception des choses : on ne peut jamais se contenter d'un acquis, il faut chercher plus loin quelque chose. C'est ça la création... On peut concevoir la sculpture comme un bloc où court une lumière blonde, une forme que vous aimeriez caresser diversement comme un élan aéré traversé par la lumière; suivant votre tempérament, votre humeur, vous vous pencherez l'une vers l'autre; ce qui compte, c'est l'amour que vous apportez à  accomplir votre désir intuitif ou commandé, mais toujours construit..." (André Longeon, cité dans Coeurs de pierre de Françoise Goyet et Philippe Malot).
 
Notes:
1) Le moins inconnu des sculpteurs et peintres stéphanois, auteur notamment de la Muse, square Massenet, et de la salle des mariages de la mairie, qui porte son nom.
2) Salque est l'auteur à  Saint-Etienne du monument aux Maquisards et Résistants de la Manufacture d'armes.
3) Alfred Rochette a notamment signé le monument aux morts de la place Fourneyron, le monument du pasteur Comte et le buste en bronze de Geoffroy Guichard.
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