Wednesday, June 03, 2020

Mémoires d'une ville industrielle

En France, la première guerre mondiale a marqué les débuts d'une politique publique de l'immigration : pour combler les vides causés par la mobilisation, et dans le cadre d'un effort de guerre important, les pouvoirs publics doivent faire appel à  de la main d'oeuvre étrangère et en provenance des colonies. La « main d'oeuvre coloniale » doit permettre aux industries liées à  la Défense nationale de fonctionner à  plein régime. C'est d'ailleurs le Ministère de la Guerre, dont la Direction des troupes coloniales est dotée d'un « Service de l'organisation des travailleurs coloniaux en France » qui recrute les travailleurs indigènes et les encadre. A Saint-Chamond, la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine, dont l'activité principale est l'armement, se voit ainsi attribuer un détachement de travailleurs kabyles.

 

Légendes des photographies:
AMSC = Archives municipales de Saint-Chamond
ADL = Archives départementales de la Loire
MMLL = Médiathèque municipale Louise Labé


1. Au temps de la « main d'oeuvre coloniale »

Pour les loger, un cantonnement est construit en 1917 à  la Varizelle : de grands corps de bâtiments dont les murs de pisé de mâchefer mesurent 15 centimètres d'épaisseur, et un logement pour les officiers qui encadrent ces travailleurs coloniaux. Quelques entreprises locales bénéficient également de cet apport de main d'oeuvre, comme par exemple les établissements Meyer et Cie, auprès desquels un détachement de 30 travailleurs algériens est mis à  disposition en 1917.

Ces travailleurs, recrutés pour le temps de la guerre, doivent être rapatriés en Algérie au terme de leur engagement avec l'entreprise qui les emploie. Mais un certain nombre d'entre eux préfèrent rester en France pour chercher du travail, et les rapports faisant état de la « disparition » de travailleurs coloniaux ne sont pas rares.



Rapport sur la disparition d'ouvriers kabyles (1916)
/ ADL
 
En 1939, comme cela avait été le cas lors de la première guerre mondiale, le plan Mandel (du nom du ministre des Colonies) prévoit l'appoint de 300 000 travailleurs coloniaux à  l'effort de guerre en France. Ces travailleurs dépendent désormais du ministère du Travail, et sont considérés comme de la main d'oeuvre civile réquisitionnée pour le temps de la guerre. Organisés en compagnie et légions mises au service des industries liées à  la Défense nationale, ils sont soumis à  une discipline militaire. Leurs salaires sont en général plus bas que ceux des salariés européens.

Comme lors du premier conflit mondial, la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine bénéficie d'un apport de main-d'oeuvre coloniale. Deux cent cinq travailleurs marocains sont requis à  l'usine de Saint-Chamond, et sont logés au cantonnement de la Varizelle. Le 11 mars 1940 à  6h00, une centaine d'entre eux refusent de se rendre à  leur travail et réclament une augmentation de salaire. La répression est sévère : c'est la Garde Républicaine Mobile qui intervient, et les « meneurs » écopent de peine de prison.

La défaite de juin 1940 met fin au déplacement de main-d'oeuvre coloniale, qu'il faut rapatrier. Sur les 20 000 travailleurs indochinois envoyés en métropole, 15 000 sont bloqués en France par suite de l'arrêt des liaisons maritimes. Ils y restent jusqu'en 1948. C'est dans ce cadre qu'une compagnie séjourne à  Izieux en 1945 : les travailleurs indochinois travaillent alors chez Givet (textiles artificiels).




Cantonnement de la Varizelle, cuisine, 21 mai 1940
/AMSC

2. L'entre-deux guerres : l'immigré, force de travail

 
 En France, l'entre-deux guerres correspond à  une période de forte immigration : d'un peu plus d'un million d'étrangers en 1911, leur nombre passe à  1 550 000 en 1921, puis 2 498 000 en 1926, pour atteindre 2 890 000 en 1931, avant de diminuer progressivement. Parmi eux, les Italiens sont les plus nombreux, suivis des Polonais, des Espagnols et des Belges.

La plupart viennent satisfaire les énormes besoins en main d'oeuvre créés par la saignée dans la population masculine résultant de la première guerre mondiale. Dès 1919, l'Etat français organise ainsi, au moyen de conventions passées avec les gouvernements concernés, l'arrivée de centaines de milliers de Polonais et d'Italiens. Puis le secteur privé prend le relais, avec la création en 1924 de la Société générale d'immigration, qui organise l'arrivée massive d'émigrés. A la fin des années 20, les étrangers représentent 33% de la main d'oeuvre dans les houillères et la sidérurgie, 50 à  70% dans l'industrie de la soie.

La crise économique, consécutive au krach boursier de Wall Street en 1929, entraîne en France une poussé de xénophobie. Les pouvoirs publics décident de fermer les frontières, multiplient les contrôles et les expulsions tout au long des années 30. La dernière vague d'immigration de l'entre-deux guerres a lieu au début de l'année 1939, avec la victoire franquiste en Espagne. En 15 jours, un demi million de personnes franchit les Pyrénées dans des conditions terribles.



Recensement de la population d'Izieux en 1926
/AMSC
 
L'agglomération de Saint-Chamond n'échappe pas à  la règle. Au contraire, elle vit dans l'entre-deux guerres au rythme de l'activité industrielle, grande consommatrice de main-d'oeuvre. La population étrangère atteint son maximum en 1926, avec plus de 2 500 personnes sur les 34 000 que compte l'agglomération. Entre 1926 et 1936, la commune d'Izieux compte plus de 10% d'immigrés sur son sol, qui travaillent notamment aux Forges et Aciéries de la Marine ou dans l'industrie textile au Creux. Les travailleurs immigrés viennent essentiellement des pays voisins, notamment d'Espagne (28% des étrangers à  Saint-Chamond en 1926) et d'Italie (15%). Saint-Chamond accueille même des Chinois : ils sont 47 en 1921, travaillant pour la plupart aux Forges et Aciéries de la Marine. Comme beaucoup d'autres à  cette époque, ils ne restent pas longtemps en France.



Cantonnements ouvriers des Forges et Aciéries de la Marine
/MMLL
 
A partir de 1924, ce sont des Arméniens qui arrivent en nombre à  Saint-Chamond. Venant pour la plupart de la ville de Malatia, ils ont quitté leur pays pour fuir le génocide perpétré par l'Empire Ottoman. Au recensement de 1926, ils représentent 45% de la population étrangère de Saint-Chamond. Ils arrivent généralement avec un contrat de travail octroyé par un recruteur gouvernemental, et sont embauchés aux Forges et Aciéries de la Marine, chez Gillet, à  la Soie d'Izieux ou à  la tannerie Pinay-Fouletier. En 1932, la loi sur le contingentement de la main d'oeuvre étrangère les prive d'emploi. Ils se lancent alors dans le commerce, sur les marchés notamment.


Fabrication des obus 75 mm pour le gouvernement chilien aux Forges et Aciéries de la Marine

3. Les Trente Glorieuses : croissance économique et main d'oeuvre immigrée

 
Les destructions massives de la Seconde Guerre Mondiale ouvrent le grand chantier de la reconstruction. Durant trente ans, la France connaît une période d'essor économique et industriel associée au plein emploi. Tout au long de ces fameuses «Trente Glorieuses », le pays a besoin d'un important apport en main d'oeuvre. Pour y répondre, dès 1945 est créé l'ONI (Office National de l'Immigration).

La France se tourne en premier lieu vers ses colonies. L'émigration algérienne vers la métropole se poursuit sur une large échelle, mais change de caractère. Les arrivants algériens sont plus jeunes et plus qualifiés qu'avant guerre, plus sédentaires aussi. Et surtout, apparaît l'immigration familiale. La Guerre d'Algérie accélère le processus : l'immigration double entre 1954 et 1962. L'indépendance de l'Algérie ne ralentit pas le processus : les années de guerre ont complètement désorganisé le pays, ce qui incite les travailleurs algériens à  émigrer. Entre 1962 et 1975, le nombre d'Algériens en France passe de 400 000 à  900 000. Les pouvoirs publics français et algériens mettent un coup de frein à  l'immigration à  partir des années 1973-1974.




Enfants devant l'Hotel-Dieu de Saint-Chamond
/AMSC
 
L'immigration portugaise en France prend son essor à  partir de 1956. Essentiellement clandestine, elle est motivée par la recherche de travail, mais aussi par l'exil politique pour fuir l'armée, la dictature salazariste ou la guerre coloniale en Afrique. En 1975, les 760 000 Portugais vivant en France constituent la communauté étrangère la plus importante.

L'industrie saint-chamonaise vit encore de beaux jours pendant cette période, même si les Forges et Aciéries de la Marine intègrent la CAFL en 1953, elle-même intégrée au groupe Creusot-Loire en 1970. Pendant cette période, l'usine tente de diversifier sa production et subit de nombreuses restructurations. Les besoins en main-d'oeuvre restent cependant importants. La population de l'agglomération augmente régulièrement, pour dépasser les 40 000 habitants en 1975. Ce dynamisme démographique est dû en grande partie à  l'apport de population immigrée : la population totale de Saint-Chamond augmente de 2 700 habitants entre 1968 et 1975, parmi lesquels 1 700 étrangers. Le regroupement familial modifie les caractéristiques de cette population : au travailleur immigré « célibataire » qui envisage sa présence en France comme une période temporaire succède la famille immigrée qui s'installe définitivement. La communauté algérienne est la plus nombreuse : elle représente près de la moitié de la population étrangère en 1975.


Creusot-Loire
/AMSC

4. Du baraquement à  la cité

Le logement des étrangers est symbolique de l'accueil que leur fait la société française. Pour les hommes seuls qui viennent travailler en France, l'acte migratoire est vécu comme une parenthèse. Le logement est alors une matérialisation de cette précarité. Garnis, hôtels, baraques, pensions de célibataires, jusqu'aux « foyers » pour célibataires de la SONACOTRA, tous se caractérisent par leur absence de confort et même d'hygiène, conjuguée avec le surpeuplement.

En ce qui concerne l'immigration familiale, la situation n'est guère meilleure. L'immigration se caractérise souvent par l'afflux brutal d'une population très nombreuse en un lieu précis, ce qui entraîne un décalage entre cet afflux et les capacités de logement du lieu d'arrivée. D'où un passage obligé par des espaces précaires aux noms évocateurs : « quartier insalubre », « ghetto », « bidonville », « cité de transit ». L'habitat collectif propre aux immigrés a souvent comme caractéristiques le surpeuplement, dû à  la pénurie de logements, et la vétusté due à  la faiblesse des salaires qui oblige l'immigrant à  se contenter des logements les plus anciens et mal entretenus.


Le cantonnement de la Varizelle
/MMLL
 
A ces logiques s'ajoute le besoin de sécurité qui incite les immigrés à  se regrouper entre individus de la même origine nationale ou ethnique. Combiné avec des raisons économiques qui font que ces populations s'installent à  proximité de leur lieu de travail, volontairement ou par choix de l'entreprise qui les embauche et les loge, ces différents facteurs entraînent la création de véritables ghettos. Avec la rénovation urbaine des années 60, les vieux quartiers des centres villes disparaissent, et les communautés immigrées qui les avaient investis sont rejetées à  la périphérie ou désintégrées.

A Saint-Chamond, quelques lieux symbolisent ces espaces précaires qui accueillent les migrants. Dans l'entre-deux guerres, ils se situent essentiellement sur la commune d'Izieux, dont l'activité industrielle conséquente nécessite d'importants besoins en main d'oeuvre.

Le cantonnement de la Varizelle et ses baraquements édifiés durant la première guerre mondiale pour accueillir la main d'oeuvre coloniale sont utilisés par les Forges et Aciéries de la Marine pour loger ouvriers français et étrangers. Le cantonnement accueille notamment un certain nombre d'Arméniens à  leur arrivée à  Saint-Chamond au début des années 20. L'ancien dépôt des tramways est réaménagé dans la même optique, et ces deux lieux concentrent une importante population étrangère, en général employée par les Forges et Aciéries de la Marine : Serbes, Grecs et Tchèques y côtoient Somaliens, Algériens, Sénégalais ou Egyptiens, ainsi que des Français qui arrivent d'autres régions.



Baraquements ouvriers le long de l' actuel boulevard Pierre Joannon
/MMLL
 
La question du logement du personnel se pose pour les Forges et Aciéries de la Marine dès 1917 : il leur faut loger le personnel arrivé en renfort pour travailler aux fabrications de guerre. Le cantonnement de la Varizelle ne suffit pas. L'entreprise vient d'acquérir un grand tènement de terrain entre l'usine et le hameau du Creux, le long du Boulevard Georges Clémenceau (rebaptisé plus tard Boulevard Pierre Joannon). Elle y fait construire des logements destinés au personnel de maîtrise, ainsi que des baraquements provisoires pour loger les affectés spéciaux. En 1920, d'anciens baraquements militaires en bois y sont également installés, pour accueillir essentiellement des travailleurs étrangers. Le provisoire perdure, et avec l'afflux de main d'oeuvre mobilisée pour les fabrications de guerre dès 1939, la cité du Creux est complétée par d'autres baraquements. Elle ne disparaîtra que dans les années 1960, les baraquements étant remplacés par des immeubles H.L.M. équipés de tout le confort « moderne ».

Après-guerre, la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine, qui continue à  employer des ouvriers étrangers, se dote de foyers pour « célibataires ». L'entreprise rachète l'ex-usine Touilleux, sur les bords du Gier, en aval de l'Hermitage : une partie du bâtiment est aménagée en réfectoire, le reste en logements. La cantine Voyant, rue de la Brosse, rachetée et réaménagée en 1945, accueille elle aussi un restaurant d'entreprise et un foyer pour célibataires. En 1952, la Compagnie rachète les bâtiments du pensionnat Saint-Charles, ex-couvent des Capucins, situé sur la colline Saint-Ennemond. Ce grand corps de bâtiment, ancien, vétuste et éloigné du centre-ville, permet de loger de 150 à  200 travailleurs « célibataires », essentiellement nords-africains. La CAFL poursuit cette politique en aménageant, à  la fin des années 50, un centre d'hébergement pour célibataires contenant 27 chambres, rue Jules Duclos.

A partir de 1975, le changement de nature de l'immigration s'accélère. Au travailleur immigré venu travailler seul en France et toujours en instance de départ, logé dans des structures d'accueil particulières, succède une immigration familiale qui se fixe en France.

Cette évolution explique en partie l'échec du foyer SONACOTRA construit sur la colline Saint-Ennemond en 1974. En 1972, Creusot-Loire vend son « centre pour Nords-Africains » de l'institution Saint-Charles à  la SONACOTRA, qui élève sur son emplacement un foyer de 300 lits pour travailleurs célibataires. Creusot-Loire souscrit 180 chambres dans la construction projetée. Mais l'atelier de fonderie de Creusot-Loire à  Saint-Chamond, qui emploie principalement des travailleurs maghrébins, ferme ses portes. Bien que Creusot-Loire ferme ses deux derniers « cantonnements pour célibataires » (cantine voyant et rue Jules Duclos) à  l'ouverture du nouveau foyer, celui-ci est loin d'afficher complet : en 1978, seules 94 chambres sont occupées. Situé dans un quartier séparé du centre-ville par l'autoroute, dans une ville n'ayant pas de gros besoins en logements étudiants, le foyer ferme ses portes en 1981.



Courrier de Creusot-Loire à  Antoine Pinay au sujet de la construction d'un foyer de travailleurs
/MMLL
 
Les conditions de  logement des familles immigrées à  Saint-Chamond, comme ailleurs, sont souvent difficiles. Ainsi le centre-ville est investi par ces familles en raison de l'important parc de logements vétustes et donc plus abordables. La rénovation urbaine du quartier de la Boucherie, à  partir des années 1960, modifie en partie cette réalité en excluant la population immigrée.

Ces familles se retrouvent de fait souvent logées à  la périphérie de la ville. A Saint-Chamond, la cité de transit de Moulin Combat en est l'exemple type. Elle est construite entre 1964 et 1966 dans les locaux d'une ancienne usine de tissage désaffectée appartenant auparavant aux Manufactures Réunies, le long du Gier, en direction de l'Hermitage. Les 82 logements créés doivent permettre de résorber une partie des bidonvilles de Saint-oetienne. Ces logements de transit se pérennisent essentiellement à  cause des difficultés pour les familles nombreuses d'obtenir des logements adaptés dans le patrimoine de l'Office H.L.M. de Saint-Chamond. Malgré l'isolement du site et une dégradation rapide du bâti, due en partie à  l'absence de chauffage et à  la proximité du Gier, les familles de Moulin Combat s'approprient les lieux. Encouragée par le Centre Social installé là  dès l'origine, une vie sociale intense se développe, donnant à  Moulin Combat un caractère de village. Devant la dégradation de leur cadre de vie, les habitants se mobilisent. Après une grève des loyers d'un an (en 1983), ils obtiennent que leur situation soit prise en considération. La cité est réhabilitée en 1986-1987, en faisant le choix de maintenir la population sur place.

L'enracinement local de la population immigrée se traduit par les projets d'avenirs investis dans le pays d'accueil, et plus particulièrement autour de la question du logement. Ainsi Saint-Ennemond, quartier populaire progressivement marginalisé, notamment parce qu'il se retrouve coupé du centre-ville par l'autoroute, est investi par des familles originaires du Maghreb. Elles achètent leur logement, l'aménagent, font un jardin, et permettent le maintien d'une vie de quartier sur la colline.

5. Le travail que les français ne veulent pas faire


En France, la question de l'immigration est fortement liée au processus d'industrialisation. Les immigrés on toujours constitué une main d'oeuvre bon marché, docile et destinée aux tâches les plus pénibles. Ils ont permis à  l'industrie française de se développer et de fonctionner au mieux. Leur apport est indéniable. On estime ainsi qu'entre 1945 et 1977, les immigrés ont construit un logement sur deux, 90% des autoroutes du pays, une machine sur deux.

La main d'oeuvre étrangère de l'entre-deux guerres constitue un véritable volant de sécurité pour l'industrie française : recrutés en masse dans les années 20, on n'hésite pas à  rapatrier les travailleurs étrangers et leurs familles suite à  la crise économique des années 30. On leur confie en général les emplois les plus dévalorisés, dans les secteurs où la pénurie de main d'oeuvre se fait le plus sentir.



Ouvrier immigré aux Forges et Aciéries de la Marine
/AMSC
 
Les Trente Glorieuse se caractérisent en Europe occidentale notamment par une pénurie de main d'oeuvre liée à  une demande de travail soutenue, entraînée par les besoins de la reconstruction et une forte croissance économique, combinée à  une offre de travail réduite par le ralentissement démographique et les pertes liées à  la guerre. A partir des années 50, les pays européens ont recours massivement à  une main d'oeuvre étrangère. Comme dans l'entre-deux guerres, les travailleurs immigrés sont dirigés vers les secteurs gros consommateurs de main d'oeuvre et qui offrent des conditions de travail difficiles : travaux publics, bâtiment, industrie mécanique, production de métaux, charbonnages.

A Saint-Chamond, l'industrie a prospérée en partie grâce à  la main d'oeuvre immigrée. Ainsi dans le secteur du textile, où certains emplois liés à  la teinturerie ou au textiles artificiels, proches de la chimie, sont pourvus en grande partie par des étrangers, à  cause des conditions de travail éprouvantes. Autre secteur d'activité qui offre des conditions de travail difficiles, la métallurgie a toujours occupé une part importante de main-d'oeuvre étrangère, notamment les Forges et Aciéries de la Marine, qui ont longtemps été le premier employeur de l'agglomération saint-chamonaise.

Cette fonction de main-d'oeuvre bon marché, recrutée en fonction des besoins du moment et dont on se sépare facilement en cas de baisse d'activité, induit pour les travailleurs immigrés des conditions de logement souvent précaires. L'étranger qui arrive en France se retrouve souvent au bas de l'échelle sociale. Les syndicats ouvriers en sont conscients, et prennent la défense des ouvriers immigrés. Ils éditent même des journaux qui leur sont spécialement dédiés, comme « La tribune », le mensuel de la C.G.T. pour les travailleurs immigrés. Nombreux sont ceux qui rejoignent ces syndicats. Pour l'immigration algérienne, la syndicalisation accompagne la montée du nationalisme et les revendications d'indépendance...
 




Rapport main d'oeuvre immigrée à  la Soie artificielle d'Izieux
/ADL