Wednesday, June 03, 2020
protestegmsc.jpgEn 1828, les Protestants de Saint-Etienne et de la Vallée du Gier ont dressé un Etat nominatif de leur population à  la demande du Ministère de l'Intérieur. A ce recensement* était jointe une pétition par laquelle ils demandaient l'institution d'un oratoire de leur culte.

2nd article consacré à  l'Eglise réformée de Saint-Etienne, celui-ci pour notre rubrique "Mémoire et Patrimoine". L'autre étant disponible dans la rubrique "Histoire" de notre "Encyclo".  La description des vitraux emprunte au travail de Marie-France Marcuzzi.

En septembre 1829, une ordonnance royale institua un oratoire à  Saint-Etienne et l'Eglise obtenait enfin sa reconnaissance. Jusqu'à  présent, les fidèles se réunissaient dans une grange louée rue des Frères Chappe pouvant accueillir jusqu'à  300 personnes. La ville de Saint-Etienne mit à  leur disposition un nouveau local situé rue de la Bourse (actuelle rue de la Résistance) où ils s'installèrent le 28 octobre 1830. Mal aéré, mal éclairé, il servit de lieu de culte durant vingt-cinq années.

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A l'origine, le temple était surmonté d'un fin clocheton, aujourd'hui remplacé par une croix imposante circonscrite à  un cercle d'où s'échappe aux points cardinaux des rayons solaires. On retrouve cette représentation dans le vitrail de la Croix évoqué plus loin.
 
Jusqu'au jour où, profitant de la souscription de 45 000 francs offerte par la famille Jackson, ils sollicitèrent un complément auprès de la municipalité pour l'acquisition d'un terrain, dans la limite de 35 à  40 000 francs. Le 15 décembre 1853, le Conseil municipal vota une subvention de 30 000 francs, payable en cinq annuités, pour l'achat de cet emplacement. Insuffisant. Il manquait 10 000 francs. Le Conseil vota un supplément de crédits et le Conseil presbytéral de l'Eglise réformée, qui disposait de 90 000 francs (comprenant les 45 000 francs de Jackson et une dotation équivalente de l'Etat) put enfin faire dresser par M. Rossier, architecte, les plans de l'édifice. En 1859, le chantier débutait dans l'actuelle rue Elisée Reclus pour s'achever en 1860. La dépense s'éleva au final à  112 395 francs. La municipalité, sollicitée pour couvrir le surcoût, et compte tenu des sacrifices déjà  consentis, n'accorda que 7 595 francs supplémentaires**.

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Ce temple, initialement, ne comportait pas de vitraux. Dix-huit verrières en grisaille permettaient à  la lumière de pénétrer dans l'édifice. Aucune recherche artistique, aucun message n'accroche alors le regard. Le bâtiment, dans son austérité, révèle une architecture caractéristique de "l'Art" protestant, issu d'un anticatholicisme très virulent au XIXe siècle. Ce n'est que le 29 mai 1967 que le Conseil municipal vota les crédits "pour la création artistique de 15 vitraux suivant les thèmes et symboles religieux dictés par Mr le Pasteur ".

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Ces 15 vitraux représentent environ une surface de 40 mètres carrés, pour un coût de 2000 francs par verrière. Ils ont été inauguré le 5 novembre 1967 par le député-maire Michel Durafour. Les trois vitraux en façade de la rue Reclus furent inscrits aux prévisions budgétaires de la ville pour 1968. Le thème des vitraux fut choisi par les pasteurs Henri Braemer et Michel Grellier. Ils sont l'oeuvre d'Alfred Paillon, qui tenait son atelier rue de la Sablière dans le quartier Tardy. Ancien élève des Beaux-Arts de Saint-Etienne, disciple de Bobichon, l'artiste, auxquelles d'autres églises de la région doivent leurs vitraux, avait la particularité de ne jamais signer ses oeuvres. Quant au verre utilisé, il a été fabriqué à  Saint-Just-Saint-Rambert.

La flamme, porteuse de la vie divine, se répète sur 17 vitraux. Deux éléments décoratifs, à  forte signification, alternent irrégulièrement: la Colombe et l'Etoile. Ils sont le support, par l'image, d'une abstraction. Ici la Colombe évoque le baptême. L'image n'est pas la simple reproduction du réel mais le lieu où se joue une augmentation possible du pouvoir de dire et de voir. Le thème central rythme l'ensemble de l'oeuvre de façon harmonieuse: pas de lignes heurtées ou violentes, pas de formes discordantes. La lumière est fragmentée en de nombreux points colorés. Certains vitraux présentent un très bon "tricotage" de verre.

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Un parcours biblique

A l'est, se dresse la Croix, au centre du mur, dominant la Chaire impressionnante où prend place le pasteur. Elle est lumineuse sur des tons de gris/bleu/vert, qui évoquent l'heure des ténèbres, elle est un aboutissement et s'inscrit dans la symbolique du triomphe dont elle est un signe incontestable. Elle demeure naturellement le plus puissant et le plus chargé de sens parmi les symboles de l'Eglise.

Le vitrail de droite est celui qui délivre le message de Pentecôte. Il est particulièrement coloré dans des tons rouges comme le feu. Ce don de l'Esprit est l'occasion d'un grand commencement, comme celui de la Création. Ce commencement, c'est celui de l'Evangélisation des paà¯ens, qui conduit à  la création d'un nouveau peuple. Ce vitrail renvoie à  celui situé à  gauche de la Croix, qui nous parle de la Création du monde. Dans les tons de bleu, il rappelle l'eau, élément de la vie. La Croix est ainsi entourée des deux créations: celle de la Genèse et celle de la Pentecôte.

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Au nord et au sud, une série de six vitraux se font face. Cinq thèmes se répètent des deux côtés:  un rouleau où est inscrit "Shalom" , c'est à  dire " La Paix soit avec vous " qui rappelle la parole du Christ aux pèlerins d'Emmaà¼s. La couronne d'épines, aux formes très agressives, qui rappelle le sacrifice sur la Croix. Elle évoque aussi peut-être le martyre d'Etienne dont la ville porte le nom et qui signifie "couronné". Trois vitraux représentent les deux sacrements reconnus par l'Eglise réformée: le Baptême et la Cène, avec des représentations symboliques: les épis de blé, la coupe et la colombe. (3)

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La coupe et les épis

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Deux vitraux, un au nord et l'autre sud, n'ont pas de doublon: un filet avec des poissons rappelle la mission des disciples: "Je vous ferai pêcheur d'hommes." Situé au nord, jamais illuminé par le soleil, puisque plongé dans le silence des eaux, il renvoie à  l'idéogramme ICHTUS. Au sud, en plein soleil celui-là , le Buisson ardent  symbolise le "face à  face" de Moà¯se avec son Dieu et rappelle le don de la Loi. Il est localisé en vis à  vis du vitrail de la colombe (Pentecôte). Don de la Loi et don de l'Esprit Saint, Ancien et Nouveau testament.

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Le buisson ardent

A l'ouest, vers le buffet d'orgue, face au vitrail de la Croix, trois vitraux représentent les fruits longuement évoqués dans la Bible. Ils rappellent le témoignage du Chrétien qui doit "porter du fruit" après avoir reçu le don de la Grâce. L'olivier rappelle l'huile qui est l'instrument de l'onction donné au roi, au prêtre et au prophète. La vigne suggère la parabole du vigneron qui annonce la Passion et la Mort du Christ. Le figuier enfin, évoque le message du Christ: "Vous savez que la bonne saison est proche, le ciel et la terre disparaîtront  mais mes paroles ne passeront point."

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L'olivier et la Vigne

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Notes:

*  L'Etat nominatif, que Marie-France Marcuzzi a passé au crible, donne à  lire 528 noms, soit moins de 1,6% de la population de Saint-Etienne. D'après cette liste, la métallurgie emploie 81 chefs de famille. 42 familles travaillent dans le secteur du textile, essentiellement à  Saint-Etienne et Saint-Chamond. Ces derniers, dans l'immense majorité, travaillent dans la passementerie. 71 familles, soit 147 individus, sont commerçants, artisans... On relève une bonne proportion de noms à  consonnance anglaise (215). 188 individus parmi eux travaillent dans la métallurgie, à  saint-Julien, Terrenoire et Lorette. La plus forte communauté d'Outre-Manche (81 personnes) est installée à  Saint-Julien et travaille aux Forges Bessy-Ardaillon, où ont été mises en place les premières forges à  l'anglaise du bassin stéphanois. On relève aussi 117 noms à  consonnance germanique et 196 noms français.

2) La construction du Temple et les financements nécessaires nous sont connus grâce à  l' "Histoire générale de Saint-Etienne" de Stanislas Bossakiewicz (ndFI)

3)  Les Ecritures n'évoquent pas de "sacrements" mais parlent de "mystère". Contrairement aux Eglises catholiques et orthodoxes, les Protestants n'admettent que les les seuls "sacrements" à  avoir été directement institués par le Christ (Matt 3,13-17 ; Mc 1,9-11 pour le baptême, et Matt 26, 17-35 ; Mc 14,12-31 ; Lc 22,7-23 pour l'eucharistie). NdFI

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Les mêmes mots sont écrits à  l'entrée du temple, gravés dans la pierre au dessus du portail, et à  l'autre bout de l'édifice, gravés cette fois dans le bois, à  même hauteur dans la chaire où se tient le pasteur.