Saturday, December 05, 2020

Perchée sur son balcon, Saint-Galmier a toujours été une cité tranquille et son histoire présente donc peu de faits marquants. Elle est surtout célèbre pour ses eaux minérales dont Richard Marin de Laprade, médecin-honoraire du Roy vantait les vertus en 1778. Mais c'est une vieille dame charmante, certainement une des plus agréables du Forez. Nous vous proposons une petite promenade au fil de ses rues.


La cité, à  20 km de Saint-Etienne, marque le point de rencontre entre la plaine et les Monts du Lyonnais. Dominant la vallée de la Coise, le site fut habité à  l'époque gallo-romaine. Des fouilles au XIXe ont révélé des restes de thermes romains aux abords de la source Badoit. Nommée Sanctus Baldomerus à  l'ère chrétienne, elle porte le nom d'un petit serrurier-forgeron modeste, serviable et pur fêté le 27 février. De Galmier (nommé aussi Gaumier, Waldimar ou Baldomer dans sa version germanique) on sait peu de choses. Il aurait vécu au 7e siècle et à  ce titre pourrait être un des plus anciens personnages foréziens connus. Remarqué par l'évêque de Lyon "comme l'or caché dans la poussière", il aurait fini ses jours dans la capitale des Gaules comme sous-diacre ou diacre.

C'est pourquoi une grande statue du XIXe, dans l'église de Saint-Galmier, le montre  revêtu de la dalmatique. On a pu lire à  son propos qu'il enseignait à  tous, même aux oiseaux, à  dire "Grâce soit rendu à  Dieu,  toujours". Sa tombe (à  Lyon ou dans sa ville natale ?) aurait été le lieu de nombreux miracles. Une toute petite statue naïve, sur la maison dite "de Saint-Galmier" le représente également, tenant le livre des Evangiles. Son nom est inscrit sur le socle.


Sur le boulevard Gabriel Cousin, vers le pavillon du carrefour, à  gauche, on peut voir encore les vestiges de la dernière enceinte de la ville datant de 1360. En prenant à  droite, on passe devant le manoir Philip qui abrite un atelier de souffleur de verre, pour rejoindre la Porte de Saint-Etienne et entrer dans le bourg.

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Si au contraire on descend le boulevard, on arrive vers les fameux établissements Badoit. La marque fait aujourd'hui partie du groupe Danone et ne porte pas le nom d'une source (plusieurs sont localisées à  Saint-Galmier, la plus ancienne étant connue sous le nom de Fontfort) mais comme Perrier celui d'un homme. En l'occurence celui d'Auguste Saturnin Badoit qui, en 1837, lança la mise en bouteille de l'eau minérale gazeuse de Saint-Galmier. Ce fut alors une première en France. Il entreprit aussi d'en faire la publicité. A sa mort, vingt ans plus tard, sa compagnie vendait déjà  près de 1 million de cols par an, notamment dans les pharmacies, et au début du XXe siècle, Badoit atteignait les 18 millions d’unités vendues. Avec près de 300 millions de bouteilles chaque année,  Badoit reste aujourd'hui le leader des eaux minérales gazeuses en France.

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Mais remontons le boulevard Cousin et entrons dans le vieux bourg par la porte de Saint-Etienne. Sur la gauche, un ensemble de deux façades et une maison du XVIe siècle, classée MH, remarquable par la fenêtre d'angle de l'étage qui a conservé ses meneaux, et les ouvertures plein cintre du rez-de-chaussée. Dans cette rue se trouvait aussi autrefois l'Hôtel-Dieu primitif de la cité. Il ne reste aujourd'hui que la Chapelle Notre-Dame des Pauvres. Celle-ci, comme la maison du XVIe en contrebas que nous avons évoquée, appartient aux Amis du Vieux Saint-Galmier. Sa fondation remonte à  1360 mais les bâtiments, qui se visitent, datent de la fin du XVe.  A l'intérieur, deux fines retombées de voûte portent le monogramme de la Vierge (AM pour "Ave Maria) et l'autre, celui du Christ (IHS soit "Jésus Sauveur des Hommes"). A l'étage, des vitraux provenant du domicile du célèbre maître verrier peintre local Mauvernay sont exposés. C'est encore dans cette rue que se trouve, au n° 8, la maison de Saint-Galmier évoquée plus haut en raison de la petite statue du saint.

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Une autre maison, qui aujourd'hui abrite un restaurant-pizzéria au nom florentin, date du XVe. Dans l'angle des deux embrasures du rez-de-chaussée, elle porte une petite coquille Saint Jacques sculptée qui rappelle que la cité est une petite étape sur le chemin de Santiago, entre Lyon et Le Puy. A voir encore au n°1 une belle maison du XVIe typique de la construction de l'époque.

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En haut de la rue, nous poursuivons à  gauche en descendant la rue du Cloître et en longeant l'Ancien Hôpital, avec son cloître qui dépendait du couvent des Ursulines, fondé au milieu du XVIIe. Malheureusement, nous n'avons pu le visiter. Le cloître présente deux galeries du XVIIe et une du XIXe offrant une belle vue sur la plaine. En outre, la chapelle de 1673 possède un retable du XVIIe et une Assomption de la Vierge de la fin du XVIIe.

Entre les n° 8 et n°10, à  droite, un escalier rejoint un passage couvert typique du vieux Saint-Galmier ouvrant sur la rue Saint-Philippe. Une maison du XVIe porte une magnifique statue de saint Roch datée du XVIIe. En remontant la rue du Fil, on découvre encore de nombreuses maisons du XVe et XVIe siècles.

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A côté de la grand'place, face à  l'hôtel de Ville imposant dû à Boisson (l'architecte de l'église néo-byzantine de Sainte Marie à  Saint-Etienne), la Porte de la Devise doit son nom à  la parabole qu'elle offre à  lire au passant, naïvement illustrée, et qui indique en latin: "Qui voit la paille dans l'oeil de de son frère, ne voit pas la poutre dans son oeil". Deux personnages de profil encadrent la parabole extraite de l'Evangile de Matthieu et l'illustrent, pointant le doigt l'un vers l'autre, sans qu'on ne parvienne à  distinguer lequel a la paille et lequel a la poutre. On y lit aussi l'année 1538.

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Par bonheur, l'église était ouverte le jour de notre visite. Enfin, nous allons pouvoir "faire connaissance" avec
Notre-Dame du Pilier dont on a lu parfois que son visage était le plus beau du Forez. L'église et ses alentours correspondent à  l'enceinte du château primitif autour duquel s'est bâtie la cité entre le XIIe et XIIIe siècle. Dans son ouvrage De matin et de vent, Bruno-Jean Martin nous apprend que Guillaume le Barbu est le premier capitaine connu (vers 1118).

L'église a été construite de 1420 à  1471. Son premier clocher, tour-clocher puisqu'il s'agissait du donjon, a cessé d'exister en 1899, remplacé par l'actuel clocher. Les plans de l'architecte prévoyaient un second clocher, qui ne fut jamais élevé. La façade date aussi de 1902. Laissons à  Bruno-Jean Martin le soin de nous décrire l'impression depuis l'entrée de l'édifice qui comporte trois nefs d'égale hauteur: " L'église est un bel exemple de gothique forézien (ou auvergnat), sobre, tout d'élan, avec ses piliers d'un seul jet, sans chapiteau, jusqu'aux voûtes, l'irrégularité du détail n'entamant en rien l'impression d'unité de l'ensemble. "Une église de foi, de foi lumineuse, une de ces vieilles églises faites pour chanter de grands gloria " (H. Bosco).

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Sous la statue, les restes du jubé

L'intérieur a été restauré par M. Lazar et, après décapage, des décors du XVe (filets des voûtes et des chapiteaux), du XVIe (chapelle saint-Jean-Baptiste), du XVIIIe (dans les chapelles) et du XIXe ont recouvré la lumière.

Mais voici la fameuse sculpture de Notre Dame. Haute de 1m 37, en pierre calcaire, son nom vient du fait qu'elle est adossée au premier pilier gauche de la nef. Elle est représentée debout, s'appuyant sur la jambe droite et portant l'Enfant sur le bras droit. Observée à  distance, l'expression de la tête est naïve, en plus d'être fine et très délicate. C'est le visage d'une toute jeune fille dont les lèvres font l'ébauche d'un sourire. Mais en s'approchant, cette impression peut s'amenuiser, selon le sentiment de l'observateur. Ce regard songeur qu'elle porte vers l'Enfant, un brin énigmatique avec ses yeux plissés et les lèvres closes, cette première impression de bonheur peut laisser place à  une douce mélancolie, voire à  l'inquiétude. F. Thiollier, dans son ouvrage Sculptures foréziennes de la Renaissance (1892) relève que "le charme vient surtout de l'expression noble et naïve de la tête, car aucun des traits n'offre les caractères de la beauté classique: la bouche est grande, le nez relevé, les joues rondes et bouffies."

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La jeune mère est revêtue de plusieurs vêtements amples et richement ornés sur les bords qui donnent au corps, qu'on imaginerait frêle, en concordance avec le chef, un aspect un peu "lourd". Un costume trop lourd pour elle, pourrait-on dire. Elle porte aussi un mince voile sur la tête d'où s'échappe une chevelure abondante. Deux rangs de perles se réunissent au-dessus du front dans un bijou en forme de fleur.

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L'expression de la tête de l'Enfant, en revanche, apparait vulgaire et son corps par trop  "dodu". Il lève les yeux au ciel. D'une main, il joue avec les cheveux de la Vierge.  Un oiseau attaché à  une cordelette lui becquette le doigt de la main droite.

On ne sait qui est l'auteur de cet ensemble daté de la fin du XVe, début du XVIe. Michel Colombe, qui a signé le tombeau du Duc François II de Bretagne, aurait réalisé le buste de la Vierge. On connaît en revanche le nom de ceux grâce à  qui il est parvenu jusqu'à  nous, sauvé de la furie destructrice des sbires de Javogues en 1793:  le tonnelier Eustache Bérard, mari de Jeanne Marie Point. La famille Point était chargée de l'entretien de l'église et des habits de la vierge lors des processions.

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Un autre pilier abrite un petit retable daté du XVe siècle. En bois sculpté et doré à  la feuille, ce triptyque est attribué aux imagiers de Flandres. Fermé il montre saint Jean-Baptiste désignant du doigt l'agneau de Dieu à  venir. Sur le volet gauche, saint-Guillaume, casqué, accompagne un homme à  genoux, sans doute le donateur, les mains jointes. Ce-dernier porte l'aumusse de chanoine au bras. Ouvert, deux autres panneaux peints encadrent un groupe de sculptures dorées. Il s'agit de trois femmes: au centre une Vierge à  l'Enfant, à  gauche, sainte Catherine qui foule aux pieds un homme qui lisse sa barbe. Il s'agirait d'un philosophe (un sceptique). A droite, sainte-Barbe est facilement identifiable avec sa tour. A noter encore qu'ici aussi l'Enfant Jésus porte un oiseau. Le volet gauche montre le Mariage de la Vierge; celui de droite la Nativité.  

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Zoom sur les volets intérieurs, Mariage et Nativité

Sur le pilier, deux belles sculptures, de saint Fiacre et du pape Clément, surmontent le triptyque. Cette statue de Fiacre, patron des jardiniers, originaire d'Irlande et représenté avec une bêche, à  l'instar de saint Isidore, patron des laboureurs, est la seule représentation connue en Forez de ce saint. De l'autre main, il porte les évangiles. Sur deux autres piliers encore, on peut voir les vestiges du jubé, la clôture de pierre du choeur, mutilé au XVIe et détruit au XVIIIe. Ici aussi, des statues sont adossées aux piliers: à  gauche saint Eloi (?), à  droite saint Pierre.

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Toutes les chapelles méritent d'être visitées. Une d'entre elles est consacrée à  saint Eloi, patron des orfèvres et des travailleurs du métal. Un grand tableau aux couleurs chatoyantes le représente en habit d'évêque, portant la crosse d'une main et dans l'autre un marteau coiffé d'une couronne. En face du tableau, un buste-reliquaire, du XVIIIe, repose sur un socle muni d'une petite ouverture vitrée qui permet de voir les reliques du saint. En avant de ce socle, sont figurés une enclume et un marteau. La tête est ici aussi représentée traditionnellement, portant la mitre. Légèrement incliné, le visage porte la barbe et apparaît réaliste et expressif. A côté du reliquaire se trouvent divers objets et le livre de la Confrérie de Saint-Eloi. L'ouvrage est présenté en première page par Claude d'Urfé, bailli de Forez (1501-1558) et contient les statuts de la confrérie et les signatures de ses membres au fil des siècles.

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Dans une autre chapelle, on peut voir une armoire à  baptême du XVIIIe, dorée à  la feuille, et surmontée d'un ciborium-baldaquin du XVIIIe. Dans une autre encore, un médaillon peint représenterait saint-Bonnet. A voir aussi le maître-autel en marbre polychrome (début XIXe) et le grand Christ en croix. Quant aux vitraux, ils sont l'oeuvre de Mauvernay.

En ressortant de l'église, on traverse ensuite la place de la Devise pour passer derrière le beau monument aux morts élevé en 1922. Notez que celui-ci porte sur son obélisque une réplique en bronze du buste de Notre Dame du pilier. La rue Mercière, au n°9, comporte une maison datée de l'an 1520. En face se trouve l'ancienne Châtellenie de Saint-Galmier. Le portail est du XVIIe, les colonnes du XVIe. Les armes (d'argent à  trois cyprès de sinople sur une terrasse du  même) sont encadrées de deux lions. Ce sont celles des Forissier, juges châtelains de la cité au XVIIIe siècle.

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A deux pas, se trouve la place des Roches que domine la tour de guet du XVe. C'est l'ancienne place du marché, célèbre pour sa "maison sur colonnes" (ou "aîtres") du XVIe. Notre petite balade pourrait s'achever là  mais c'est sur le pont Gavey (ou Gavé, c'est à  dire le gué-vieux) que nous vous quittons. Pour le rejoindre, il faut revenir vers la porte Saint-Etienne et prendre le chemin qui descend vers la Coise. Le pont date du XVIe (?). Il conduit vers le château de Teillère qui appartint au XIVe siècle à  Guy VII de Forez et à  Jeanne de Bourbon. Celle-ci, nous dit Bruno-Jean Martin qui rapporte des propos de La Mure, aimait Saint-Galmier "dont le séjour lui était agréable".  Sa petit-fille, Anne-Dauphine, y vécut aussi. Et l'aima tout autant.

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