Sunday, October 24, 2021

NdFI: Cette page a été publiée dans notre portail il y a plusieurs années. Elle avait disparu. On l'exhume de nos archives.

L'actuelle église de la commune de Villars, non loin de Saint-Etienne est dédiée à Saint-Laurent. Situé sur la Place Gambetta, elle rythme la vie des habitants depuis plus d’un siècle. Elle fait partie de la paroisse Bienheureux Antoine Chevrier qui comprend aussi l'Église du Sacré-Cœur (Saint-Étienne La Terrasse) et l'Église Saint-Prix (Saint-Priest-en-Jarez). Mais saviez-vous que Villars possédait une autre église, beaucoup plus ancienne, la première église de la commune ?

 

La première église de Villars

 

La première église de Villars existe encore aujourd’hui. Situé à côté de la mairie de Villars, ancien château de la famille des Mathevon de Curnieu, elle sert maintenant de salle des conseils et des mariages. Son existence est attestée dès 1378 dans les procès-verbaux de l'archevêché de Lyon. C'est un édifice de style roman, doté d'un clocher carré. Intérieurement, le bâtiment possède une voûte plein cintre ornée d'un écusson, une seule nef et deux chapelles. Il est orné de retables et de statues de saints, dont celle de saint André et de saint Laurent.

Son aspect actuel, quant à lui, date du XVe siècle. Mais sa façade date du XVIIIème siècle. L'église fait partie du château des de Mathevon. Les châtelains y ont leur tribune, il y auront leur tombeau. En ces temps où l’insalubrité de l’eau est un problème, c'est saint André, patron des porteurs d'eau et des poissonniers qui est invoqué. Dans le pays, il est aussi invoqué contre la coqueluche. Maladie très fréquente chez les enfants à cette époque.

En 1670, Jean Mathevon, Seigneur de Curnieu agrandit, transforme et embellit ce bâtiment. Il peut même directement assister à la messe, ses appartements ayant un accès à une tribune privative, château et église étant adossés.En 1694, elle est agrandie en supprimant le cimetière qui s'avère trop petit pour la population locale, décimée par une épidémie de fièvre.

Pendant la campagne de Napoléon en Russie, le baron de l'époque, Jean-Louis Mathevon, est gravement blessé. Recueilli et soigné par la fille de Tolstoï, il meurt peu de temps après et est enterré là bas, mais son cœur est, parait-il enterré dans l'église.
Cela sera confirmé en 1878 puisqu'il sera déplacé dans la nouvelle église.

En 1856, l'église est trop petite et trop délabrée pour une population en plein essor. On pense à son agrandissement, mais cela se révèle trop coûteux ; on décide donc de construire une nouvelle église, l'actuelle église Saint-Laurent.

Après cette construction, l'ancienne église sert successivement d'école communale, de siège au syndicat des mineurs, de salle de patronage, avant de devenir propriété de la compagnie des Mines. Sous la municipalité Soulier, la famille de Mathevon vend son titre et ses terres, qui reviendront, en partie, à la commune. Le bâtiment est alors dans un piteux état, délabré, servant de débarras.

Dans les années 1990, la mairie de Villars rénove le château et s'y installe. L'ancienne église devient alors une salle des conseils et des mariages pour la commune.

Aujourd'hui elle peut se visiter aux heures d'ouvertures de la Mairie (demander à l'accueil).

L'église Saint-Laurent

Vers la fin du XIXe siècle. siècle, la population de Villars ayant fortement augmenté, on s'inquiète de l'église Saint-André, devenue trop petite.

En 1856, on décide alors de construire une nouvelle église sur la place du Champ du Faure, actuelle place Gambetta. La place du Champ du Faure s'appelait au XIVe siècle Champ du Cordonnay. Elle prend ce nom du Champ du Faure avec l'installation de l'entrepôt de fers qui servaient à la fabrication des pièces de fusils aux forgerons et armuriers. Au milieu de la place se trouvait la croix de May (aujourd'hui dans le cimetière) d'où partait les processions diverses qui allaient jusqu'à la place de l'Arsenal. C'est en mai 1891, à la suite des dénominations des rues que la place du Champ du Faure prend le nom de la place Gambetta.

Pour la construction de l'église, on fait alors appel à l'architecte Montagnac, connu pour avoir fait construire l'église Saint-Pierre de Rozier-en-Donzy et de Grammond. Dans une époque où la mine fait partie intégrante de la vie dans la commune, l'église est dédiée à Saint-Laurent, patron des brûlés.


En 1860, les travaux de l'église commencent, elle est de style néo-gothique. Elle compte 22 vitraux, du maître verrier Alexandre Mauvernay qui sont aussi beaux que ceux de la cathédrale d'Albi »

Enfin, le 14 septembre 1862, la nouvelle église est bénie par le le vicaire Pagnon, en présence du curé Moretton et du maire Fessy ; mais sans son clocher.  Celui-ci est édifié entre 1868 et 1870 par l'entrepreneur Guichet sous les ordres de l'architecte Favrot.

Deux cloches de l'ancienne église existent alors. L'une, donnant la note do, pesant 50 kg et portant l'inscription « Que le nom de Dieu soit béni » (datant d'avant la Révolution) ; elle se fend peu de temps après son installation. La deuxième donne la note la et date de 1807. (Elle sonne aujourd'hui l'angélus). Cette même année, l'acquisition des fonds baptismaux s'opère.

En 1875, l'eau arrive dans la commune après de nombreuses années d'attente, une fontaine surmontée d'une croix qui symbolise la fin d'une calamité est installée devant l'église. On peut y voir gravée sur sa plaque la date de l'inauguration et le nom du maire de l'époque. Un chroniqueur présent à l'époque raconte que tout Villars était présent lors de son inauguration et que dès que le premier filet d'eau s'échappa de la fontaine, une exclamation de joie se fit entendre, puis les mères y trempèrent leurs mains pour se signer devant la croix.
La fontaine a été déplacée en 1904 ; elle se retrouve donc face à l'église. On peut la voir aujourd'hui devant l'entrée du jardin public de la Mairie.

En 1921, l'église est fermée au public pour cause de réparation et de consolidation des piliers centraux.

En 1931, Le curé de la paroisse, Jean Vacher décide de doter l'église de nouvelles cloches. Il fait alors appel à la Fonderie Paccard, fondeur de cloche à Annecy-le-Vieux. Il entretient une longue correspondance avec celui-ci, ce qui portera le choix à 3 cloches.

Après plusieurs œuvres pour l'achat de ces dernières, Villars célèbre la bénédiction de ses cloches, le 8 novembre 1936 et ces dernières, donnant les notes "Mi", "Do" et "Sol" viennent s'ajouter à celle déjà existante donnant la note "La".

Les années passent, les prêtres se succèdent...

En 1972, l'église est restaurée intérieurement et en 1986, extérieurement, avec un "grattage" des pierres.

En 1999, la paroisse de Villars se rattache aux églises de Saint-Priest-en Jarez et de La Terrasse pour former la paroisse Bienheureux Antoine Chevrier (42)

Le 1er février 2004, après de multiples constatations, M. Pouquet, alors maire de Villars ordonne une fermeture provisoire de l'église. En accord avec Jean-Marie Guillemot, curé de la paroisse Bienheureux Antoine Chevrier, il est décidé que les mariages, baptêmes, communions, confirmations et enterrements seront redirigés vers La Terrasse ou St Priest en Jarez. Certaines messes sont célébrées dans la salle de la libération, d'autres dans les salles Notre-Dame (salles paroissiales de Villars).

La mairie fait appel à des experts, qui après plusieurs analyses déterminent une remontée d'humidité du sol, ce qui provoque un soulèvement de la base et un effritement des piliers. Ceci est dû à la rivière souterraine, située sous l'édifice, qui alimentait alors le lavoir, détruit à la construction de l'église.

Projets et calculs sont lancés pour la survie de l'église.....

La restauration…

Un an et plusieurs délibérations plus tard, c'est le projet de M. Bertier, architecte de Montbrison qui est retenu Son projet consiste à supprimer le deuxième étage de l'église avec les croisées d'ogives et les piliers tout en conservant les murs latéraux, le clocher et le chœur. La toiture serait remplacée par une charpente en lamellé-collé, de plus pour ajouter de la luminosité à l'église, des baies vitrées seraient installées entre la toiture et les murs latéraux. Le coût total des travaux de l'église s'élèverait à 1 million d'euros.

Décembre 2005, un périmètre de sécurité et une grue sont installés autour de l'église. L'intérieur est vidé de son mobilier, et de ses vitraux. L'horloge et les cloches sont arrêtées. Les travaux peuvent commencer...

Ils se découpent en plusieurs phases:



La première, du mois de janvier à mars consiste à déconstruire le deuxième étage de l'église, avec soin, tout en enlevant la charpente, les pierres, mais aussi les autres vitraux.

Fin mars, l'église ressemble plus à un édifice bombardé qu'autre chose. On se demande même si son clocher va résister sans le soutien de la partie haute.



La seconde phase, du mois d'avril à août consiste à consolider les murs latéraux pour y accueillir la nouvelles charpente en lamellé-collé.

Fin juillet, les tuiles et les vitres des bandeaux extérieurs posés, on procède alors à une réfection complète des murs, du sol et un nettoyage complet des vitraux.

La dernière phase, du mois de septembre à la fin de l'année est certainement la plus facile ; en outre ont lieu la confection des deux rosaces extérieures et une finition des abats-sons. Le mobilier avec les bancs, l'autel,... est choisi par la paroisse et installé. En décembre, les portes vitrées intérieures sont montées.


 Intérieure de l’église après restauration

À la grande surprise des Villardaires, l'horloge redémarre et les cloches sont testées. Comme le disent encore aujourd'hui les commerçants alentour "beaucoup de monde est sorti dans la rue en se demandant ce qui se passait"!

Mais depuis longtemps, du côté des administrations, on s'interroge sur la manière de fêter la réouverture de l'église en lien avec la paroisse....

 Extérieure de l’église après restauration

Inauguration et Dédicace de l’église

Le 10 décembre les journaux locaux annoncent qu'un évènement important va se produire à Villars d'ici une semaine. En effet, le 15 décembre 2006, c'est l'inauguration par la municipalité avec le Maire de l'époque, M. Hubert Pouquet. Les Villardaires sont nombreux à venir admirer "la renaissance" de leur église. Après un feux d'artifice et une longue sonnerie des 4 cloches, la foule rentre dans l'édifice pour admirer le travail.

Et ce n'est pas fini... Le lendemain du 15 décembre, l'après -midi est chargé. En effet, Mgr Lebrun, alors nouvel évêque de Saint-Étienne, vient bénir la nouvelle église.

La cérémonie rassemble alors la paroisse Bienheureux Antoine Chevrier, la Mairie, les Villardaires,... Chants, danses, sonneries de cloches sont de la fête, pour célébrer les retrouvailles de la communauté et de la commune avec leur église. Le souvenir de ces événements est encore bien ancré dans les mémoires.

Les années 2000…la culture prend place au sein de l’église de Villars

Quelques mois avant la réouverture de l'église, quelques membres de la paroisse Bienheureux Antoine Chevrier ont eu l'idée de réaliser une exposition présentant la plupart des églises de la Loire. De nombreuses recherches ont été faites, beaucoup d'églises "oubliées" ont été retrouvées,...Cette exposition à ouvert ses portes au cours de l'inauguration de l'église en décembre 2006. On pouvait y voir entre autres une superbe maquette de l'église Saint-Laurent avant restauration, mais aussi de très belles photos pour partir à la découverte de la région. L'église a récemment bénéficié d'un éclairage somptueux qui la met en valeur et fait prendre conscience aux Villardaires de l'importance de celle-ci.

Le 16 décembre 2006 au soir, le Chœur Symphonia a inauguré les activités culturelles à la paroisse, avec entre autres des chants de Noël. L'église accueille désormais des concerts et pièces de théâtre diverses. On a pu y voir entre autres, à l'occasion du "Rhino Jazz Festival" en octobre 2007, les "Black voices", et en octobre 2008, la chanteuse Buika, spectacles qui ont enchanté les spectateurs.

Bibliographie :
Jean-Marie Somet, Histoire de ma petite ville (Association des Amis du Vieux Villars)
Ian Dufour et Jean-Manuel Lledo, Villars, collection Mémoire en Image, Éditions Alan Sutton, 2011