Tuesday, January 23, 2018
Juillet 1826, la Duchesse d'Angoulême, fille ainée du roi Louis XVI, nièce de Charles X, est en visite à  Saint-Etienne où elle examine les travaux commencés pour la construction de la première ligne de chemin de fer Saint-Etienne-Andrézieux. Les élus locaux lui demandent d'intercéder auprès de son oncle, le roi Charles X, afin d'établir une nouvelle paroisse car la ville s'étend toujours plus et la population s'accroît...
Le monarque donne son accord et le nom de saint Charles Borromée est choisi pour indirectement l'honorer. Le territoire de la nouvelle paroisse fut pris sur celui de la Grande église qui, à  cette époque, s'étendait jusqu'à  la Terrasse. Une chapelle provisoire est construite en 1829 par Boggio-Casero, sur un terrain lui appartenant rue Emiles Combes, à  gauche de l'actuelle cathédrale.
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En raison de l'hostilité républicaine, il faudra pourtant attendre le 11 septembre 1840 pour que cette première église soit officiellement bénie par le cardinal Louis Jacques Maurice de Bonald, Primat des Gaule. Une inscription latine fut placée au-dessus du portail:
 
"Au Dieu très bon et très grand.
En attendant que, grâce au denier de pieux fidèles et à  la munificence des riches, un temple digne de Dieu, et digne aussi de la grande cité du premier martyr, soit construit à  son emplacement désigné; cette chapelle ornée de présents, a été au milieu de l'allégresse commune, et pour un temps, consacrée à  Dieu, sous les auspices de la Mère de Dieu, sous le vocable de Saint-Charles et de Saint-François-Régis, par le cardinal de Bonald, le 3 des Ides de septembre l'an 1840."
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.L'ancienne église
 
Provisoire ? Elle fera office d'église paroissiale jusqu'en 1923 ! Une église sans toit dans sa dernière année puisqu'il s'effondra en janvier 1922.
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Désaffectée à  la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle fut transformée pendant le conflit en bureau de ravitaillement, puis détruite il y a quelques années. Son mobilier est conservée de nos jours dans les dépendances de la cathédrale. Le premier curé de la paroisse fut Jacques Nicolas Clément. Né à  Lyon, il fut d'abord vicaire de la Grand'église pendant treize années. En 1839, il fut nommé curé de Thaizé avant de revenir à  Saint-Etienne desservir la toute jeune paroisse. Il s'éteignit en 1881, âgé de 79 ans. Le chanoine Dupré, qui fut notamment le curé de Feurs, lui succéda jusqu'en 1909. Le 16 février 1910, le chanoine Rivoire fut installé curé de Saint-Charles. Il eut la joie de voir s'achever enfin la nouvelle église, aujourd'hui cathédrale.
Claude Henri Palluat de Besset (1806-1886) qui acheva l'oeuvre entreprise par son père, Antoine, donateur de la place Saint-Charles.
 
Le 20 novembre 1923 marque l'acte de baptême de l'église. Sa première pierre avait été posée le 3 novembre 1912 (veille de la Saint-Charles) sur un terrain appartenant à  la riche famille Palluat de Besset, vendu 75 000 francs. La cérémonie se fit en présence de Mgr Déchelette, évêque d'Hiérapolis.
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Chantier, procession et pose de la première pierre
 
Trois projets avaient été présentés. Celui de Tony Desjardins, architecte en chef de la ville de Lyon, auteur de nombreux monuments religieux et celui de Marganne de Vendôme. Mais c'est le projet de Bossan, Giniez et Boisson qui fut retenu au début des années 1860. Au premier qui fut le plus l'un des plus grands architectes catholiques du XXe siècle, nous devons la basilique de Fourvière à  Lyon et la basilique d'Ars. Boisson, quant à  lui, fut un des principaux architectes de Saint-Etienne. L'Hôtel de Ville lui devait son dôme imposant et les églises de Sainte-Marie et Saint-Roch avaient été restaurées par ses soins. Mais entretemps, les plans furent perdus dans l'incendie des archives de la Ville. Le chanoine Rivoire, à  partir des études de Bossan et Giniez, que les enfants du second lui transmirent, sollicita M. Rey, architecte à  Valence, pour dresser le plan définitif. Mais ce fut un Stéphanois, M. Dodat, qui fut choisi pour mener à  bonne fin la construction de l'édifice.
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Etat des travaux en 1913: fondation du clocher
 
1913: pose des bases des colonnes et des piliers
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 Etat des travaux en 1920
 
Au déclenchement de la Grande guerre, la crypte était achevée et ses murs s'élevaient à  quelques mètres de hauteur. Il fallut attendre le 20 août 1919 pour que les travaux reprennent. Après la bénédiction des pierres, dix années supplémentaires furent nécessaires pour lui donner son mobilier et sa décoration. Le 23 mai 1933, l'église fut enfin consacrée par le cardinal Maurin, archevêque de Lyon, en présence notamment de l'évêque d'Autun (photo de groupe plus bas). De style gothique primitif, elle a la forme d'une croix latine avec transept et triple nef, et avec un clocher en façade. Elle mesure 80 mètres (262 pieds) de long, 30 mètres (98 pieds) de large, et 17 mètres (58 pieds) sous la voûte.
.Pose de la croix au transept sud (1921)
 
 
Jusqu'en 1971, Saint-Etienne fit partie du diocèse de Lyon. Cette année, le Pape Paul VI, lors de la fête de Pentecôte, érigea le diocèse de Saint-Etienne et l'église Saint-Charles fut choisie comme cathédrale du jeune diocèse par Mgr Paul-Marie Rousset, premier évêque de la cité. Dans les années 80, diverses réfections furent entreprises (les 24 000 tuiles de la toitures sont changées) et certaines modifications apportées à  l'intérieur dont son Choeur remanié sous l'impulsion du chanoine Garnier. Son toit a été refait en 1992 mais pour ce qui est de son clocher et de ses clochetons, ainsi que de son dôme, les nombreux contretemps et un devis trop lourd en ont empêché la construction.
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Mobilier et décoration

- Les mosaiques, remarquables, ont été réalisées dans l'entre deux-guerres par Sainte-Marie Perrin. Colorées et de grandes dimensions, elles mettent en avant les vertus chrétiennes et stéphanoises : le Travail, la Charité, l'Education. Une d'entre elles représente sainte Jeanne d'Arc qui fut canonisée en 1920.
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- On retrouve la jeune femme sur certains vitraux. Ceux-ci ont été réalisés par les ateliers Maumejean sur des cartons de Bossan et reçurent le grand prix de l'Exposition de 1925. On remarquera en particulier celui de l'Assomption de la Vierge (encore nommée « Vierge des Rubaniers ») et celui de la Mission des Apôtres. A noter enfin que les vitraux de la chapelle absidiale représentent les portraits des trois premiers curés de la paroisse.
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- Les 14 stations du chemin de croix sont originales. Il s'agit de gravures sur cuivre doré.
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- Les quatre grands lustres, pesant chacun 132 kg, ont été réalisés par la maison Biais.
- La cathédrale possède un orgue de choeur qui date de 1930 et un imposant orgue de tribune, construit par le facteur Dunand, en 1967.

- Les deux chapelles latérales, dédiées au Sacré Coeur et à  la Vierge comportent chacune une statue d'une hauteur d'un mètre 70. Celle du Christ fut réalisée par Louis Castex ; celle de la Vierge par Dufraisne et Prost. Les portes des tabernacles ont été sculptées par l'artiste forézienne Emma Thiollier.
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- Le maître-autel est en marbre de Carrare, d'un seul bloc. Il porte un bas-relief en bronze doré de Philippe Besnard qui représente Saint-Charles, patron de la paroisse et saint Etienne, patron du diocèse en adoration devant l'Agneau pascal campé sur le Livre de Vie fermé par les sept sceaux décrits dans le livre de l'Apocalypse. On y lit aussi leur devise : « Humilité et Force ». A l'origine, le grand tabernacle y reposait.
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- Et le meilleur pour la fin. Le grand tabernacle de Sainte-Marie Perrin, sur un dessin de Bossan, est une pièce unique dans l'art religieux. En acajou vernis et en bronze doré, il représente l'Arche d'Alliance telle qu'elle est décrite dans l'Ancien Testament. On y lit sur la face antérieur l'inscription du verset 131 : « Tu es (Seigneur) l'Arche de notre sanctification. »
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