Saturday, September 26, 2020

« L'église de Saint-Victor porte l'empreinte de notre civilisation forézienne, ce monde arachnéen ciselé au cours des ans par des générations de montagnards et de doux bergers. Du XIe siècle à nos jours, les événements s'inscrivent au fronton de cet Edifice rendu à sa splendeur d'antan, à son origine, par la volonté conjuguée de l'Abbé Bouchet et de François Dubanchet. »

Ainsi s'exprimait le maire de Saint-Etienne, Michel Durafour, dans la préface d'un petit ouvrage consacré à l'église de Saint-Victor, paru en 1970 à l'initiative de la Chambre d'Agriculture de la Loire. François Dubanchet, futur maire, était alors son Premier adjoint. L'Abbé Bouchet était le curé de la paroisse. Saint-Etienne et Saint-Victor venaient tout juste de fusionner et l'église restaurée avait retrouvé son aspect médiéval, une fois débarrassée des plâtres, ciments et coffrages qui masquaient ses chapiteaux. De cette restauration datent aussi les vitraux de Jean-Marie Benoît. A cet ouvrage, écrit par Louis Bernard, délégué des monuments historiques, nous empruntons beaucoup. Nous consultons également les éléments fournis sur place par l'équipe d'animation du relais paroissial.

L'église est située dans le bourg, tout à côté du château surplombant la Loire et faisant face à celui d'Essalois. Elle aurait été construite sur un plan basilical au XIe siècle en utilisant les éléments d'un édifice antérieur. D'après Louis Bernard, elle est citée pour la première fois à la fin du XIe siècle dans le cartulaire de l'abbaye de Sainte-Foy de Conques ; abbaye à laquelle elle aurait été donnée par l'archevêque de Lyon, Hugues, lorsque celui-ci fonda le prieuré du Châtelet. Elle fut modifiée entre le XVIe et le XVIIe siècle (construction de chapelles gothiques et du portail sud par lequel on entre aujourd'hui) puis aux XVIIIe et XIXe siècles (nouveau clocher et choeur).

De l'édifice primitif on remarquera le portail ouest qui se compose d'une archivolte en plein cintre retombant sur les chapiteaux quadrangulaires et sculptés de deux colonnes rondes. Le tympan est en appareil réticulé et le linteau, monolithe, est sculpté d'une croix (en forme de croix de Malte) cernée des lettres grecques alpha et oméga, autre symbole du Christ. A l'intérieur, et à l'exception du premier pilier à gauche à l'entrée de la nef et du doubleau de la voûte retombant de l'autre côté sur un pilastre ajouté devant les deux colonnes (XVIe siècle), celles-ci constituent aussi les éléments les plus anciens.

Les sculptures de leurs chapiteaux, réalisées à une époque de transition entre la période pré-romane et le roman classique, présentent une grande variété de motifs: losanges, feuillages, animaux, personnages... « Avec Saint-Rambert et Veauche, Saint-Victor a une belle place à côté du véritable musée de sculpture pré-romane qu'est Saint-Romain-le-Puy », s'enthousiasme Louis Bernard. Certains chapiteaux sont à Y timbrés d'une marguerite. Sur d'autres sont représentés des animaux (des loups ?) avalant un serpent, de remarquables entrelacs, des personnages qui représenteraient le Créateur, Abraham et Isaac... Dans une des chapelles nord, du XVIe cette fois, c'est la clé de voûte qui est sculptée. Sont représentés le Christ portant le globe terrestre, une Vierge à l'Enfant, un évêque et un ange à écu portant le monogramme IHS.

Dans le choeur, un bel autel baroque datant de l'époque Louis XIV. Le devant de la table est tendu sur trois côtés de cuir de Cordoue. Les statues représentent notamment saint Victor et saint Eustache, Victor était un soldat romain chrétien. Il fut martyrisé à Marseille en l'an 303. L'église conserve aussi les statues de saint Antoine (XVIIe siècle), saint Isidore, saint Roch et une Vierge à l'Enfant. L'orgue date de 1977. En chêne massif, il a été construit par Didier Chanon dans le style XVIIe siècle.

" Une petite église agrippée sur un promontoire, une eau noire environnante, profonde et vaste, encastrée dans les rochers, et cette odeur de feuilles et de terre qui surprend (...). Tel m'apparut le site..." Jean-Marie Benoît