Tuesday, July 07, 2020

Plusieurs communes situées entre Boën-sur-Lignon et Noirétable, presqu'aux limites de l'Auvergne, portent le nom de Rochefort : L'Hôpital-sous-Rochefort, Saint-Laurent-Rochefort, La Valla-sur-Rochefort et Saint-Didier-sur-Rochefort.

« Rochefort » vient de « roche fortifiée » (Rocca Fortis), expliquent Jean-Marie Cassagne et Mariola Korsak dans leur ouvrage D'où vient le nom des villes et villages de la Loire (2014). Ce fut aussi le nom d'une grande famille qui a possédé un château dans le petit village qui porte le même nom - Rochefort toujours - aujourd'hui situé dans la commune de Saint-Laurent-Rochefort. Rochefort fut paroisse et seigneurie à la fin de l'ancien régime (archiprêtré de Pommiers et élection de Roanne) avant d'être fondu dans la commune de Saint-Laurent.

« Au centre d'une région très accidentée et essentiellement montagneuse, sur une éminence que couronne une église au clocher carré et plat, quelques pans de murs qui se dressent tels des fantômes attestent seuls la splendeur passé du vieux manoir cité pour la première fois en 1173 », écrivait Emile Salomon dans Les châteaux historiques du Forez. En 1180 Hugues de Rochefort en fit hommage au comte de Forez opposé à ses remuants voisins, les seigneurs de Couzan. Ce château fut démantelé en 1596.

Saint-Laurent-Rochefort avait pour nom de paroisse, à la fin de l'ancien régime, Saint-Laurent-en-Solore. Solore étant le nom autrefois donné au château. Il fut déchristianisé pendant la Révolution pour devenir Rochefort-Laurent-en-Solore, lisons-nous dans le Dictionnaire topographique de la Loire (2006). Il redevint ensuite Saint-Laurent-en-Solore jusqu'en 1817.

« Le pays est en général peu productif, les habitants n'y exercent aucune industrie; leur caractère est un peu sauvage : par apathie ou préjugé, ils ne cherchent pas à sortir de l’ignorance où ils sont encore plongés », jugeait Théodore Ogier dans La France par cantons et par communes en 1856.

Le village possède une croix remarquable en grès dur inscrite sur l'inventaire des Monuments Historiques en 1926 et restaurée en 1990. Elle date du début du XVIe siècle. Elle surplombait l'ancien cimetière. Sur le croisillon, haut de 1,60 mètre, au revers du Christ en croix, entouré de la Vierge et de saint Jean, figure une Vierge de Pitié (Pieta) entre une représentation de l'Education de la Vierge et une autre de sainte Madeleine. Les bras de la croix sont écotés et sur le fût, rond et conique, est sculpté saint Laurent.

Tout proche, dans la vallée de l'Anzon, L'Hôpital-sous-Rochefort était en 1789 une petite ville murée, annexe de Saint-Laurent et possédant un prieuré (fondé en 1043) dépendant de l'abbaye de La Chaise-Dieu. Le village souffrit de la Guerre de Cent ans et en 1439, Charles Ier de Bourbon accorda aux habitants le droit de construire une muraille. Sur la route Lyon-Clermont-Limoges, il doit son nom à un hospice qui s'y trouvait, destiné à accueillir les pèlerins et les indigents. Et on raconte que Montaigne, au retour d'un voyage en Italie, s'arrêta en 1581 dans le logis du Lion d'Or, une hostellerie du faubourg.

Le village est relativement connu, en Forez tout du moins, pour les peintures murales de l'église Notre-Dame (ancienne église prieurale achevée au début du XIIe siècle) d'une exceptionnelle qualité artistique. Elles ont été réalisées à la fin du XVe siècle, début du XVIe. Au prieur Guillaume Mastin de la Merlée, commanditaire, on doit le décor dans le choeur et le transept figurant les quatre évangélistes sous leur forme symbolique (lion, bœuf, aigle et ange).

Et surtout, sur l'abside et les murs du choeur, restaurée par Gérard Edmond dans les années 2000, une représentation du Jugement dernier avec le Christ Juge, immense, assis sur un arc-en-ciel et revêtu d'un manteau rouge. De sa bouche sortent un lys, symbole de miséricorde pour les Justes, et une épée symbolisant le châtiment des Damnés. Des anges l'entourent qui soufflent dans un olifant pour le réveil des morts. A sa gauche, saint Jean-Baptiste, le précurseur. A sa droite, Marie a le visage d'une jeune femme aux cheveux dénoués. « Vierge avocate qui intercède pour l'humanité (…), main gauche levée, paume offerte » dans un geste de supplication et qui, de sa main droite, « dévoile le sein qui a allaité Jésus, illustration de son amour pour lui et pour l'humanité, et allégorie de la charité  », décrypte l'ouvrage Restauration et restitution du beau (2004). Au dessous du Christ, des ressuscités sortent de leur tombeau.

Le commanditaire serait ici Claude Raybe de Saint-Marcel d'Urfé, autre prieur (1485-1509) qui a commandé la très belle statue de Notre Dame de Grâce, à découvrir dans cette même église.