Monday, October 23, 2017

Le pic de Montsupt est un des nombreux pitons volcaniques de la Plaine du Forez et des contreforts des Monts. Il est semblable au pic de Saint-Romain, le dominant toutefois largement avec son sommet de 642 mètres et surplombant ainsi d'une petite centaine de mètres les alentours. On devine le vallon de la Curraize au nord, et celui de son affluent le Malval à l'ouest. Sis sur la commune de Saint-Georges-Haute-ville, le mont est proche de deux km du bourg de Margerie.

 

Le pic de Montsupt depuis la commune de Lavieu. À gauche, le pic de Saint-Romain émerge du brouillard.

Qu'en est-il de son nom ? Comme d'autres, il a varié au cours du second millénaire, depuis sa première mention en 1167: castellum de Monte Seupt. L'habituel Dictionnaire topographique de la Loire nous donne d'autres noms, sinon d'autres orthographes: Montem Seutem en latin, Montseust ou encore Monsau dans la langue française de l'époque. La première idée est de relier la partie actuelle supt au terme local, sinon méridional de suc, à savoir un piton volcanique, la phonétique aidant, à condition de ne pas prononcer le c final. Les dictionnaires d'occitan nous rappelle que suc signifie plus généralement le sommet de la tête. C'est l'hypothèse émise par Albert Dauzat, éminent linguiste, que rappelle le site Forez Histoire. Toujours sur le même site mais cette fois-ci selon Jean-Baptiste Sonyer du Lac,  premier avocat du Roi, le nom actuel de Montsupt serait une abréviation de Mons Septimiti. Septimiti peut se rattacher à septimo, soit septième.

Abordons l'histoire plus concrète. Selon le Groupe de recherches archéologiques de la Loire (GRAL), elle pourrait commencer au moins dès l'Antiquité avec la découverte de tuiles à rebords gallo-romaines à son sommet. En ce sens, le mont paraît bien être le noyau le plus précoce d'occupation humaine sur la commune.

Le castellum de Monte Seupt, soit le château de Montsupt, a été représenté par Guillaume Revel, héraut d'armes du duc de Bourgogne Charles Ier dans son armorial de 1451. Il consistait alors en un donjon au sommet du pic, accompagné d'une enceinte de remparts à quatre côtés, " flanqué aux angles de tourelles en encorbellement " (Le Forez dans tous ses états). Une seconde enceinte est presque immédiatement rajoutée pour compléter la défense du mont, non représentée sur le dessin de Revel.

Ce petit lieu fortifié veillait à cette époque sur l'ancienne voie Bolène, fameuse voie romaine toujours empruntée au Moyen-Âge. Aux tous débuts du château, au XIIe siècle, c'est Guy II, comte de Forez qui détient le lieu. Un village s'est évidemment développé sur le côté sud de ce dernier, à l'instar des sommets voisins de Lavieu ou de Saint-Romain. Châtellenie possédée par Gabrielle d'Allonville au XVIIe siècle, les enceintes sont détruites durant ce siècle. Quand Jean-François de Mazenod acquiert l'ancienne forteresse au XVIIIe siècle, il ne subsiste plus que le donjon.

Pour accéder à Montsupt, nous empruntons la route de Margerie pour virer à gauche, direction le pic. Quelques vieilles fermes ci et là, accompagnées de pavillons modernes, nous accompagnent lors de notre arrivée.

Panneaux d'indication et coquille Saint-Jacques : nous sommes sur un des chemins de Compostelle

Notre petite ascension longe quelques vieilles bâtisses pour ensuite accéder à une petite chapelle romane. Dédiée à Sainte Marie-Madeleine, c'est en fait l'ancien édifice religieux du château, mais qui a longtemps été abandonnée au temps et aux intempéries.  

Toujours debout depuis le XIIIe siècle (d'après Forez Histoire), elle se situe sur le flan sud-sud-est du pic. Constituée d'une petite nef, elle est complétée sur son bord ouest par une abside en forme polygonale, mais en demi-cercle à l'intérieur. Originalité dans notre contrée forézienne, elle est surmontée d'un clocher-mur en deux arcades, soutenant chacune d'elle une petite cloche.

Dans un état de délabrement avancé il y a un siècle, elle a été rénovée depuis peu mais est seulement visitable certains jours de printemps et d'été. On se contentera d'une vue par la minuscule fenêtre de l'entrée, mais les minces fenêtres de l'édifice ne permettent pas de distinguer les subtilités de l'intérieur de l'édifice. Nous vous renvoyons à la page consacrée sur le site Forez Histoire pour admirer les peintures préservées derrière l'autel.

Un peu avant, un captage d'eau moderne a été construit sur une ancienne source d'eau, longtemps utilisée par les habitants eux-mêmes. Dans un effort d'intégration au paysage, le bâtiment de béton a été peint des éléments et des couleurs environnants ; difficile de faire mieux. Plus haut, on accède au surplomb dominée par une petite tour éventrée. C'est semble-t-il le reste du petit donjon rond dessiné par Revel il y a plus de cinq siècles. Encore fermée il y a cent ans, elle dévoile aujourd'hui son maigre intérieur et surtout ses épais murs qui font près de deux mètres de largeur.

Les pierres les plus brinquebalantes ont été cimentées et une grille a été fixée pour empêcher des archéologues en herbes d'accéder à son cœur. Un peu plus bas, sur le côté nord du pic, se tient encore un vieux mur de pierre déjà bien effritée: c'est un reste du premier rempart. Une photo aérienne nous le montre, accompagnant un quadrilatère bien identifiable par les talus formées : serait-ce la trace de la première enceinte ?

Nous quittons Montsupt pour virer sur Lavieu. Ce sera la prochaine étape de notre circuit historique.

Bibliographie :

Forez Histoire

Groupe de recherches archéologiques de la Loire (GRAL), https://archeogral-loire.asso.fr/index.php/activites/cartearcheo/106-saintgeorges

Le Forez dans tous ses états

Sonyer du Lac, Les fiefs du Forez, 1788, sur Gallica (BnF)