"Qu'un Charlieu, qu'un soleil", lisons-nous à  l'angle d'une rue. Charlieu figure parmi les onze villages estampillés par le Conseil général "villages de caractère" de la Loire. C'est l'un des quatre situés dans le Roannais; les autres étant Le Crozet, Ambierle, Saint-Haon-le-Châtel et Saint-Jean-Saint-Maurice. Cette petite page invite à  découvrir quelques éléments de son riche patrimoine. Nous n'évoquons que très brièvement l'abbaye et faisons l'impasse sur le musée de la soierie. Quant au musée hospitalier, une page spéciale lui est dédiée depuis plusieurs années. Les photos viennent à  la suite du texte.

 

Les mots carus locus, "cher lieu" en latin, ont donné son nom moderne à  la cité. L'appellation fut donnée par des moines bénédictins venus de Touraine qui, vers 870, y fondèrent une abbaye. Celle-ci fut rattachée en 932 à  Cluny. Le monastère devint ensuite prieuré. Trois églises successives furent édifiées aux IXe, Xe et XIe siècles. De ce dernier édifice, il subsiste une travée, la façade et le narthex. Sur le grand portail d'entrée du narthex (ajouté au XIIe siècle), au nord, sont sculptés au tympan le Christ en gloire dans une mandorle soutenue par deux anges, l'homme l'aigle, le taureau et le lion qui symbolisent respectivement Matthieu, Jean, Luc et Marc. Un musicien est sculpté de chaque côté de l'archivolte supérieur. Sur le linteau, au-dessous du tympan, quinze personnages plus petits sont représentés: six apôtres assis de chaque côté de la Vierge, assistée de deux anges. D' autre personnages sont sculptés dont saint Jean-Baptiste, reconnaissable à  la peau de bête qu'il porte. Deux portent l'abbaye. L'un d'entre eux est Boson, roi de Provence et de Bourgogne, parent de Charles le Chauve et bienfaiteur de l'abbaye au IXe siècle. L'ensemble, inspiré par le Livre de l'Apocalypse, est dominé par l'Agneau. A droite (petit portail), trois scènes sont représentées: sur le tympan les noces de Cana, sur l'archivolte, six personnages (le Christ, saint Pierre, saint Jean, saint Jacques, Elie et Moise) et, sur le linteau, un sacrifice d'animaux. Le cloître actuel, de la fin du XVe siècle, a été restauré en 1999/2000. Il s'ouvre sur la salle du chapitre (ou capitulaire) qui date du XVIe siècle et dont un des piliers a la particularité de porter un pupitre taillé dans sa pierre. La chapelle attenante (chapelle du prieur), dans son état actuel date de la fin du XVe. Deux salles, lapidaire et d'art religieux, ont été aménagées dans le parloir et une cave, respectivement dans les années 70 et 80. Par une porte crénelée, on pénètre dans la cour de l'Hôtel du Prieur (début XVIe).

 

Ce qui frappe aussi à  Charlieu, c'est le nombre de maisons anciennes. L'ouvrage qui nous sert plus ou moins de guide, Le pays de Charlieu (2008), explique que le centre ancien en compte plus de trente. Certaines, du XIIIe, sont en pierre à  baies jumelées; les plus nombreuses, à  pans de bois et à  encorbellements, sont du XVe siècle. Quelques-unes datent de la Renaissance, d'autres du XVIIIe. Signalons celles situées rue du Tour de l'Eglise, à  l'angle de la place Saint-Philibert et de la rue des Moulins, dans les rues Chevroterie, Fromagerie, Michon (maison dite "des Armagnacs" du XVe) ou encore Jean morel (maison dite "des Anglais" du XVIe). Au centre de la place Saint-Philibert, l'ancienne halle aux grains, édifiée vers 1830 à  l'emplacement de l'ancien quartier des pénitents, accueille aujourd'hui notamment le cinéma et la bibliothèque. L'office de tourisme a quant à  lui pris place dans une maison du XIIIe.

 

L'église paroissiale, dédiée à  saint Philibert, recèle aussi bien des trésors. Sa construction a débuté au XIIIe siècle (première mention 1238) quand la cité connaissait la prospérité. Elle a été édifiée par les bourgeois. L'édifice primitif correspond au choeur actuel. Dans un style gothique bourguignon à  chevet plat, il s'ouvrait sur le côté nord par une porte qui a été conservée. L'avant choeur, la nef et les bas côtés furent édifiés du XIVe au XVe siècle. Les deux dernières travées et la façade ornée de trois tympans représentant, au centre, le Christ, au nord, saint Philibert et au sud la Nativité de Marie, datent de 1864. L'église a été rénovée en 2001. On y trouve toutes les informations nécessaires pour une visite détaillée. A ne pas manquer, dans le choeur, les stalles en bois sculpté et peint du XVe siècle représentant d'un côté douze saints et de l'autre les douze apôtres. Ce qui constitue en soi une petite curiosité car un des sujets favoris de l'art du XVe siècle était de figurer, face aux apôtres, non pas des saints mais des prophètes. Les saints représentés sont: un saint évêque, saint Jean-Baptiste, sainte Catherine, saint François d'Assise, sainte Marie-Madeleine, sainte Marguerite, saint Etienne, saint Michel, saint Louis, roi de France, saint Georges, saint Laurent et saint Vincent (?). Un clerc est représenté agenouillé devant l'évêque. Il l'est aussi en face sur l'autre série, devant saint Paul. Il pourrait s'agir du donateur. Les apôtres (Judas n'est pas représenté et remplacé par Paul) peints par Maître Collinet portent chacun un philactère sur lequel est écrite une phrase du Credo. Dans celui de Paul est inscrite une de ses paroles. Les grands vitraux ont été restaurés en 2002 par Joël Môme. Ils représentent notamment le serpent d'airain, les prophètes Ezéchiel et Isaie, le chemin de croix. Ils dominent une pietà  polychrome du XVIe (?) et deux grandes statues de saint Eloi et saint Philibert qui faisaient partie de l'ancien grand retable.

 

Une chapelle conserve aussi un retable en pierre polychrome, du XVe toujours, représentant l'Annonciation et la Nativité, et la statue de Notre-Dame de Septembre, datée de la fin du XVIe. Cette chapelle était anciennement celle de la confrérie des tixiers en toile et ensuite de la corporation des tisserands en soie. Notre-Dame est célébrée encore chaque année en septembre lors des grandes fêtes de Charlieu.

 

Photos:

 

 

 

 

 

 

 un chapiteau: le soleil et la lune

 

 saint Crépin