Thursday, August 06, 2020
Les trois plus beaux retables du département sont à  chercher au nord, dans le Roannais. Le premier se trouve à  Charlieu, dans la chapelle de l'ancien Hôpital. Il s'agit d'un retable en bois sculpté et doré du XVIIIe. Les deux autres sont plus anciens et portent des décors peints. Un d'entre eux, retable siennois de 1310, se trouve dans la chapelle du XVe des seigneurs de Vougy, dans l'église de Vougy. Le second, de loin le plus célèbre, se trouve dans l'église Saint-Martin de l'ancien prieuré d'Ambierle. Il porte le nom de retable de la Passion.

De style gothique flamboyant, l'église prieurale est l'oeuvre d'Antoine de Balzac d'Entragues. Elle est classée. Antoine de Balzac d'Entragues fut aussi évêque de Die et de Valence.

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Le retable fermé

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Ouvert

Son retable se présente sous la forme d'un triptyque, si l'on ne prend en compte que sa partie centrale, ou d'un polyptique lorsque les six volets peints sont déployés. Nous laissons le soin aux spécialistes de discuter l'appellation la mieux appropriée. Il a été réalisé dans la deuxième moitié du XVe siècle. Il fut parfois considéré comme étant l'oeuvre du peintre flamand Rogier Van der Weiden. D'autres ont même évoqué à  son propos Jan Van Eyck, un des deux auteurs du plus célèbre des polyptiques, celui de l'Agneau Mystique à  Gand. En 1938, Jacques Dupont, inspecteur général des Monuments historiques, proposa le nom de Maître d'Ambierle pour désigner l'auteur inconnu de ce trésor.

Ce qui est certain, c'est qu' on doit à  Michel de Chaugy dit "Michaud le Brave" sa présence à  Ambierle. Officier à  la cour de Bourgogne, comme son père Jean de Chaugy, c'est par testament qu'il le légua à  l'église.

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Il mesure 2, 80 mètres de longueur lorsqu'il est fermé et 5, 60 mètres lorsque ses volets sont ouverts. Hauteur: 2,25 mètres.

Fermé, il montre six peintures: quatre sur les grands volets du bas et deux, de plus petites dimensions, illustrant les volets supérieurs. Au total, ce sont huit personnages qui sont représentés en grisaille sur fond rouge vermillon.

Sur les volets supérieurs, on voit l'Ange de l'Annonciation, les genoux en flexion, devant la Vierge qui semble lui adresser un signe de la tête. On remarque aussi un lys dans un vase.

Sur les volets du bas, chaque figure ressemble à  une copie de statuette debout sur un socle armorié. De gauche à  droite: sainte Anne portant Marie qui elle-même tient Jésus dans ses bras, sainte Catherine d'Alexandrie (portant les palmes du martyre, l'épée et la roue dentelée qui la supplicia), sainte Marthe ou Marguerite foulant aux pieds la tarasque et saint Martin, patron de l'église, représenté en habit d'évêque.

Ouvert, il montre six tableaux et trois grands ensembles sculptés. Ces derniers ont pour thème général la Passion qui a donné son nom à  l'oeuvre. Sont représentés successivement le baiser de Judas, la Flagellation, le Couronnement d'épine, la Crucifixion, au coeur de la structure, la Déposition de Croix, la Mise au tombeau et la Résurrection. Chaque scène est surmontée de dais à  pinacle en bois doré et les six tableaux qui entourent la Crucifixion sont cloisonnées par une colonnette sculptée et dorée.

Au total, 51 personnages sont sculptés dans le bois de noyer: soldats, cavaliers, bourreaux, Judas, saintes femmes, la Vierge, les deux larrons, saint Jean, saint Pierre, Nicodème, saint Joseph d'Arimathie etc. Une quinzaine de personnages habitent la scène de la Crucifixion, dont quatre à  cheval. Elle s'inspire ici de l'Evangile de saint Jean puisqu'elle montre la "pamoison" de la Vierge au pied de la Croix. Vêtue de bleu, elle est soutenue par un homme habillé de rouge, probablement saint Jean, et par deux saintes femmes. Vêtue de rouge, sainte Marie Madeleine tend les bras vers le Christ.

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Deux peintures représentent chacune un ange vêtu de bleu, le regard tourné vers le Golgotha. Ils portent chacun un écu différent qui portent les armes de Chaugy. En voici la description héraldique, telle qu'elle fut donnée par le grand archéologue roannais Joseph Déchelette : " Ecartelé aux 1 et 4 contre-écartelé d'or et de gueules qui est de Chaugy, aux 2 et 3 de simple à  une croix d'or cantonnée de vingt croisettes de même, cinq à  chaque canton posé en sautoir, qui est de Montagu" et " Parti au 1 de Chaugy-Montagu, au 2 de Jaucourt, qui est d'or à  deux lièvres léopardés de sable."

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Jean de Chaugy et Guillemette de Montagu

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Michel de Chaugy et Laurette de Jaucourt

Quatre membres la famille de Chaugy, deux hommes et deux femmes, sont représentés sur les peintures des panneaux intérieurs, à  chaque extrémité du retable. Les personnages masculins sont les plus proches des sculptures. Tous les quatre sont placés dans un décor champêtre. On devine dans l' arrière plan, des paysages, des vallons, des clochers...


A gauche est représenté le père, Jean de Chaugy, protégé par saint Jean Baptiste qui se tient debout derrière lui, et son épouse, Guillemette de Montagu, avec à  ses côtés saint Guillaume, casqué. A droite, il y a le fils, Michel de Chaugy, le donateur, accompagné de saint Michel, et sa femme, Laurette de Jaucourt, que protège saint Laurent.
Saint Michel, saint Laurent et saint Jean-Baptiste sont facilement identifiables grâce à  leurs attributs: gril, agneau et diable piétiné. On doit à  l'ouvrage de Martine Vivier de savoir qu'il s'agit de saint Guillaume. Il est représenté en habit de moine mais porte un casque qui rappelle que le fondateur de l'abbaye de Gellone, à  Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) fut aussi le légendaire duc Guillaume, qui combattait les sarrazins au temps de Charlemagne.

Guillemette de Montagu est vêtu de noir et coiffé d'un hennin d'étoffe blanche, de même que sa belle-fille. Seuls ses parements blancs distinguent la robe de Guillemette de Montagu de celle de la jeune femme. Michel de Chaugy porte l'épée au flanc et il est revêtu d'une armure et d'une cotte armoriée. Son père par contre, s'il porte aussi l'armure, n'a pas d'épée.

Tous les quatre sont agenouillés devant un livre de prière qui est posé sur un prie-Dieu recouvert de velours.

NdFI:

Le Retable de la Passion d'Ambierle, de Martine Vivier, est à  notre connaissance le dernier ouvrage en date à  lui avoir été consacré. Edité en 1986 par le Syndicat d'Initiative d'Ambierle, il est le dernier d'une longue série d'ouvrages ou articles et mentions  consacré à  ce monument. Nous avons aussi utilisé divers articles (Déchelette, Cherpin...), dont un long descriptif publié dans la revue Reflets foréziens, écrit par l'abbé Henri Monot en 1949.

Nous remercions le Musée Alice Taverne pour son aide iconographique et laissons le mot de la fin à  Martine Vivier : " Dans un musée, le retable deviendrait un simple objet d'art. C'est un fait exceptionnel de pouvoir encore aujourd'hui le voir dans son lieu originel, dans un édifice qui a été construit dans le même temps qu'il a été peint et sculpté, dans sa fonction et à  sa place originelle, dans la lumière dorée de l'église Saint Martin d'Ambierle."