" Notre-Dame d'Espérance est le monument le plus beau et le plus vénérable du Forez ", a écrit Marguerite Fournier-Néel. Vénérable elle l'est certainement, ne serait-ce que parce qu'elle garde le tombeau d'un comte de Forez. Quant à  sa beauté, les "chiens" l'ont quelque peu fanée en dérobant ces dernières années certaines de ses statues...

Article publié dans sa première mouture en 2008, augmenté en 2016

Dans l'abside, un vitrail du XIXe siècle montre Guy IV agenouillé auprès d'un garçonnet et diriger sa petite main qui porte une truelle. L'enfant est son fils, le futur Guy V. Le comte de Forez en effet, s'estimant indigne, parce que pécheur, de sceller la pierre d'honneur de l'édifice, confia ce soin à  son rejeton. Debout près d'eux est également figuré Renaud de Forez, archevêque de Lyon, l'oncle de Guy IV. La pierre en question, qui se trouve au-dessous du vitrail, a été placée le 16 novembre 1226, trois ans après la signature de la charte de fondation.

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Guy IV souhaitait établir dans sa capitale, sur la rive droite du Vizézy, une église collégiale qui serait administrée par un collège de treize chanoines. A la tête de ce chapitre, "au service de Dieu et de la Bienheureuse Marie, toujours Vierge"(1) était placé un doyen. Les murs de l'église conservent le souvenir du chapitre. On peut voir ses armes, portant le Dauphin de Forez sur un champs de lys, au-dessus du portail sud de l'édifice.

La construction s'échelonna sur deux siècles, jusqu'en 1466. Du XIIIe siècle datent le choeur et la première des six travées. Longue de 70 mètres, la grande nef a près de 12 mètres de largeur et 20 mètres de hauteur sous les voûtes. Les deuxième, troisième et quatrième travées datent du XIVe siècle. Au XVe, sous les ducs de Bourbon, successeurs des comtes de Forez, furent construites les deux dernières travées et la façade, flanquée de deux clochers dont un est inachevé.

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Le clocher nord, pour sa part, domine les toits du haut de ses 43 mètres. Il porte sous ses fenêtres les blasons de Forez et du Bourbonnais et, au sommet, les armes de France. Il garde trois cloches: Sauveterre (début du XVIe), Bourbon (1503) et Marie-Thérèse (1820). La doyenne pèse quatre tonnes, pour un diamètre de 1, 58 mètre.

Le portail a perdu son trumeau, le pilier central qui supportait son linteau, au XIXe siècle. Et ne présente qu'une statue, celle d'une Vierge à  l'enfant, au centre du tympan. Les emplacements des voussures et pieds-droits, destinés à  d'autres statues, sont vides.

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Des deux portails latéraux, le plus ancien est celui situé au nord. Il est précédé d'un porche et le tympan porte un ensemble sculpté par Fabisch. Notre Dame de Bon Coeur trône au centre, entourée de saint Aubrin, patron de Montbrison, et saint Claude, évêque de Besançon. Ce groupe remplace la statue de Notre-Dame de Bon Coeur, détruite à  la Révolution. Le portail sud n'a été ouvert qu'au milieu du XIXe.

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"Influencée par le Midi, écrit joliment  M. Fournier Néel, la Collégiale n'est pas fille du rêve comme les cathédrales du Nord mais fille d'une race attachée aux réalités de ce monde."

Son plan est assez simple et ses lignes sobres. Elle ne comporte ni transept, ni déambulatoire. Elle comporte une nef à  six travées et des collatéraux, éclairés par des fenêtres hautes, et sur lesquels s'ouvrent une dizaine de chapelles, la plupart au sud, construites du XIVe au XVIe. Les piliers portent peu de sculptures, hormis des chapiteaux ornés de fleurs et feuillage de notre pays, et pas de scènes historiées ni blasons à  l'exception des armes des ducs de Bourbon dans la dernière travée. Les vitraux actuels ne sont pas ceux d'origine, détruits à  la Révolution, mais du XIXe. On les doit à  Maréchal, maître-verrier de Metz (dans l'abside), Thévenot, de Clermont et Alexandre Mauvernay, de Saint-Galmier.

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Sur le collatéral nord se trouvent les chapelles saint-Michel (nommée plus tard sainte-Madeleine), sainte-Cécile et saint- Aubrin.

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La première est nommée également "chapelle des Robertet" car c'est Jean Robertet, né à  Montbrison,  qui la fit bâtir en 1488. Il fut le secrétaire et le trésorier de trois ducs de Bourbon puis de trois rois de France: Louis XI, Charles VIII et Louis XII. Son fils Florimond exerça les mêmes charges et fut l'ami de Marot et de Ronsard. Les armes des Robertet y apparaissent au dessus d'une porte gothique: "D'Azur à  la bande d'or chargée d'un demi-vol de sable et accompagné de trois étoiles d'argent." L'aile d'oiseau (demi-vol) serait une allusion à  la plume du secrétaire royal. On raconte que le roi Louis XII aurait dit: "Toutes les plumes (secrétaires) me volent ". A quoi Jean Robertet aurait répondu "Fors une" (sauf une).

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La chapelle sainte-Cécile fut fondée en 1510 par un autre fils de Jean Robertet: Jacques Robertet, chanoine à  la Collégiale puis évêque d'Albi. La cathédrale d'Albi étant aussi placée sous le vocable de sainte Cécile, patronne des musiciens. Le coeur de Jacques Robertet y est inhumé. Au XVIIe siècle, des membres de la famille Girard de Vaugirard y furent également ensevelis. En 1847, elle fut rebaptisée "chapelle saint-Honoré" et confié au soin de la Corporation des pâtissiers.

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La chapelle saint-Aubrin enfin fut construite par Pierre du Vernay, juge du Forez et chanoine, décédé en 1363. S'y trouve le gisant de son tombeau, le représentant vêtu des ornements de sous-diacre. Une inscription rappelle également le rôle joué par le curé Peurière dans la restauration de cette chapelle et de l'abside.

C'est dans la chapelle saint-Aubrin que sont exposées en vitrine les plus belles pièces du Trésor. On doit au Docteur Yvon Villemagne et à  son association des Amis de la Collégiale d'avoir procédé à  l' inventaire des objets, vérifié en 2002 avec l'aide d'Anne Carcel, conservateur départemental des objets d'art et d'antiquité, et à  leur mise en sécurité. Il s'agit du buste reliquaire de saint Aubrin, protecteur de la cité. En bois doré, il contenait le chef du saint, c'est à  dire son crâne, la mâchoire supérieure et des dents. Un autre reliquaire au pied hexagonal conserve toujours des reliques de ce même saint. En argent repoussé, il est daté du 15e siècle. Il comporte une croix sommitale s'apparentant aux croix monumentales foréziennes. Le Trésor comporte d'autres types de reliquaire: une croix reliquaire en bois peint du début du 19e siècle avec des reliques de plusieurs saints (Agnès, Jérôme, Romain...) et un fragment de la vraie croix, et des bras-reliquaires contenant aussi des ossements. Dans une châsse sont conservés des os du corps de saint Aubrin et sa ceinture. Les deux figures représentant des Saint Innocents, en bois doré, datent de 1677. A voir aussi un calice en argent doré daté de la seconde moitié du 19e, deux ciboires, dont l'un destiné aux malades, daté de la fin du 18e, l'autre, plus grand étant en cuivre repoussé (milieu 19e), et une couverture d'évangéliaire en métal doré et argenté. Les deux croix de procession sont datées, pour l'une, des 16et 17e, pour l'autre, du 16e. Une est en bois, cuivre et vermeille, l'autre est en cuivre sur bois. Enfin les deux ostensoirs en vermeil et argent ont été réalisés, pour l'un, en 1895, pour l'autre entre 1819 et 1838.


Au Sud, du portail vers le Choeur, s'alignent cinq chapelles:

Dans la chapelle des morts, depuis 1810, étaient déposés les cercueils, dans l'attente des funérailles. Elle a été bâtie par Eustache de Lévis-Couzan en 1510 et, à  l'origine, était dédiée à  saint Eustache, saint Louis et saint Jean-Baptiste. On y trouve un Monument aux morts sculpté par l'artiste stéphanois Joseph Lamberton et une belle Piéta de Fabisch. Les vitraux datent du XIXe. On y lit les blasons des familles de Meaux et de Montalembert. On remarquera aussi, sur un pilier, aux côtés des armes des Lévis-Couzan, un "visage trinitaire". Il existe une représentation semblable sur la Grand Eglise de Saint-Etienne.

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La chapelle saint-Louis, autrefois dédiée à  saint Pancrace, a été fondée en 1434 par Etienne Raud, prêtre.

La chapelle de la Vierge est constituée par le regroupement de deux anciennes chapelles, les chapelles sainte-Catherine et saint-Roch (XVe siècle) édifiées par Louis de la Vernade, doyen du chapitre. Elle renfermait autrefois les sépultures des Papon. Et saint-Antoine et saint-Claude, édifiée par un bourgeois de Montbrison, Jean Manilier.

La chapelle saint-André possède une peinture murale du XIIIe qui montre sainte Catherine d'Alexandrie terrassant le Dragon. A ses pieds, un chanoine est représenté en prière. On doit cette chapelle à  Clément Rosset, riche chanoine de Notre-Dame.

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La chapelle du Sacré Coeur a été fondée à  la fin du XVe siècle par Mathieu de Bourbon, dit "le Grand bâtard", en expiation du meurtre de Jean Berry, secrétaire du duc de Bourbon.

Un petit passage permet de rejoindre l'abside. Il a été ouvert au début du XVIe par Claude de Saint-Marcel. L'autel saint-André, d'une décoration Renaissance, se trouve dans ce passage. On y lit les initiales AV entrelacées, pour André Vende.

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La Mure rapporte que six hommes vêtus de grands manteaux entouraient autrefois le tombeau de Guy IV, profané par les Huguenots pendant les guerres de religion et les sans-culottes lors de la Révolution. Seul le gisant subsiste aujourd'hui dans l'abside. Le comte de Forez est représenté sur son lit de mort, portant un bonnet et ses pieds, bottés et éperonnés, s'appuient sur un lion, symbole de force. Il porte l'épée sur le côté gauche, ornée du Dauphin. Il est vêtu d'une longue robe et d'un manteau.

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Le maître-autel date du XIXe. On le doit à  Bonnet et Protheaux. Les stalles datent également du XIXe. Elles ont été réalisées par le Lyonnais Bernard. Quant à  la remarquable croix d'Estiallet, elle se trouvait autrefois dans le faubourg qui lui a donné son nom. Elle est également appelée "croix des saints" car elle porte sur son fût plusieurs sculptures de saints: sainte Barbe, saint Laurent, sainte Marguerite...

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A l'extrême opposé de l'abside, le buffet d'orgues est l'oeuvre du célèbre facteur d'orgues alsacien Callinet. Classé MH il comprend 46 jeux, quatre claviers et trois soufflets. La tribune de pierre qui le supporte a été réalisée en 1842 par l'architecte Bossan, qui a dessiné aussi le maître-autel.

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La chaire est l'oeuvre de quatre Lyonnais: Benoît père et fils, le statuaire Fontan et Visconti. Ella a été offerte par le chevalier Puy du Rozeil dont elle porte les armes. On y lit également celles du pape Léon XIII. Les sculptures nous montrent le Christ et les quatre évangélistes.

A noter aussi un tableau montrant l'ensevelissement du Christ, attribué à  l'atelier de Gaspard de Crayer, un élève de Rubens.

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Statue de saint Eloi qui fut dérobée.

(1) Extrait de la charte de fondation, signée à  Moingt, cité par Claude Latta dans Histoire de Montbrison, 1994, éditions Horvath.
> Lire aussi à propos de la cloche Sauveterre (2018)