Saturday, December 05, 2020
Après avoir dressé dans ses grandes lignes la géographie des patois en Forez (lire), nous tentons ici d'entrer dans le vif du sujet. Et c'est pas gagné !

Quelques bases générales

Le son final indique le genre et le nombre (hérité apparemment du francoprovençal).
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Exemple :
« ministre » se dit ministre ou ministrô (un homme), ministri (des hommes), ministrà  (une femme), ministrè (des femmes), ministrou (individu indéterminé), ministru (des hommes et des femmes).

Dans certains parlers le son [u] est singulier et fait son pluriel en [ou], notamment vers Saint-Bonnet-le-Château.
Notre patois a hérité de l'€™occitan les suffixes qui donne une infinité de nuances à  chaque mot, amusez-vous à  essayer de trouver l'€™équivalent français de tous ces mots désignant une femme :

na fenà  : général ,sans nuance
én fenarè, fenarô : un homme avec manière de femme , plus péjoratif en ô qu’en è
li fenatètè : les femmes pour lesquelles on a de l'affection
lou fenassou : l'homme toujours avec des femmes
éna ouomassà  : une femme d'allure masculine
ina ouomassètà  : une sympathique petite femme à  l'allure masculine
na fenatinà  : une femme que l'on admire , physiquement ou moralement
la fenalunà  : l'ensemble des femmes d'un lieu
li fenotè : les petites femmes
na fenatotà  : une femme pour qui on a de l'amitié
la fenassà  : la grande et forte femme
ina fenarôdà  : une femme qu'on n'€™aime pas
na fenarôdassà  : une femme que l'on n'aime vraiment pas
la fenissimà  : LA super woman !
li fenissimassè : les super pas terribles super woman
lu fenalèti : hommes (ou femmes ) chétifs (ves)
na fenarô :femmes ( ou hommes ) de mauvaise vie
na fenadà  : une bande de femmes
na fenadayà  : bande de femmes (péjoratif)
na sorètà  : une petite soe“ur
na sorèlà  : sorèta avec nuance morale ou amicale

Impressionnant, non ! ?

Forézienne, par Trouilleux, 1879

Le patois possède aussi des temps particuliers marquant l'€™habitude, le doute, l'€™obligation, le souhait.... Il est a noter encore qu'€™il existe la trace du temps d'€™habitude uniquement dans la région. La méthode Assimil auvergnat le signale en Haute-Loire, le père Chassagneux le signale en Forez à  Saint-Jean-Soleymieux.

Exemple :
fa de vélo : « je fais du vélo »
sèye fa de vélo : suivant le contexte soit « je fais du vélo en compétition, de haut niveau », soit « je fais tous les jours du vélo », sous-entendu « j'€™en ai l'€™habitude ».

Le père Chassagneux pense que c'est une forme particulière du verbe « être », Assimil qu'€™il s'€™agit du verbe « soler ».

Pour les verbes, le son final (ou désinence ) indique la personne :

Je chante : tsante , tsantu (tsantou aussi dans certains villages )
Tu chantes : tsanti
Il chante : tsanta
Nous deux chantons : tsanteu
Vous deux chantez : tsantoé
Eux deux chantent : tsantoun
Nous chantons : tsantin
Vous chantez : tsanté
Ils chantent : tsanton

Comme on l'€™a fait remarqué, l'€™usage du pronom personnel est inutile pour indiquer la personne, mais libre à  chacun de l'€™employer ( ieu tsante : je chante). De plus certains pronoms personnels permettent d'€™apporter de nouvelles nuances.

Exemple :
vouzaotri tsanté et vou tsanté traduits en français signifient « vous chantez » dans les deux cas mais en patois :
- vouzaotri (« vouzautres » en français régional ) est le pluriel de "tu" alors que :
- vou est le Vous de politesse (dans vou tsanté) .

Comment le lire ? Le plus simplement possible : il faut prononcer toutes les lettres écrites et elles se prononcent comme vous en avez l'€™habitude. Deux exceptions concerne le son occitan [à] ( entre a et o ) et la diphtongue* de la plaine [ë] (è e). Une diphtongue est un son formé par deux voyelles comme dans "ails" ou "boy".
 

Tentative d'un petit précis de conjugaison

Nous l'avons écrit, c'€™est la désinence, autrement dit le son final du verbe, qui indique la personne. En fonction de la désinence, nous savons s'€™il s'€™agit de la première personne du singulier, de la seconde personne du pluriel, etc. Il y a neuf personne en patois : trois au singulier, trois au duel, trois au pluriel et il existe deux séries de désinences.
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La série 1 s'emploie à  tous les temps sauf au conditionnel présent et à  l'€™imparfait de l'€™indicatif des groupes 2 (finir) et 3 (prendre) où l'€™on emploie la série 2.

L'augment quant à  lui, entre le verbe et la désinence, indique le temps.

Exemple :
tsant + ève + in = tsantèvin (nous chantions)
chanter + augment de l’imparfait de l’indicatif + désinence de la première personne du pluriel.

Les désinences :

JE
- série 1 : e, u , ou
- série 2 : ia > voulia /« je voulais »

Ainsi on peut trouver les trois formes au présent :
tsante : « je chante »
parlu : « je parle »
mandzou : « je mange »

Une exception au futur où la désinence est : tsantaraé : « je chanterai ».

Au présent, deux exceptions concernent les verbes Etre (séï/« je suis » ) et Avoir ( /« j’ai » )

TU
- série 1 : i > tsanti / « tu chantes »
- série 2 : ii > voulii / « tu voulais »

Exception à  l’impératif où la désinence est a: téza te basseuille ! / « tais toi ! »

IL
- série 1 : a > tsanta / « il chante »
- série 2 : ia > voulia / « il voulait »


Exceptions :
La désinence est o à  l'€™impératif ainsi : tsanto ! / « il chante ! »
La désinence est è au passé simple : tsantè / « il chanta », finiguè / « il finit »

NOUS DEUX
- série 1 : eu > tsanteu / « nous chantons » (entre nous deux seulement)
- série 2 : ieu

VOUS DEUX
- série 1 : oé > tsantoé / « vous chantez » (que vous vous deux )
- série 2 : ioé

EUX DEUX
- série 1 : oun > se batoun : « ils se battent » ( entre eux deux)
- série 2 : ioun

NOUS
- série 1 : in
- série 2 : iin

VOUS
- série 1 : é
- série 2 : ié

ILS
- série 1 : on
- série 2 : ion
Exceptions : an au présent pour Avoir et Aller, au présent et au futur pour les verbes Voir et Faire

Avoir : an / « ils ont »
Aller : van / « ils vont »

Voir: vedzan / « ils « voient »; verran / « ils verrons »
Faire : fan / « ils font »; feran / « ils feront »
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L'€™augment/temps :

- r au futur
- ève à  l’imparfait
- rï au conditionnel
- èsse (ou la forme ancienne ï ) pour le présent du subjonctif
- èche à  l'€™imparfait du subjonctif
- èssère au futur du subjonctif
- ète ou ère pour le passé simple des verbes du groupe 1, guète ou guère pour le passé simple des groupes 2 et 3
- ère pour le futur du passé
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Au présent, il n'y a pas d'augment mais parfois on emploie ss, dz ou dj pour faire ressortir la désinence

Au passé simple et parfois au présent il existe une forme courte pour la 3ème personne du singulier (il ou elle) : tsantè au lieu de tsantèrè. Les seuls verbes vraiment irréguliers sont être, avoir et aller.