Quel est le décor de carte postale vantant le mieux le paysage forézien ?  A notre avis, c'est l'image, célèbre au demeurant, du petit pont de La Valla au dessus des eaux de l'Aix avec les grosses tours rondes et blanches du château-prieuré de Pommiers se détachant au loin dans le paysage verdoyant.

Le château-prieuré de Pommiers est un des quatre grands sites touristiques ligériens entretenus par le Conseil général, les autres étant le Château de la Bâtie d'Urfé à  Saint-Etienne-le-Molard, le Couvent des Cordeliers de Saint-Nizier-Sous-Charlieu et l'Abbaye Bénédictine de Charlieu. Son ensemble d'architecture civile, militaire et religieuse, remarquablement mis en valeur retient les visiteurs.

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Petite histoire du site

Le site du prieuré fut d'abord occupé par une villa gallo-romaine qui donna au lieu un nom latin, Pommaria, c'est à  dire "verger" ou Pomerium, la limite tracée par un sillon de charrue lors d'un rite de fondation. Une borne milliaire du IIème siècle, découverte en 1880 et relevée en 1987 par les Amis du Vieux Pommiers, témoigne de l'occupation romaine. Elle a servi d'assise de construction de l'église et aurait été élevée par des vétérans romains installés par Trajan. Elle porte l'inscription suivante:
" Imperatori Divi Nervae Filio
Nervae Trajano Cesari Augusto
Germanico Pontifici Maximo
Tribunitia Potestati Patri Patriae
Consuli iterum
Colonia Flavia Fori"

L'église contient d'autres vestiges antiques: une colonne en marbre dans le choeur, un sol romain sous l'abside, le maître autel lui-même est un couvercle de sarcophage de l'antiquité tardive.

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D'après une tradition, les premiers moines qui venaient de l'abbaye de Nantua et qui s'y installèrent en 878 avaient pour destination Sainte-Foy-Saint-Sulpice. Le manque d'eau aurait déjoué leur objectif initial.  En 891, le premier prieuré bénédictin est confisqué par l'archevêque de Lyon avant d'être rendu en 891 par Aurélien, nouvel archevêque de la capitale des Gaule et ancien abbé de Nantua. En 960, Saint Mayeul, abbé de Cluny, admet Nantua et toute sa filiation dans l'ordre clunisien. Pommiers devient donc dépendance de l'abbaye  et le restera jusqu'à  la Révolution. L'église prieurale "Saint-Pierre et Saint-Paul" que nous voyons aujourd'hui fut édifiée au XIe siècle et agrandie au XIIe siècle. L'autre église, l'église paroissiale Saint-Julien (de Brioude) date du Xe siècle. De nos jours, c'est l'église bénédictine qui tient lieu d'église paroissiale.

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Projection aérienne au dessus du cloître
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Le prieuré fut un des plus importants de l'Ordre au XIIIe siècle avec douze moines. Le prieur du monastère, seigneur du village avec droit de haute et basse justice, est alors le chef spirituel de la région et de la cure paroissiale. Mais durant la guerre de Cent ans Pommiers est saccagé en même temps que La Sauveté. Il n'y a plus que cinq moines et Pommiers s'enferme dans une enceinte pour se protéger des bandes de brigands. De grosses tours percées d'archères sont construites.

Le 29 octobre 1452, le roi Charles VII,  qui  vient de signer à  Cleppé un traité avec le Duc de Savoie et le Dauphin (futur roi Louis XI),  vient à  Pommiers et signe le lendemain l'édit royal qui confirme l'université de Caen dans ses privilèges. C'est encore à  Pommiers qu'il apprend l'entrée des Anglais dans Bordeaux et qu'il tient le conseil du roi, qui décide la reprise de la guerre ; ce fut la dernière phase de la guerre de Cent ans.

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Adam et Eve

Parmi les prieurs, mentionnons Méraud de Grolée-Viriville (1465) restaurateur de la chapelle de Baffie, son neveu Claude d'Hostun (1475) et Jean de Bourbon (1485).

Au XVIe siècle, le logis prieural est édifié, le bâtiment sud est coiffé d'une toiture "à  chevrons portant fermes", les deux galeries du cloître sont construites fixant les niveaux de circulation. Le prieur fait construire également une belle façade renaissance sur la Maison forte où il rend la justice. Un autre roi, François 1er, visite Pommiers au cours d'une chasse en 1531, puis à  nouveau en 1536 au moment où il vient prendre possession du Forez après la défection du Connétable de Bourbon. En 1562, pendant les guerre de religion, le capitaine huguenot de Changy (Poncenat ?) occupe Saint-Germain-Laval et dégrade Pommiers. De 1560 à  1703 le prieuré est tenu par la famille de Rostaing. Sept prieurs de Pommiers ont appartenu à  cette illustre famille forézienne. Pommiers est alors le chef-lieu d'un archiprêtré de 32 paroisses. C'est aussi pendant la Ligue un point stratégique des Ligueurs du Duc de Montmorency.

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Une restauration débute au XVIIIe sur la partie est. En 1770, l'abbé Durand refait le logis du prieur qui devient sa maison des champs. Le dernier prieur a pour nom Claude Fortunat Deloche, prieur de Tain, qui ne fait que de rares apparitions en Forez. En 1743 il y a encore six religieux, et plus que trois à  la Révolution. En 1790, les moines quittent les lieux et le prieuré est vendu comme bien national.

La légende de Sainte Prève

Si l'on en croit la légende de Prève, la fondation du prieuré aurait eu lieu vers l'an 1030, soit près de deux cent ans après la fondation réelle. Le Comte de Forez, Girard (ou Gérard) avait deux filles: Rotulphe, mariée au seigneur Guigues de Lavieu, et Prève. Prève ne désirait pas se marier et souhaitait se retirer du monde. Son père lui donna comme retraite le château de Pommiers. Mais un jeune seigneur qui la désirait lui fit des avances. La jeune femme lui déclara qu'elle avait déjà  fait choix de son époux et l'amoureux éconduit, sans comprendre le sens de ces paroles, s'en alla trouver les frères de Prève, qui étaient de ses amis, pour leur annoncer que leur jeune soeur s'était déshonorée.  Ceux-ci coupèrent la tête de Prève qu'il jetèrent avec son corps dans un puits. Mais le crime des deux frères ne resta pas inconnu, non plus que l'innocence de leur soeur. De nombreux miracles, dit la tradition, vinrent la confirmer, et, à  titre de réparation à  sa mémoire outragée, le château de Pommiers fut converti en un prieuré bénédictin. Le tombeau de Prève, un couvercle de sarcophage, se trouve dans l'église.

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"Sainte Prève"
Emma Thiollier, huile sur toile
Collection particulière


Petite visite
On entre dans le vieux village en grimpant un chemin pavé qui conduit vers "la poterne de Charles VII", du XIIIe siècle, flanquée à  droite d'une tour découronnée.  Sur son tympan, une plaque garde le souvenir de l'édit royal en faveur de l'Université de Caen. L'église du prieuré, de style roman, possède trois nefs et cinq travées. Les piliers sont larges et carrés, dépourvus d'ornements y compris dans leurs chapiteaux. Des fenêtres rares et étroites diffusent une faible lumière. Le carré du transept supporte au dessus d'une coupole un élégant clocher percé sur ses faces de fenêtres jumelées.

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L'intérieur de l'église recèle de nombreux trésors. Des peintures du XVe siècle qu'on peut voir sur un pilier  représentent le martyre de saint Sébastien, et au dessus le Christ aidé par Simon de Cyrène porte l'inscription "Jésus immolatus pro vobis" ("immolé pour vous"). Dans la nef sud, une toile marouflée du XVIIe représente saint Irénée. Dans l'absidiole nord, des fresques de la fin du XVe siècle nous montrent encore l'Annonciation; la Nativité avec, dans arrière-plan, un joueur de cornemuse; l'Adoration des Mages et la Circoncision; et, dans sa partie gauche, quatre scènes de la Passion: l'Entrée à  Jérusalem, la Cène, la Crucifixion et la Mise au tombeau. On y découvre encore deux personnages peints sur une fenestrelle: saint-Benoît accompagné d'un autre personnage (sans doute un prieur) et saint-Aman en habit d'évêque, avec la crosse. Celui-ci est le saint-Protecteur de l'abbaye de Nantua.


A relever encore la présence d' une trentaine d'échéas en terre cuite (vases acoustiques) disposés dans l'épaisseur de la voûte, dans la grande nef au-dessus de la dernière travée. Ils agissaient comme des résonateurs et rappellent l'importance qu'accordaient les moines de Cluny à  la célébration chorale de l'office divin.

Dans l'abside sud, on découvre une statue en bois de saint Julien du XVIIe. On peut y voir encore une statue de la Vierge en bois doré de l'école de l'école lyonnaise de Coysevox. Dans le bras du transept, l'autel ("le tombeau de Sainte Prève") est surmonté d'un retable daté du début du XVIIIe. Un Christ mutilé, en buis, date du XVIe. Une autre statue, de saint Isidor, patron des laboureurs, est daté du XVIIe. A noter, enfin, un saint Joseph et l'enfant Jésus, par l'artiste roannaise Emma Thiollier et les lustres en fer forgé de Richard Desvallières (1931).

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La cour de l'église est fermée, au nord par des dépendances aujourd'hui habitées, au sud par l'Hôtel du Prieur. La façade de l'hôtel, du XVe siècle, est due au prieur Jean de Bourbon. Elle comporte trois arcatures surmontées de trois belles fenêtres à  meneaux qui éclairent une galerie au premier étage. Dans la tour octogonale se tenaient les assises du juge-châtelain qui rendait la justice au nom du prieur. Son entrée est surmontée d'une armoirie dans un tympan très orné.

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Entre l'église et le monastère, le cloître est formé d'arceaux à  plein cintre supportés par des piliers carrés. Il entoure de trois côtés une petite cour qui comporte en son centre une margelle d'une seule pierre surmontée d'un toit. Sous les arceaux du cloître ouvraient la cuisine, le réfectoire, la salle capitulaire... Un bel escalier conduit aux étages supérieurs et à  de larges corridors donnant accès aux chambres des moines.

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