Monday, April 06, 2020

En mai 2006, la France a célébré les 30 ans de la finale de Glasgow. Les journaux, sportifs ou non, locaux ou pas, ont sorti des archives les photos, qui d'ailleurs depuis, n'ont jamais été vraiment remisées.

Un certain nombre de bouquins sont sortis à  cette occasion. Il y eut aussi des projections de films, des émissions radiophoniques, des expositions, et même un colloque avec chercheurs soliloquant sur la sociologie du supporter steph ! Vlad, dans notre forum, avait proposé une nouvelle descente des Champs Elysées en R5 verte. Nous avons proposé de racheter les poteaux carrés d'Hampden Park et de les monter sur le rond-point, cours Fauriel, pour en faire notre porte de Brandebourg.

On rigole mais on ne va pas cracher dans la soupe ; si l'ASSE garde aujourd'hui encore son aura nationale, si depuis plus de 30 ans de vache maigre, le public n'a jamais boudé les travées de Geoffroy, se transmettant la flamme de génération en génération, c'est bien grâce à  l'épopée des Larqué and Co. Certains supporters lyonnais, dans Histoire du Derby de Collot et Vuagnat, peuvent toujours dire qu'eux non pas fondé leur passion sur un mythe. Sauf que ce mythe-là  n'est pas une chimère. C'est un peu une histoire de famille qui dépasse de très loin Saint-Etienne. Le football français moderne est né chez-nous, parce que c'est chez-nous, pas à  Lyon ni à  Marseille, que des types, en avance sur tout le monde, ont compris que le football était un métier. Un passé glorieux donc, et comme c'est parfois le cas avec les belles histoires, un peu trop pesant pour certains. Y compris pour des Stéphanois qui aimeraient de la part de certains supporters un peu plus d'humilité devant le présent flamboyant et les tiroirs-caisses engorgés de l'ennemi lyonnais, au lieu de dégainer 10 titres qu'ils n'ont pas connus. Mais la haine est aveugle. La Tribune-le Progrès dans son édition du 16 mars dernier écrit une chose amusante :
" Parallèlement à  cette exposition « revival » sur le club aux dix titres de champion de France (le double du voisin lyonnais !), plusieurs manifestations..." Si ça continue, il arrivera un jour où l'OL aura ses neuf titres et où des journalistes pourront s'exclamer " ASSE : dix titres (un de plus que Lyon !)
.
.
Voilà  qui est dit ; maintenant, comment allons-nous participer sur nos pages à  cette grand messe commémorative ? Concernant Glasgow 76, nous mettrons simplement en ligne la « une » de L'Espoir, journal stéphanois, au lendemain de la finale. Elle sera insérée dans une petite galerie des joueurs de l'ASSE de l'année 1977, publiée dans... Pif Gadget. On va dire, pour intellectualiser un peu le truc après-coup, que nous souhaitons montrer symboliquement que l'histoire des Verts se poursuit au-delà  de la douche écossaise. L'article présent, toujours pour faire style, veut montrer a contrario que l'ASSE n'est pas née un soir de printemps 76 mais que l'épopée est elle-même issue du travail des anciens qui ont précédé les Piazza et les Revelli. Cet article est surtout prétexte à  donner ici quelques infos concernant les personnages, pour la plupart des joueurs, dont les noms constellent les allées publiques aux abords du stade. Certains d'entre eux sont morts dans des circonstances dramatiques et leur destin est lié au football stéphanois, si ce n'est à  l'ASSE.
.
.
Rue Paul et Pierre Guichard

Pierre Guichard était le fils de Geoffroy Guichard, fondateur des magasins Casino en 1898. En 1912, Pierre Guichard fut à  l'origine de l'Amicale des Employés de Casino, lointaine ancêtre de l'ASSE, rebaptisée Association Sportive du Casino en 1920. Cette association était alors omnisports, avec une préférence pour l'athlétisme et le football. L'équipe de football évolua vers une association « séparée » baptisée Amicale Sporting Club. En 1927, l'Amicale Sporting Club et l'Association Sportive du Casino fusionnèrent pour former l'Association Sportive Stéphanoise dont Pierre Guichard est le président. C'est aussi à  cette époque que le vert et le blanc, couleurs de Casino, sont choisies pour habiller les sportifs.
.
.
 .Pierre Guichard
 
En 1931, sous l'impulsion de Mr Guichard, un terrain est acheté à  l'Etivallière à  la famille de Rochetaillée (dont une allée aux abords du stade porte le nom) et les travaux pour la construction d'un stade digne de ce nom débutent. Cette enceinte sportive, qui porte logiquement le nom du patriarche de la famille, est destinée à  accueillir les matchs de football et de rugby mais aussi les compétitions d'athlétisme. Le futur chaudron, d'une capacité d'environ 10 000 places, est inauguré le 13 septembre 1933 et l'Association Sportive Stéphanoise y joue son premier match de foot, qu'elle perd 3 buts à  8 face aux Cannois. Le premier match à  domicile de l'ASSE y aura lieu deux ans plus tard, presque jour pour jour, avec cette fois une victoire face à  Nice.
Entretemps en effet, a été créée l'ASSE, spécialement consacrée au football. Deux équipes étaient alors en compétition pour accéder au statut professionnel : l'ASSE des Guichard et le Saint-Etienne Sporting Club. Logiquement, c'est cette dernière équipe, évoluant à  un niveau supérieur qui aurait dû décrocher le pompon mais les ressources financières de la famille Guichard font la différence. Pierre Guichard devient le premier président de l'ASSE. Il le restera jusqu'en 1943, puis le sera à  nouveau entre 1950 et 1952 et 1959 et 1961. Il fut remplacé à  la tête du club par le légendaire président Roger Rocher.
.
.
Et si le Saint-Etienne Sporting Club (photo de 1932) avait eu plus de moyens financiers, peut-être dirions-nous aujourd'hui Allez les Rouges !
 
Quant à Paul Guichard, nous ne savons pas de qui il s'agit, (le frère, le fils ?) ni ce que fut son rôle au sein de la grande histoire de l'ASSE.

Allée Ignace Tax

Ignace Tax, joueur au Servette de Genève, débarque à  l'ASSE en 1935 et y joue jusqu'en 1940. Durant la saison 35/36, il inscrit 21 buts. Il fut aussi le meilleur buteur du club en 1938 et 1939. Prisonnier de guerre en 1940, il fut libéré en 1943 et revint à  Saint-Etienne. Entretemps, le gouvernement de Vichy décide de renoncer au professionnalisme et l'ASSE doit redevenir amatrice ! Les joueurs stéphanois doivent rejoindre l'équipe fédérale du Lyonnais ! Le président Guichard démissionne pour protester contre ce diktat et certains joueurs dont Tax, Snella, Lauer et Casy refusent pour se consacrer uniquement à  leur club. Ignace Tax fut aussi le joueur-entraîneur de l'équipe entre 1947 et 1950. Il s'est éteint le 7 janvier 1977.

Allée Jean Lauer

Né en 1916, professionnel à  16 ans ( !), il fut l'avant-centre de l'équipe de Metz puis de Lille avant de rejoindre les rangs stéphanois en 1943. Il fut un de ceux qui refusèrent de rejoindre l'équipe lyonnaise comme le stipulaient les nouvelles directives de Vichy. Après guerre, entre 1946 et 1947, il inscrit 17 buts sous le maillot vert. Dirigeant sportif de l'Olympique de Saint-Etienne et de l'ASSE, Jean Lauer s'est éteint en 1995.
.
.
Rue Antoine Cuissard

Le Breton stéphanois Antoine Cuissard, dit « Tatane », évolua à  l'ASSE à  partir de 1944. Il joua aussi en équipe nationale au sein de laquelle il fut sélectionné 27 fois. Après un court transfert à  Lorient pour aider les Merlus à  redémarrer (en compagnie de Snella), il revient à  Sainté en 1947. Décédé en 1997.

Allée Guy Huguet

Né à  Gannat, dans l'Allier, il évolua à  Saint-Etienne entre 1945 et 1952 au poste d'arrière-droit. Sélectionné 12 fois en équipe de France, il eut aussi une carrière de juriste atypique pour un footballeur. En effet, il fut juge d'instruction et Conseiller à  la Cour d'Appel de Bourges. Décédé en 1991.
.
.
Vue sur le stade depuis l'allée du Père Chossonerie
.

Allée du Père Chossonerie
 
Le Père Chossonerie a consacré une grande partie de sa vie aux jeunes stéphanois. Il fut l'animateur du Club de foot « La vigilante » et organisa notamment des camps de vacances.

Avenue Manuel Fernandez

Né en Espagne, Manuel Fernandez est resté fidèle à  Saint-Etienne pendant 17 ans. Il fut arrière-gauche pendant 10 ans, puis joueur-entraîneur des amateurs durant sept ans. Il remporta la coupe Gambardella et le Championnat de France amateur.

Rue Jean Snella

JRSnella.jpg
 
Jean Snella et Robert Herbin
 
En 1955, l'équipe remporte la coupe Drago puis, en 1957, conquiert son premier titre national. Elle est alors emmenée par Jean Snella, qui en fut l'entraîneur de 1950 à  1959 puis de 1963 à  1967. Joueur à  Lille puis à  Saint-Etienne (1938), il fut celui, selon Aimé Jacquet, qui professionnalisa le club. En 1959, il s'en alla en Suisse, au Servette de Genève, avant de revenir au « pays noir » à  la demande du président Rocher et remporter deux nouveaux titres, en 64 (l'équipe remontait de 2nde division !) et en 67. Avec Albert Batteux et Robert Herbin, Snella reste à  ce jour le plus grand entraîneur que Sainté ait connu. Ce grand monsieur du football, patient et fin psychologue, s'est éteint en 1979. Fils d'un mineur polonais, né en Allemagne, son nom est aussi honoré par une tribune du stade.

Place Manuel Balboa

Né à  Saint-Etienne, Balboa a joué à  l'Olympique de Saint-Etienne au poste d'ailier-droit et rejoignit l'ASSE en 1959 avec laquelle il participa à  la coupe de France contre les Monégasques. Il trouva la mort en 1978 au cours d'un accident d'avion..
.
.
Boulevard Roger Rocher

Ecce Homo ! Est-il encore besoin de présenter le Président Rocher ? A la tête du club entre 1961 et 1982, originaire de Côte-Chaude, farouchement attaché à  ses racines stéphanoises, son palmarès de président reste à  ce jour inégalé : neuf titres nationaux, un titre de D2, six coupes de France, finaliste de la coupe d'Europe.
 
Ci-dessous: Snella et Rocher
.
 
Place Jacques Borel
 Espoir stéphanois de 76 à  80, Jacques Borel a trouvé la mort dans un accident de voiture en 1980.

Allée Vladimir Durkovic

Footballeur yougoslave formé à  l'Etoile Rouge de Belgrade, il participa à  la Coupe du Monde de 1962 au Chili. En 1966, il rejoint le Borussia-Moenchengladbach (RFA) avant de signer à  l'ASSE. Avec le club stéphanois, il remporta trois championnats de France (68, 69, 70) et deux Coupes (68, 70). En 1971, il signa avec le club helvétique du FC Sion. Il meurt en Suisse en juin 1972. Il avait 33 ans.
 
/dr