Sunday, November 19, 2017
batmsc.jpgUn petit " le saviez-vous ? " spécial consacré aux mystères vrais ou supposés d'un manoir quelque peu oublié. Laissez-vous rêver...

Connaissez-vous l'ancien manoir de la Bâtie à Saint-Etienne ? Non, pas la Bâtie d’Urfé à Saint-Etienne le Molard, le manoir de la Bâtie à Saint-Etienne ! Il s’agit pourtant (peut-être) du plus ancien bâtiment de notre ville situé aujourd’hui dans le quartier de Montreynaud.

La Bâtie et ses mystères. D’abord son origine et son âge sont incertains. Un bulletin des Amis du Vieux Saint-Etienne de 1976 nous apprend qu’un certain " territorium de Bastia " cité en 1373 pourrait l’évoquer. En 1455, on le retrouverait à nouveau : " subtus Bastiam juxta viam qua itur de sancto Prejecto (Saint-Priest)…" Aujourd’hui, le vestige le plus visible du manoir reste la porte en plein cintre surmontée d’une eschiffe de pierre (semblable à celle que l’on peut voir encore au manoir du Colombier à Saint-Marcellin en Forez) qui repose sur quatre corbeaux de pierre. A la clef de voûte du portail se distingue encore (plus pour très longtemps) un blason gravé sur lequel on distingue un croissant. Le bulletin du Musée nous apprend qu’il y a quelques années y figuraient également les lettres A.P. et un chevron. On ne sait à quelle famille il appartenait. En faisant le tour du manoir on distingue aussi la forme caractéristique d’une ancienne chapelle rajoutée à l’édifice au XVIIe siècle.

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Mais ce n’est pas tout et là commence un petit mystère. Il semblerait que ce manoir ait eu un certain rapport avec l’Orient. Nous avons d’abord le croissant sur le blason mais c’est une figure courante sur nombre de blasons (celui de Roanne par exemple). Pour voir ce manoir à Montreynaud, il faut emprunter une petite rue qui est nommée par le bulletin " chemin de la sarrazinière ". De sarrazin, le nom donné par l’Occident aux populations orientales ? Se peut-il alors que la famille qui fit construire le manoir ait participé aux croisades et que le souvenir en aurait " imprégné " les lieux ?

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Mais il y a mieux encore. Le bulletin des Amis du Vieux Saint-Etienne est illustré d’une photo d’une taque (ou bretagne) de cheminée. Il s’agit d’une plaque de fonte gravée de 70 cm sur 71. Gardée au Musée, elle proviendrait du manoir de la Bâtie. Et le bas-relief qu’elle nous montre est étonnant. On y voit un guerrier noir-africain, il est à genoux en tenue légère, les mains jointes il semble adresser une prière au soleil, lequel est entouré de nuages. Un arc est posé à ses côtés et il porte un carquois en bandoullière. La scène se passe -semble t’il- dans le désert,  un chameau est couché à côté de lui. Entre le bel astre solaire et le personnage se déroule un ruban sur laquelle on lit en capitales : J’ADORE CE QUY ME BRULLE. Quelle est la signification de cette illustration énigmatique ?

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Dessin de la taque de cheminée provenant du manoir de la Batie, d'après une photo publiée dans un bulletin des Amis du Vieux Saint-Etienne.

Le bulletin n’indique pas de quelle époque est datée cette plaque de cheminée et l’auteur de l’article semble dubitatif. Il y a cependant une ressemblance que l’auteur n’a pas ou n’a pas voulu relever. Le personnage noir a la tête ceinte d’un bandeau blanc dont les extrémités flottent dans l’air. Le même profil que celui qui figure sur le drapeau corse ! En langage héraldique, on dit que le drapeau corse est " d'argent à la tête de maure animée et tortillée aussi d'argent ". Ce visage de profil adopté par le héros corse Pascal Paoli semble rappeler que l’île de beauté fut occupée jusqu’en 1077 par les barbaresques sarrazins avant qu’ils ne soient chassés par les Pisans. Nous avons déjà dit que ce manoir de la Bâtie était peut-être déjà cité sous les termes de " territorium de Bastia ". En passant, et si l’on en croit diverses lectures, le nom de la ville corse Bastia viendrait de " Bastiglia ", bastille, forteresse comme celle qui figure sur son blason.

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Cheminée du XVIIe
La maison forte a notamment appartenu à la famille de Broglie.

Beaucoup de questions donc. Peu de réponses (à notre connaissance) à propos de l’histoire de ce manoir de la Batie et de ses éventuels liens vrais ou fantasmés avec la Corse ou l’Orient. En attendant d’aller interroger le sphinx, gardien des mystères de son homologue de la plaine, en ce qui me concerne on ne m’empêchera pas de rêver aux 1001 nuits stéphanoises...

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L'ancien cellier, d'où les clous au plafond

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Superbe ancêtre de nos cuisinières