Sunday, November 19, 2017

L'utilisation de l'argile pour la fabrication de tuiles et de briques s'opère depuis plusieurs siècles à Sury le Comtal, et plus largement dans la plaine du Forez. En effet, son sol, constitué largement d'argiles et de marnes, de calcaires et d'argiles sableuses dans le sud, réserve d'importantes ressources pour la construction.

 

À Sury, elle est attestée depuis le XIVe siècle, d'après l'abbé Relave et Jacques Clavier, et ce autour de la côte Sainte-Agathe. Cette petite proéminence enserrée entre le bourg de la ville à l'ouest, et les grandes plaines à l'est, ese distingue à peine des alentours avec une quinzaine de mètres de hauteur. En revanche, elle s'allonge sur une longueur de près de trois km du nord au sud, autour du chemin de la Fête-Dieu. Elle semble s'aligner, fort logiquement, sur le cours d'eau de la Mare qui passe un km à l'ouest.

Alors que les sols des plaines alentour se composent en partie de dépôts alluvionnaires et de terre organique, notamment vers les cours d'eau, celui de la côte Sainte-Agathe en abrite seulement une mince couche. Elle fait rapidement place aux couches d'argiles avec lesquelles elle se mélange par les activités des hommes et les labours. Leur composition donne alors ce ton ocre si particulier, et rend intéressante l'extraction de la matière argileuse, à quelques dizaines de centimètres de la surface. On parle alors d'une couche d'argiles sableuses à kaolinite, épaisse d'une trentaine de mètres.

Peu de documents existent quant à cette exploitation. On peut en revanche, grâce aux archives, retrouver des traces de la transformation de ces matières premières. Ainsi, au XIXe siècle, deux tuileries fonctionnent à Sury le Comtal, en compagnie d'une vingtaine de fours à chaux. Ces derniers se situent largement dans le sud du vieux bourg, le long de la Grande rue Franche. Eux aussi utilisent les matériaux du sol local, et leur importance donnera à la ville son nom éphémère de Sury la Chaux pendant la Révolution. La chaux sert à l'époque de mortier pour lier tuiles et briques, mais aussi les différentes couches de pisé et leur socle de pierre.

Au XXe siècle, et particulièrement dans sa seconde moitié, l'historique de l'exploitation de l'argile est plus aisée, ceci grâce aux photos aériennes. Elle se fait dans de plus vastes carrières, dans l'extrémité sud du chemin de la Fête-Dieu, à peine au-delà du chemin de fer. C'est l'époque des établissements Genevrier, Hulain et Chosson, époque où le char à bœuf sert encore à transporter les matériaux jusqu'à la manufacture (Jacques Clavier, dans Sury le Comtal devant son histoire).

En 1967, l'extraction se fait ainsi :

Les carrières y sont représentées en gris cerclé d'un liseré noir, les chemins en rouge, dont le chemin de la Madone du nord au sud. Quant au chemin de fer et la ligne de Montbrison à Saint-Étienne, il est en noir. Si les extractions sont très visibles, on perçoit aussi des espaces plus ou moins en friche, notamment dans les carrières les plus au nord. Elles sont encore de taille relativement réduite, un peu plus de deux hectares pour celle située au nord-ouest. L'évolution avec l'année 1979, quinze ans après, est rapide : elle voit s'opérer une extension importante, notamment dans les carrières du nord-est et celle la plus au sud.

L'évolution de 1979 à nos jours est évidemment la plus majeure. La géographie des carrières s'est retrouvée totalement chamboulée : d'une extraction localisée uniquement au sud du chemin de fer, elle se fait désormais au nord de ce dernier, dans des carrières de plusieurs hectares. La disparition des anciennes exploitations au sud, est intéressante : elle varie d'abord avec une réappropriation des terres par l'agriculture, elle qui avait dû déserter les lieux dans un territoire pourtant longtemps cultivé. Cultivé pour les céréales, mais aussi pour la vigne, qui elle a totalement disparu ; les prés y sont rares car la terre, pauvre, s'y prête peu. Plus au sud, c'est la nature qui a repris ses droits, là où la carrière a été totalement abandonnée à son sort. On perçoit également, à l'est du chemin de la Fête-Dieu, le site d'enfouissement de déchets, et un peu plus loin, la nouvelle zone d'activités des plaines.

Concernant les carrières encore exploitées il y a peu, leur paysage est assez déroutant. On pourrait se croire, avec les espaces déjà en friche, dans un décor de western. Les fossés créés par l'extraction ont formé de petits plans d'eau grâce aux précipitations et à la faible perméabilité des sols. La végétation s'est tant bien que mal installée autour, une végétation très spécifique qui tranche avec celle des environs. On y aperçoit facilement des lapins, des palombes ou des canards. Les carrières, anciennes et actuelles, sont aussi des territoires de chasse.

Sur la photo ci-dessus, les parois de la carrière. On aperçoit facilement les différentes couches d'extraction, et aussi les différentes couches géologiques, avec leur variété de compositions et de couleurs.

La carrière située en face, la plus à l'est, est encore exploitée. Celle-ci ne se fait qu'une partie de l'année, l'extraction étant, avec les moyens mécaniques modernes, relativement rapide. Elle est aussi, avec ses camions, mal acceptée par la population riveraine. En effet le transport se fait obligatoirement par le chemin de la Fête-Dieu, aujourd'hui encerclé par les lotissements et les pavillons. Aujourd'hui, la transformation de l'argile ne se fait plus à Sury mais cinq km plus loin, sur le site de Saint-Marcellin* (anciennement Imerys Terre Cuite) du groupe Bouyer Leroux, généralement pour la fabrication de tuiles.

L'extraction est de nos jours mise en cause. De plus en plus enserrées entre les pavillons à l'ouest, et la dernière zone d'activités à l'est, l'avenir des carrières semble compromis, mais difficilement destiné à un autre usage que l'abandon. Les dégâts opérés y ont été majeurs et si d'anciennes carrières ont pu être réhabilitées pour l'usage agricole, certains trous béants sont difficilement récupérables. Les règles environnementales, autrefois inexistantes, sont de moins en moins aisées à détourner. À moins d'y enfouir des déchets.

*Au Plantées, rue des tuileries. On trouve tout près, dans la toponymie, un "chemin rouge". Il reste de cette ancienne briqueterie saint-marcellinoise une sculpture de la Vierge fabriquée en argile.