Saturday, December 05, 2020
Doyenne des sociétés du quartier, l'Harmonie de Côte-Chaude, aujourd'hui dirigée par d'Audran COULAUD, fête ses 150 ans. Composée d'une quarantaine de musiciens, c'est l'une des harmonies de Saint-Etienne. Son orchestre propose un programme varié composé de musiques de variétés, jazz, classique ou bandes originales de films.


Dans le cadre des activités de la paroisse naissante, le premier curé, l'abbé COUCHOUX, recruta les musiciens qui fondèrent l'association baptisée « Harmonie Saint-André », du nom de l'église inaugurée la même année. L'Harmonie s'installa pour trente-trois ans au 7 rue Louis Guimet, maison Faury. Une plaque commémorative y fut apposée en 1963 à  l'occasion de la célébration du centième anniversaire de la société.

Le président fondateur, Jean-Baptiste THIOLLIERE, passementier, domicilié rue Louis Guimet, était le père de  Marguerite BACONNIER, épicière dans la même rue. Il jouait de la petite clarinette et avait la passion de la musique. Après trente années de présidence, il resta longtemps encore le doyen de l'Harmonie. Sa mort en pleine guerre, le 13 mars 1916 à  l'âge de 89 ans passa inaperçue. On peut toujours voir sa tombe au cimetière du Tissot à  Saint-Genest-Lerpt. Le premier directeur musical était Monsieur GARDETTE.

En 1893, un vent de fronde secoua l'Harmonie. Sous la pression du courant anticlérical de l'époque, une assemblée générale proclama l'indépendance de la société envers la paroisse. L'Harmonie changea alors de nom et devint « La Société musicale de Côte-Chaude ». M. Antoine BERGER fut élu président et M. LACOSTE devint directeur musical. En 1894 la société prit le nom de « Cercle musical de Côte-Chaude ». En 1896, Pétrus CHAUVET remplaça M. LACOSTE, démissionnaire et l'Harmonie s'installa dans les locaux laissés vacants par le Jeu de Sarbacane, dans l'actuelle cour Garonnat. Les équipements de loisirs se développèrent dans ce nouveau local, déjà  pourvu d'un billard, avec la création d'un tir à  la carabine au cours de l'année 1899.

Cette même année, l'Harmonie fut confrontée à  un nouveau problème de local tant ses rapports avec ses propriétaires étaient devenus orageux. Il fut envisagé de rassembler des fonds par souscription pour la construction d'une salle mais le devis de l'architecte s'élevant à  14 300 francs, le projet fut jugé irréalisable et abandonné. Après discussion avec les responsables de la société coopérative « La Vinicole », un accord fut conclu pour louer une partie du bâtiment en cours de construction rue Penel. Le changement de domicile s'effectua en novembre 1900.

Avec la naissance du vingtième siècle, les équipements destinés aux sociétaires furent complétés par un jeu de boules installé dans la cour de la Vinicole en 1901. M. CHAIZE fut désigné directeur du stand de tir, Gabriel COURBON et Antoine VILLARS, commissaires chargés de maintenir le bon ordre.

Au cours de ces trente-huit années d'existence, il fut surtout question de changements d'appellation, de bureau, de locaux. Mais où est la musique dans tout cela ? Rassurez-vous, elle demeure quand même l'activité essentielle de la société ! De nombreux concerts furent assurés à  diverses occasions et la Sainte-Cécile fut dignement fêtée. Depuis la création de l'Harmonie c'est une des festivités bien ancrée dans les moeurs, avec son banquet traditionnel suivi d'un bal qui se prolonge fort tard. Des responsables sont désignés pour veiller à  ce que règne une bonne tenue et que soit respectée l'interdiction de danser entre hommes. La société participa aussi à  divers concours de musique et plusieurs médailles vinrent s'accrocher à  sa bannière. Par ailleurs les cours de solfège sont fréquentés par une jeunesse assidue. Tout va ainsi paisiblement, à  part quelques petits différends récurrents au sujet de la qualité ou du prix du vin. Les réunions se passent calmement jusqu'en 1905. La gestion du conseil est vivement critiquée et la crise, grave, entraîne la démission du président et du directeur. Louis GOUILLOUX et Gabriel COURBON assurent l'intérim des postes laissés vacants.

Après l'assemblée générale du 21 janvier 1906, le conseil du 23 confirme M. GOUILLOUX dans ses fonctions de président. Le 13 mars suivant François ANGENIEUX est nommé directeur musical. Cette même année la société adhère à  la Fédération musicale de la Loire. La grosse tempête de 1905 commence à  s'estomper malgré quelques lames de fond qui perturbent encore « l'harmonie de l'Harmonie ». En effet au cours de l'année 1907, plusieurs musiciens démissionnent, marquant ainsi leur désaccord avec M. MASSON, le nouveau directeur musical. Vraisemblablement par souci d'indépendance politique, le Cercle Musical devint « l'Harmonie de Côte-Chaude », à  la suite de l'assemblée générale du 19 janvier 1908. Le bureau était composé de MM. Louis GOUILLOUX président, Antoine PONCET vice-président, Pétrus EPITALON secrétaire, Antoine COLOMBET trésorier.

C'est encore un déménagement qui marque l'année 1909. L'Harmonie s'installe dans un immeuble de la place de la République où se trouve l'actuel Bar du Beaujolais. Cette année est aussi marquée par la démission du chef de musique, M. MASSON. En raison du mauvais climat qui règne parmi les sociétaires, le vice-président VILLARS démissionne le 20 mai 1910 au cours d'une réunion houleuse qui se termine par une démission collective du conseil. Cet incident amène  la convocation d'une assemblée générale extraordinaire qui confirme MM. GOUILLOUX, VILLARS, EPITALON à  leurs postes. Barthélémy MAGAND devient trésorier. Cette même assemblée générale désigne le premier président d'honneur de l'Harmonie de Côte-Chaude en la personne de Blaise NEYRET. Pétrus CHAUVET redevient directeur musical.

Une période d'accalmie succède aux troubles précédents et le 31 janvier 1911, M. VILLARS devient président tandis que M. GOUILLOUX accepte la vice-présidence. A la demande de M. CHAUVET, un appel est lancé aux sociétaires démissionnaires pour qu'ils réintègrent la société. La sérénité s'installe à  nouveau et la musique redevient la préoccupation essentielle des adhérents.


En 1912, l'Harmonie participe à  une fête de l'aviation à  Villars. Monsieur ARBEL, député de la Loire, appréciant leurs excellentes qualités musicales, invite les musiciens dans son château de Montverdun. Dans le registre des comptes rendus des réunions de cette époque on peut lire : « Le conseil décide de manger les amendes des sociétaires ». Nos concitoyens d'alors étaient-ils anthropophages ? Que nenni ! En réalité il s'agit des amendes payées par les sociétaires absents aux répétitions. Que dire des années de guerre 14-18 si ce n'est la réunion émouvante du 31 janvier 1915 au cours de laquelle, tous les sociétaires présents accordèrent leur confiance au conseil pour continuer d'administrer  la société jusqu'à  ce qu'une assemblée générale normale puisse être convoquée. Les participants à  cette réunion qui signèrent tous le registre des délibérations étaient MM. VILLARS, CHAUVET, BARNIER, GRANJASSE, GOUILLOUX, ARGAILLOT, MARTIN, GARNIER, VACHER, SURREL, TEYSSIER, PERRIN, BOIRON, JURINE, GOIN et DOREL. Au mois d'octobre, en raison du manque d'argent, le conseil accepta la proposition du propriétaire, Monsieur SEAUVE, de ne lui louer que la salle des répétitions.


L'Harmonie a été bien éprouvée et il faut un certain temps pour que les blessures de la guerre se cicatrisent. Le 25 janvier 1920, l'assemblée générale d'après-guerre reconduit le bureau, avec M. Pierre BASTIDE au poste de trésorier. L'Harmonie reprend son activité musicale. Les cours de solfège sont réorganisés. Les musiciens morts à  la guerre sont peu à  peu remplacés et l'Harmonie participe au festival de Feurs en 1922. Il est aussi décidé que les conseillers seront désormais renouvelables par tiers. En 1923, M. VILLARS devenu deuxième président d'honneur, est remplacé à  la présidence par M. Pétrus CHAUVET. En 1924, le nouveau bureau est composé de MM. HUSSON père à  la présidence, Ambroise VINCENT à  la vice-présidence en remplacement de M. GOUILLOUX décédé, BASTIDE à  la trésorerie et HUSSON fils au secrétariat. Lors de la grande fête d'été organisée aux Platanes, le directeur musical est M. Jean MAGAND, dit « Cachillot ».

C'est ensuite la confusion la plus totale, on ne retrouve aucun compte rendu cohérent relatant les événements qui jalonnent le fonctionnement de la société. On entrevoit seulement que M. VINCENT est devenu président et Joseph COUDOUR secrétaire. Il apparaît aussi qu'en 1932, Jean TOLLET a succédé à  M. MAGAND comme chef de musique. En cette même année l'Harmonie a une nouvelle fois changé de siège et s'est installée au 7 rue Camille Desmoulins. Le 12 janvier 1933, Joseph COUDOUR devient le 8ème président de l'Harmonie, M. MAIZONNET (remplacé en 1934 par Balthazar TIBLIER) est élu vice-président, M. MAGAND dit « Gagot » trésorier,  Jean BONCHE, secrétaire, Jean PICHON (le père du futur président Laurent PICHON), secrétaire adjoint. Henri THEILLAUD devient le 3ème président d'honneur.

L'harmonie, dans les années 30,  compte 75 membres en moyenne, elle connaît moins de querelles stériles et la production de la bonne musique est devenue l'unique souci. L'orchestre participe à  de nombreux concours et remporte de respectables succès, notamment un premier prix de lecture, un premier prix d'exécution et un premier prix ascendant au concours de Feurs en 1936. Pendant les années de guerre, l'Harmonie tourne au ralenti, la majorité de ses musiciens se trouvant au maquis ou en captivité en Allemagne. Aucun écrit ne témoigne de la vie de la société durant cette période. On ne retrouve pas non plus la date exacte de reprise des activités normales de l'association. D'après les souvenirs des sociétaires de l'époque, l'Harmonie aurait déménagé en 1946 maison GUICHARD, 2 place de la République. Dans les registres à  nouveau tenus régulièrement, nous apprenons que Jean TOLLET reçoit les palmes académiques le 17 mars 1951 et que M. Roger TIBLIER remplace M. Jean PICHON au secrétariat.

Sous l'efficace présidence de Joseph COUDOUR, aidé par la grande compétence de Jean TOLLET et par la motivation des musiciens, l'Harmonie maintient une vitesse de croisière constante durant les 15 années suivantes. Le 5 février 1956, la nomination d'Ambroise VINCENT comme président d'honneur est l'aboutissement de son long dévouement à  la société. M. VINCENT prend une part prépondérante à  l'organisation du centenaire de l'Harmonie au cours de l'année 1963. Cette commémoration donne aux musiciens l'occasion de se produire lors de plusieurs concerts et notamment au kiosque à  musique de la place Marengo. 1964 est une année noire pour l'Harmonie avec le décès de MM. VINCENT, Jean PICHON et d'un musicien Marcel CHAIZE. C'est aussi celle du décès d'Alexandre de FRAISSINETTE, maire de Saint-Etienne, lequel durant son mandat a prodigué une aide efficace à  la société.


Après 36 ans de bons et loyaux services, Jean TOLLET abandonne la baguette et désigne son successeur en la personne de Louis BATTEAU qui fait partie de l'effectif de l'Harmonie depuis 1963. Il prend ses fonctions en février 1967. Sur proposition du président au cours de l'assemblée générale du 1er février 1970, Jean BONCHE accepte de devenir le 5ème président d'honneur. Au cours de l'année 1971, Joseph COUDOUR s'emploie à  préparer sa succession et préconise de rajeunir les cadres. Ainsi lors de l'assemblée générale du 7 février plusieurs jeunes nouveaux conseillers sont élus et lui-même favorisera l'élection de Laurent PICHON à  la présidence de l'Harmonie le 13 décembre 1971.

En 1978 avec l'appui de Joseph SANGUEDOLCE, maire de Saint-Etienne, l'Harmonie de Côte-Chaude s'installe dans l'ancien Centre d'apprentissage des mines au Grand Coin 33 rue Charles Floquet, local qu'elle occupe encore aujourd'hui. En janvier 1984, M. Louis RICHARD devient le 6ème président d'honneur. En 1986, les musiciens se dotent de nouveaux costumes : pantalon gris, veste vert sapin, chemise blanche et cravate grise. A l'issue de l'assemblée générale de 1987, la salle de répétition est rebaptisée salle Jean TOLLET en hommage à  l'ancien chef de musique. Suite au décès de M. RICHARD, Jean GIDROL devient le 7ème président d'honneur en 1988. 1989 voit la renaissance d'une batterie fanfare composée, à  ses débuts, de cinq personnes. L'année 1990 est marquée par une sortie exceptionnelle de deux jours aux Baux-de-Provence. Dans l'histoire de l'Harmonie, c'est aussi la première fois qu'une femme, Andrée VALLA, entre au conseil. Suite au retrait de trois membres du bureau dont le président Laurent PICHON, une assemblée générale extraordinaire est provoquée. Lors de la réunion de bureau du 26 mars 1991, Raymond PEYRET devient le nouveau président.

L'Harmonie participe en 1993 au festival de musique de L'Horme. A l'occasion de son 130ème anniversaire, elle organise un concert spécial en l'église Saint-André le 4 décembre 1993 avec la participation d'une chorale de Montreynaud. Le 22 janvier 1994, l'Harmonie accompagne le Côte-Chaude sportif lors de son 32e de finale de Coupe de France contre le PSG. Elle se produit au stade Geoffroy Guichard à  la mi-temps devant 36 000 spectateurs, record d'audience absolu de l'Harmonie !

Le 14 juin 1998, à  l'occasion des festivités de la Coupe du monde, l'Harmonie joue entre les Yougoslaves et les Iraniens sur le kiosque de la place Marengo. Un concert spécial est donné en l'église Saint-André à  l'occasion du 135ème anniversaire de la société. En 1999 un coupe-vent noir équipe les musiciens. Cette même année notre chef Louis BATTEAU est décoré de la médaille d'or de la ville de Saint-Etienne.

En 2001 Philippe PEATIER partage la direction avec Louis BATTEAU. 2001 voit aussi la naissance du site Internet de l'Harmonie : www.harmonie-cote-chaude.com. Le 2 février 2002 l'Harmonie et la chorale « Les Amis Réunis » donnent un concert salle Jacques Brel à  Terrenoire au profit de la Banque alimentaire. En décembre, elle investit le théâtre Jean Dasté durant trois représentations du Banquet de la Sainte-Cécile de Jean-Pierre Bodin. Le 20 février 2004, Laurent PEYRET reprend la présidence de l'Harmonie, succédant à  son père Raymond. A la direction musicale, Philippe PEATIER, engagé dans plusieurs formations, ne peut plus être assidu aux répétitions mais heureusement, Louis BATTEAU est toujours là  pour pallier les absences du chef et permettre aux musiciens de continuer leur travail. En septembre 2004, Philippe PEATIER ayant quitté l'Harmonie, une direction à  deux est mise en place : Louis BATTEAU et Jean-Michel MATHEVON, nouveau venu. Lors de la Sainte-Cécile 2004, Louis BATTEAU reçoit la médaille d'or avec palme pour 35 ans de direction et Raymond PEYRET celle de l'Assemblée nationale pour ses 13 années de présidence.

Mais très vite la direction à  deux montrant ses limites, Louis BATTEAU préfère se retirer. Les années 2005 et 2006 sont placées sous le signe du travail et de la rigueur. Jean-Michel MATHEVON met en place les répétitions par pupitre, organise un échange musical avec l'Harmonie d'Assieu en Isère et prépare l'orchestre pour sa participation au concours national. Le résultat du concours le 12 juin 2005 est un peu décevant : 2ème prix et maintien en 3ème division mais l'expérience a été enrichissante musicalement. Par ailleurs, les 17 et 18 juin 2006, l'Harmonie s'exporte et fournit sa première prestation à  l'étranger pour les fêtes du vin de Kappelroddeck en Allemagne. Week-end festif mémorable pour tous les musiciens ! Parallèlement le site Internet est de plus en plus visité et fait connaître notre société jusqu'aux USA !


Nouveau changement en 2006 : le bureau décide de se séparer de Jean-Michel MATHEVON. Louis Batteau assure la fin de saison puis laisse la baguette à  Marie-Thérèse BARTOSIK qui était adjointe à  l'Harmonie de Saint-Jean-Bonnefonds. La Sainte-Cécile 2008 est l'occasion de remercier Louis BATTEAU pour tout son travail au sein de l'Harmonie. Le 2 février 2009 Laurent PEYRET laisse la présidence et Bertrand VALLA, fraîchement élu au Conseil d'Administration, lui succède. Sur le plan musical, l'événement de l'année est le Rhino Jazz Festival auquel l'Harmonie est conviée pour accompagner Pino MINAFRA,  de renommée mondiale. Concert à  l'Opéra Théâtre de Saint-Etienne avec plus de cent musiciens, salle comble, enregistrement pour la Télé, grand frisson, grand moment. Au printemps 2009, l'Harmonie donne un concert dans le village de Roussillon au cours d'une sortie de trois jours dans le Vaucluse. En parallèle, l'Harmonie poursuit sa politique d'achats de nouveaux instruments : un piccolo, deux trompettes, un saxophone ténor, une clarinette et une batterie.


En ce début d'année 2011, un nouveau changement intervient à  la direction musicale, Audran COULAUD remplace Marie-Thérèse BARTOSIK. Sous sa baguette, l'orchestre participe en 2011 et 2012 à  de nombreuses manifestations musicales conviviales et son effectif s'étoffe largement. L'Harmonie de Côte Chaude aborde ainsi sereinement l'année 2013 et célébrera son 150ème au cours de 3 jours de concerts et festivités organisés les 12-13 et 14 avril prochains. Les musiciens inaugureront pour l'occasion de nouveaux costumes.