Monday, September 21, 2020
Gérard et Chantal Vial, respectivement directeur et programmatrice, quitteront la Cinémathèque de Saint-Etienne à  la fin du mois de juillet. Gérard Vial goûtera à  une retraite qu'il consacrera aussi à  la réalisation et à  la diffusion de films documentaires. Son successeur est Philippe Léonard, nommé pour un an. 


" Je suis allé voir dans les caves les films qui traînaient, qui ne sortaient pas et j'ai découvert des tas de films, qu'on a après  inventoriés, des petits trésors", se souvient Gérard Vial. Nous sommes en 1981 au 8 place de l'Hôtel de Ville. Alain Cornut est alors en charge des affaires culturelles auprès du maire Joseph Sanguedolce. Il a décidé de réorganiser, et surtout développer la Cinémathèque. Agé de 32 ans, Gérard Vial vient d'être nommé à  la tête de la structure.


Des valises en carton servant à  l'époque à  transporter les films 16 mm prêtés aux écoles. La salle de l'ancienne Cinémathèque. Le nouveau directeur, et futur cofondateur de la Fédération des cinémathèques françaises, va inaugurer des projections dans une petite salle d'une quarantaine de chaises.

Divers lieux (le Pax, la salle Jeanne-d'Arc, le France, la salle des Chasseurs...) accueilleront aussi des projections, publiques et gratuites, de la Cinémathèque avant que celle-ci n'emménage, en 1993, dans la médiathèque de Tarentaize (rue Gouttebarge) où une salle polyvalente a été transformée en salle de projection. Rénovée il y a quelques années, elle est dédiée à  Robert Mazoyer, réalisateur qui a vécu dans ce quartier.

Divers projets pour reprendre d'anciennes vraies salles, notamment le Lux où elle a fait deux saisons, ont avorté. " C'est mon regret. J'aurais voulu une salle plus grande ", avoue-t-il.


Salle des chasseurs



"Un bon souvenir." Projection de L'Exilée des 7 collines à  la Maison de la culture et de la communication, comme on disait alors.



Un dessin dans la presse de l'époque. La Cinémathèque s'est depuis rapprochée des crassiers, géographiquement parlant.



Aide à  la réalisation. " Je crois que tous les jeunes qui ont tourné, des courts-métrages en général, sont passés à  la Cinémathèque."

En 1982, alors qu'elle fête son 60e anniversaire, il débute une collecte de films concernant la région stéphanoise, films amateurs, de famille, ou professionnels, réalisés aussi pour le compte d'entreprises et structures diverses. " On a été les premiers en France à  le faire, vite suivis par la Bretagne mais, elle, avec des moyens bien plus importants", souligne Gérard Vial. A l'initiative de Chantal Vial, à  l'époque au Service municipal d'action culturelle (SMAC), ces témoignages dont l'intérêt, historique, sociologique, ethnographique, n'est pas négligeable, furent projetés dans des résidences pour personnes âgées et ensuite au France.

Ce fonds régional compte aujourd'hui environ 2000 titres, en comptant le Ciné-Journal. Il s'agit des images filmées dans les années 20 et 30, qui montrent les événements de Saint-Etienne, les activités municipales, les manifestations sportives, etc.  Cette collecte concerne en premier lieu la Loire mais aussi la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme, le Rhône, la Drôme, l'Ain et l'Ardèche.

Noter que cette collecte se poursuit. On peut toujours déposer ses vieux films, avant qu'ils ne soient perdus. Un DVD permettra de conserver chez soi ses "précieuses" images. Un contrat est signé permettant la projection non commerciale à  la salle Robert Mazoyer.

Dans sa programmation trimestrielle, les rendez-vous intitulés " Images régionales " invitent à  venir découvrir de ces films, courts-métrages pour la plupart. Citons en passant les noms de Jean-Claude Parayre, André Picon, Henry Catonnet ou les époux Vial eux-mêmes.

En 1984-85, Chantal Vial, toujours au SMAC, Charles Rambaud (SMAC, auteur d'études sur le cinéma) et Germaine Chanut (administratrice de l'Office Stéphanois des Personnes Agées) sont partants pour une "grosse opération". Les uns et les autres avaient vite faite de repérer qu'on allait vers les 90 ans du Cinéma. Et un anniversaire, c'est toujours l'occasion de se rappeler qu'on est vivant. C'est bon pour la mémoire, surtout pour les anciens.

Elle consiste justement à  motiver des retraités sur un travail sur l'histoire du cinéma à  Saint-Etienne. " Ils sont allés voir des anciens directeurs de salle, des anciens projectionnistes, des gens qui avaient fréquenté les salles, les ciné-clubs, pour récupérer une documentation énorme qui a servi à  faire une exposition et le film", explique Gérard Vial. Le film s'appelle Bébé Lumière déjeune à  Saint-Etienne, en référence au Repas de bébé de Louis Lumière (1895).  Dix ans plus tard, une nouvelle exposition est organisée dans la médiathèque de Tarentaize.


Ciné-Cité 85 (22 mai - 6 juin), parc des expos. Une exposition fut montée aussi dans le hall de la mairie.



Expo 1995: MM. Zarch, Vial et Berstein. Frédéric Zarch est devenu depuis archiviste à  la Cinémathèque.


Avec Monsieur Cinéma, Pierre Tchernia

Divers cycles rythment les projections : soirées courts-métrages, les classiques, cinémathèque des enfants...  Chaque séance est gratuite et fait l'objet d'une présentation systématique.

C'est Isabelle Carlat qui s'occupe du secteur jeune public. En 2012 - 2013, 1702 personnes ont été accueillies au cours des 33 séances de la cinémathèque des enfants et 3704 lors des projections pour les écoles (95 séances).

Au total, tous types confondus, 247 séances ont été proposées (séances gratuites on le répète) lors de la saison dernière. 13 317 entrées ont été dénombrées.

Au fil du temps, d'innombrables intervants sont venus partager leur passion avec le public , réalisateurs et scénaristes, cinéastes documentaristes, critiques, enseignants, historiens, directeurs et autres présidents...  Citons en vrac quelques noms connus... des connaisseurs: le prolifique André S. Labarthe, Mariana Otero, le Belge Raoul Servais (la maison stéphanoise fait une large place au cinéma d'animation), l'Islandaise Sà³lveig Anspach, Serge Bromberg,  Jean Delannoy (Bernadette)...


Avec Labarthe, Anspach, Vanzel, Gherbrant

Elle accueille l'association Coxa-Plana, qui gère le Gran Lux. L'Atelier Cinéma Stéphanois est aussi un habitué. Paul Jeunet y anime depuis longtemps les conférences sur l'histoire du cinéma. Avec "cinéma en partage", elle participe à  "une ville en partage", une quinzaine municipale sur le thème du handicap (en 2012, 40 films dans 12 lieux différents).

Au festival Face à  Face également (festival gay et lesbien). " Ce sont de grands cinéphiles et de grands professionnels. Ils m'ont épaté ", apprécie Gérard Vial. Le nouveau directeur, Philippe Léonard, est d'ailleurs membre du conseil d'administration de cette association. Et d'ajouter: " Je l'ai dit partout ces derniers temps. En novembre 2012, j'ai accueilli une séance avec des religieuses, des Petites Soeurs de l'Ouvrier, et j'ai accueilli la nuit du court-métrage de Face à  Face."

Des partenariats sont parfois noués pour proposer de grands événements ponctuels, comme en novembre 2009 avec l'Harmonie municipale, le Conservatoire Massenet et la LIMACE. Les musiciens ont donné en live une illustration sonore originale à  Notre-Dame de Paris de Capellani (1911), projeté au FIL.

Le mot de la fin revient au directeur: " Ce qui m'a marqué, c'est la grande solitude que j'ai ressentie chez toutes sortes de gens qui viennent. Surtout, il faut soigner l'accueil. Le contact avec les gens était pour moi essentiel. Et puisqu'on parle aujourd'hui beaucoup de lien social, je pense qu'on y a oeuvré. à‡a aura été une grande satisfaction."