Monday, April 06, 2020

En 1879, des sondages avaient été décidés dans l'espoir de trouver du charbon. C'est de l'eau minérale qui jaillit le 23 septembre 1881.

La commune s'appelait à  l'époque Meylieu-Montrond. Les travaux étaient dirigés par un ingénieur des Mines: Francis Laur (1844-1934). Originaire de Nevers, formé à  l'Ecole des Mines de Saint-Etienne, Laur fut le fondateur et directeur de l'Echo des Mines et de la Métallurgie. Il fit aussi une carrière politique qui le porta jusque sur les bancs de l'Assemblée Nationale. Compagnon du général Boulanger, il fut d'abord député de la Loire puis de la Seine. Dans une lettre adressée au Préfet de la Loire, datée de 1879, il fait état de la découverte d'une source thermale, minéralisée (sodique) à  181 mètres de profondeur. Dans une autre lettre du 26 avril 1880, toujours adressée au Préfet, il indique, rapport d'analyse à  l'appui, que "la source thermale découverte à Montrond dans notre sondage est plus riche que l'eau de Vichy". Il poursuit: "L'efficacité de ces eaux thérapeutiques n'est pas à  prouver car tous les éléments des eaux de Vichy se retrouvent ici..."

 

 

Il précise que le sondage en cours d'approfondissement atteignait alors les 275 mètres et sollicitait d'urgence une visite des ingénieurs de l'Etat pour délimiter un "périmètre de protection" et "l'avis de personnes compétentes sur la captation de ce grand volume d'eau." (Archives Départementales de la Loire, 5M138)

 

D'après un papier à  en-tête daté de 1922

 

Arriva l'éruption du 23 septembre 1881, décrite par Gras dans son Histoire des eaux minérales du Forez (1923): " Ce jour-là , à  huit heures du matin, on avait atteint 475 mètres de profondeur, quand un ronflement se fit entendre. L'eau frappant contre un collier de retenue forma une gerbe en forme de parapluie. A 9h15, le tapage était épouvantable. L'eau montait comme une soupe au lait, a écrit M. Laur. En deux ou trois secondes, et par saccades, elle s'élança à  sept mètres de hauteur, inondant tout, puis au bout de dix minutes, elle redescendit par saccades également et très bas, de telle sorte que les sources disparurent pendant quelques secondes. A une heure du soir, nouvelle "explosion", cette fois à  huit mètres, à  5 heures, troisième explosion à  18 mètres." Ce phénomène digne des geysers d'Islande se reproduisit périodiquement. Ainsi le 22 novembre, à  vingt mètres et pendant vingt minutes, ou encore le 9 mars 1882, à  trente mètres de hauteur. " Le Geyser fit recette, autant et plus que les grandes eaux de Versailles", écrit Gras. Le public se pressait à  Montrond pour admirer cette "merveille du monde". L'auteur aurait aimé qu'on le maintienne, si possible, en activité intermittente, ou tout du moins qu'on crée un jeu d'eau pour donner l'illusion dans ce qui serait alors devenu "le grand parc du Forez". Le sondage fut arrêté à  502 mètres de profondeur - la nappe découverte à  475 mètres faisant 27 mètres de hauteur. L'autorisation d'exploiter la source baptisée "Geyser n°4" fut donnée le 1er septembre 1883 à  la Société des Sondages du Forez et du Roannais, constituée en février 1882.

 

 

L'établissement thermal fut inauguré le 15 juillet 1883. Le Grand hôtel du Geyser fut inauguré à cette même époque pour héberger les curistes. Il accueillit de 1907 à 1909 le premier casino de jeux de la ville. Il abrite aujourd'hui un Institut Médical Educatif. Deux autres hôtels existaient en ce temps-là : le Grand hôtel du Forez - c'est à dire l'actuel casino, ouvert en 1935 -, et l'hôtel Mallière (La Poularde). Il fut demandé que la source soit déclarée d'utilité publique. La presse locale a reproduit la lettre de Francis Laur dans laquelle il explique que son "débit [est] à  peu près invariable hiver et été"; soit environ 180 000 litres par jour, avec une température invariable de 26° à  la sortie. Il fait valoir que la buvette octogone de 16 mètres de diamètre peut "desservir un nombre illimité de buveurs" et qu'une "fosse carrée d'embouteillage de 40 mètres carrés de surface existe à  la profondeur de cinq mètres au-dessous du sol". " C'est là , poursuit-il, à  15 mètres du puits que sont installées les machines à  embouteiller, d'un système nouveau." Et de conclure: " Toutes les installations pour le capsulage, l'étiquetage, l'emballage sont perfectionnées. En un mot, à  Montrond, on peut actuellement boire l'eau thermale, prendre des bains et expédier les eaux."

 

La déclaration d'intérêt publique intervint le 10 août 1886, sur un périmètre de 390 hectares, et au moment où la Société Anonyme des Sondages du Forez et du Roannais (siège au 2 rue marengo à  Saint-Etienne) traversait une période de turbulences. Une nouvelle société fut constituée en 1892, la Société nouvelle anonyme des eaux minérales de Montrond, à  ne pas confondre avec la Société générale des eaux minérales naturelles de Montrond, créée en 1907, qui possédait quant à  elle l'Hôtel-Casino du Geyser.

 

 

Les vertus de l'eau de Montrond d'après le Dr L. Porcheron, dans son Guide pratique aux villes d'eaux, stations climatiques, plages marines françaises: "Elles ont, d'après l'analyse du laboratoire de l'Académie de Médecine, une minéralisation totale de 8 gr. 064, comprenant : 4 gr. 577 de bicarbonate de soude, des carbonates de chaux (0 gr. 083) et de magnésie (0 gr. 062) ; du peroxyde de fer (0 gr. 064), du chlorure de sodium, de la silice, de l'acide carbonique libre (3 gr. 180). M. Terreil, le savant chimiste du Museum d'histoire naturelle, considère les eaux du Geyser comme des eaux bicarbonatées sodiques, d'une pureté exceptionnelle. Il a reconnu la présence de petites proportions de bromures et d'iodures. Grâce à  sa richesse en bicarbonate de soude, l'eau de Montrond peut être comparée à  la Grande Grille de Vichy, mais elle contient une plus grande quantité d'acide carbonique.

 

En traitement interne, elle agit spécialement sur l'estomac (Bachelet de Paris), en modifiant favorablement les fonctions digestives et en calmant les douleurs (anesthésie produite par l'acide carbonique), et les vomissements ; sur le foie qu'elle décongestionne rapidement ; sur les reins, étant éminemment diurétique ; sur l'organisme entier qu'elle tonifie par son fer, qu'elle modifie par l'iode et le brome. En traitement externe (bains et douches), elle produit de la stimulation, sans excitation, et sans poussée phlogistique du côté de la peau.

 

Indications. Ce sont :

1° Les affections du tube digestif: dyspepsies atoniques, gastralgies, vomissements incoercibles, embarras gastrointestinaux.

2° Les affections du foie: congestions hépatiques dépendant d'un mauvais fonctionnement intestinal, ou liées au paludisme.

3° L'Anémie, la chlorose, la chloro-anémie (Lemoine et Gérard).

4° L'Arthritisme et ses manifestations : diabète, obésité, migraines, etc.

 

Contre-Indications. Peu de contre-indications absolues. Les sujets atteints d'ulcère ou de cancer de l'estomac, les tuberculeux hémoptoïques s'abstiendront de l'eau de Montrond.

 

Traitement. De 3 à  4 semaines.

La salle d'attente de l'établissement thermal

 

Le pavillon de la source

 

On utilise l'eau de Montrond:

1° En boisson, tantôt prise au griffon, tantôt transportée en bouteilles. Administrée sur place, elle permet aux malades de bénéficier de ses propriétés électro-magnétiques, très marquées, en raison de la grande profondeur des sources. Néanmoins, elle se conserve très bien en bouteilles, grâce à  sa richesse en acide carbonique, et peut servir à  faire des cures à  domicile. L'acide carbonique ne se sépare pas de l'eau de Montrond immédiatement après débouchage, parce qu'il est liquéfié sous l'énorme pression de 502 mètres et, en conséquence, intimement uni à  l'eau. Dans ces conditions, celle-ci est assainie, limpide, ne trouble pas le vin et s'est chargée d'électrons, principes radio-actifs, purifiant le sang et facilitant la circulation. L'eau de Montrond s'emploie de préférence avant ou après les repas, à  la dose de trois à  cinq verres par jour, plutôt froide que réchauffée.

 2° En gargarismes pour combattre les inflammations de la gorge.

 3° En traitement externe sous forme de bains, douches, piscine, dans un Etablissement thermal pourvu d'installations tout à  fait modernes et déclaré d'intérêt publique."

 

L'activité thermale a cessé en 1963 pour être relancée 20 ans plus tard. En 1989 fut inauguré un nouvel établissement (voir le site dédié). A côté, le centre thermoludique « Les Iléades » a été inauguré en février 2009. Montrond fait partie de l'association "La Route des Villes d'Eaux du Massif central", qui regroupe 17 communes thermales. De 80 000 bouteilles en 1889, la production, d'après Gras, passa à  950 000 bouteilles en 1898 et 942 000 en 1913. Entre-temps avait vu le jour une fabrication de bouteilles de limonade: 161 000 bouteilles en 1921. Maxime Perrin, dans Saint-Etienne et sa région économique (1937) place Montrond en 4e position dans la Loire en 1935 pour l'embouteillage, avec 849 623 bouteilles. Saint-Galmier (13 164 263), Saint-Romain-le-Puy (4 680 512) et Sail-sous-Couzan (4 060 270) la devançant assez largement. La cité forézienne possède des villas à  l'architecture assez remarquable, avec toiture à  lambrequins, pièces de céramique dans les murs, marquises, balcons en fonte délicatement ouvragés, fenêtres ornées de moulures, etc. Elles sont situées pour la plupart rue du Geyser et avenue de la Gare mais une des plus intéressantes se trouve au 13 rue de Saint-Etienne.

 

 

Comme Gras avant lui, il juge l'établissement thermal "coquet, élégant même". Il est situé dans un parc de 4 hectares. Sa clientèle "est fournie surtout par la région mais aussi par Lyon et Paris". C'est, poursuit Maxime Perrin, " un établissement organisé suivant les méthodes modernes et accompagné d'installations de séjour. Il reçoit déjà  pour la saison un effectif important de baigneurs, appelé à  se développer amplement..." Il évoque aussi une pharmacie pour la préparation de certains produits, pastilles, sels pour la digestion ou le bain. Elle fut créée en 1920. Dirigée à  l'origine par un pharmacien de Saint-Chamond, elle fournissait en produits, précise Gras, 2000 pharmaciens de France.

 

Depuis le décret du 19 novembre 1935, la cité est classée "station hydrominérale". Ce qui ne se fit pas sans difficulté. Ainsi on lit dans un extrait de la délibération du Syndicat d'initiative de Montrond les Bains (29 janvier 1933) de vives protestations contre l'avis défavorable rendu en décembre 1932 par le Ministère de la Santé Publique: "Des agglomérations moins importantes que Montrond, ne disposant ni d'un équipement sanitaire ni d'une richesse thermale semblable ont été récemment classées, dans le département même, et dans des départements limitrophes". " Cette petite ville n'a pas une industrie thermale bien importante puisqu'elle n'a vu que 80 malades en 1931", avait noté le Dr Briaud dans son rapport au Conseil supérieur d'hygiène publique. On est loin des 500 malades mentionnés par le Syndicat d'initiative dans son rapport à  la Commission départementale d'aménagement... Le médecin, surtout, notait que la ville n'avait pas encore d'adduction d'eau potable. Le décret du Président Lebrun créait aussi une Chambre de l'Industrie Thermale, composée de représentants des médecins, pharmaciens, commerçants, etc.