Monday, August 10, 2020

La statue du colonel Combe, à  Feurs, a été inaugurée le 16 octobre 1839. Haute de 3 mètres, elle se trouvait à  l'origine sur la place de l'Hôtel de Ville. On l'aurait vue de dos si on était sur le perron de la mairie, et de profil si on était devant l'église. Elle a été légèrement déplacée en 1988, et réorientée à  l'aide d'une pelle mécanique de 25 tonnes. Elle se trouve désormais sur le rond-point tout proche, en direction de la Loire. C'est Denis (ou Denys) Foyatier qui l'a réalisée.

 

L'artiste est né dans la Loire, à  Bussières, le 22 septembre de l'an II de la République (1793). Il a passé une partie de sa jeunesse à  Saint-Marcel-de-Félines et Saint-Germain-Laval. Marié à  Antoinette Laforge, père de quatre filles, il s'est éteint à  Paris au 47 rue Madame (VIe arrondissement), le 19 novembre 1863.

Le "pays" qu'il statufia, était de six ans son aîné (19 octobre 1787). Combe trouva la mort, beaucoup plus jeune, lors de la conquête de l' Algérie.

 

Denis Foyatier

 

L'enfant des citoyens Foyatier et Bonnefond se familiarise très tôt avec le travail du bois, sculptant de petits crucifix et des statues de saints. Envoyé par son père en apprentissage chez un tisserand de Saint-Germain-Laval, il y rencontre un vitrier-peintre auquel on avait confié un christ à  repeindre. Ce christ, qui avait été caché pendant la Révolution, venait d'être exhumé des caveaux de l'église. L'homme lui enseigne l'emploi de la couleur. A la suite de quoi, Foyatier vend son premier christ peint à  une religieuse. Il apprend ensuite les rudiments de la dorure auprès de la veuve d'un homme de l'art.

 

Le jeune homme réalise alors, vers 1809, ce qui était sa plus ancienne oeuvre connue. Elle a été dérobée il y a quelques années dans la chapelle Notre-Dame du cimetière de Néronde. Pour réaliser ce Saint-Christophe d'un mètre environ, Foyatier se serait inspiré de la sculpture en bois polychrome représentant Saint-Joseph à  l'Enfant Jésus, conservée dans la modeste chapelle Saint-Roch de Fenestre, à  l'entrée de Bussières. Vers 1810 - 1811, Foyatier se rend un temps à  Lyon pour se perfectionner dans l'art de la dorure puis revient dans le Forez. Quelques temps après la mort de son père, en 1812, il repart à  Lyon où il suit pendant trois mois les cours de Joseph Chinard, professeur à  l'école des Beaux-Arts, puis ceux de Joseph-Charles Marin, 1er Prix de Rome en 1801. Il se fait connaître en réalisant notamment le buste de la duchesse d'Angoulême, qui avait séjourné à  Lyon. En 1817, il suit Marin à  Paris. Admis à  l'Ecole royale des Beaux-Arts, Foyatier, par l'entremise de quelques relations bien placées, gagne en notoriété; remporte une médaille d'or au Salon officiel de 1819.

 

Trois ans plus tard, il part en Italie. En 1824, il commence l'étude de l'oeuvre qui devait asseoir sa réputation, "Spartacus brisant ses chaînes", qu'il achève dans le marbre en 1830, au moment d'une nouvelle révolution. Elle se trouve de nos jours au Louvre. Cette même année, il reçoit commande d'une allégorie de la Foi pour la façade de l'église Notre-Dame-de-Lorette à  Paris et de la Prudence pour la salle des séances de l'Assemblée Nationale. En 1832, c'est "Cincinnatus", haut de 2,17 mètres, qui prendra place au Jardin des Tuileries. Deux ans plus tard, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur. Au Salon de 1837, il présente pour le château de Versailles "L'abbé Suger", "Olivier de Clisson" et "le Maréchal de La Palice". Une autre de ses sculptures se trouve dans le jardin du Luxembourg. Elle représente Etienne Pasquier (1844). Mais son oeuvre la plus connue reste la statue équestre en bronze de Jeanne d'Arc à  Orléans, à  laquelle il se consacra pendant dix ans, de 1845 à  1855. Elle fut inaugurée devant une foule innombrable.

 

Michel Combe (ou Combes)

 

Issu d'un milieu relativement modeste, ce Forézien fit une brillante carrière militaire. Il fut mortellement blessé en 1837 lors de la prise de Constantine. D'après Charles Mullié, c'est à  Austerlitz que Combe débute dans l'art militaire. Il participe à  de nombreuses batailles de l'Empereur, de Iéna à  Waterloo, jusque dans les derniers carrés de la Garde. Blessé plusieurs fois, il avait été de la campagne de Russie et avait suivi Napoléon sur l'île d'Elbe. A la Restauration, il s'exile au Texas où il épouse une certaine Elisa Walker, pour ne revenir en France qu'à  l'occasion des événements de 1830, à  peu près au moment où Foyatier livre son "Spartacus". Il retrouve l'armée, avec le grade de lieutenant-colonel, et la croix d'officier de la Légion d'honneur qui lui avait été enlevée.

 

En 1831, la Romagne s'insurge contre le Saint-Siège. Le pape fait appel à  l'Autriche dont les soldats sont introduits à  Bologne au début de l'année 1832. La France décide alors d'occuper Ancône. Un vaisseau, le Suffren, et deux frégates, l'Artémise et la Victoire, mettent à  la voile, de Toulon, le 7 février 1832. Combe commande les troupes et prend la citadelle sans coup férir. On le retrouve ensuite dans la toute jeune Légion étrangère puis au commandement du 47e de ligne, qui fait partie du corps expéditionnaire du général Bugeaud, en Afrique. Sa conduite à  la bataille de la Sikkak, contre l'émir Abd el-Kader, lui vaut la croix de commandeur de la Légion d'honneur (1836).

 

La prise de Constantine, par Horace Vernet (détail)

 

12 octobre 1837, l'assaut sur Constantine est résolu pour le lendemain matin, vendredi 13. Le colonel Combe prend la tête de la deuxième colonne d'assaut. Elle est composée notamment du 47e de ligne, de tirailleurs d'Afrique et de légionnaires. Voici, en partie, le récit de sa mort, sous la plume de Mullié: "Mortellement atteint coup sur coup en plein dans la poitrine, il refuse de quitter le combat pour aller se faire panser, et continue encore à  commander ses soldats. Après s'être assuré de la réussite complète du mouvement qu'il a ordonné, il se retire lentement du champ de bataille, et seul, calme et froid, comme sous le feu de l'ennemi, il regagne la batterie de brèche et vient rendre compte au général en chef et au duc de Nemours de la situation des affaires dans la ville (...) A le voir si ferme dans sa démarche, si naturel dans son attitude, si simple dans ses paroles, on n'aurait jamais supposé que ce fût là  un homme quittant le lieu du carnage pour aller mourir. Le colonel Combes eut encore la force de retourner presque seul au bivouac de son régiment, et quelques minutes après, cette glorieuse victime était couchée sur son lit funèbre pour ne plus se relever..."

 

La statue de Foyatier

 

Pour le deuxième anniversaire de sa mort, une statue en son honneur, donc, était inaugurée dans sa ville natale. On chargea un compatriote de la réaliser. Dans sa tombe, le colonel poussa peut-être un ultime grognement. Foyatier n'avait-il pas rejoint les chasseurs d'Henri IV pendant les Cent jours ? Le jeune artiste avait alors 22 ans. Les chasseurs d'Henri IV formaient une sorte de phalange royaliste, un corps franc rangé à  la cause de Louis XVIII, contre Bonaparte. Il recrutait parmi les habitants des Monts du Lyonnais - le royaume de Chevrières - et des Montagnes du Matin, le pays de Foyatier. Bref, la Vendée locale.

 

Le Bronze put être coulé grâce au produit d'une souscription lancée par les élus de Feurs. Un officier et deux sous-officiers avaient ramené dans une urne le coeur du colonel. Elle fut scellée dans le piédestal. D'après René Cornand, le jour de l'inauguration, lorsque l'on dévoila son visage, les gens se mirent à  pleurer car ils reconnaissaient l'enfant du pays. Il semblerait pourtant que l'artiste n'était pas satisfait de son oeuvre. " Comment rendre le caractère du colonel, habillé d'un long manteau et chaussé de bottes", aurait-il dit à  son ami Antonio Renzi, membre et administrateur de l'Institut Historique de France.

Cette représentation enthousiasmait au contraire Emile Montégut: " L'artiste a représenté le héros de Constantine dans tout le feu de l'action même où il reçut le coup mortel; la figure pleine de vie et de véhémence, est lancée d'un mouvement plein d'énergie, des plis du manteau militaire l'épée jaillit, soulevée par le bras d'un geste vif et ferme, la tête se retourne pour crier En avant ! tandis que le corps, obéissant à  cet ordre de la bouche, se précipite avec impétuosité dans la direction commandée..."

Une grille entourait le monument. Faite de lances coulées ornées de grenades, elle était due à  la générosité du Duc d'Orléans, fils de Louis Philippe Ier. L'inscription sur le socle indique: " Michel Combe 1787 - 1837 Colonel de la Garde de Napoléon Ier, Engagé dans l'Armée Impériale à  l'âge de 15 ans, Nommé Chevalier de la Légion d'Honneur en 1806 à  Iéna, accompagna Napoléon à  l'île d'Elbe, s'exila en Amérique sous la Restauration de 1814 à  1830, reprit son rang dans l'Armée sous le règne de Louis Philippe, s'illustra à  la prise d'Ancône et par l'organisation de la Légion étrangère, monta à  l'assaut de Constantine à  la tête du XLVIIe régiment d'infanterie, où quoique mortellement blessé il continua de combattre jusqu'à  la victoire finale. Glorifié par toute l'Armée."

A cette occasion, Denis Foyatier revint dans son village natal de Bussières, où il n'était pas retourné depuis 25 ans, et où il ne reparut plus jamais.

 

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- Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à  1850, 1851

- René Cornand, Foyatier, statuaire, 1793 - 1863, 1993

- Extraits d'une thèse (anonyme) sur Foyatier

- Emile Montégut, Tableaux de la France: en Bourbonnais et en Forez, 1888