Monday, April 06, 2020

NdFI: publié initialement en 2012. Légèrement augmenté grâce à l'exposition du Coquelicot 42 en 2019. C'est dans ce club d'athlétisme qu' Hostin fut d'abord licencié. Il le fut ensuite aussi à l'Omnium.

 

Il y a 80 ans, les haltérophiles français rapportaient trois médailles d'or des Jeux Olympiques de Los Angeles. Parmi eux, Louis Hostin qui s'était illustré dans la catégorie des mi-lourds. Ce fut sa première médaille d'or. Il allait réitérer quatre ans plus tard à  Berlin.

 

Il était tentant, à  l'occasion des Olympiades londoniennes, de rappeler brièvement le palmarès de ce très grand champion stéphanois.

Louis Hostin est né le 21 avril 1908 à  Saint-Etienne. Sur ses jeunes années, on a - c'est à  dire nous-même - peu de renseignements. La notice de l'Encyclopédie Universalis qui lui est consacré indique qu'il est issu d'une famille ouvrière et qu' il travaille très jeune en usine, dans la métallurgie. Il s'essaye à  différentes disciplines sportives, "réalise quelques performances intéressantes en athlétisme, dans les épreuves de sprint et de lancer du poids notamment". Il serait venu à  l'haltérophilie à  19 ans, en "relevant une sorte de défi proposé par quelques lutteurs et haltérophiles goguenards, (...) et découvre presque par hasard qu'il est doté d'une grande puissance naturelle".

En 1928, il participe aux J.O. d'Amsterdam d'où il ramène une médaille d'argent. Il concourt dans la catégorie des mi-lourds. Les lauriers reviennent à  un Egyptien: El Sayed Nosseir. Des Egyptiens, on reparlera plus loin. Match, qui est L'Equipe de l'époque, prédit alors le plus bel avenir au jeune athlète: " Il réussit actuellement des performances que Rigoulot, à  son poids et son âge, ne rêvait pas encore. Nous pouvons avoir pleine confiance pour les Jeux de 1932, tant ses progrès sont rapides." Et de fait, quatre ans plus tard, il remporte l'or aux Etats-Unis et devient le 3e champion de l'olympisme français dans sa catégorie, après Cadine et Rigoulot. L'exploit ne fit pas les gros titres de la presse locale. Un simple entrefilet fut publié à  l'identique dans Le Mémorial et La Loire Républicaine indiquant que le champion s'est imposé devant le Danois Olsen et l'Américain Duey avec 803 livres anglaises, soit 365 kilos. Dans le détail: 225, 50 livres pour le développé, 247 livres pour l'arraché à  deux bras, 330 livres pour le jeté à  deux bras.

 

Mais la revue sportive lui consacre, ainsi qu'à  René Duverger (sacré en catégorie légers, le 3e champion étant Raymond Suvigny en catégorie poids plumes), un article titré " Avec Louis Hostin". Il revient sur ses débuts: " Dès l'âge de seize ans, le champion stéphanois pratique l'athlétisme. Ses spécialités : le 100 mètres et le poids. Un jour qu'il lance le poids, un dirigeant, appréciant en connaisseur sa belle musculature et la puissance aisée de sa détente, lui conseille de s'essayer « avec les manieurs de fonte ». Hostin est tout d'abord peu convaincu. Il sourit, de son sourire bon enfant. Puis, réflexion faite, il se dit qu'après tout il peut toujours essayer. A cette époque, il y avait un club de poids et haltères à  Saint-Etienne : c'était l'Omnium, et Hostin n'eut, c'est bien le cas de le dire, qu'un pas à  faire. C'est, en effet, sur la piste du stade municipal qu'il préparait le 100 mètres ; or, derrière les tribunes du stade, tout près des douches et du vestiaire, se trouvait la salle de l'Omnium. Un beau jour, Hostin en franchit le seuil, tire une ou deux barres... Des dirigeants sont là  qui remarquent tout de suite l'étonnante détente du nouveau venu. Le premier pas est fait. Contrairement au proverbe, il n'aura pas coûté grand'chose à  Hostin qui désormais ne pense plus qu'à  son nouveau « métier ». Et les succès sont rapidement là . La classe, l'indéniable classe parle et Hostin - on s'en souvient - a volé depuis de victoire en triomphe."

 

Médaille de Louis Hostin en 1932 présentée à l'exposition du Coquelicot 42 au stade Geoffroy-Guichard. Louis Hostin aura détenu 18 records du monde...

 

Hostin avait aussi décroché l'or, deux ans plus tôt, aux Championnats d'Europe dans lesquels il devait s'imposer à  nouveau en 1935. En 1932, à  Munich, il termina devant un Teuton. Un signe prémonitoire peut-être. Ne parlons même pas de ses titres nationaux. Ils sont innombrables jusqu'en 1939, comme ses records du monde. Un seul titre, finalement, devait lui échapper: celui de Champion du Monde. Il ne récolta "que" l'argent (1937) et le bronze (1938). L'article de Match toujours, ne tarit pas d'éloge sur la personnalité du Stéphanois, qualifié de "bon garçon, excellent camarade, et d'une franchise peu commune". Il précise que le sportif, "épris de sports violents", travaille comme croupier dans un cercle. Il regrette surtout l'anonymat qui l'entoure. Si Hostin, qui vise déjà  le rendez-vous allemand de 1936, a reçu des mains du maire une récompense décernée par la municipalité, il "passa inaperçu dans la cohue des ouvriers se rendant à  leur travail. Roger Pipoz, vingtième d'un Tour de France, avait, par contre, connu une réception inoubliable. Pourquoi cette différence ? C'est que s'il y a de nombreux clubs cyclistes à  Saint- Etienne, il n'y a plus de clubs de poids et haltères. Et Louis Hostin n'a pour ainsi dire plus touché une barre depuis son retour d'Amérique". A cette époque donc, l'Omnium n'existait plus, semble-t-il.

 

Dans la salle de l'Omnium qui porte son nom, et son portrait

 

Toujours est-il que quatre ans plus tard, Hostin parvenait à conserver son titre lors des fameux jeux de Berlin; ceux qui couronnèrent Jesse Owens. " Nous voyons pour la première fois monter le drapeau français au grand mât olympique", écrit Match , qui ajoute: "L'honneur en revient à Hostin." Honneur d'autant plus grand que le Stéphanois fut le seul haltérophile tricolore à  monter sur le podium. Les athlètes égyptiens raflèrent à  eux seuls cinq médailles dont deux en or. Quant à  Hostin, toujours sa catégorie des mi-lourds, il s'imposait, avec un poids total de 372.50 kg, devant... un Allemand ! La compétition en quatre ans avait fait un bond de géant. " Il faut dire que jamais lot d'hommes forts ne fut aussi relevé et que les performances enregistrées sont pour le moins extraordinaires, si l'on songe que le vainqueur des moyens « tira » plus lourd que ne l'avait fait, il y a quelques années encore, le champion des lourds."

 

 

Suvigny, à  titre d' exemple, n'aurait fini que 8e en Germanie en soulevant ce qu'il avait soulevé en Californie. On mesure mieux l'exploit de Louis Hostin qui souleva 110, 117,500 et 145 kgs, soit 7 kgs de plus qu'en 1932.

 

 

Porté en triomphe en gare du Nord (Paris)

 Le 12 août 1936, Louis Hostin est reçu triomphalement à  Saint-Etienne. Vêtu du costume de la délégation française (pantalon blanc, veste bleue, béret basque), il prit place dans une voiture découverte pour une grande parade jusqu'à  l'hôtel de ville. Il était accompagné par tout ce que la ville comptait de sportifs: le boxeur Jacquemond, les footballeurs du Saint-Etienne Sporting Club, les boulistes (Avias, Jurine, Chapelle), les nageurs du Cygne de Terrenoire, les motocyclistes, les cyclotouristes, etc. "La foule était innombrable", écrit Le Mémorial. Il fut accueilli à  la mairie par MM. Petit et Mossé, adjoints du maire.


 


 

" Le champion olympique, très ému, remercia le docteur Mossé et tous ses admirateurs. Il promit une fois de plus de rapporter de nouveaux lauriers de Tokyo et il serra dans sa poche, aux côtés de la médaille olympique la médaille de la ville de Saint-Etienne."

Les Jeux de Tokyo n'eurent jamais lieu.

Il se rendit ensuite au siège de l'Omnium, place Jules Guesde. Etait présent notamment Jean Gachet, finaliste en boxe aux Jeux Olympiques d'Anvers en 1920. L'article du Mémorial évoque ensuite la question du "chêne olympique", c'est à  dire l'arbre offert par la Ville à  Hostin. Où va-t-on le planter ? Au stade de La Chaléassière ? Au jardin des Plantes ? Au jardin du Rond-Point ? "M. le docteur Mossé ne put se prononcer sur les intentions de la municipalité", précise le journal. Cet arbre, aujourd'hui dans le Parc de l'Europe, a connu un destin singulier si l'on en croit un numéro du magazine municipal de Saint-Etienne (1996). Il aurait été planté place Marengo avec une plaque indiquant sa raison d'être. Il fut découvert en 1939 au cimetière de Montmartre sur la tombe d'un... soldat allemand, par... le maire d'Aurec qui le récupéra et le planta... dans sa propriété avant d'en faire don en 1945 à  Saint-Etienne ! Cette histoire est pour le moins abracadabrantesque. On le retrouve ensuite au jardin municipal du Rez. Il est finalement transplanté au Parc de l'Europe, dans les années 60-70 semble-t-il. Nous ne savons pas ce qu'il advint par la suite de Louis Hostin sinon qu'il s'est éteint loin de Saint-Etienne un jour de 1998, l'année bénie du football français.

 

Photos illustrant notre article publiées dans Match, La Loire Républicaine, Le Mémorial, La Région Illustrée.