Saturday, July 04, 2020
Qui se souvient de Paul Sarda, ce Centralien expatrié au Japon de 1873 jusqu'à  sa mort en 1905 ? Du rôle qu'il a joué à  son époque à  Yokohama ? Annie Lagarde Fouquet.

 

Retraitée depuis une dizaine d'années, Annie Lagarde Fouquet consacre une grande partie de son temps libre à  des travaux historiques en s'attachant à  découvrir et faire connaître des personnalités inconnues ou méconnues du 19ème siècle.  Elle a publié deux livres: un est consacré à  Edouard Charton, directeur des revues Le Magasin pittoresque et Le Tour du Monde, l'autre à  la voyageuse autrichienne Ida Pfeiffer. Elle a aussi contribué à  plusieurs ouvrages collectifs et publié quatre articles dont trois pour l'Association Centrale Histoire de l'Ecole Centrale de Paris, un quatrième devrait paraître très prochainement.

 

" Je me suis intéressée à  Paul Sarda dans le cadre d'un travail sur les ingénieurs Centraliens expatriés du 19ème siècle", nous écrit-elle. A l'invitation de M. Defours, président de l'Association des Amis de Marlhes, elle était venue donner une conférence au mois de mai 2012.

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1er septembre 1923 : Le grand tremblement de terre de Kanto détruit Yokohama et sa région, Paul Claudel, ambassadeur de France, en poste à  Tokyo, témoigne :
" Toute l'Euvre des étrangers au Japon depuis cinquante ans, - car c'est eux qui ont fondé Yokohama et qui en ont fait le plus grand port du pays, - s'est effondrée en quelques heures. "

Paul Sarda, originaire de Marlhes, ingénieur diplômé de l'Ecole centrale des Arts et Manufactures, est un de ces bâtisseurs de Yokohama.

Dixième enfant du cordonnier de Marlhes

Pierre Paul Sarda est né le 12 juillet 1844. Il est le dixième et dernier enfant de Jean Sarda, né à  Lapte (vers 1794) et de Christine Goyet, née à  Marlhes (1800). Il perd sa mère à  l'âge de neuf ans.

Selon les informations portées sur divers actes d'état civil, son père est cordonnier (1816,1844) ou laboureur (1862). Il peut avoir cumulé les deux activités, car la famille possède un terrain et une habitation au hameau de l'Allier, où sont nés les aînés de la famille. Les autres sont nés au bourg.

Six enfants atteignent l'âge adulte. Les trois aînés de la famille restent dans la région : Rose, née en 1823 et Annette, née en 1833, mariées à  Marlhes sont rubanières. Pierre (1828) est passementier, à  Saint Etienne ; sa femme, née à  Marlhes, est rubanière. Jean-Pierre (1836), et Marie Rose (1837) sont instituteurs. Comme leur cadet, ils quittent leur région.

Nous ignorons tout ou presque des vingt premières années de la vie de Paul Sarda. Son camarade de promotion à  l'Ecole Centrale de Paris, Paul Farcot dresse le portrait d'un garçon qui après avoir " reçu une première instruction gratuitement grâce au dévouement d'une institution primaire ", a poursuivi ses études, jusqu'à  sa sortie de l'Ecole Centrale, " en donnant des leçons à  de jeunes enfants ".

La maison de la famille Sarda au hameau de l'Allier jouxte celle de la Béate où il pourrait avoir reçu des rudiments d'instruction. Il pourrait aussi avoir fréquenté l'école de Frères Maristes. Le fondateur de l'ordre, Marcellin Champagnat, qui avait l'ambition de " donner aux enfants des campagnes la bonne éducation que les Frères des Ecoles Chrétiennes donnent à  ceux des villes, mais avec un coût moindre ", est né à  Marlhes. Il y a ouvert une école de garçons. Un des fils Sarda, Jean-Pierre, a été frère Mariste. En 1850 il enseigne à  Montchanin-La-Mine. En 1862, ayant abandonné l'ordre des Maristes, il se marie à  Saint-Jean-Bonnefonds, où il est instituteur libre. On retrouve sa trace en région parisienne, à  Levallois-Perret où, en 1891, il est inscrit sur les listes électorales.

Lors du recensement militaire, Paul tire un mauvais numéro mais, " maintenu dans son foyer comme soutien de famille ", (sans doute en raison de l'âge de son père), il échappe aux sept années de service militaire. E cette époque, il se déclare " domestique " à  Paris.

Cinq ans plus tard, en 1869, Paul Sarda présente sa candidature à  l'Ecole centrale. Les candidats sont, pour la plupart, bacheliers, bien que ce diplôme ne soit pas obligatoire. Quelques lycées et plusieurs institutions les préparent au concours. Domicilié à  l'Institution de Lécluse (Dupont-Tuffier), Faubourg Saint Honoré, établissement libre d'enseignement secondaire et pension pour les élèves du lycée Bonaparte (actuel lycée Condorcet), il y est à  la fois, élève en classe de mathématiques spéciales et professeur pour de jeunes élèves.

Admis à  la session de septembre 1869, il n'intègre pas avec la future promotion 1872, car sa demande de " subvention de l'Etat " n'a pas abouti. Les frais de scolarité s'élèvent à  800 francs par an (+ 35 francs), payables en trois fois : 400 + 2 fois 200. Cette somme peut être comparée au salaire annuel d'un instituteur (600 à  800 francs).

Le 9 juillet 1870, il adresse une nouvelle lettre de candidature pour la première session. Il s'est rajeuni de trois ans, en déclarant être né en 1847. Cette falsification, n'a pu se faire qu'avec la complicité de l'administration de l'école. Elle ne s'explique pas par les conditions d'admission, le règlement ne prévoyant qu'une limite d'âge inférieure (17 ans), mais elle conditionnait l'obtention d'une subvention de l'Etat. Admis, il reçoit une bourse de 400 francs qui règle la moitié de ses frais de scolarité.

Les élèves de Centrale sont externes, Sarda reste domicilié à  l'Institution de Lécluse, où il continue de travailler, tout en étudiant à  l'Ecole Centrale, à  l'époque située dans le quartier du Marais (Hôtel Salé, actuel musée Picasso).

L'aide du Conseil général de la Loire

Paul Sarda n'a pas reçu de subvention de l'Etat, en deuxième année. Admis en troisième année (73ème sur 138 élèves classés), ne pouvant plus recevoir de subvention de l'Etat, il se tourne vers son département.

Il sollicite, avec l'appui du directeur de l'Ecole Centrale, une aide du Conseil général de la Loire. Au cours de la délibération, " M. Cherpin explique combien la demande de M. Sarda est digne d'intérêt. Il donne lecture d'une lettre du directeur de l'Ecole Centrale qui fournit sur lui les meilleurs renseignements. Il fait remarquer qu'il ne s'agit que d'un sacrifice d'un an et qu'en agissant ainsi, le Conseil général et le département auront aidé à  couronner les bonnes études d'un excellent sujet. "

On lui accorde une bourse de 850 francs, elle sera portée à  1700 francs dès le lendemain, sur proposition de M. Cherpin, président du Conseil général. Cette somme lui permet de  payer ses frais de scolarité et de quitter l'Institution de Lécluse.

En juin 1873, Paul Sarda est ingénieur, diplômé de l'Ecole Centrale, spécialisation Constructeur. Classé 105ème sur 141, avec une moyenne de 13,39, il a vingt-neuf ans.

Professeur à  l'Ecole de l'Arsenal de Yokosuka (1873-1877)

En juin 1873, le Colonel Solignac, sous-directeur de l'Ecole Centrale, directeur par intérim, depuis 1871, recommande Paul Sarda pour un contrat d'ingénieur et professeur au service du gouvernement japonais. Cette mission très bien rémunérée s'inscrit dans le cadre plus large de la coopération, établie par le Japon avec le Second Empire pour l'exploitation des mines et la création d'une marine moderne.

Le gouvernement japonais a fait appel aux Français pour mener à  bien un grand projet d'arsenal à  Yokosuka, à  une soixantaine de kilomètres au sud de Tokyo. La maîtrise d'Euvre, de la conception à  la construction, a été confiée, en 1865, (sous le Shôgunat Tokugawa, dix ans avant la révolution de Meiji) au Polytechnicien, ingénieur du Génie maritime, François-Léonce Verny. Natif d'Aubenas, âgé de 28 ans, il va, avec une équipe d'ingénieurs, de techniciens et d'ouvriers français, recrutés dans les arsenaux, encadrant des entreprises et des ouvriers japonais, construire la base navale, réaliser les premiers chantiers navals modernes du Japon, et créer l'environnement industriel indispensable à  leur fonctionnement.

L'encadrement, exclusivement français, doit préparer l'avenir en formant des Japonais. Verny a fondé en 1866 une école d'ingénieur qui s'inspire de trois grands établissements français, Polytechnique, l'Ecole d'application du Génie maritime de Brest et l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures. Deux années sont consacrées aux enseignements théoriques, la troisième est une année de spécialisation.

En 1869, l'école est fermée à  la demande du gouvernement de Meà¯ji, mais Verny obtient sa réouverture en 1870, avec l'appui d'un Japonais, ancien élève de l'Ecole française de Yokohama et grâce à  une aide financière de la France.

Les effectifs sont réduits. L'enseignement est donné en français par des cadres de l'arsenal. Paul Sarda est le premier ingénieur exclusivement recruté comme professeur. Il enseigne les mathématiques, la physique et la mécanique.

En 1877, le contrat de Léonce Verny n'est pas renouvelé par le gouvernement japonais, il rentre définitivement en France, où il terminera sa carrière à  la tête de la société des Mines de Firminy. Verny avait eu l'ambition de former de jeunes Japonais capables de poursuivre leurs études en France. Plusieurs ont bénéficié de l'enseignement de Paul Sarda, professeur de mathématiques et de physique à  l'école de Yokosuka  du 7 octobre 1873 au 8 novembre 1876. Son contrat de trois ans terminé, Paul Sarda rentre en France au début de l'année 1877.

Professeur à  l'Université, puis ingénieur chez Mitsui. 1877 à  1882

Après la fermeture de l'Ecole de Yokosuka, les enseignements sont repris dans le cadre du Collège Impérial de Tokyo, université fondée par le gouvernement japonais ; L'enseignement en français disparaît au profit de l'anglais. Seule, l'utilisation du système métrique rappelle l'influence française. Paul Sarda a signé un nouveau contrat pour enseigner à  Tokyo.

Paul Sarda a eu un fils, né à  Tokyo le 18 mai 1878. Prénommé Paul, ingénieur diplômé de l'Ecole Centrale (1902), installé à  Toulouse après son retour en France vers 1907. Il décède sans descendance en 1942.

Il est, du 12 juin au 25 décembre 1877, professeur de physique à  l'Université de Tokyo, On connaît le contenu de son enseignement grâce aux notes retranscrites par un de ses élèves, Hajime Tatsumi. Elles ont été conservées à  l'Université de Tokyo.

E cette époque, les Japonais qui souhaitent moderniser leur industrie minière ont fait appel aux compétences des ingénieurs et techniciens français dans ce domaine. Un est un des plus célèbres, au Japon, est l'ingénieur des Mines de Saint-Etienne, Francisque Coignet, qui a modernisé la mine d'argent d'Ikuno.

Sarda change d'orientation, il effectue pour le compte d'un investisseur japonais, mais avec un ordre de mission gratuite du gouvernement français pour des études géologiques, une mission à  la mine d'Iwami. Ce site exploité pendant 4 siècles n'est pas assez riche en argent ou en or pour être modernisée, on continue d'en extraire principalement du cuivre jusqu'en 1923. Elle a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Ingénieur, constructeur, entrepreneur à  Yokohama 1882-1905

Après les traités de 1858, les Japonais qui devaient ouvrir le port de Kanagawa renoncent à  cette ouverture pour installer les commerçants étrangers à  Yokohama, qui n'était qu'un petit village de pêcheurs sur la baie, au sud de Tokyo. En 1882, quand Paul Sarda décide de s'y installer comme ingénieur constructeur-architecte, Yokohama est la ville la plus moderne du Japon. Il va y exercer jusqu'à  son décès en 1905.


Il construit le théâtre, première salle de spectacle à  l'occidentale du Japon (1882-1885), l'extension du Grand-Hôtel (1889, ci-dessous), l'église presbytérienne (Union Church 1892), le consulat de France (1894-1896). On lui attribue aussi l'Hôtel de Genève et le Wright's Hotel. Il a construit l'ambassade de France à  Tokyo. E côté de ces projets connus, Paul Sarda a édifié des bureaux, des entrepôts et des maisons.

C'est aussi un entrepreneur et un promoteur important, comme le souligne, en 1893, le gérant du Consulat dans un courrier confidentiel au Quai d'Orsay, à  propos de la construction du nouveau bâtiment du consulat :
" M. P. Sarda possède déjà  18 lots de terrains sur lesquels s'élèvent plus de 50 constructions indépendantes et il en acquiert chaque année des nouveaux : cet homme devient donc, pour ainsi dire, une puissance; il a conscience de sa force et sait que nous sommes à  sa merci, d'autant que sa situation d'architecte entrepreneur aujourd'hui sans concurrent, en fait l'arbitre des autres propriétaires de toutes nationalités. "

Vue du quartier d'Oeno Cho, après 1904. On aperçoit l'église qu'un missionnaire américain, le docteur Hepburn, qui loue la "grande qualité de l'architecte, M. Sarda", a décrite comme un "élégant édifice". Elle a été construite en un an et fut consacrée en janvier 1892.

Adepte du style hybride alliant les savoir-faire japonais et occidentaux, il s'assure la collaboration de charpentiers japonais. Il privilégie le bois, lorsque les habitations sont assez isolées pour ne pas risquer la propagation des incendies. Pour donner un aspect occidental à  ses constructions, il conserve des ossatures en bois exécutées par des charpentiers japonais, sur lesquelles sont plaquées des pierres de taille. Cette technique s'applique aux façades et aux pignons, les cloisons et les murs intérieurs sont en briques creuses, dont la production industrielle a été initiée à  Yokohama par le Français Alfred Gérard.

Sarda rajoute en 1889 une aile au Grand hôtel construit dix ans plus tôt par un Américain.

Ces immeubles, et l'éclairage au gaz, installé par le Centralien Henri-Auguste Pélegrin ont contribué à  l'aspect occidental de la ville de Yokohama souligné par tous les voyageurs.

Homme d'affaire avisé, Sarda s'est constitué un patrimoine immobilier. Son fils, rentré en France est, vers 1908, d'après les archives de Centrale, " ingénieur civil, propriétaire à  Yokohama ".

Paul Sarda s'est, dès son arrivée au Japon, intéressé à  la civilisation et aux arts. Voici ce qu'il écrivait en 1879 :
" J'ai utilisé mes loisirs à  étudier le caractère de ce singulier peuple, je me suis attaché à  reconnaître les différentes productions artistiques des anciens adorateurs des Kamis ou génies qui commandent aux Eléments. J'ai collectionné à  cet effet des échantillons de porcelaine des différentes époques, quelques bronzes, des ciselures remarquables qui ne seraient pas reniées par nos grands artistes, de nombreux dessins ou kakemono représentant des scènes guerrières ou mythologiques. Je parle japonais assez couramment pour tenir des conversations avec des gens ayant étudié les caractères chinois. Je ne connais pas les caractères si ce n'est le katakanu ou langue vulgaire. "

Il a rassemblé tout au long de sa vie, une importante collection d'Euvres d'art et de manuscrits, dont une partie a été vendue en 1923 par son fils. Cette vente est intervenue au mois de novembre, très peu de temps après la destruction de la ville de Yokohama par le tremblement de terre de Kanto.

Paul Sarda est membre de la première loge maçonnique fondée en 1866 par des Anglais sur le territoire du Japon. Il y côtoie de nombreux Anglo-saxons et quelques Allemands, tous des acteurs de la modernisation du Japon.

En 1883, un jeune notable Coréen, Yun Chi Ho, secrétaire au Ministère des Affaires étrangères de Corée, venu au Japon pour observer la modernisation de ce pays, souhaite étudier l'anglais, mais il doit le faire en cachette, car son entourage considère cette démarche comme une trahison. Connaissant d'expérience l'importance de l'éducation, Paul Sarda le reçoit chez lui le soir et lui donne ses premières leçons d'anglais. Yun Chi Ho deviendra, après avoir étudié aux Etats-Unis, ministre des Affaires étrangères de son pays.

Paul Sarda, petit (il mesurait un mètre cinquante cinq au recensement de 1864), la silhouette massive, barbu jouit d'une certaine notoriété. Il a été la cible du caricaturiste anglais Charles Wirgman, fondateur du Japan Punch et du dessinateur français Bigot dans Les Potins de Yoko.

Il projetait la construction d'une distillerie d'alcool quand il meurt, en 1905, à  cinquante-neuf ans. Il repose dans le carré réservé aux étrangers, au cimetière de Yokohama.

Le consulat en 1896


Le 1er septembre 1923, la terre tremble, Paul Claudel, Consul de France, témoigne : " Ma vieille ambassade se débattait au milieu de ses étais comme un bateau amarré. "

Est-ce le signe qu'en dépit des secousses, le bâtiment construit par Sarda à  Tokyo a tenu avant d'être la proie des flammes ?

Après le séisme, de terribles incendies, attisés par des vents violents et un typhon, ont totalement détruit la ville de Yokohama, et ruiné l'Euvre architecturale de Paul Sarda. Claudel, qui a perdu une partie de son manuscrit du Soulier de satin dans l'incendie, évoque le spectacle d'une grande ville qui brûle tout entière sous ses yeux.

Même la tombe de Sarda fut enfouie sous une coulée de boue. Sa descendance s'éteint en 1942, son souvenir se perd.

De nombreux ingénieurs, scientifiques et techniciens français, méconnus dans leur pays, ont contribué, de 1860 à  1890 à  l'entrée du Japon dans l'ère moderne, une aventure dont on a célébré bien discrètement le 150ème anniversaire en 2010.

Paul Sarda fait partie de ces hommes auxquels les Japonais rendent hommage. Sa tombe a été restaurée en 1985.

Le consulat, reconstruit après le séisme de 1923, a été détruit en 1940, mais sur la Furansu Yama (la montagne française), les visiteurs peuvent voir dans un parc d'où la vue s'étend sur le port de Yokohama, les ruines des bâtiments consulaires. Un médaillon marqué RF et une réplique de l'éolienne, et une plaque représentant le consulat construit en 1895, témoignent du bâtiment érigé par Paul Sarda.



La vie de Paul Sarda en trois caricatures

(source: Yokohama Archives of History. Illustrations publiées avec leur aimable autorisation.)

Construction de la première de spectacle à  l'occidentale

Le projet a été lancé par une association en février 1882. La construction débute en 1883. Elle s'interrompt en décembre. Paul Sarda doit revoir son projet pour tenir compte des difficultés de financement. L'édifice est terminé en septembre 1884. Elle est en service au printemps 1885. Le bâtiment en briques, qui ne brille pas par son originalité, ne correspond pas aux plans originaux de Sarda. Cette salle est plus connue pour son ouverture sur la culture occidentale, que par sa qualité architecturale.


" The gay and festive Public Hall begins to begins"

L'humoriste anglais Widgens évoque, dans le Japan Punch, Paul Sarda aux prises avec les difficultés du projet de théâtre.

Un entrepreneur prospère

Yokohama a été construite sur les terrains marécageux d'un delta, aux pieds de falaises. La ville japonaise poursuit son extension au-delà  des canaux qui l'enserrent. Les étrangers, confinés dans l'espace restreint assigné par les traités obtiennent, après le grand incendie de 1866, de nouvelles concessions sur les falaises à  l'Est. Cette zone, déjà  occupée en partie par les troupes françaises et anglaises stationnées pour protéger les intérêts des étrangers, désignée sous le nom anglais de "Bluff" (falaise), est une aubaine pour les investisseurs,  dans une ville aux prises avec la spéculation immobilière.

Architecte et entrepreneur, Paul Sarda devient en dix ans le principal propriétaire immobilier de Yokohama.



" Le Bluff c'est moi"

Sarda croqué par le dessinateur français Bigot dans le journal satirique Les Potins de Yoko. La tenue vestimentaire, la montre suggèrent la réussite matérielle du personnage.

Les péripéties de la construction du consulat de France

Jules Lescasse avait établi en 1876 un projet pour la construction d'un consulat sur les terrains libérés par le départ des troupes françaises. Projet sans suite. Au Japon depuis 1872, il rentre en France en 1886 pour revenir à  Yokohama en 1890 avec l'espoir de construire enfin le consulat. La décision tarde. Le succès de son entreprise au Japon n'est pas au rendez-vous. La décision est enfin prise en 1894 et Jules Lescasse de nouveau revenu en France intervient auprès du ministère. Mais après un imbroglio qu'il a contribué à  alimenter, il est écarté du projet au profit de Sarda.


" Les travaux du nouveau consulat. Le spectre"
Jules Lescasse, représenté en ange exterminateur, survole le consul derrière lequel se tient humblement le maçon Sarda. Par Bigot dans Les Potins de Yoko.