Thursday, July 02, 2020

pavfz.jpgNotre région affiche son savoir-faire et sa culture à  l'Exposition internationale. Nous sommes allés visiter notre pavillon.


Plusieurs documents nous ont permis d'écrire cet article consacré au pavillon du Forez de l'Exposition de Paris en 1937. D'abord Le catalogue-souvenir du pavillon Forez-Vivarais, édité par le Comité de la région en décembre 1937. Ensuite deux articles de Jean Combe parus dans La Région illustrée, numéros de Pâques et Noël 1937, et celui, dans cette même revue, de F. Leboulanger, inspecteur départemental de l'Assistance publique (juillet 1937).  Quelques autres articles parus dans la presse quotidienne apportent des compléments d'information. A l'exception d'une photo extraite de la banque de données Gallica de la BNf, toutes les photos présentées ici ont été publiées dans le petit catalogue ou dans la revue régionaliste.

Le pavillon Forez-Vivarais. Prix de construction: 1 500 000 anciens francs

 En 1937, pour la première fois semble-t-il, les provinces de France ont été directement associées à  une Exposition internationale. Dans le vaste emplacement occupé par les innombrables pavillons de la manifestation, une surface de cinq hectares leur a été réservée : c'est le " Centre Régional ". Avant de visiter ensemble le pavillon du Forez - en fait le pavillon est double et porte le nom de Forez-Vivarais mais nous ne nous intéressons ici qu'à la partie forézienne - relisons Jean Combe qui nous livre quelques considérations.

Le Centre Régional

" Il convient de rappeler, à  propos de cette manifestation, un certain nombre de notions élémentaires. L'Exposition internationale de 1937 n'est pas une foire, mais un essai de bilan des grandes conquêtes humaines dans les domaines artistiques, industriels et scientifiques. Le pavillon, réservé au Forez et au Vivarais prendra place dans le Centre Régional et montrera aux visiteurs les coutumes, les traditions artistiques et les industries particulières de notre province.

Ci-dessous, la partie forézienne du pavillon, le vieux dauphin de son blason et les allégories du sculpteur Joanny Durand, auteur notamment, à Saint-Etienne, du monument aux morts du lycée Fauriel


Dans Paris 1937, magazine édité par les soins du Commissariat général de l'Exposition, on lit : " Le Centre Régional offrira aux Provinces une occasion unique, sans porter ateinte à  l'unité de notre pays, de faire en sorte que les expressions de chacune d'elles donnent le plus vif éclat au visage de la France. Le Régionalisme ne vise pas, à  l'encontre d'une pensée trop répandue, au maintien intégral des formes anciennes et ne prétend pas condamner l'architecture à  l'immobilité. Il entend, au contraire, réaliser les apports combinés de l'expérience et de l'art locaux pour montrer une fois de plus que le Régionalisme n'est pas étroitement confiné dans les cultes périmés. Il s'agit de rechercher ce que le Régionalisme peut puiser dans l'inspiration du passé, pour maintenir, en amalgamant tout progrès aux apports de l'expérience, l'individualité de chacune de nos provinces. Le Centre Régional ne sera pas une reconstitution, ni un bazar, ni une foire, mais le spectacle infiniment varié d'une France au travail."

Il n'est pas besoin de souligner l'originalité d'une telle conception, ni d'insister sur l'intérêt présenté par une telle nouveauté. Le plan préliminaire de l'Exposition, établi dès 1934 parle en ces termes du Centre Régional : " Il occupera cinq hectares, dont trois dégagés par la désaffection de la gare du Champs-de-Mars, et deux qui leur seront contigus sur le quai d'Orsay et la berge, entre l'avenue Suffren et le pont de Passy. (...) les pavillons des régions seront assemblés dans ce Centre comme elles le sont en réalité par le climat et d'harmonieux voisinages : vallées de l'Est, Pyrénées, littoral méditerranéen, Ile-de-France... Fêtes et cortèges rappèleront par ailleurs les joiles traditions de costumes, de danses et de chants qu'il importe de ne pas laisser perdre. Ce sera la seule, mais fort plaisante concession faite au passé, dans une Exposition franchement orientée vers l'avenir. "

Et si passant maintenant du général au particulier et du plan de la fiction à  celui de la réalité, que trouvons-nous ? Le pavillon du Forez et du Vivarais est en bonne voie d'achèvement. La charpente métallique est prête à  être posée. Dès la fin du mois de mars on pourra procéder utilement à  l'aménagement intérieur et aux travaux de décoration... "

L'esprit du pavillon Forez-Vivarais selon L. Demozay

M. Demozay, Président de la chambre de commerce de Saint-Etienne et du Comité Forez-Vivarais. Sous Vichy, il ira plaider la cause du Forez au Maréchal Pétain qui dans sa nouvelle organisation territoriale le plaçait sous " tutelle" lyonnaise. Il dira à  ce sujet: " Rattacher le Forez à  Lyon, c'est créer une monstrueuse région qui, comme l'ancienne Autriche n'a pas de tête ni de corps, qui n'a que des villes et pas de campagnes, en un mot qui est une fantaisie administrative..." Demozay souhaitait réunir au sein d'une même région le Forez, le Velay et le Vivarais. En vain.

" Sans quitter la capitale, le visiteur peut faire au Centre Régional un merveilleux voyage à  travers la France. Il lui est possible en quelques heures de parcourir les sites les plus divers et d'admirer toutes les richesses de notre Pays. C'est ainsi que les deux départements de la Loire et de l'Ardèche, sous le numéro XVI bis, ont été associés pour former une des vingt-sept régions qui représentent la France provinciale à  l'Exposition. Dès sa naissance, notre région a revendiqué le nom des deux provinces qui attestent à  la fois ses lointaines origines et son passé historique : Forez-Vivarais. La diversité du sol, du climat, des cultures... aurait pu paraître un obstacle à  la réunion de ces deux contrées, d'aspects si divers : l'Ardèche particulièrement agricole et touristique, la Loire surtout industrielle. Ces caractéristiques furent au contraire la raison même d'une coopération des plus fécondes. Nombreux sont d'ailleurs les liens qui les unissent. N'est-ce point par le Vivarais que le Forez gagne le plus directement la vallée du Rhône et le Midi de la France ? La muraille mitoyenne que forme le massif du Pilat n'est plus un obstacle, malgré sa haute altitude, depuis qu'elle est traversée à  1 100 mètres par une magnifique route nationale classée parmi les plus pittoresques, la Route Bleue, la voie la plus directe de Paris vers la Méditerranée. Et comment les Stéphanois pourraient-ils oublier que Marc Séguin, créateur du premier chemin de fer de France est né à  Annonay ?

(...) A travers ce pavillon commun, nous avons cherché à  donner aux visiteurs l'illusion de parcourir réellement nos campagnes, de visiter nos villes, nos usines. Ici, des cartes monumentales, un itinéraire aux proportions étendues, un vaste photomontage situent notre région dans le paysage et l'économie du Pays. (...) Des stands, ainsi que des comptoirs de vente et de dégustation permettent d'apprécier les spécialités de nos départements. Enfin, des films touristiques et industriels complètent cette présentation."

 Visite de la partie forézienne du pavillon

Aspect général

Le pavillon s'élève entre celui du Roussillon, aux pierres roses et celui de l'Ile-de-France, avec son grand toit rustique et son élégant clocheton conique. Il fait face à  celui du Lyonnais. Il a été érigé par l'architecte Edouard Hur. L'intérieur a été décoré par MM. Farat, Martin et Gosselin, architectes stéphanois.

La façade de la partie forézienne, un peu sévère et légèrement incurvée est construite en grès. Percée de trois hautes fenêtres, rappelant l'atelier du passementier, elle est décorée par les armes de la province, le Dauphin, et trois statues symboliques. Sculptés par Joanny Durand et son fils Clovis-Joanny, originaires de Boen, elles représentent les trois industries-mères du Forez, personnifiées par le mineur, le métallurgiste et le tisseur.

On trouve dans le prolongement des trois fenêtres, trois portes d'accès ornées de vantaux en fer forgé dessinées par M. Clavelloux et Lucie Gintzburger et réalisées par un ferronier de Pommiers: M. Ravel. Jean Combe nous dit à  leur sujet : " Il faut être admirablement doué pour avoir trouvé dans des pignons de bicyclettes, des canons de fusils, des motifs de décoration et pour les relier avec une telle grâce par des rubans étroits et rigides. "

Un autre article de presse précise que c'est en avant de cette façade qu'est située une terrasse plantée d'ombrages devant permettre (à  la date de l'article, l'exposition n'est pas encore ouverte) de déguster les vins, fruits et chocolats de notre région. Un comptoir de vente permettait d'acheter des eaux minérales du Forez et du Vivarais.

Rez-de-chaussée

On passe donc une des trois portes monumentales. C'est le hall d'honneur du Forez, haut de 15 mètres et réservé aux industries de la Loire. L'impression générale est celle d'un palais de métal poli, sur lequel est tendu un velum figurant, dans sa partie horizontale, les fils de soie d'un ruban géant en cours de tissage ; dans sa partie verticale, les lisses, le peigne, la navette du métier. Une vitrine présente des lacets, des menus tissés, des cravates, des velours... Tous les savoir-faire de l'industrie du tissage et de la confection de la région, de Roanne à  La Terrasse-sur-Dorlay, de Bussières à  Saint-Etienne sont réunis ici.

Sur la paroi de gauche, s'élevant à  12 mètres de hauteur sur 9 mètres de largeur, la fresque grandiose de Louis Riou domine le visiteur. Au centre de la composition où domine un bleu très doux se distingue une belle jeune femme, la Prospérité personnifiée. A ses pieds s'agitent tous les artisans qui participent à  cette prospérité. On distingue aussi la vie des campagnes, les sommets des montagnes du Forez et bien entendu les chevalements des puits de mines, en particulier le puits Sainte-Marie. Mais aussi le dôme de l'Hôtel de ville de Saint-Etienne. Y figure cette inscription : " Sous le signe de la prospérité, le Forez glorifie le mérite du travail et le génie de l'invention. "

Face à  la porte d'entrée une grande carte métallique de la Loire de 7 mètres de haut permet de localiser les grands centres locaux de l'industrie et de l'agriculture. On remarque aussi un gigantesque aimant supportant une charge de 450 kgs et d'autres vitrines plus particulièrement consacrées à  l'industrie stéphanoise dans sa diversité. On admire les armes des manufactures qui sont aussi des oeuvres d'art: arquebuse à  rouet du XVIème siècle incrustée d'ivoire, pistolet automatique à  crosse de nacre, fusil à  silex Louis XV, garniture d'argent et damasquiné or (de J.-B. Chambart). On étudie le premier modèle de machine à  coudre inventée à  Saint-Etienne par Thimonnier, on se penche sur les produits dérivés de la distillation de la houille : naphtaline, goudron...

La fresque de Louis Riou
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L'industrie métallurgique est représentée quant à  elle par des vilebrequins d'avions et de navires. Un de ceux-ci pèse 3000 kgs. Un boulon forgé d'un mètre de longueur pour 210 mm de diamètre et un poids de 450 kgs ne passe pas inaperçu. Dans ce hall se trouve aussi un petit bureau réservé aux associations parisiennes des originaires de la Loire : la Société des Foréziens de Paris, la Stéphanoise de Paris, l'Association amicale des Anciens Elèves du Lycée de Saint-Etienne... Plus loin, c'est le salon de dégustation décoré de lampes de mineurs et de vaisselle rustique. On peut s'y poser le temps de boire une eau de Parot ou de Badoit, voir un petit côte de Forez, et déguster des chocolats de Saint-Etienne. Ou encore goûter la fourme de Montbrison. " Il suffit de passer quelques instants dans ce bar-dégustation pour apprécier le charme d'une hospitalité souriante et pour y trouver cette atmosphère de franche cordialité et de saine gaieté, si chère aux Stéphanois. "


Ce salon débouche sur quatre dioramas dont un pour le Forez. On le doit à  M. Moullade, professeur des Beaux-Arts de Saint-Etienne et il évoque la vallée de la Loire dans son engorgement pittoresque avant la plaine du Forez. On distingue Essalois, Notre-Dame-de-Grâce, le pic de Saint-Romain-le-Puy, Saint-Rambert...

Le bar-dégustation

Le balcon

Un double escalier nous conduit à  l'étage par un blacon ouvert sur le hall d'honneur. On rencontre d'abord une vitrine consacrée aux chapeaux fameux de Chazelles-sur-Lyon et aux toiles de Panissières. Plus loin ce sont quelques oeuvres d'artistes qui sont à  l'honneur. Les petites soeurs des pauvres , sculpture émouvante et délicate d' Emma Thiollier, la belle cheminée en fer forgé de M. Ravel, déjà  cité, quatre tableaux d'Albert Gleizes, théoricien du cubisme dont son Humanité et Divinité , La femme au gant , peinture d'Anne Faure, un buste d'enfant par Tournayre.

Puis on s'arrête un instant devant un vaste plan de Saint-Etienne indiquant les grands travaux en cours. On peut y lire : " Ville de Saint-Etienne, 1936-1937 : grands travaux d'aménagements urbains pour lutter contre le chômage. " On apprend ainsi que la municipalité envisage la construction d'une usine d'épuration de 10 000 mètres carrés, la réfection du réseau d'eau (60 kms de canalisation, 13 réservoirs), l'établissement d'une Ecole pratique de commerce, le groupe scolaire de Montaud, un stade, une crèche, une école à  Villeboeuf-le-Haut...

Métier Jacquard et photomontage du 1er étage

A l'étage

L'artisanat est encore représenté ici par un beau métier Jacquard. On retrouve ici aussi une fresque imposante de 80 mètres carrés qui illustre à  travers seize photographies d'un mètre de diamètre les seize industries principales du Forez. Les chiffres qui les accompagnent traduisent l'impressionnante vitalité de la région. Exemples : chapeaux (Chazelles) > 26 établissements, 2 300 000 chapeaux, 3 500 ouvriers, 30 millions de chiffres d'affaires; chocolats (Saint-Etienne + Ardèche ) > 10 établissements, 800 ouvriers, 10 000 tonnes; eaux minérales (Loire + Ardèche) > 39 établissements, 850 ouvriers, 25 millions de bouteilles...

Viennent ensuite les salles consacrées au folklore et à  la tradition intellectuelle en Forez. Sur un panneau géant en forme de livre, les Foréziens illustres sont énumérés avec fierté : l'explorateur Francis Garnier, l'archéologue Déchelette, Honoré d'Urfé bien sûr, l'ingénieur Verpilleux, le poète Victor de Laprade... Une vitrine présente au regard attentif des pièces rares comme ce texte écrit de la main de Marc Seguin, l'édition princeps de L'Astrée d'Urfé, une page originale d'Ariane de Massenet...

Le cinéma

Enfin une salle de cinéma de 84 places, décorée de scènes de jeux locaux présente tous les jours à  14h 30 et 19h 15 des films commentés par MM. Guy Chastel et Louis Pize : Le Forez, pays de l'Astrée et Le Forez industriel .

Les archers stéphanois, détail de la décoration de la salle de cinéma.

Une large place est faite aussi aux oeuvres sociales de la Loire. F. Leboulanger, dans l'article de La Région de juillet 1937 précise qu'elles sont représentées également dans le Pavillon de la Femme, l'Enfant et la Famille de l'Exposition. Il donne le chiffre de 246 institutions publiques ou privées d'hygiène et d'assistance sociale (donneuses de lait, orphelinats, foyers féminins, oeuvres catholiques, comités de patronage et de défense des enfants délinquants, union amicale des aveugles, etc.) pour une population départementale de 665 000 habitants. Au pavillon Forez-Vivarais, c'est un panneau central de 6 mètres de haut sur 2,50 mètres qui est exposé, représentant la carte géographique stylisée de la Loire avec la figuration allégorique, au moyen de vignettes coloriées, de l'effort philanthropique du département, "depuis la protection de la première enfance jusqu'à celle de la vieillesse". On le doit à Mlle Heurtier et M. Roux pour la conception, et Mme Couvreur, professeur honoraire de dessin au Lycée de jeunes filles de Saint-Etienne, et M. Manet, peintre décorateur, pour la réalisation.

Le mot de la fin

Jean Combe en conclusion de son article dans La Région illustrée écrivait : " Nul regret posthume ne doit nuancer notre joie. La très belle page écrite par le Comité de la Région XVI bis, dans l'histoire forézienne, garde une place de choix dans le souvenir de tous les visiteurs. Le pavillon Forez-Vivarais n'est plus. Vive le pavillon ! "