Sunday, September 24, 2017
 
 

Ventres jaunes, Croque-cerises, Renards et autres Bachasses. Découvrez les surnoms savoureux de nos compatriotes.


Cet article est très incomplet. Quel est le surnom des habitants de Bonson ? Pourquoi parlons-nous de Cacamarlous à Saint-Bonnet-le-Château ? Vos infos et précisions sont les bienvenues: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Gagas, Appelous, Couramiauds et Farlots sont des (sur)noms d’habitants qui restent relativement connus. Sans doute d’ailleurs parce que les trois premiers s’attachent à des habitants de villes importantes : Saint-Etienne, Firminy et Saint-Chamond. Le dernier parce qu’il s’attache en particulier à une célèbre industrie, la fabrication des chapeaux à Chazelles-sur-Lyon. Dans le cas de Firminy, le terme désigne réellement le nom des habitants contrairement aux trois autres qui se contentent de " coiffer " les Stéphanois, les Chazellois et les Saint-Chamonais.

Mais reste d’une part à connaître l’origine de ces surnoms en particulier et d’autre part à mettre en lumière les surnoms des habitants de nos autres " bleds ". Etant donné le caractère péjoratif de la plupart d’entre eux, on peut supposer qu’ ils furent attribués le plus souvent par les petits voisins. Ils traduisent alors l’esprit malicieux ou mesquin des populations campagnardes raillant chez l’autre des travers vrais ou supposés. C’est ainsi qu’on retrouve beaucoup de noms d’oiseaux. Certains autres recoupent une notion historique, parfois malvenue dans le Forez.

Commençons par le commencement (enfin essayons) :

- Gagas (ou Gagats) : aucune certitude à son sujet mais il existe une hypothèse qui voit l’origine de ce mot dans " gagate ", terme qui peut signifier en grec " pierre noire ", le minerai de terre, charbon ou jais. Sauf erreur de notre part, c’est Auguste Callet qui l’évoque dans sa Légende des Gagats. La racine gag est, selon lui, assez commune dans les bassins houillers du nord.

Au passage, profitons-en pour dire un mot du terme Stéphanois. Il vient du nom Etienne, premier martyr de l’Eglise, lapidé sur ordre de Saul qui n’avait pas encore reçu la révélation sur le chemin de Damas. Etienne, en grec Stefanos, en latin Stefanus signifie aussi " couronne " (ou couronné ?) Une couronne il y en a d’ailleurs une sur le blason de la ville. Celle du royaume de France en l’occurrence, pour signifier le désir des Stéphanois de se placer sous la tutelle des rois.


Vue sur Firminy un jour de marché vers 1915

- Appelous : il existe plusieurs théories pour expliquer le terme.

Elémentaire, on pense d’abord aux loups qui auraient été nombreux dans les bois d’antan. Les seigneurs du coin organisaient de grandes chasses ( qui ont donné leur nom à Chazeau) pour " happer les loups " d'où le nom de " Happe-loups ".

Patoisante, " Les Pouilleux ", c’est pas très gentil mais c’est ainsi que les misérables (pauvres) habitants de Firminy auraient été désignés par les voisins du Chambon. Ouè tou de pelou ! Ce sont tous des pouilleux ! Happe-lou, en patois signifiant aussi " Mords-le ! " Reste à savoir s’il s’agit ici de lâcher les chiens sur les loups ou sur les " pouilleux " de Firminy.

Romantique, il y a bien longtemps, Appelou, un chef de bande écumait la région. Il aurait laissé son nom aux habitants.

Industrielle, le mot viendrait de " Depelou ", à peu près abîmeur de travail, il aurait été donné par les mineurs stéphanois aux Appelous qui travaillaient à plus bas prix.

Flatteuse ? Cette dernière théorie fait venir le mot de " happelourd " qui signifie attrape-nigaud, trompeur, rusé.

Mr Jean Vigouroux, président de la Société d'Histoire de Firminy en propose une autre et elle semble la plus couramment admise: le surnom viendrait de la " pelou " qui était la peau que se mettaient sur le ventre les cloutiers et métallurgistes pour se protéger de la chaleur et du feu devant les fours. Le surnom, un sobriquet certainement à l'origine – nous dit-il - aurait une origine récente. En effet, l’historien régional La Tour de Varan ne parle que de Firminiens au milieu du XIXème siècle.

- Couramiauds : le mot vient de " courre à miaou " et fait référence à une ancienne coutume de Saint-Chamond. Un chat était suspendu en haut d’une perche dressée au milieu d’un brasier. S’il parvenait à défaire ses liens et à s’échapper, tous les habitants se lançaient à sa poursuite à travers les rues.

- Farlots : le surnom s’attache plus particulièrement aux travailleurs de l’industrie du chapeau de feutre de Chazelles. Il vient de " Fier et libre ", expression par laquelle se désignaient ces ouvriers-artisans dont l’organisation du travail n’était pas soumise aux dures contraintes d’autres métiers, en particulier celui des mineurs.

D’autres surnoms :


- Souvent les habitants sont affublés de noms d’animaux. Les oiseaux d’abord : on a les Oies à Balbigny et à Nervieux, pourtant aucun capitole ne s’y trouve. Les Grolles à Chalmazel, autrement dit les Corbeaux, faut-il y voir une lointaine résurgence celte ? On trouve encore les Rossignols à Sail-sous-Couzan. Un rouge-gorge aurait été mieux venu, histoire de glisser un mot sur les gorges du paysage et la croix de gueules du blason des Damas de Couzan. Bien entendu, il y a des oies, des rossignols et des corbeaux aussi. Reste à savoir quel trait de caractère de chaque volatile a peut-être inspiré le choix du surnom. Les habitants de Balbigny par exemple sont-ils réputés pour les qualités des oies chantées par les auteurs antiques, vaillance, vigilance et prudence ? Signalons un surnom d’oiseau moins commun : les Milans pour les habitants de Saint-Just-la-Pendue. Moins flatteur, celui de Dindes s’attache aux villageois de Saint-Paul-en-Jarez tandis que les habitants d' Ecotay, près de Montbrison sont les Coqs.

Les "Cochons" (ou Caillons) un jour de fête nationale (carte postale années 20)

Félins et canidés: à Saint-Just-en-Chevalet et à Notre-Dame-de-Boisset, on trouve les Loups et à Champdieu les Renards qui partagent leur sobriquet avec les habitants de Trélins. Les habitants de Feurs portent le surnom de Chats, de même qu’à Lay. A Moingt, ce sont les Chiens.

Concernant le sobriquet dévolu aux habitants de Boën, les cochons ou " lou peûrs " en patois, un numéro de Cantons Foréziens des années 80 nous propose plusieurs explications. D’abord l’explication de la similitude phonétique entre Bouan, l’ancien nom de la ville, avec Boue. Le petit journal nous indique que cette théorie ne date pas d’hier puisqu’une charte de Forez, vers l’an 1300 la mentionnait déjà. En 1875, un conseiller municipal de Boën mentionnait l’ancienne malpropreté du bourg et ses rues encombrées d’immondices. Les voisins n’avaient pas mis longtemps à dégotter un sobriquet peu honorable pour les habitants de Boën. Mais, s’empressait de préciser l’élu, en 1875 le surnom n’était plus de mise.

Trois autres explications savoureuses ont été racontées par le sculpteur Joanny-Durand, originaire lui même de la ville:

-1 Autrefois, il n’y a pas si longtemps, les tas de fumier numérotaient la porte de chaque maison. Chez Untel ? Vers le 7ème tas de fumier à droite.

-2 Traversant la ville un jour de marché aux porcs, un voyageur dit : " Il y a beaucoup de cochons dans ce pays. - Oh mon bon monsieur, il en passe beaucoup plus qu’il n’en reste. "

-3 Les nouveaux élus au conseil municipal étaient indécis et très embarrasés pour choisir leur maire parmi eux. Histoire de rire, l’un d’eux proposa de faire gagner le titre à la course. Il lança une pomme de terre sur la place et s’écria : " le premier qui l’attrapera sera maire ! " Un cochon en balade ou plus sportif, avala la pomme de terre au passage… Et l’auteur de l’article, un certain J.-P. G. de conclure: "Comme quoi, de toute éternité la nature a bien fait les choses en associant le boudin du cochon de Boën au vin des côtes du Forez sur un même terroir."

Les Montbrisonnais partagent avec les habitants d’Ambierle le surnom d’Anes. Concernant l’ancienne capitale des Comtes de Forez, une tradition charmante en raconte l’origine. Elle est liée à la venue du bon roi François Ier : "François Ier entrait dans Montbrison et le bailli lui lisait sa harangue. Or, tout auprès, un âne, vieux grison complimentait le Sire dans sa langue. En ce moment, rapporte un vieil auteur qu'on aurait tort de supposer menteur, le Roi François, gaillard et bon apôtre leur dit: "Messieurs parlez l'un après l'autre !"

Autre version, d'après Le Gras : "D'un vieux vin de Purelle ayant bu deux bouteilles, le Roi dit au bailly, mais sans songer à mal : les gens de ce pays ont, dit-on, des oreilles longues... à faire envie à certain animal... Le bailly répondit : leur longueur vous étonne et Votre Majesté daigne s'en occuper ! Eh ! c'est que nous n'avons encoré trouvé personne capable de nous les couper !"

Citons encore les Lézards de Rive-de-Gier, les Belettes de Sainte-Agathe en Donzy et les Hérissons de Bussières. Mr Geneyton nous dit, enfant, avoir entendu le sobriquet d'Ecureuils à propos des Marcillois (habitants de Marcilly-le-Chatel), une tradition un peu perdue qui résonnerait néammoins à travers le nom du club de boules local: la Boule des Ecureuils. On retrouve d'ailleurs les Ecureuils à Lérigneux. Lézigneux est le domaine des Rats et Verrières celui des Boucs, de même qu'à Chatelneuf. Les Chenilles vivent à Chalain-d'Uzore, les Grenouilles à Grézolles, les Canards à l'Hôpital-sous-Rochefort, les Chèvres blanches à Cottance et les Levris (lièvres) à Saint-André-d'Apchon, ainsi nommés en souvenir d'une bataille où ils auraient battu des records de vitesse...

- A travers le (sur)nom des habitants de Saint-Just-sur-Loire l’idée de pont est flagrante : les Pontois (même origine que Pontoise). Saint-Rambert se nommait d'ailleurs Pont-Saint-Rambert au Moyen Age.

- Des connotations historiques s’attachent aux surnoms de quelques places. Ainsi les habitants de Sauvain dans les monts du Forez sont les Camisards. Ce qui est étonnant. Le terme désigne en effet les Protestants des Cévennes et du Vivarais qui prirent le maquis après la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV ! Ils menèrent des années durant une guérilla farouche contre les armées royales catholiques. Or le Forez fut très peu touché par la Réforme protestante dont le souvenir reste attaché dans notre région à des massacres (Montbrison surtout et Saint-Etienne). Le Forez resta catholique et en particulier les Monts du Forez. Le terme semble donc devoir être pris ici pour négatif, s’il doit être pris pour quoi que ce soit.

A Colombier (dans le Pilat) on trouve les Croquants. Terme générique qui désigne les paysans révoltés (et plus particulièrement ceux du Périgord ) au XVIIème siècle. Une façon peut-être de célébrer autrefois un certain esprit frondeur de ces villageois.

- Parler local à Saint-Marcellin-en-Forez où les habitants sont les Bachasses. Le terme, féminin de bachat désigne les auges à cochon à particulier et les abreuvoirs en général. Les habitants de Saint-Galmier sont les Tchuquas, ce qui signifierait " Toqués ". Reste à comprendre la signification précise du mot. Un peu gaga ? A Saint-Sauveur-en-Rue règnent en maître les Piquatioux d’ânes. Ici non plus, on ne sait pas précisément de quoi il s’agit. Peut-être une allusion aux anciens muletiers qui menaient leur bêtes dans les montagnes du Pilat ?

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Beauverie,
Marché aux cerises de Poncins

- Les inclassables, on les trouve à Saint-Bonnet-le-Château peuplé de Cacamarlous (?), à Saint-Victor-sur-Loire, les Croque-cerises, à Saint-Barthélémy-Lestra, peuplé de Culs jaunes. Au sujet des Croque-cerises, le Guide des Plus belles balades autour de Saint-Etienne nous donne une explication: "Autrefois, bien avant le barrage, les cerisiers abondaient sur ces rives de la Loire, et les gens du pays avaient l'habitude de parler affaires... en croquant des cerises."

Aujourd'hui on ne trouve plus de cerisiers à Saint-Victor mais le sobriquet est resté. A Saint-Genest-Lerpt on trouve les Mangeurs de trois soupes. Enfin à Bouthéon vivent les Ventres-jaunes. Ce dernier surnom évoque peut-être les épidémies qui ont longtemps frappé la plaine. En tout cas, il était très répandu et servait autrefois aux mineurs stéphanois à désigner les saisonniers foréziens qui venaient travailler temporairement dans " leurs " mines. Pour preuve, ce témoignage savoureux d’un mineur dans Soleil noir de Jean-Paul Burdy : " Avant la guerre de 14, il y avait les paysans de Haute-Loire qui venaient à la mine l’hiver. Ils arrivaient à la Toussaint et ils restaient jusqu’à Pâques. Ils logeaient comme pensionnaires dans la famille sur place. On appelaient ces étrangers des " blancs " comme ceux du Forez des " ventres jaunes ". Il y avait une certaine concurrence avec les " blancs ". On avait fait une chanson sur les " blancs " qui viennent prendre le travail des Français… euh des Stéphanois."

Mr Roland Boudarel nous a communiqué une autre version à propos de ce surnom. Les gens de la plaine étaient considérés comme des gens riches qui avaient toujours un louis d'or dans leur ceinture de flanelle, d'où peut-être ce sobriquet de ventres jaunes. Mais peut-être vient-il d'une consommation excessive de... courges. L.P. Gras fait aussi remarquer que les Foréziens étaient parfois surnommés les Oisons. Nos voisins auvergnats utilisaient à notre endroit le terme de Fourina, une déformation de Forez. Quant aux montagnards, ils étaient surnommés Gavots par les Planards du plat pays.

Dentellières cacamarlouses

Quelques ouvrages nous ont aidé à écrire cet article:
Forez, Christine Bonneton Editeur, 1987 ( travail commun de différents historiens), Le Parler du Forez et du Roannais de Jean-Baptiste Martin, Editions Bonneton, 2000, Histoire de Saint-Chamond de James Condamin, Carnets d'un folkloriste, d'Albert Boissier, édition du Musée de Saint Didier-en-Velay, 1995. Enfin Le Forez, traditions du département de la Loire par Robert Bouiller.