Tuesday, January 23, 2018

Article publié en 2008, l'uniforme a depuis fait son retour pour les grandes occasions.

Sommaire :

- Les débuts de l'Ecole des Mines (1816 - 1882), dans les grandes lignes
- Un duel en 1826
- Le bâtiment du cours Fauriel
- Les noms en façade
- "Victimes du devoir"
- L'uniforme
- La Légion d'honneur
- "Faut-il parler d'élèves ?"


Les débuts de l'Ecole des Mines (1816 - 1882), dans les grandes lignes

Une ordonnance royale rendue sous Louis XVIII a fondé l'« Ecole des Mineurs » de Saint-Etienne le 2 août 1816, en remplacement des écoles pratiques des mines établies à  Pesey et Geislautern et dans le but de « donner à  l'exploitation des mines de France tout le développement et le perfectionnement dont cette branche de l'industrie nationale est susceptible. »

 
Sculpture de Graf sur l'Hôtel de l'Amicale des anciens élèves de l'Ecole, avenue de la Libération

Son fondateur fut Louis-Antoine Beaunier. Affecté en 1809 à  l'Ecole pratique des mines de Geislautern, dans la Sarre, sous l'autorité de Jean Baptiste Duhamel, Beaunier en devint le directeur en 1813. A la chute de Napoléon en 1815, les traîtés de Vienne enlevèrent la Savoie et la Sarre à  la France et Geislautern fut occupée par les armées de Blucher. Avec la Savoie, la France perdait aussi Pesey et son autre école des Mines. Beaunier, qui avait gagné la capitale, proposa en janvier 1816 au Directeur Général des Ponts et Chaussées et des Mines un projet de création d'une nouvelle école pratique des Mines. Une telle école s'avérait indispensable. Beaunier avait en effet constaté depuis longtemps l'ignorance générale des maîtres mineurs, en ce qui concerne les premiers principes de la géométrie et de l'art des mines. « Ce qui rendait le plus souvent inefficaces les visites des exploitations par les ingénieurs, et les conseils donnés par eux à  des hommes qui ne pouvaient ni les comprendre ni les suivre. Il faisait voir que la création d'une école élémentaire, destinée à  former des chefs d'atelier et même des directeurs d'exploitation, était nécessaire, pour que les ingénieurs des mines pussent être utiles et les exploitations améliorées. » En bref, il faut à  la France du personnel qualifié pour exploiter ses mines. Décision fut prise de transposer l'Ecole de Geislautern à  Saint-Etienne que l'ingénieur présenta comme le lieu idéal. Il connaissait bien le bassin stéphanois pour y avoir, entre 1812 et 1813, dresser la Topographie extérieure et souterraine du territoire houiller de Saint-Etienne et de Rive-de-Gier, un travail qui lui avait donné une grande renommée. Les houilles de la Loire, par leur richesse et leur position, au centre de la France et dans un territoire appuyé à  deux grands fleuves, permettaient de mettre en oeuvre tous les moyens d'instruction pratique, et d'être le plus immédiatement profitables.

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Le nom de Beaunier, sur la façade de l'Ecole des Mines (voir plus loin)

Dans l'esprit de Beaunier, l'école de Saint-Etienne n'avait pas prétention à  rivaliser avec l'école royale des Mines de Paris mais se voulait néanmoins une école novatrice où l'enseignement ne serait pas limité au seul enseignement pratique. Une école qui donnerait sa place à  la théorie appliquée et pourrait former des directeurs d'exploitation. Mais le Conseil Général des Mines, le 7 mars 1816, rabaissa le « projet Beaunier » à  celui d'une simple école de mineurs vouée à  un enseignement élémentaire pour jeunes gens destinés aux travaux des mines. En outre, la jeune école était placée sous la dépendance de l'école de Paris. Le 19 août, Beaunier devint le premier directeur de l'établissement. Il le fut jusqu'à  sa mort en 1835.

Il s'installa sur la commune de Montaud, rue d'Artois, dans une maison de trois étages. Le rez-de-chausée et le premier étage accueillaient les salles de cours et d'études, la bibliothèque et les laboratoires. Le second et troisième étage étant destinés à  l'hébergement d'un bureau pour la Commission Temporaire des Mines de la Loire et des magasins. Dans les combles, cinq petites chambres à  l'intention de Beaunier et des professeurs furent aménagées. Selon l'Ordonnance, l'enseignement de l'école de Saint-Etienne avait pour objet :
Les éléments de mathématiques dont la connaissance est indispensable pour dresser les plans et mesurer les surfaces et les solides, la levée des plans superficiels et souterrains; le nivellement; les élémens du dessin appliqués au tracé et au lavis des plans, des machines et des constructions ;

Les éléments de l'exploitation proprement dite, comprenant la disposition générale des travaux d'une mine; les divers moyens d'entailler et d'abattre la roche et les minerais; l'art d'étayer les excavations souterraines; les méthodes d'aérage; l'art de contenir les eaux, de les faire écouler et de les épuiser ; les usages de la sonde ; les divers moyens employés pour transporter et extraire les matières, et la connaissance des principales machines en usage dans toutes ces opérations ;

La connaissance élémentaire des principales substances minérales et de leur gisement ; l'art d'essayer les minerais , sur-tout par la voie sèche; les éléments de l'art de traiter en grand et d'obtenir économiquement les matières minérales les plus utiles.

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Allégorie de la Science, sur le bâtiment du cours Fauriel

Les professeurs furent choisis par Beaunier parmi les ingénieurs de l'arrondissement. Il s'agissait de Louis Georges Gallois, professeur de chimie que le directeur connaissait de longue date, Moisson-Desroches (« un nain avec la physionomie d'un singe » a dit de lui son élève Boussingault) professeur de mécanique pratique et d'exploitation, Burdin, professeur de mathématiques, de mécanique et de géométrie souterraine, Scharowitz, géomètre souterrain de profession, attaché à  l'école en qualité de dessinateur et répétiteur de dessin et de levée pratique sur le terrain, et sous la surface. D'autres suivirent : Gueyniveau (chimie et métallurgie), Thibaud (métallurgie)... Beaunier pour sa part enseignait la géologie. Un cours, qui au fil des ans, fut réduit toujours plus au profit de l'enseignement des sciences et techniques.

Les Atlantes: Mine et Métallurgie

Les premiers élèves ne furent accueillis que le 9 février 1818. Pour entrer à  l'école, quatre conditions étaient exigées (outre le fait d'être de sexe masculin): savoir lire et écrire, être âgé de 15 à  25 ans, posséder un certificat médical témoignant de sa bonne condition physique, s'être fait délivrer un certificat de bonnes moeurs. Un article fut ajouté au règlement pour restreindre l'accès à  l'école : la préférence serait donnée aux postulants fils ou neveux de mineurs, de maîtres-ouvriers, de directeurs d'exploitation. Les postulants devaient adresser leur demande au préfet qui transmettait au directeur général des ponts et chaussées et des mines. Parmi les élèves des deux premières promotions : Fourneyron et Boussingault. Le premier inventa la turbine hydraulique, le second fut un grand chimiste et agronome, membre de l'Institut. En réalité, au lieu de maîtres-mineurs, les vingt élèves sortis brevetés parmi les trois premières promotions, à  quatre exceptions, occupèrent des postes d'ingénieurs des mines.
 
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Un laboratoire dans les années 1950

Vers 1830, la plupart des exploitations minières étaient dirigés par des anciens élèves de l'école. Dès 1820, Beaunier avait fondé une compagnie au nom de laquelle lui fut accordée la concession d'un chemin de fer. Le premier dans notre pays, mis en service en 1827. Le rang de responsabilité auquel accédaient les élèves, la qualité de l'enseignement dispensé, la personnalité marquante de leur directeur, l'essor phénoménale des industries françaises et de l'exploitation de la houille, en particulier dans le bassin stéphanois, ont participé à  aboutir à  l'Ordonnance royale du 7 mars 1831. Celle-ci faisait de l'école des Mineurs une école d'enseignement secondaire. Les élèves étaient destinés à  devenir, selon le mot de Beaunier des « intermédiaires entre le savant et le maître-mineur ». Les conditions d'admission furent renforcées et les programmes adaptés aux mutations industrielles. Mais l'école n'était pas encore consacrée dans son rôle d'école d'ingénieurs, même si la grande partie des emplois occupés par les élèves à  leur sortie relevait d'un niveau supérieur. L'évolution vers ce statut effectif fut lente. L'article 6 de l'Ordonnance indiquait par ailleurs la création d'une classe spéciale destinée à  l'instruction des ouvriers-mineurs : « Une classe est créée à  l'école des mines de Saint-Etienne en faveur des ouvriers-mineurs ou de ceux qui se destinent à  cette profession. Il pourra leur être délivré des brevets à  la fin de leurs études.» En 1841, les exercices pratiques prirent dans le programme une plus grande importance. En 1867, le programme d'admission fut à  nouveau modifié avec le soutien du Conseil municipal de Saint-Etienne. Il incluait des éléments de langue française, des notions de physique, de chimie, de mathématiques... Il sera encore modifié en 1881 et en 1887.
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L'école à  Chantegrillet

Le 12 février 1848, l'école s'installa dans le domaine de Chantegrillet. Trois bâtiments composaient la propriété, acquise par l'Etat. Le château (deux étages) accueillait les logements du directeur et des professeurs ; un bâtiment de trois étages pour les salles de cours et un autre pour les salles d'études. Suffisant pour accueillir une soixantaine d'élèves mais avec la création d'une troisième année d'étude, il fallut construire un bâtiment d'études neuf pour accueillir 90 élèves. Deux amphithéâtres (90 et 60 places) y furent aménagés. Le 30 mars 1882, un décret conféra à  l'école le titre d'" Ecole des Mines ". Le Règlement et Décret du 18 juillet 1890 instituèrent, en lieu et place des brevets de première et deuxième classe, un diplôme d'ancien élève « apte à  exercer les fonctions d'ingénieurs. » Délivré par le Ministre de Travaux Publics à  tous les élèves qui avaient obtenu 65% du total des points de mérite. L'Ecole des Mineurs était enfin reconnue dans son statut d'école d'ingénieurs. En 1908, elle devint l'" Ecole nationale des mines de Saint-Etienne.

Un duel en 1826


En 1826, une querelle opposa Moisson-Desroches, professeur à  l'école, à  un médecin stéphanois du nom de Lanyer. Ce dernier considérait qu'un certain remède - le remède Leroy - présentait un danger pour la santé. Moisson-Desroches pour sa part avait pris la défense du breuvage. Cette querelle en apparence anodine allait prendre des proportions tragi-comiques avant de tourner au drame. Le médecin dans Le Mercure Ségusien fit publier un texte où il traitait son adversaire d' « erreur de la nature » et de monomaniaque incurable. La riposte ne se fit pas attendre. Le Mercure Ségusien publia un poème intitulé Le paon et le rossignol qui faisait état des infortunes conjugales du médecin. Il n'était pas signé Desroches mais René de Laulanié, élève de la promotion 1825. L'outrage demandait réparation. La dispute se règla une fois pour toutes sous un hangar près de Villeboeuf. Lanyer tira le premier et toucha Laulanié à  la hanche. Le jeune mineur agonisa dans d'atroces souffrances. Desroches quitta la ville courant 1826. Lanyer également. Sa femme resta dans les bras d'un autre.


Le bâtiment du Cours Fauriel

L'édifice a été construit sur le cours Fauriel entre 1925-1927 en remplacement des bâtiments de Chantegrillet qui, ironie du sort furent victime de l'industrie houillère. Affaissements et crevasses réduisirent à  néant certains projets de restauration. L'édifice imposant du cours Fauriel a été réalisé dans un style néo-classique. Selon Caltaux, président du Conseil de l'Ecole qui accueillit le président Lebrun lors de sa venue en 1933 (voir plus loin), il a coûté plus de 10 millions, dont 1 million 60.000 francs fournis par l'Etat, 1 million par la ville, 300.000 francs par le département, et 7 millions 800.000 francs souscrits par l'industrie française, comités et sociétés. Il se compose d'un bâtiment central relié à  deux bâtiments latéraux, l'ensemble formant un U. Sur le bâtiment principal, le balcon est soutenu solidement par deux atlantes figurant un mineur et un métallurgiste. Le tout est surmonté d'un fronton représentant l'école qui distribue à  des enfants casqués la science sous forme de livres et d'outils. Deux statues symbolisant la Science et l'Industrie ont trouvé place dans des niches. Au fronton, l'Ecole distribue la science et les outils à  des Amours joufflus représentant les élèves. En 1969, un premier agrandissement a été réalisé avec l'ajout d'un bâtiment au sud. Entre 1973 et 1975, d'autres ajouts ont été réalisés avec la construction au nord de la Rotonde en 1973, suivi d'un autre bâtiment en 1974, puis d'une nouvelle construction, à  l'arrière de l'édifice initial, en 1975. Dans les années 90, l'école s'est étendue sur le site de Manufrance. Elle acquérait ainsi 5 800 m² supplémentaires sur cinq niveaux. En juin 1998, la Rotonde fut inaugurée en tant que Centre de culture scientifique, technique et industrielle. L'Ecole nationale supérieure des mines s'est engagée dans un nouveau projet d'extension. Un nouvel amphithéâtre de 150 places a vu le jour et une salle d'art plastique devrait être aménagée.

 




Les noms en façade


Les noms gravés sur la façade sont ceux d'anciens élèves, professeurs et directeurs qui ont fait la renommée de notre cité.



- Louis-Marc Tauzin (1856-1921), directeur, professeur de mécanique
- Emmanuel-Louis Gruner (1809-1883), directeur, professeur de chimie et de métallurgie, fondateur de la Sté de l'Industrie Minérale, classification du charbon
- Beaunier
- Félix de Villaine (1822-1913), ancien élève, inventeur de techniques d'exploitation des mines
- Daniel Murgue (1840-1918) ; ancien élève, spécialiste de l'aérage des mines, théorie mécanique de la chaleur
- Henri Fayol (1841-1925), ancien élève, auteur de « L'Administration générale et industrielle »
- Cyril Grand'Eury (1839-1999), ancien élève, professeur de paléontologie végétale, membre de l'Institut
- Jean-Baptiste Marsaut (1840-1914), ancien élève, inventeur de la lampe de mineur de sécurité
- Benoît Fourneyron (1802-1867), Major de la 1ère promotion, inventeur de la turbine hydraulique, industrie du fer blanc

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Fourneyron
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- Jean-Baptiste Boussingault, Major de la 2nde promotion, grand chimiste, membre de l'Institut, fondateur de la Sté agronomique
- Charles Combes (1801-1872), aérage, thermodynamique, machines à  vapeur
- François-Ernest Mallard (1833 - 1894), géologie, minéralogie, traité de cristallographie

" Victimes du devoir "

Dans son allocution lors de la venue du président Lebrun, M. Caltaux a déclaré que 29 ingénieurs anciens élèves de Saint-Etienne étaient morts victimes du devoir professionnel : grisou, éboulements, feux, catastrophes diverses. Nous n'avons pourtant relevé "que" 26 noms gravés sur le monument aux morts de l'école.

Voici quelques noms (quand il y a deux annés, la première indique la promotion):
- Baron Xavier de Franclieu, 1882, contusion au crâne reçu dans la mine, Russie méridionale
- Charles Révoux, tué par un ouvrier insoumis, Pérou, 1901
- Albert Baup, mort à  son poste dans l'incendie du puits des Flaches, Saint-Etienne 1911
- Thomas Del Bocca, 1891, assassiné en cours de mission au Tonkin, 1912
- Auguste Rivoire, 1885, explosion de dynamite, houillères de Tourane, Annam 1891
- Jules Watrin, 1859, tué par l'émeute, grève de Decazeville, 1886

L'uniforme

Le règlement de 1817 prescrivait un frac bleu, croisé sur la poitrine avec boutons de métal jaune marqués des mots « école des Mineurs ». En 1831, les boutons portaient un coq gaulois en plus de l'inscription. A laquelle avait été ajoutée « Saint-Etienne ». Le port de l'épée, quoique non-autorisé, semble avoir été répandu parmi les élèves. Le règlement de 1890 indique que le pic et le marteau ont remplacé le coq. L'épée est désormais admise. Elle porte aussi pic et marteau sur la garde. Un képi en drap bleu-clair avec bande de velours sombre coiffait les élèves.

Maurice Bedoin, dans Le Patrimoine minier stéphanois (1981) écrit que l'élève « est en droit d'arborer un frac militaire bleu de roi avec retroussé bleu de ciel et passe-poil de même couleur. Collets de velours noirs, portant de chaque côté deux marteaux en sautoir, entourés de deux branches de lauriers brodés en or, deux lys en sautoir brodés en or, en bas de chacun des pans. Pantalon bleu de roi, avec passe-poil et deux bandes bleu-ciel. Chapeau à  cornes avec ganse en or à  six bouillons. Boutons d'or portant deux marteaux en sautoir. Quelle élégance ! »

La Légion d'honneur

Elle a été décernée à  l'école par le président Albert Lebrun lors de sa venue le 22 octobre 1933. Albert Lebrun qui fut lui-même ingénieur des mines à  Vesoul et à  Nancy. Avant la guerre de 14-18, la croix de la Légion d'honneur n'avait jamais été décernée qu'à  des personnes, à  des unités militaires ou à  des communes. Si les événements qui ont bouleversé tant de choses et fait éclore tant de marques d'héroïsme ont conduit, en ces derniers temps, à  modifier ces règles plus que centenaires, elles ne l'ont été du moins qu'avec une extrême parcimonie. C'est ainsi que quelques grandes écoles civiles, qui avaient fourni à  l'armée française, dans les réserves, de très nombreux officiers préparés par une instruction technique supérieure et leur haute culture générale à  devenir des chefs, ont pu être assimilées aux grandes écoles militaires, telles que Polytechnique et Saint-Cyr, et ont reçu à  leur tour la croix de guerre et la croix d'honneur. Ce sont : l'Ecole centrale des arts et manufactures, l'Ecole nationale des eaux et forêts, l'Ecole nationale supérieure des mines de Paris et l'Ecole nationale supérieure des mines de Saint-Etienne.

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Autre Monument commémoratif, dans l'Hôtel de l'Amicale des anciens élèves.
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La croix de guerre avait été remise à  l'Ecole nationale supérieure des mines de Saint-Etienne, le 8 juin 1926, par le maréchal Fayolle, avec la citation suivante : « L'Ecole nationale des mines de Saint-Etienne, grâce à  ses nobles traditions et à  l'instruction spéciale donnée à  ses élèves, a fourni, dans les réserves, principalement dans l'infanterie, une magnifique phalange de cadres, dont les brillantes qualités intellectuelles et morales et la conduite héroïque ont largement contribué à  assurer la victoire. »
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Avec ses 143 morts sur 468 mobilisés (soit 30 %), l'école de Saint-Etienne détient, parmi les écoles civiles, un douloureux record. Ses élèves ou anciens élèves ont réuni sur leurs poitrines : 14 médailles militaires ; 164 croix de chevaliers de la Légion d'honneur, 6 rosettes d'officiers, une cravate de commandeur de la Légion d'honneur et ils ont obtemi 658 citations à  l'ordre du jour. Le 21 octobre 1933, un décret, signé du ministre de la Guerre et du ministre des Travaux publics, donnait une double sanction à  la gloire militaire de l'école et au mérite civil de ses élèves en lui conférant la croix de la Légion d'honneur. Le déroulement de la cérémonie a été écrite dans une brochure commémorative anonyme. La cérémonie s'est déroulée à  trois heures de l'après-midi dans la grande cour d'honneur de l'Ecole. Les allées du cours Fauriel étaient noires de monde et l'enceinte même de l'Ecole remplie de près de 2.000 personnes. Sous le péristyle, face au public, une tribune surélevée était réservée au Président de la République et à  sa suite. En face d'elle, et contre la grille d'entrée, deux autres étaient réservées aux invités : notabilités, amis de l'Ecole, familles des anciens élèves et des élèves. Le passage ménagé au cortège présidentiel est maintenu par une double haie formée par les élèves de l'Ecole en grande tenue, l'épée au poing. A l'heure précise, le commandement Garde à  vous ! retentit, puis la sonnerie Aux Champs ! et La Marseillaise. Les élèves présentèrent l'épée. A leur groupe s'était joint un groupe important d'anciens élèves, officiers de réserve, tous en tenue. Le président Lebrun, suivi des personnalités de sa maison civile et militaire, de M. François Albert, ministre du travail, de M. Serre, ministre du commerce, de M. Miellet, ministre des pensions, de M. Paul Appel, sous-secrétaire d'Etat aux travaux publics, fut accueilli à  la porte principale par M. l'inspecteur général Caltaux, président du Conseil de l'Ecole, et M. l'ingénieur en chef Descombes, directeur. Après les discours, un élève de troisième année, M. Pointurier, portant le coussin sur lequel, le 8 juin 1926, le maréchal Favolle avait épinglé la croix de guerre, monta sur l'estrade, accompagné de deux anciens combattants, Doligez, officier de la Légion d'honneur, capitaine de chasseurs, et Olagnon, chevalier de la Légion d'honneur, capitaine du génie, tous deux sabre au clair. Le Président Lebrun épingla la croix d'honneur sur le coussin et les clairons sonnèrent « Fermez le ban. » Les croix furent présentées à  l'assistance. Pendant que l'Harmonie des mines de la Chazotte exécutait un pas redoublé, le président et sa suite, sous la conduite de M. Caltaux, de M. Descombes, de M. Deflassieux et des professeurs, parcourut rapidement les salles de l'Ecole : laboratoires, collections, amphithéâtres...



 

La décoration fut apposée au fronton du bâtiment en 2004. Sculptée par James Keller, elle fut inaugurée en présence du général Kelche.

Au cours de cette visite, il fut remis à  Albert Lebrun, comme souvenir de la journée, au nom de la Société amicale, un exemplaire des Mémoires de Boussingault, l'illustre "ancien" de l'Ecole de Saint-Etienne. Ce bel ouvrage, en cinq volumes, avait été tiré, sur la fin de la vie de Boussingault, à  300 exemplaires seulement ; il était à  l'époque devenu assez rare et plus encore aujourd'hui. Celui qui fut offert au Président, précise la brochure, a reçu une belle reliure classique en plein maroquin bleu et porte la dédicace imprimée au fer de la Société amicale. « A la nuit déjà  tombante, sur la façade de l'Ecole ressort mieux encore une grande croix de la Légion d'honneur, illuminée ; depuis le début de la cérémonie qu'elle symbolise, les portes sont alors ouvertes et de nombreuses personnes la visitent à  leur tour et en admirent la belle ordonnance, la richesse des collections et l'heureux aménagement des salles d'études et des laboratoires. »

« Faut-il parler d'élèves ? »

Ce même jour, un buste de Pierre Termier fut inauguré à  l'école. Membre de l'Académie des sciences, inspecteur général des mines, Termier s'était éteint trois ans plus tôt à  Grenoble. Directeur de la carte géologique de la France, il avait été professeur de physique, minéralogie et géologie à  Saint-Etienne (1885), où il se lia avec Urbain Le Verrier, fils du célèbre astronome, avant de gagner l'école de Paris. La région stéphanoise fut le berceau de ses études géologiques. La première étude publiée dans le bulletin du service de la carte géologique de la France concernait le massif cristallin du Mont Pilat. Il se distingua aussi lors de la catastrophe du puits de la Manufacture (6 décembre 1891). Son courage, son sang-froid et ses conseils firent l'admiration des sauveteurs de tous grades.

« On ne devrait avoir que des disciples. »
Pierre Termier

Pour en savoir + :
De l'école des mineurs à  l'école des Mines : histoire de l'école des Mines de Saint-Etienne au XIXe siècle, Pierre Baché, Montbrison, 2001
Cent cinquantenaire de l'Ecole nationale supérieure des Mines de Saint-Etienne, Saint-Etienne, 1967