Tuesday, July 07, 2020
Dans son ouvrage Une histoire de l'Education populaire (La Découverte, 2007) Jean-Marie Mignon définit ainsi la Ligue de l'Enseignement : " (...) une autorité morale dans l'univers des mouvements laïques. (...) une institution dont on peut dire qu'elle tient la place la plus efficace dans la médiation entre l'Etat et l'ensemble des oeuvres laiques complémentaires de l'école. Fédérant les associations périscolaires, les amicales laïques et les foyers culturels laïques, elle s'est organisée en autant de fédérations qu'il y a de départements..."

 

L'article 4 de ses statuts stipule qu' "elle a pour but, au service de l'idéal laïque, démocratique et républicain de contribuer au progrès de l'éducation sous toutes ses formes". Elle invite les hommes et les femmes à  s'associer pour débattre et agir afin de permettre, notamment, de "favoriser à  tous les niveaux politiques le développement d'une vie démocratique laïque, soucieuse de justice social et attachée à  la paix" et oeuvrer à  un " égal accès de tous à  l'éducation, à  la formation, à  la vie professionnelle, à  la culture, à  la communication, aux sports, aux vacances et aux loisirs..."

Il s'agit encore de "faire vivre la laïcité", qualifiée de "principe constitutionnel et valeur universelle", de garantir les libertés de conscience, de culte, de pensée et de combattre les inégalités et toutes les formes de discrimination. La Ligue revendique aujourd'hui environ 30 000 associations qui adhèrent à  102 fédérations, elles-mêmes regroupées dans des unions régionales et à  l'échelle nationale dans une Confédération.

 

Fondation

 

La Ligue (Française) de l'Enseignement a été fondée par Jean Macé, journaliste et enseignant, homme politique républicain et franc maçon. Elle est constituée et organisée en avril 1881 mais sa fondation remonte à  l'appel de Macé en 1866 dans lequel il invite à  le rejoindre " tous ceux qui conçoivent la Ligue future comme un terrain neutre, politiquement et religieusement parlant, et qui placent assez haut la question de l'enseignement populaire, dans le sens strict du mot, pour accepter de la servir toute seule sur ce terrain-là , abstraction faite du reste...". La formule d'adhésion est la suivante : " Les soussignés, désireux de contribuer personnellement au développement de l'instruction dans leur pays, déclarent adhérer au projet d'établissement en France d'une Ligue de l'Enseignement au sein même de laquelle il demeure entendu qu'on ne servira les intérêts particuliers d'aucune opinion religieuse ou politique."

 

La Ligue compte vers 1877, au moment où les Républicains vont revenir aux affaires, plus de 200 sociétés et associations de toutes sortes (cercles politiques, d'éducation populaire,...) regroupant plus de 30 000 adhérents (3500 sociétés en 1907). " La Ligue de l'Enseignement n'est [donc] pas née de l'école et les instituteurs au moment de sa création en sont totalement absents, écrit Geneviève Poujol dans Histoires et Pouvoirs (Editions ouvrières, 1981). Elle est née de la réunion d'éléments de la petite bourgeoisie qui veulent s'imposer politiquement, en promouvant l'instruction de tous." Parmi ces sociétés, il y a celles du sou des écoles laïques. On trouve mention de celles de Lyon et Saint-Etienne dans un ouvrage de Jean de Moussac (1880) dans lequel l'auteur écrit que leurs statuts se caractérisent "par une défiance, prudente peut-être, très accentuée certainement, vis à  vis du trésorier" auquel défense est faite de garder plus de 100 francs dans sa caisse, "l'excédant devant être déposé chaque jour, si c'est nécessaire, dans une maison de banque ou d'épargne".

 

C'est sous l'influence de ligueurs, Jules Ferry, Ferdinand Buisson, Paul Bert, René Goblet... que le Parlement vote le 16 Juin 1881 la loi Ferry sur la gratuité absolue de l'enseignement primaire dans les écoles publiques, et le 28 Mars 1882 la loi sur l'obligation de l'enseignement primaire, de six à  treize ans, et la laïcité de l'école publique en cela qu'elle supprime l'enseignement de la morale religieuse au profit d'une « instruction morale et civique ». C'est ce qu'on appelle aussi "la neutralité de l'enseignement". L'article 2 précise: " Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s'ils le désirent, à  leurs enfants, l'instruction religieuse, en dehors des édifices scolaires. L'enseignement religieux est facultatif dans les écoles privées."

 

Les Congrès de Saint-Etienne (1925-1926)

 

Dans les années 20, la Ligue se restructure. Le principe fédératif est introduit dans l'organisation. Elle prend alors le nom de « Confédération générale des OEuvres laïques scolaires, postscolaires, d'éducation et de solidarité sociale »

Dans L'Action laïque, la revue mensuelle des Oeuvres laïques de la Loire, numéro de mars 1956, publié à  la veille d'un Congrès national à  Saint-Etienne, le Rhonalpin Marius Bordel (1898-1974), vice-président de la Ligue, revient longuement sur le rôle joué par la Fédération de la Loire. Un premier Congrès avait eu lieu en novembre 1924 à  Valence. " M. Salzedo, devenu secrétaire général, fut informé par les délégués du Sud-Est - dont ceux de la Loire - que les fédérations départementales existantes attendaient une démocratisation de notre oeuvre et leur représentation au Conseil Général de la Ligue, Aéropage trop parisien."

La Ligue était en effet sortie désorganisée de la guerre de 14-18. Nathalie Sévilla explique: « Dès son premier congrès de l'après-guerre, en 1919, la Ligue annonce sa volonté de mobiliser nationalement ses sociétés et ses cercles. Très rapidement, il s'avère difficile de les rassembler. Avec la guerre, l'action régulière de ses associations a été fortement perturbée, voire suspendue, en raison de la mobilisation de la plupart de leurs membres. Un temps est nécessaire à  leur réorganisation. Les liens déjà  très lâches entre la Ligue et ses sociétés, configuration délibérément choisie à  la constitution du mouvement, se sont quasiment rompus. L'institution nationale se trouve ainsi réduite à  ses instances dirigeantes (le bureau national et le Cercle parisien) et à  ses quelques cercles provinciaux. C'est en marge du centre que ses sociétés se reconstituent et s'organisent en fédérations départementales autonomes, entre 1921 et 1924 (processus déjà  en cours à  la veille de 1914). Des relations ponctuelles restent cependant établies. Les premières fédérations manifestent très tôt leur opposition aux mesures prises par le gouvernement dit de Bloc national, jugées peu laà¯ques, et affichent clairement leur objectif : la défense laïque. Leur rattachement à  la Ligue perd en pertinence. Peu représentées dans ses organes décisionnels, elles dénoncent son adhésion prolongée à  l'Union sacrée, son modérantisme et son « parisianisme ».

 

> Dans la Loire, c'est en 1908 que fut déclarée au JO la "Fédération départementale des oeuvres post-scolaires et d'éducation sociale de la Loire", l'actuelle Ligue de l'Enseignement de la Loire, appellation prise en 2004.

 

Sept jours après Valence, les gens de la Loire, dont Louis Pibarot, MM. Cellier et Dubouchet, provoquèrent à  Lyon une réunion interdépartementale réunissant leurs collègues du Rhône, de l'Isère et de l'Ain. Il fut décidée la tenue d'un Congrès national à  Saint-Etienne et émis le souhait que les Oeuvres locales se fédèrent par département - pour se regrouper au sein d'une Fédération nationale, perçue par la Ligue comme une organisation potentiellement concurrente.

 

Louis Pibarot, La Région illustrée, 1931

 

En avril 1925, les débats furent âpres à  Saint-Etienne. Le sénateur SFIO de l'Isère Joseph Brenier plaida pour une modification des statuts de la Ligue. En hâte, Salzedo vint de Biarritz pour informer l'assistance que la Ligue, que présidait François Albert, était prête à  des transformation "démocratiques". "(...) la vieille institution n'a d'autre choix, pour maintenir son devenir, que d'accepter, souligne Nathalie Sévilla. Les fédérations seront désormais la force vive de la Ligue, tout en héritant d'un patrimoine moral et matériel incontestable. L'accord est entériné, en décembre 1925. Après l'échec de la politique laïque du Cartel et la création de la Fédération nationale catholique (FNC), le mouvement laïque ne pouvait se disperser, l'union des forces était impérative." A Paris en décembre, il fut décidé qu'il n'y aurait qu'une Fédération par département. La représentation des Fédérations est adoptée: un délégué par département au Conseil général comprenant en outre 45 membres élus en assemblée générale pour trois ans. Au sein de cette nouvelle organisation, les instituteurs allaient prendre une place prépondérante (voir lien en bas de page vers l'exposé de Nathalie Sévilla). Les instituteurs qui avaient créé leur syndicat national, le SNI, en 1920. Un autre Congrès est annoncé en mai 1926, encore à  Saint-Etienne. La Ligue rénovée compte alors 30 Fédérations départementales, d'après Bordel (?). Celle de la Loire avait souscrit 9000 cotisations à  la Ligue, se félicite-t-il. Antoine Durafour, Ministre du Travail dans le Gouvernement Briand et futur maire de Saint-Etienne, et le Ministre de l'Instruction, Lucien Lamoureux, assistèrent au Congrès de 1926. La Fédération de la Loire souhaita notamment le Reconnaissance d'Utilité publique de la Confédération (décrétée en mai 1930), la création d'un Bulletin national et d'une commission de propagande- on dit aujourd'hui un service de communication. En 1931, au moment du Cinquantenaire de l'Ecole laïque, Louis Pibarot était depuis devenu le Président de la Fédération départementale des Oeuvres laïques scolaires et postscolaires de la Loire. En 1925, il en était le Secrétaire général. Et en 1926 le Vice-président. Le président était alors Claude Grivolla. On lit une longue notice biographique dans un numéro de l'Action laïque de 1939, pour le dixième anniversaire de sa mort.

 

> Claude Grivolla

 

Né en 1868, d'abord élève de l'Ecole pratique de Saint-Chamond, il entre à  l'Ecole normale et exerce ensuite à  Estivareilles, Saint-Genest-Malifaux, La Talaudière, Saint-Chamond. A Saint-Etienne enfin, à  l'école de La Rivière où il devient directeur et le reste jusqu'à  sa mort. Il crée l'Amicale des Anciens Elèves de la Rivière, l'une des premières de Saint-Etienne, et, avec les Amicales laïque de Bizillon, Tardy, des Passementiers, le Patronage de Michelet qu'il fait construire et dont il prend la présidence. Il préside aussi l'Union Fédérale Stéphanoise des Patronages laïcs qui, en 1908, donne naissance à  la Fédération Départementale de la Loire. Il en est encore le président. La guerre disloqua les oeuvres. Le 29 juin 1921, à  Montrond, la Fédération reprend son essor. En 1924, il n'existe alors en France que neuf groupements départementaux répertoriés. En 1925, il tente de reconstituer l'Office Régional des Oeuvres laïques du Sud-Est. En 1931, M. Blanc (M. pour Monsieur, nous ne connaissons pas tous les prénoms) est le secrétaire général de la Fédération et M. Cellier le trésorier général. Adrien Testud est vice-président et Président de l'A.L. de Firminy (Amicale laà¯que); le docteur Michot est le président de l'Ufolep. Au niveau stéphanois, la Fédération est présidée par M.Chirat, ancien adjoint au maire. Secrétaire: M. Moine et Trésorier: M.Bory, également ancien adjoint au maire. M. Reboul est le directeur de l'Office du cinéma scolaire.

 

Les UFO

 

La première des sections spécialisées naît en 1929. C'est l'Union française des oeuvres laïques d'éducation physique (Ufolep). L'annuaire officiel des sports de Loire et Haute-Loire pour l'année 1958: " Groupant les sportifs des "Amicales" - et ils sont nombreux ! - l'Ufolep a un traité d'entente avec la plupart des grandes Fédérations nationales. Depuis 1929, l'Ufolep n'a cessé de se développer. Son Comité de la Loire est un des plus importants. Il se signale par de brillantes organisations et compte des équipes de valeur. Notons que Saint-Etienne est encore le siège du Comité régional du Lyonnais qui réunit la Loire, le Rhône et l'Ain. "

 

A cette époque, la FOL a son siège au 29 rue Léon Nautin. Le secrétaire général de l'Ufolep est Raymond Sommet. Il existe aussi un sous-comité du Roannais que préside Louis Rolle. Elle compte alors dix commissions sportives pour autant de disciplines (football, basket, tir et escrime, natation, tennis de table...) plus une Commission sportive scolaire. C'est l'Usep (l'Union sportive de l'enseignement primaire) créée en 1939, la filiale scolaire de l'Ufolep. En 1958, 70 sociétés sportives scolaires sont ainsi affiliées à  l'Ufolep. En 1961, l'influence de l'Usep grandit encore dans les établissements d'enseignement du 1er degré. Près de 2700 licenciés représentant 74 écoles ont participé aux rencontres sportives: 42 équipes engagées en basket, 17 en foot, 1730 coureurs de cross-country, près d'une centaine d'athlètes... De nouvelles activités sont créées: ping-pong et école de rugby. Dans un numéro de L'Action laïque, il est regretté cependant que trop d'établissements encore restent en dehors de la pratique sportive." L'extension du Lendit (mouvement d'ensemble et épreuves d'athlétisme), des rencontres de jeux simples, des écoles techniques (rugby,...) doit permettre à  tous les écoliers de goûter les joies du sport sain, ignorant le culte de la vedette, ne visant qu'à  l'épanouissement complet de l'homme de demain."

 

Entre-temps, d'autres sections ont vu le jour: l'Ufolea (Union française des oeuvres laïques d'éducation artistique) et l'Ufocel, renommée plus tard Ufoleis, Union française des oeuvres laïques pour l'éducation par l'image et le son. En 1962, 62 adhérents dans la Loire, soit 90 appareils de projection et... 20 téléviseurs. C'est aussi à  cette époque que sont créés l'Ufoval (colonies de vacances) et le Clap (Centre laïque d'aviation populaire). Se souvenir au passage du pasteur Comte, grande figure stéphanoise. Les Protestants ont joué, comme les maçons un rôle certain dans la lutte contre "l'empire de la catholicité française" (lire L'Education populaire, Histoires et Pouvoirs, déjà  cité). Le Pasteur Comte avait fondé dès 1913 la Fédération nationale des colonies de vacances et oeuvres de plein air, qui allait se fondre dans les réseaux laiques de l'Ufoval quand une autre structure, concurrente, la future Union Française des Colonies de Vacances, allait se développer à  proximité des réseaux catholiques (lire à  ce sujet Francis Lebon, Une politique de l'enfance: du patronage au centre de loisirs). Dans les années 30, en lien avec les Eclaireurs de France (créés en 1911 par un ligueur pour concurrencer les Scouts) la CGT, le Syndicat national des Instituteurs, la Fédération nationale des villes socialistes et l'Union des Villes et communes de France, est créé le Centre laïc des auberges de jeunesse. Suivra avec la CGT "Tourisme-Vacances pour tous". Nous sommes alors en plein Front Populaire. D'autres initiatives encore voient le jour.

 

> L'UFOVAL en 1961 - rapport moral

 

Dans la Loire une quinzaine d'oeuvres de colonies de vacances et de camps d'ados sont adhérents de l'Ufoval, soit une quarantaine de licences. C'est André Lachaud qui en le président. Sous son égide, près de 2000 enfants de Saint-Etienne sont partis en colonie de vacance (61 000 journées). 5000 enfants et adolescents à  l'échelle de la Loire et sans compter les enfants étrangers à  la région, accueillis dans les oeuvres ligériennes. Une quarantaine de jeunes gens ayant accompli un stage en vue d'un diplôme de moniteur ont bénéficié d'une bourse de 50 NF accordée par la Caisse d'Allocation Familiale "La Famille forézienne" (Saint-Etienne). Trois délégués de l'Ufoval de la Loire ont participé à  un stage "sérieux et fructueux qui en particulier a fixé nettement le rôle du délégué Ufoval départemental" comme "le représentant de l'idée laïque en fait de colonies et de camps de vacances" et un "conseiller averti" sur le plan technique.

 

A.Mounier (Archives Tardieu, image extraite du film d'André Picon consacré aux Fêtes de la Jeunesse - ATAP)

 

Retour en arrière: 1942

 

En octobre 1940, une loi avait créé "une association nationale et une fédération des oeuvres scolaires et postscolaires de l'enseignement public" avec affiliation obligatoire sous peine de dissolution. En juillet 1942, la Ligue est dissoute par le Gouvernement de Vichy qui favorise les mouvements de jeunesse catholiques et les organisations telles que les Compagnons de France et les Chantiers de jeunesse, écoles de cadres... Mais la parution au JO ne semble avoir eu lieu qu'en début d'année 1943. En mai 1942 avait été organisée à  Geoffroy-Guichard et à  l'Etivallière une Fête de la Jeunesse scolaire, doublée des Critériums nationaux et de grandes manifestations d'éducation générale. L'évènement, placé sous la présidence d'honneur du maire M. Guyot, le délégué régional à  la jeunesse, MM. Guichard, l'Inspecteur d'Académie et M. Pourtier, président de l'Union Départementale des Sociétés Sportives de la Loire, eut lieu les 23 et 24 mai, peu de temps après la réunion en zone sud d'un Conseil national de l'Ufolep destiné à  mettre en place des critériums nationaux d'éducation physique. La Loire y était représentée par Auguste Mounier, le nouveau secrétaire général de la Fédération des Oeuvres Départementales de l'Enseignement Publique. Tous les départements avaient renoncé à  organiser cette manifestation sauf Mounier qui décida de la faire à  Saint-Etienne en groupant autour de lui des instituteurs et professeurs de l'enseignement laïque.

Mouvement gymnique des filles (ATAP)

 

 

Dans son discours d'ouverture, l'Inspecteur d'Académie de l'époque, Henri Gossot épela le sigle Ufolep à  la tribune officielle, dans laquelle avaient pris place notamment les représentants des autorités: M. Gastal, commissaire du pouvoir et M. Suffren, commandant militaire du département. " Aux amis de l'enseignement public en général et de l'Ufolep, c'est à  dire de l'Union française des oeuvres laiques de l'Education physique en particulier... Nous avons même l'impression d'avoir beaucoup travaillé. Sur ces oeuvres, au lendemain de la catastrophe (la débâcle de 1940, ndlr), a soufflé le vent de la tempête et du désert. Nous avons senti le flot hostile du sable monter en dune à  notre assaut." On l'aura compris, le mot "laïc" n'était alors guère en odeur de sainteté. Il fut ensuite muté dans un autre département à  la rentrée 1942.
 

ATAP (il s'agirait ici de M.Gossot)

 

 

Le programme de la journée du 24 indique :

- Salut aux couleurs à  14h 15

-Mouvement d'ensemble (3000 petits stéphanois, 1500 garçon et 1500 filles)

-Ballets féminins (leçon d'éducation physique par les vétérans de Nice)

-Barres parallèles et barres fixes par l'équipe masculine

-Montage d'un camp scout et course de relais

-Folklore (Auvergne, Limousin)

-Simultanés

-Productions libres (cerceaux, danses...)

-Exhibitions de gym

-Folklore savoyard

-Arrivée d'un rallye cyclotouristique

-Pyramide monstre

-Descente des couleurs

 

Groupe folklorique à  Geoffroy-Guichard (ATAP)

 

A 20h30 au Vélodrome d'hiver eut lieu la grande fête de nuit avec du folklore limousin et provençal, des chants chorale, des productions artistiques... Les fêtes de la jeunesse revinrent après guerre toujours à  l'initiative de Mounier et l'Ufolep. Ensuite c'est le Comité des Activités Nouvelles qui s'en chargea. Ces Fêtes de la jeunesse feront l'objet d'une page spéciale sur FI.

 

1942: salut aux couleurs (ATAP)

 

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L'enseignement primaire dans la Loire en 1863/1881

 

On doit à  Emile Favre, dans un numéro spécial de La Région Illustrée, de connaître la manière dont les journaux de la Loire ont évoqué les textes et les débats parlementaires. Cette étude a été publiée en juin 1931, à  l'occasion du Cinquantenaire de l'Ecole laïque, marqué à  Saint-Etienne par d'imposantes fêtes. Il précise que des trois sénateurs de la Loire, Lucien Arbel et Jean-Baptiste Chavassieu ont constamment voté avec les Républicains alors que le Roannais Charles Cherpin "aux idées moins rigides, vota tantôt avec la droite, tantôt avec la gauche". Le Républicain de la Loire, par exemple, qualifia le Sénat de "citadelle de l'esprit jésuitique" et dans un article violent intitulé "Tout pour le catéchisme" il écrivait: "Ils sont 114, parfois 125, qui se croient des Monseigneurs, qui votent et légifèrent non pas pour le pays mais dans l'intérêt de l'Eglise." Il demandait plus loin: " Sont-ils citoyens de Rome, ou citoyens de France ?" Le Mémorial chanta victoire quand fut voté un temps un article qui ouvrait aux ministres du culte la porte de l'école. Cette question en particulier fut beaucoup débattue, sous diverses formes: pouvaient-ils y entrer tous les jours ? Seulement le dimanche ? Pour y donner l'instruction religieuse ? En se faisant suppléer par un délégué ? Le journal déchanta quand fut accentué en 1882 le caractère de laïcité. " L'immortalité de l'âme est pour eux une institution monarchique démodée, surannée..." déplorait-il. Autre question longuement débattue et commentée, le droit d'instruire ou de faire instruire son enfant chez soi. Ce qu'autorisera la loi du 28 mars 1882. Il s'agit bien d'une loi portant sur l'obligation de l'enseignement primaire, pas d'aller sur les bancs de l'école. Le Républicain de la Loire se moqua: " Donc, le Sénat a voté l'obligation de l'instruction tout en déclarant que chaque père de famille aurait le droit de mettre sur sa porte: Ici, il y a une école pour mon fils; et, plus bas: Défense d'entrer pour s'assurer si on lui enseigne l'alphabet ou l'art du pâturage des moutons, de la fabrication des clous ou autres instruments..."

 

Favre cite ce rapport de l'inspecteur général de l'enseignement, adressé au Ministre en 1881. L'Inspecteur s'exprime ainsi: " L'année dernière, j'avais éprouvé un sentiment pénible de surprise et de tristesse en me voyant forcé de classer ce beau département, remarquable à  la fois par ses produits agricoles et par sa prodigieuse activité industrielle, parmi les plus déshérités de France au point de vue de l'instruction primaire. Je viens de le parcourir à  nouveau et, si ma surprise a été grande, mes regrets sont restés les mêmes. Ce n'est pas dans un an que l'on peut transformer un état scolaire aussi fâcheux que celui que j'avais signalé et dont les causes multiples sont anciennes, profondes, tenaces." Favre avance des données chiffrées que pour l'heure on ne reproduit pas dans le détail. Ecrivons simplement qu'il y avait d'après lui en 1881, 837 écoles dans la Loire, dont 633 publiques. Et 204 libres (ou privées). A première vue, ce nombre nous semble vraiment très important, même en considérant les écoles de hameaux. Mais en remontant plus loin dans le temps, en consultant aux Archives Départementales les Statistiques de l'Instruction primaire pour l'année 1863, on relève quand même que sur 321 communes, 314 possèdent au moins une école publique de garçons ou mixte et que 18 en entretiennent plusieurs. Et 198 communes possèdent au moins une école publique de filles. Reste que 85 communes n'ont alors pas de moyens d'enseignement pour les filles. Et 209 écoles pour filles sont dirigées par des institutrices congréganistes.

 

Par école publique, on entend des écoles fondées ou entretenues par l'Etat, la commune... Une école privée émane d'une association ou de particuliers. Mais l'école pouvait être publique et son enseignement assuré par des maîtres et maîtresses appartenant à  des congrégations, autrement dit des religieux, Soeurs de Saint-Charles, Maristes, religieux de l'Enfant Jésus et autres congrégations de l'Enfance. Favre relève que sur les 633 écoles publiques en 1881, 375 étaient congréganistes. En ajoutant les écoles libres majoritairement catholiques, la balance penche nettement en faveur de ceux-ci. Favre regrette aussi le faible nombre d'instituteurs brevetés. C'est encore la loi du 16 juin 1881 qui remit de l'ordre en stipulant que "nul ne peut exercer les fonctions d'instituteur ou d'institutrice titulaire, d'instituteur-adjoint chargé d'une classe ou d'institutrice-adjointe chargée d'une classe, dans une école publique ou libre, sans être pourvu du brevet de capacité pour l'enseignement primaire". A cet effet, une loi de 1879, de Paul Bert, était venue renforcer celle des années 1830 instituant les écoles normales de garçons en obligeant tout département à  se pourvoir " d'une école normale d'instituteurs et d'une école normale d'institutrices, suffisantes pour assurer le recrutement de ses instituteurs communaux et de ses institutrices communales".

 

A noter encore que Saint-Etienne faisait exception avec un nombre d'écoles laïques plus important que le nombre des écoles non laïques. Elle avait même été en première ligne dès 1870 quand, profitant de la proclamation de la République, le Conseil municipal résolut de remplacer l'enseignement religieux par l'enseignement laïque en ne subventionnant plus le premier. 19 écoles furent ainsi laïcisées mais après la Commune, le Préfet fit appliquer les consignes en faveur du caractère distinctif religieux et pour une répartition égale des établissements. Toujours est il que la loi du 30 octobre 1886 promulgua que « dans les écoles publiques de tout ordre, l'enseignement est exclusivement confié à  un personnel laïque ». Enfin, dernière étape, la loi du 7 juillet 1904 interdit "l'enseignement de tout ordre et de toute nature" aux religieux. 2500 écoles doivent fermer en France. Emile Combes exulte. Il se vante d'avoir fait fermer, depuis 1902, 14 000 établissements d'enseignement. Les biens des congrégations sont mis sous séquestre. Toutefois, note Jean Sévilla dans son ouvrage Quand les catholiques étaient hors la loi, le gouvernement est confronté à  un phénomène qu'il n'avait pas prévu: la réouverture d'écoles primaires privées, théoriquement laïques, grâce aux religieux qui ont préféré la sécularisation à  l'exil. Soit en 1913, 7000 des 10 000 établissements rouverts, sur un total de 17 000 écoles congréganistes fermées depuis 1901. Dans son inventaire à  la Prévert, d'après les Archives Départementales et municipales et la presse régionale du XIXe siècle, Favre souligne encore qu'en 1881, 390 écoles seulement étaient installées dans des bâtiments communaux. Les autres l'étant dans des bâtiments loués ou empruntés. Et trois communes n'avaient pas d'école de garçons, 69 de plus de 500 habitants restaient encore sans écoles pour filles, etc. Et il n'y avait que 32 bibliothèques scolaires seulement sur tout l'arrondissement de Saint-Etienne.

 

> En 1931

 

50 ans après les lois Ferry, la tendance s'est nettement inversée. Il y a dans la Loire 1957 instituteurs exerçant dans les écoles élémentaires publiques, dont 1169 institutrices. Et dans le privé, 700 institutrices et 264 instituteurs. 32% seulement des écoliers du primaire sont désormais scolarisés dans les écoles congréganistes. Concernant les locaux, le Roannais est plutôt bon élève semble-t-il. Dans le Montbrisonnais, la montagne est à  la traîne. L'arrondissement de Saint-Etienne aussi où de nombreux travaux sont à  effectuer. Le cinquantenaire de l'Ecole laïque fut marqué à  Saint-Etienne par une grande manifestation. Huit photographies (photos Cadé) illustrent l'article de Favre. De grandes lettres ont été affichées sur la façade de la mairie au pied de laquelle un podium a été monté : "Vive l'Ecole laïque" proclament-elles. Les jeunes font des démonstrations gymniques. Les enfants des écoles donnent aussi un concert. Il y a foule. Une autre photographie nous montre un autobus fleuri transportant les enfants de la maternelle.

 

 

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