Monday, October 26, 2020
polcarpemsc.jpgCet article, reproduit ici intégralement, fut publié en 1934 dans La Région illustrée. Il est signé Jean Combe. Les notes qui le suivent sont d'ordre général. M. Patrick Berlier, sur une autre page, nous donne des renseignements plus précis
 
Une journée à  la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez en 1621

 
« Il n'€™est plus nuit et il n'est pas encore jour. Nul bruit, nulle rumeur ne décèlent la Chartreuse de Sainte-Croix. Tout à  coup, une timide lumière tremble et clignote dans le grand cloître. Devant chaque cellule, l'excitateur, frappant le sol avec sa lourde clef, réveille les dormeurs.

Le prieur, Dom Polycarpe de la Rivière, passe sa tunique blanche, se dirige vers son oratoire et récite Prime du jour et Tierce de la Sainte-Vierge. Il est six heures ! Le ciel devient diaphane. Un jour laiteux vient d'€™éclôre. Don Polycarpe de la Rivière fait sa toilette, met un peu d'€™ordre dans sa cellule et se dirige vers sa grande table encombrée de godets, de pinceaux et de livres. Rien ne l'€™oblige à  se hâter, la messe conventuelle n'€™aura lieu que dans trois quarts d'€™heure. Pour achever la page de son missel, il souligne le doux entrelacement d'€™une guirlande de feuillage, cerne d'€™un long trait d'€™or le manteau de la Vierge, pose son pinceau et contemple son oe“uvre. Il est ravi par la couleur d'€™aubergine mûrissante des vêtements de la Vierge et du jaune chrome dont il a peint la terre de Judée. Le petit godet d'or liquide, posé sur son bureau, prend soudain un éclat inaccoutumé. Le soleil qui émerge à  l'horizon, s'€™y reflète comme dans un miroir.
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La croix sur le globe ceinte de sept étoiles est l'emblème de l'ordre. Les étoiles symbolisent Bruno et ses compagnons fondateurs. La devise de l'ordre est " Tourne le monde, demeure la Croix ". En bas, les armes de Sainte-Croix. La croix indique l'origine merveilleuse de sa fondation. Plus haut, vue de Sainte-Croix au XVIIème siècle.
 
Dom Polycarpe de la Rivière délaisse ses travaux d'€™enluminure pour feuilleter une liasse de papiers. C'€™est le manuscrit de son prochain ouvrage, que doit imprimer, à  Lyon, Antoine Pilehotte. Il veut achever aujourd'€™hui « la dixième considération » de son Mystère sacré de notre rédemption. Il relit ce qu'€™il a précédemment confié au papier : Pilate, au rapport de Lyra, qui ne l'approuve non plus, que la chose me semble incroyable, est le nom propre de Pilate composé de celuy de sa mère qui se nommait Pila, et de son père, Ate, surnommé Ponce, à  cause de l'€™Isle Poncie où il fut envoyé par les Romains, né dans le Lyonnais, assez proche du mont qu'on nomme encore Pilate, montagne des plus hautes et plus froides de France, ayant d'€™un côté le Rhône qui coule sur ses racines et de l'€™autre la Chartreuse de Sainte-Croix, assise dans un vallon au pied d'icelle et fondée miraculeusement, l'an 1280, par Béatrix de la Tour (dame de grand mérite et vertu, issue du sang des Dauphins Viennois et épousée par Guillaume, seigneur de Roussillon et d'Annonay), à  l'€™occasion d'€™une belle croix, entourée d'infinies étoiles brillantes comme le jour, qui s'apparut à  elle la nuit par deux fois étant dans sa chambre en prière ; l'invitant par sa nouvelle et admirable splendeur à  fuir et la gidant et la conduisant visiblement, avec tout son train, jusqu'€™au lieu où l'on voit maintenant cette sainte demeure et où elle rencontra encore, par un autre miracle, un maître-maçon étranger venu, inspiré de Dieu, pour en jeter les premiers fondements.
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Mais la cloche égrène un appel, si persuasif et si pressant, que Dom Polycarpe prend le chemin de la chapelle. Le voici dans le choe“ur. Les Chartreux viennent s'€™incliner devant leur prieur€ ! La messe est dite. Chacun regagne sa cellule. Dom Polycarpe a décidé de se rendre aujourd'€™hui au domaine du Gier, à  Trèves, pour surveiller les travaux de la fenaison. Déjà , dans la première cour, le vieux Martin a sellé le beau petit mulet brun. Dom Polycarpe de la Rivière, qui fut page, au temps de sa jeunesse folle, à  la frivole cour de Marguerite de Valois, au château d'€™Usson en Velay, enfourche sa monture avec élégance et donne le signal du départ. Quatre convers, deux pères, Claude Bourgeois, procureur, et Denis Liquet, marchant à  pied, lui font une silencieuse escorte. L'€™énorme porte cloutée, que dominent deux grosses tours, grince sur ces gonds. Le tourier regarde un instant la petite troupe disparaître entre des haies capitonnées de brindilles de foin. Doucement bercé sur son petit mulet, Dom Polycarpe s'€™en va dans la paix des champs. Dans la chaude haleine du jour, vibre l'€™invisible et strident orchestre des sauterelles et des grillons. Il pense au temps où il était secrétaire de Claude François Pomini, maître de la chapelle de Marguerite de Valois. Il revoit le château d'€™Usson, où selon le père Hilarion de Coste « le soleil ne pouvait rentrer que par la force » et qui , par « sa triple enceinte, méprisait les assaillants ». La dernière fête d'€™Usson, si lointaine déjà  dans le temps, se fait proche dans sa mémoire.
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Les armes de Dom Polycarpe de la Rivière
 
Pierre de Bourdeilles, seigneur de Brantôme ; Anne d'€™Urfé, grand bailli du Forez ; Antoine d'€™Urfé ; Seguier, secrétaire de Marguerite de Valois, et François Salviati, son premier écuyer, sont réunis dans la grande salle du bas. M. de Bourdeilles, fort loquace, explique à  ses amis l'€™impression de majesté et de bonne grâce que fit Marguerite de Valois, le jour de Pâques, où elle parut à  la procession de Blois, vêtue d'€™une robe de drap d'€™or frisé ; « on l'€™eust plustot dicte déesse du ciel que reyne en terre ». Honoré d'€™Urfé rappelle qu'€™aux noces de Baines, à  Lyon, jamais on ne vit danser le branle de la torche et du flambeau de plus belle et grave façon que par cette princesse, qui maintenant « tient son royaume » parmi les rochers et les montagnes d'€™Auvergne ». Ils évoquent si fort la beauté et les succès de cette princesse qu'€™elle entre ! Robe ample et traînante en toile d'€™argent, corsage avec manches ballonnées et crevées de soie colombine, collerette montante qui auréole le visage, cheveux retenus par une coiffe de réseaux en rubans d'€™or, Marguerite, précédée de deux pages vêtus de pourpoints or et de hauts de chausses blancs, s'€™avance au milieu de ses demoiselles d'€™honneur. Son teint avivé par les poudres et l'€™eau de mauve, que lui procure Sybille Françoise de Clermont, femme de Jacques Crussol, duc d'Uzès, est merveilleux. Le temps ne laisse nulle trace sur la sérénité de son visage. François de Pomini groupe alors les petits chantres, qui font entendre aux hôtes de Marguerite de Valois la dernière chanson composée par cette princesse.
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A ces bois, ces prez, ces antres
Offrons les voeux, les pleurs, les sons,
La plume, les yeux, les chansons,
D’un poète, d'un amant, d'un chantre.
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Et chacun de louer l'€™auteur des vers et François de Pomini, auteur de la musique. Voici que Marguerite de Valois chante et s'accompagne avec un luth,, qu'€™elle touche de gentille façon. Pierre de Bourdeilles récite un quatrain dédié à  la belle princesse, qui « coule ses infortunées journées sans offenser personne, vivant en la vie tranquille qu'€™elle a choisie pour la meilleure ».
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Jamais rien de si beau Nature n'€™a pu faire
Que ceste grand princesse unique de la France
Et Fortune la veut totalement deffaire
Voyla comme le mal aveq' le bien ballance.
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Honoré d'€™Urfé donne lecture d'€™une description du Forez qui se trouvera en tête de son roman, L'€™Astrée :
"Auprès de l'ancienne ville de Lyon, du côté du soleil couchant, il est un pays nommé Forez, qui, en sa petitesse contient tou ce qui est de plus rare au reste des Gaules ; car étant divisé en plaines et en montagnes, les unes et les autres sont si fertiles et situées en air si tempéré que la terre y est capable de tout ce que peut désirer le laboureur. Au coe“ur du pays est le plus beau de la plaine, ceinte comme d'€™une forte muraille de monts assez voisins et arrosée du fleuve de la Loire qui, prenant sa source assez près de là , passe presque par le milieu, non point encore enflé et orgueilleux, mais doux et paisible !"
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Vieux vestibule de Sainte-Croix, dessin de L.-L. Michel
 
Dom Poycarpe cherche inutilement à  se souvenir de la suite de la description. La soirée s'€™achève par la lecture de La ruelle mal assortie, dialogue d'€™amour entre Marguerite de Valois et une bête de somme. Après avoir vanté les jouissances idéales de l'€™amour platonique, Marguerite, qui n'€™est pas arrivée à  convaincre son interlocuteur, fait bon marché de ses théories ! Comme le temps de ses vingt printemps semble loin à  Dom Polycarpe de la Rivière. C'€™est l'époque où il faisait son noviciat chez les jésuites. Il lui semble entendre les paroles affectueuses que lui prodigua Dom Bruno d'Affringues, Révérend Père Général, le jour où il fut reçu au monastère de la Grande Chartreuse.
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Une des fameuses et belles miséricordes de l'église
 
Sous l'€™ombre bienfaisante des luisants chataîgniers la troupe fait halte un instant. Dom Polycarpe et sa suite pénètrent dans le beau domaine de Trèves, que Béatrix de la Tour avait acquis d'€™Arthaud de Lavieu et qu'€™elle légua aux Chartreux lors de la fondation de Sainte-Croix. La cour est vide. La vie s'€™est retirée dans les champs. Tout un monde ailé et gloussant, un instant effrayé, se reprend bien vite à  barboter, glousser et picorer. Le vieux Martin attache le petit mulet brun. Denis Liquet, en sacristain ponctuel, se dépêche à  ouvrir la petite chapelle qui, dans la partie orientale des bâtiments, offre à  l'âme un refuge de prière et aux narines une odeur de moisissure. Comme on ne regagnera pas la Chartreuse avant midi, chacun récite intérieurement none « de beata ». Tandis que Sébastien de Pressac, dont la gourmandise n'€™est pas le moindre défaut, emplit un petit sac de poires Saint-Jean, si onctueuses et si fondantes, Dom Polycarpe de la Rivière et Dom Anthelme, accoudés à  la balustrade de la terrasse, admirent la verdoyante et sauvage vallée du Gier. Bien qu'€™en ce jour de spaciment il ait la la permission de parler, Dom Polycarpe se tait par habitude. Là -bas, dans la vallée, les tas de foin sont autant de taches grises, les blés verdissants ondulent en vagues pressées. Il bénit Dieu de la variété des paysages et des cultures qui s'€™offrent à  ses yeux. Le spectacle changeant de la nature lui rappelle cette parole de saint Paul : « La figure du monde passe ». Mais déjà  une frugale collation est disposée sur la grande table de la ferme. Chacun prend sa place, rend grâce au Seigneur, songe aux pauvres qui peinent pour gagner leur pain et récite comme à  l'€™ordinaire trois Ave Maria : le premier pour les bienfaiteurs du Couvent, le deuxième pour le prieur et le troisième pour ceux qui préparent le repas. Dom Polycarpe, après avoir donné des ordres et examiné l'€™état des récoltes, donne le signal du départ. La chaleur est lourde, Sainte-Croix est loin. Don Anthelme songe que l'on admette, demain, ce grand jeune homme aux cheveux couleur de blé moissonné, aux yeux couleur de ciel, à  prendre l'€™habit. Il voit déjà  chacune des phrases de cette simple et émouvante cérémonie.

Le postulant entre dans la salle du chapitre et répond avec fermeté aux questions du prieur. La délibération est achevée, on vote au scrutin secret avec des haricots blancs et noirs. Puisse la couleur blanche être favorable au postulant ! Voici que le maître des novices va chercher le nouveau frère et le ramène dans la salle du chapitre. Le prieur prononce une allocution et demande au postulant s'€™il croit avoir la force d'€™accomplir toutes les obligations de l'€™ordre des Chartreux. Le novice a répondu. Il s'€™approche de Dom Polycarpe, joint ses mains et s'€™agenouille ; ce dernier, tenant les mains du novice entre les siennes, l'associe à  l'€™ordre en disant : « Au nom de Dieu et de l'€™ordre, en mon nom et au nom de mes frères, je vous admets parmi nous ; je vous préviens que, jusqu'€™à  votre profession, vous êtes libres de vous retirer ; mais nous aussi, de notre part, nous pouvons vous congédier si (puisse la chose ne pas advenir) votre conduite nous déplaisait ».
L'€™admis vient de recevoir le baiser de paix de Dom Polycarpe, prieur, et chacun des moines lui donne à  son tour la sainte accolade. Le novice, les cheveux rasés , a passé sa robe de laine blanche et son manteau noir. Il se rend à  l'€™église. Tandis qu'€™il se prosterne au bas de l'€™autel, le choe“ur invoque l'Esprit-Saint. Mais Dom Polycarpe s'€™avance du côté de grand cloître, suivi de toute la communauté. Il tient par la main le novice et le conduit à  sa cellule. Il bénit la porte de la cellule, s'€™agenouille à  l'€™oratoire du nouveau frère et s'€™en va.
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La chartreuse en 1842
 
Sainte-Croix approche, les promeneurs de Trèves distinguent les clochetons élancés de l'€™église. L'entrée de la pieuse ruche ne doit pas être loin, puisque voici des frères qui reviennent de la grande promenade hebdomadaire. Avec leur large chapeau de paille, leur tunique blanche, leurs gros brodequins, leurs bouquets de reine des prés ou de digitale, ils ont l'€™air de pâtres sans troupeau. Dom Polycarpe n'€™interroge personne. Les fleurs lui indiquent plus sûrement que toutes les paroles, si le but de la promenade fut la montagne ou la vallée. Il sait bien que la reine des prés, à  l'€™amère senteur, vient de la vallée du Couzon, et que les tremblantes digitales, aux feuilles veloutées, ont été cueillies dans les monts du Pilat.

La phrase de L'Astrée, dont il a cru l'€™assemblage dissous dans un définitif oubli, vient de surgir des profondeurs de sa mémoire. Dom Polycarpe de la Rivière répète tout bas : Plusieurs autres ruisseaux, en divers lieux, vont baignant de leurs claires ondes, mais l'un des plus beaux est le Lignon qui, vagabond en son cours, aussi bien que douteux en sa source, va serpentant par cette plaine, depuis les hautes montagnes de Cervières et de Chalmazel jusquâ€™à  Feurs, où la Loire, le recevant et lui faisant perdre don nom propre, l’emporte pour tribut à  l'Océan.


Dès la première cour de la Chartreuse tout souvenir s'€™est évanoui.

Cinq heures. La lègère collation du soir est prête. Sous la grande croix qui orne le fond du réfectoire, Dom Polycarpe prend place à  sa table réservée. Le lecteur, dans sa chaire, attend, pour commencer l'€™homélie, que le prieur déplie sa serviette et donne le signal de départ. Chacun des pères, en silence, tête baissée, mange huit onces de pain, quelques fruits et boit, dans son gobelet, un peu de vin de Rive-de-Gier.

Six heures. L'€™examen de conscience est achevé, la lecture spirituelle est terminée et les complies du jour récitées. Dom Polycarpe va s'endormir, il murmure les paroles que Dom le Masson, dans son Directoire, recommande aux chartreux de dire avant de fermer les yeux : « O Seigneur ! je vais prendre ce repos de sommeil parce que vous le voulez ainsi. Je mets cependant mon âme entre vos saintes mains, et je vous offre toutes les louanges que les esprits bienheureux vous donneront pendant que je dormirai ».

Dans un ciel orangé, les martinets, à  grands cris, tracent de mouvantes arabesques. La nuit arrive lentement, portée sur les ailes de velours des chauves-souris.
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La fresque de la crucifixion
 
11 heures. L'excitateur glisse à  nouveau le long du cloître. Dans une juvénile allégresse Dom Polycarpe secoue les traces du premier sommeil. Il coule hors de son lit, allume une petite chandelle et songe à  la mort dont le sommeil était l'€™image. Maintenant qu'€™il est somplètement habillé il prie à  son oratoire, dit ses matines de la Sainte-Vierge, en songeant que Jésus est né à  minuit. Les cloches font entendre une liquide chanson. Les matines sonnent. Dom Polycarpe prend une petite lampe, ouvre sans bruit sa cellule et s'€™en va léger du côté de l'église. Toutes les lampes arrivent vers le choe“ur, elles se croisent, se rallient et s'éteignent. Les pères s'€™inclinent devant le Saint-Sacrement et le grand office nocturne commence. Debout, appuyés sur les miséricordes, si merveilleusement sculptées, les pères chantent les psaumes et bientôt découvrent la tête pour entonner le Te Deum. Dom Anthelme chante l'€™évangile du jour. Le hullulement lointain d'€™une chouette semble annoncer le glas de la nuit. Cette heure, entre les ténèbres et la lumière, est douce aux chartreux qui gagnent leur cellule.
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Dom Polycarpe de la Rivière récite prime de beata et s'€™endort. Il est trois heures. Dom Polycarpe rêve. La scène du calvaire, qui orne la salle du chapitre, s'€™anime soudain. Les anges, qui recueillent dans de petites coupes le sang jailli des blessures du Christ, voient la précieuse substance se coaguler. La Vierge, au spectacle des souffrances de son Fils, vient de défaillir ! C'est l'€™agonie. Dom Polycarpe murmure inconsciemment les paroles qui achèveront son Mystère de notre Rédemption.
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Dieu l'amour et la mort de mon Dieu ! Dieu, Jésus, Amour, la Vie de mon coe“ur.
Pourquoi : las ! si longuement
Souffré-je l'éloignement
De celuy seul que j'adore ?
Ma soif va toujours croissant
Je me fonds en languissant
Le verray je pas encore ?
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En ce lieu solitaire, même dans les ténèbres, toute pensée n'€™est qu'€™une marche vers la lumière. »
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Jean COMBE.
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NDFI:

Les détails historiques de cet article proviennent de La Chartreuse de Sainte-Croix, par A. Vacher ; Mémoires et Lettres de Marguerite de Valois ; Dames illustres, de Brantôme. Et les renseignements concernant la vie cartusienne sont extraits du livre d'€™Emile Baumann : Les Chartreux (collection des « Grands ordres monastiques », éditeur Bernard Grasset).
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 L'ordre des Chartreux est un ordre monastique contemplatif fondé en 1084 par Saint Bruno, originaire de Cologne. Accompagné de six compagnons, il se retira « au désert » dans les environs de Grenoble. La règle de l'€™ordre fut rédigée par Guigues en 1125. Elle met l'accent sur le silence de la cellule, la prière continuelle, le travail humble et pauvre, mais également la vie fraternelle et la prière liturgique en commun. Les Chartreux portent l'habit blanc.

En 1277, Béatrix de la Tour du Pin, veuve de Guillaume de Roussillon tué en croisade, a eu, d'après la tradition, une vision (évoquée par Jean Combe) concernant la construction d'une Chartreuse. Il semblerait qu'€™elle donna en réalité aux Chartreux une place forte qu'elle possédait sur le site actuel du village, à  la condition de pouvoir y finir ses jours. A sa mort en 1307, des lieux communautaires furent construits : église, petit cloître, salle capitulaire, réfectoire et cuisine, ermitages. Le monastère s'organisa sur les mêmes principes que les Chartreuses déjà existantes.Il abrita une communauté de pères et de frères jusqu'en 1792, date à  laquelle ceux-ci quittèrent définitivement les lieux.

Jean Combe évoque aussi, via les écrits de Dom Polycarpe, la tradition qui veut que Ponce Pilate soit décédé dans le Pilat et lui ait légué son nom. Les amateurs de légendes se souviendront que le pic des trois dents a été créé par Dieu à  son intention "en souvenir" du golgotha et de la Trinité !

Prime, tierce, sexte, none, vêpres, complies et matines sont les heures monastiques. La vie monaquale est bercée par les offices à  différentes heures du jour, du matin au soir.
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L'excitateur est le frère (en général un novice) chargé de réveiller ses compagnons, de sonner les cloches...

Marguerite de Valois, la reine Margot popularisée par Alexandre Dumas, fut reine de France, épouse d'€™Henri de Navarre, futur Henri IV. Exilée en Auvergne au château d'€™Usson (ne pas confondre avec Usson-en-Forez), pendant près d'€™une dizaine d'€™année elle s'entoura de musiciens et de lettrés. Parmi eux, le futur prieur de Sainte-Croix. Elle s'€™éteignit en 1615.
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