Thursday, April 02, 2020

Nous mettons ici en ligne quelques extraits du premier numéro du journal clandestin l'Espoir, de décembre 1941, journal fondé par Jean Nocher à  Saint-Etienne. Suit en intégralité le tract n°6 de l'Espoir diffusé en 1942.

Viennent ensuite quelques extraits d'un tract de la Résistance forézienne parodiant en 1941 une célèbre affiche de propagande du régime de Vichy et un avertissement de la Résistance de 1943.

Enfin quelques extraits du journal de la collaboration, le tristement célèbre "Je suis partout" qui s'attaque à  Nocher et une échange épistolaire entre Nocher et Paul Marion, responsable de l'information du Gouvernement de Vichy. Ceci fut publié avant, pendant et après l'arrestation de Nocher et son incarcération à  Lyon.

Quelques extraits du 1er numéro du journal L'Espoir publié clandestinement à  Saint-Etienne en décembre 1941

L' Espoir

Journal des Volontaires de la Liberté distribué dans les deux zones, à  la barbe des nazis allemands et de leurs complices français

Cette feuille qui nous arrive de loin, amis lecteurs et qui vous est transmise par des hommes libres et courageux, cette feuille est un message d'espoir !

Espoir en la délivrance prochaine. Espoir en l'écrasement de l'oppresseur. Espoir en la résurrection de la France et de la Liberté. Espoir en la quatrième République (la vraie!) qui naitra de votre souffrance et de votre ferveur.

(...)

Partout, constituez déjà  des groupes de Patriotes et de volontaires de la Liberté, serrez vous les coudes, passez vous les nouvelles, démoralisez l'adversaire, dressez la liste des traîtres, faites la liaison avec les groupes voisins, dans l'usine et les ateliers, dans les villes et les campagnes: préparez vous en un mot à  donner le coup de grâce à  l'oppresseur, à  l'heure de la lutte.

(...)

Qui que vous soyez, Camarades inconnus, sachez que vous n'êtes pas seuls, que dans l'ombre des prisons ou dans le dur combat de la lutte clandestine, des hommes (des vrais!) se forment en ce moment, enfin dignes du Peuple qui a fait la première grande République, la première grande Révolution.

Aidez les ! Aidez nous !

Aidez-vous!

ESPOIR ! Et surtout, COURAGE !

Répétez le!

_A Dijon, un régiment allemand sur le point de partir pour le front de l'Est s'est mutiné. Des soldats ont été fusillés en masse. Ceux là  au moins ne mourront pas en Russie.

_A Vichy, certains Kollaborateurs (dont Benoit-Méchin), pris de panique ont déjà  tenté de faire savoir aux Anglais que... mais chut ! Ca n'a pas pris !

On aura tout lu !

" Paris-Soir ose nous citer cet extrait du correspondant de guerre du Corriere della Sera sur le front russe qui écrit: " Malgré le froid sibérien il faut que nos avions partent ! Quand ils ne veulent pas partir, il faut que les mécaniciens allemands les réchauffent avec une bougie et au besoin avec leurs mains. " Nous qui ne sommes pas idiots, nous donnons aux mécanos d'Adolf et aux Macaronis, un bon tuyau pour ne pas se refroidir les main qu'ils réchauffent donc leurs 1200 chevaux avec leurs fesses !

Avis aux policiers honnêtes

Policiers honnêtes entre les mains de qui ce journal va tomber, nous vous demandons de le faire circuler parmi vous puisque vous êtes Français et que tous les Français sont d'accord avec nous. Mais, s'il vous plait, oubliez de le communiquer aux policiers " spéciaux " aux policiers amateurs de la bande à  Pucheu. Car ceux là , vous le savez ne sont pas des nôtres. Ils ne sont ni Français ni honnêtes. Ils vous " épureraient " au besoin ! Mais c'est vous qui bientôt les prendrez au collet. Merci d'avance !

Tract n°6 (en intégralité) du groupe " Espoir " publié en 1942 (nous avons essayé de respecter la mise en forme et la taille des caractères)

ESPOIR ! N°VI

STEPHANOIS! FOREZIENS! Le 14 juillet 1942 vous avez répondu en masse à  l'appel des mouvements de résistance: dans une atmosphère inoubliable, vous avez été près de 20.000* Patriotes à  crier votre volonté de chasser l'oppresseur allemand, de châtier les traîtres à  sa solde, et de faire renaître une France libre digne de son grand passé.

Pendant une heure trente vous avez tenu le pavé, et le gouvernement de Vichy a été impuissant à  vous empêcher de lui clamer votre mépris. Sous l'oeil souvent bienveillant de la police, vous avez crié: " Vive de Gaulle ! " à  bas Pétain ! Laval au poteau ! Le boche dehors ! La Légion en Allemagne la France aux Français ! Vive la Liberté ! Vive la 4ème République. Pour la première fois depuis 2 ans, vous avez pu enfin parler sans contrainte, lâcher ce que vous aviez sur le coeur, en dépit de la tyrannie qui vous étouffe !

Amis, c'est là  le signe que votre victoire est proche et qu'à  présent personne ne vous réduira en esclavage si vous continuez votre résistance. L'heure des règlements de compte n'est pas loin de sonner et les vendus marcheront bientôt vers la guillotine au son de la vraie Marseillaise, de celle de 1792, de celle de 1942 !

Ils le sentaient déjà , les 143 misérables légionnaires qui pâles et défaits, levaient la patte à  l'allemande sous la protection de la police d'état en casquettes nazies, dans un tonnerre de huées et de sifflements, tandis que le grotesque Beynet faisait le chef d'orchestre en glapissant un lamentable " Maréchal nous voilà  " couvert cent fois par de vibrantes " Marseillaises ". Mais combien étaient ils dans la rue, contre vous? 143 dégonflés contre 15.000 prêts à  tout: ça fait à  peine un centième de lâches par homme libre-la ration d'une journée. A l'heure H ces traîtres ne descendront pas leurs escaliers !

Qu'ils se le disent. Qu'ils crèvent déjà  de peur ! Les listes sont faites. Achevez les. Ils ont pour eux un quart de la police. Nous aussi ! Ils ont les armes stockées par Mario Guichard dans les fermes des environs... Nous ne serons pas non plus désarmés! Ils dénonceront, moucharderons au hasard. Pour un Patriote arrêté, il s'en lèvera cent, et la note à  la fin sera plus chère à  payer !

STEPHANOIS, SACHEZ QUE DANS TOUTES LES USINES, dans tous les bureaux, dans toutes les écoles, dans tous les quartiers, dans presque toutes les maisons, fut-ce dans l'antichambre du préfet Potut, il y a un volontaire de la Liberté qui veille et qui attend...

CHERCHEZ-LE, TROUVEZ-LE, JOIGNEZ VOUS A LUI ORGANISEZ VOUS par groupe de six, assurez votre liaison avec vos chefs responsables, avec autant de prudence que de dévouement. Que vos groupes prolifèrent partout.

Sur les quinze à  vingt mille manifestants du 14 juillet, il y avait plus de 3.000 volontaires de la Liberté: ils doivent être 10.000 à  la fin de ce mois! Songez à  ce que sera votre force si ces 10.000 sont organisés !

Groupez-vous! Unissez-vous! Organisez-vous!

COURAGE, ESPOIR

Vive la France. Vive la Liberté !

VIVE LA QUATRIEME REPUBLIQUE!

D...

Message: Les Forces Françaises

Que D' et ses amis prennent patience on ne les oublie pas

Le CC félicitent les brigades G.M.R.B.

Merci à : R10 D2 AR10 TE5

* Ici Nocher, le rédacteur du tract (sous son pseudo Dural) exagère un peu les chiffres de cette manifestation du 14 juillet 42, ndlr.

Extraits d'un tract stéphanois de 1941 parodiant une célèbre affiche de propagande vichyste

LE MARECHAL A DIT:

Je prends la responsabilité de la collaboration qui ne manquera pas d'apporter à  la France plus de bien-être au sein de l'ordre nouveau.

LE MARECHAL A FAIT:

Nos cochons vont en Allemagne, notre électricité en Italie, notre vin alimente les moteurs du Reich et notre beurre graisse le pont arrière des camions de la wehrmacht.

LE MARECHAL A DIT:

Je sauvegarderai l'Empire français qui ne cesse de manifester sa fidélité à  la Métropole.

LE MARECHAL A FAIT:

Vichy-Métropole a déjà  livré l'Indochine aux Japonais et Darlan s'apprête à  livrer Bizerte, Casablanca et même Toulon à  nos "alliés allemands".

LE MARECHAL A DIT:

Grâce aux sacrifices de ma politique les prisonniers reviendront.

LE MARECHAL A FAIT:

J'ai déjà  fait rapatrier d'Italie 1 officier et 148 hommes de troupe. Il en reste encore en Allemagne un million et demi. Patience...

LE MARECHAL A DIT:

Tous les Français seront désormais sous ma protection et je serai avec eux dans les jours de malheur.

LE MARECHAL A FAIT:

Les Patriotes français sont fusillés par fournées de 50 ou de 100, mais néanmoins je proclame que les Allemands sont " corrects " et du reste parmi les fusillés, il y a peut être tout de même quelques coupables de sabotage

Il n'y a plus de pain: Vive Pétain! Il n'y a plus de pommes de terre: Vive Hitler! Il n'y a plus d'oeufs: Vive Pucheu! Il n'y a plus de vin: Vive Benoit-Mechin! On vous prend pour des couillons: Vive la Légion!

Tract clandestin en forme de faire-part marquée d'une croix envoyé par les MUR à  partir de 1943 à  certaines personnes.

LA RESISTANCE FRANCAISE vous communique:

L'heure des règlements de compte approche. Vos sympathies garmanophiles sont connues. La IVème REPUBLIQUE ne vous oubliera pas si vous persistez dans votre attitude.

Les Mouvements Unis de la Résistance.

La presse de collaboration face à  Jean Nocher

Quelques extraits de Je suis Partout du 20 oct. 1942. C'est Robert Brasillach, rédacteur en chef, poète, intellectuel et romancier qui écrivit ces articles sur Jean Nocher, un des tout premiers résistants et son ancien camarade à  l'école de Normale Sup. Journal de la collaboration sans restriction, Je suis partout n'hésitait pas à  donner des adresses de résistants. C'est aussi dans ce journal que fut publié la terrible phrase de Brasillach: "Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder de petits!" Brasillach fut condamné à  mort et fusillé à  la Libération.

Quand Nocher travaillait encore à  La Tribune Républicaine

Le petit voyou antifasciste Jean Nocher continue, malgré nos avertissements à  collaborer à  La Tribune de Saint-Etienne. Il tient à  lui seul plusieurs rubriques assez brèves qui lui permettent de manifester quotidiennement son horreur de la Révolution Nationale et de la politique de Montoire.

" La barque du Nocher

Armes ! Saint-Etienne

Nos lecteurs ont pu s'étonner que nous soyons revenus avec tant d'insistance, depuis plusieurs mois, sur le cas de Jean Nocher et de la Tribune de Saint-Etienne. Pourquoi dépenser tant d'encre pour un aussi petit voyou, pour un aussi petit canard de province ? Les événements viennent de confirmer que nous n'avions pas tort d'attribuer quelque importance à  un scandale qui eût dû, en bonne équité, être réglé depuis longtemps. Ils confirment également que Jean Nocher (marié à  une Juive) n'est pas seulement un petit voyou antifasciste, mais un dangereux malfaiteur justiciable, seulement du peloton d'exécution.

Après son arrestation

Le protecteur du terrorisme. Déjà , au temps où il n'était pas encore convaincu d'appartenir à  un groupe de terroristes, mais à  une époque où son gaullisme ne faisait de doute pour personne, Jean Nocher, etc.

Nocher au poteau

Depuis quinze jours, Jean Nocher est en prison. Et voici dans quelles circonstances:

Des avions anglais ayant jeté sur la région de Saint-Etienne des armes parachutées, la police française procéda à  l'arrestation de quelques paysans qui enfouissaient lesdites armes. Sur l'un d'eux, on trouva un nom: celui de Jean Nocher. C'était une piste. Pour une fois, la police fut sans faiblesse. On perquisitionna au domicile du petit voyou: sa chambre était pleine de pistolets et de mitraillettes.

Le groupe " Espoir "

Au moment où la police transférait à  Lyon le misérable Jean Nocher, celui-ci tenta de s'enfuir. Il fit quelques centaines de mètres et fut rattrapé. Mais il n'a pas, pour cela, perdu l'espoir de rejoindre ses amis de Londres ou, plus simplement, de se réinstaller dans ses rubriques de la Tribune de Saint-Etienne. "

Ci-dessous, ce court article a été publié peu avant le procès Nocher par Emancipation nationale, organe du PPF.

L'Affaire Nocher

Pourquoi le cacher, l'affaire Nocher est grave, très grave même. Nous n'entraverons pas la marche de la justice par nos commentaires. Nous poserons seulement quelques questions. Comment nommer celui qui employa ce trublion, connaissant ses idées et ses agissements anti-nationaux? Comment nommer enfin tous ceux qui faisaient antichambre autour d'un fou chantant ? Il y a des complicités morales plus odieuses que les complicités matérielles, car elles ont plus dangereuses et plus lâches. Nous reparlerons longtemps et souvent des protecteurs de Nocher-la-Terreur.

Une lettre de Jean Nocher à  Paul Marion, Secrétaire général adjoint à  l'Information du gouvernement de Vichy (mai 1941)

Paul Marion, censeur de Vichy, avait écrit au directeur de La tribune républicaine de Saint-Etienne à  propos d'un de ses journalistes, Jean Nocher qui critiquait sans complaisance le gouvernement. Voici d'abord un extrait de cette lettre suivi de la réplique de Nocher:

" Jean Nocher, dans le numéro du 9 mai s'est attaché à  laisser transparaître, à  travers des phrases adroites, le thème du récent discours de M. Churchill: Hitler subira le sort de Napoléon.

(...) Je vous prie donc, de façon insistante de vouloir bien inviter M. Jean Nocher à  exercer son esprit sur des sujets plus anodins.

Par ailleurs, si ce que l'on affirme communément sur ses origines raciales de M. Nocher était exact, je vous serais reconnaissant de bien vouloir vous conformer aux dispositions de la loi du 3 octobre 1940 qui interdit formellement aux journaux d'employer des rédacteurs juifs..."

Réponse de l'intéressé:

Saint Etienne, le 11 Mai 1941

Monsieur le Secrétaire général adjoint,

Le Directeur de la Tribune me communique votre lettre du 9 Mai.

J'aurai l'honneur de déposé demain à  vos bureaux mes certificats de baptême et les trente-deux extraits de naissance afférents à  mon ascendance jusqu'à  la sixième génération inclusivement.

Pour simplifier les choses, je vous signale que mes grands-pères à  la troisième génération s'appellent: Charon, Augereau (le général n'était pas juif), Largeau (le général n'était pas juif), Richard, et mes grand' mères: Baranger, Bonnin, Chargeleygue et Couilbault (elle pourrait s'appeler Bellecouille: elle fait ce qu'elle peut).

Je vous signale par ailleurs qu'il n'est pas communément admis que je sois Israélite. Ce n'est même admis que dans des milieux relativement restreints qui sont ceux de Radio-Stuttgart. C'est en effet un certain Paul Ferdonnel, que vous connaissez mieux que moi, qui répandit ce faux bruit dans un livre intitulé: " La guerre juive ".

Je ne pensais, pas monsieur, que vous oseriez le prendre comme témoin de moralité.

Je vous prie d'agréer mes civilités.

Jean Nocher

P.S, -Il n'a jamais été dans mes intentions de comparer M. Hitler à  M. Napoléon.