Thursday, September 24, 2020
Des aviateurs français ont combattu dès juillet 1940 contre la Luftwaffe et le Reich allemand au sein des squadrons et des flight britanniques. Mais c'est véritablement courant 1941 que les Forces Aériennes de la France Libre prirent leur envol.

Avec la constitution de ses premiers groupes de chasse et groupes de bombardements portant des noms de provinces françaises, les appareils marquées de la Croix de Lorraine ont combattu au Tchad, en Europe, au Gabon et en URSS. Les groupes de chasse et de bombardement, Alsace, Lorraine, Ile-de-France, Cigognes, Berry, Normandie-Niemen ! au total ont abattu 344 avions ennemis, en ont endommagé 97 et ont causé des pertes de matériels considérables. Certains de ces hommes ont inscrit leur nom dans la grand geste de l'histoire militaire française, à  une époque où, il faut bien le dire, le coq gaulois ne volait pas haut: Clostermann bien sûr, l'as français le plus titré de la seconde guerre mondiale (33 victoires), Jacques André, Marcel Lefèvre, Roland de La Poype et Marcel Albert, les quatre héros de l'Union Soviétique.

Et parmi la centaine d'aviateurs de la Liberté victimes de leur devoir, quatre Stéphanois auxquels nous rendons ici un modeste hommage, grâce une fois de plus, à  la bienveillance d'une « vieille tige », M. Mathevet. Merci aussi à  MM. Jacques Ghémard (francaislibres.net) et Marc Fineltin (memoresist.org).
Raymond Gaudard alias Saint Rémy est né le 21 janvier 1917 à  Saint-Etienne. Il s'engagea en 1935 dans la 11ème escadre aérienne de Metz avant d'intégrer, toujours dans la cité lorraine, la 38ème escadre de bombardement. Après un passage au centre école de Rochefort, il fut affecté en 1937 en Tunisie au groupe aérien d'observation 856, puis à  Bizerte où il servit comme mécanicien avion breveté supérieur. Nommé sergent, il rejoignit l'école de pilotage d'Alger-Maison Blanche en janvier 1940. Le 29 juin 1940, il s'envola pour Gibraltar à  bord du Caudron Goéland « Ville de Mascara » avec les sergents André Noël, pilote, et Emile Duffranc, moniteur pilote de transport public. Il intégra les FAFL en Angleterre le 20 juillet 1940, et demanda immédiatement à  devenir pilote pour combattre contre l'Occupant. Après sa formation, il fut affecté au Squadron 154 le 11 novembre 1941, et ultérieurement, au Squadron 601, puis au 610. En juin 1942, Raymond Gaudard fut nommé aspirant et le 19 août il participa aux opérations aériennes sur Dieppe. Il trouva la mort dans un accident aérien sur la base de Ludham en Angleterre le 2 septembre 1942.
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Lucien Montet, dit Christian Martell (photo ci-dessus, extraite de la Revue "Mémoire des Français libres") est né le 14 mars 1914 à  Saint-Etienne. Fils d'industriel, il s'engagea dans l'Armée de l'Air en 1936 et devint pilote de chasse et moniteur de voltige à  l'Ecole de chasse de Romilly puis à  l'Ecole de l'air de Salon. Affecté au Groupe II/5 en 1940, c'est au Maroc qu'il entendit l'appel du Général de Gaulle. Arrêté en tentant de rejoindre le rocher de Gibraltar, il fut emprisonné en France et entra dans la clandestinité en 1941 dès que sa libération fut prononcée. Il rejoignit les FAFL en Angleterre en avril 1942. Parachuté en France, il y organisa plusieurs réseaux de renseignements dont celui connu sous le nom de code « Brandy ». Commandant de l'escadrille « Strasbourg » au groupe de chasse « Alsace », il remporta sa première victoire en mai 43 puis réalisa deux doublés en juillet et septembre. Sa plus célèbre victoire fut d'avoir défait l'as allemand Von Graff.
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Voici en quels termes, Gérard Savary dans une publication de 1946 a évoqué ce duel en plein ciel resté célèbre. A noter qu'il donne à  l'as allemand le nom de Von Craft : "Or, le 27 juillet, le groupe*, effectuant une sortie sur la France, rencontre la célèbre escadrille allemande Richtoffen au-dessus de Tricquerville. Von Craft, l'as aux 200 victoires, la commande. Et tandis que la bataille générale se déroule, voici que s'engage un combat entre le capitaine Martell et ce redoutable adversaire. Ce sont deux très fins pilotes et l'issue du combat reste longtemps douteuse. Spit et Focke Wulf évoluent avec précision... Soudain le Focke Wulf hésite, il flambe..., il s'abat. L'invincible Von Craft n'est plus! Quelques minutes après, Martell engage un second ennemi. Et c'est une nouvelle victoire qui vient s'ajouter au palmarès de ce grand pilote."
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* Groupe de chasse « Ile de France ».
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Début 44, il fut nommé commandant de l'OTU d'Ouston (Operationnal Training Unit). Martell fut tué lors d'un exercice aérien à  Ouston, le 31 août 1945. As de guerre avec 7 victoires homologuées, six autres probables et près de 2 000 heures de vol dont 350 de vol de guerre et 151 missions offensives à  son actif, Martel a été fait Compagnon de la Libération. Il fut aussi décoré des plus hautes distinctions anglaises et américaines. L'école de chasse de l'Armée de l'Air et la promotion 1970 de l'Ecole militaire de l'Air portent son nom de résistant. Il repose à  Paris, au cimetière du Père Lachaise.
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Charles Pougin de la Maisonneuve était également natif de notre cité (le 9 mai 1914). Engagé volontaire pour six ans au titre de l'Ecole militaire de Saint Cyr en 1934, il servit à  l'Ecole d'application de l'Artillerie de 1936 à  1938. Il fut affecté au 1er régiment de spahis algériens à  Laghouat, puis détaché en janvier 1940 à  Rabat, en stage d'observateur en avion. Le 3 juillet 1940, il embarquait sur un petit transporteur britannique, venu à  Rabat pour évacuer des Polonais vers Gibraltar. De là , il fit route vers l'Angleterre sur le Capo Olmo. Dès son arrivée à  Londres, le Lieutenant Pougin de la Maisonneuve rallia les FAFL en tant qu'observateur. Volontaire pour servir en Afrique, il fut affecté à  l'escadrille « Topic » en août 1941, puis en décembre au groupe de bombardement n°1. C'est lors d'une mission sur la route de Tobrouk à  Gazala que son Bristol Blenheim fut abattu en flammes. Malgré ses terribles brûlures, l'adjudant pilote Jabin réussit à  se poser dans le désert où l'équipage fut fait prisonnier. Le lieutenant Pougin de la Maisonneuve, chef de bord/observateur, et Jabin furent alors conduits dans un hôpital de campagne où Pougin de la Maisonneuve succomba à  ses blessures le 30 novembre 1941. Il fut inhumé à  Tobrouk, en Libye, dans le cimetière allemand. Sa sépulture n'a jamais été retrouvée. Transporté en Italie par avion, Jabin fut admirablement soigné et dès que sa convalescence le lui permit il s'évada et rejoignit la résistance italienne.

Jean-Louis Reynaud, un autre Stéphanois, né le 31 octobre 1913, était observateur sur Glenn Martin au Groupe de bombardement 1/62. C'est avec le grade d'adjudant qu'il fut envoyé en renfort de Dakar à  Libreville, lors de la campagne du Gabon. Le 25 octobre 1940, il fut blessé lors d'un combat mémorable contre un Potez 25 des FAFL, piloté par son compatriote le caporal Ruamps, avec le sous-lieutenant de réserve Guigonis comme observateur. Reynaud rejoignit le camp de la France Libre à  la fin de la campagne du Gabon. Affecté sur Avro Anson à  la base aérienne 173 de Pointe Noiren au groupe de reconnaissance maritime « Artois », il fut promu adjudant chef. Lors d'un exercice de largage de charges de profondeur, l'Avro Anson n°EG 359 du Groupe Arotis fut détruit par l'explosion prématurée de l'une de ces armes. L'avion tomba en mer, 20 km au large de Pointe Noire. C'était le 4 novembre 1943 et il n'y eut qu'un seul survivant. Pas l'adjudant chef Jean-Louis Reynaud, « Mort pour la France » en service aérien commandé et dont les eaux ont gardé la dépouille.
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IN MEMORIAM