Wednesday, June 03, 2020
Notre après-midi commence à  l'ancienne ferme du fameux petit séminaire de Verrières. Pour ceux qui auraient raté les cours, Verrières a bénéficié d'un séminaire, petit en taille mais non en importance, de 1804 à  1906.


C'est l'abbé Pierre Périer, curé du village, qui l'initie avec la création d'une école presbytérale. Difficile pourtant de définir à  l'époque cette petite installation comme un séminaire. Antoinette Montet est le second grand personnage de cette petite histoire. Cette béate de Gumières lègue ses biens au même abbé afin de développer l'école. En faisant fi de quelques péripéties, les premiers bâtiments sont construits en 1816 en remployant des matériaux du vieux "château" de Soleillant. Se situant à  au-dessus de l'intersection entre les routes de Verrières, de Montbrison et de Saint-Anthème, celui-ci avait accueilli le séminaire les années précédentes. Y passèrent en 1812 Marcellin Champagnat et Jean-Marie Vianney (le futur curé d'Ars), deux saints de l'Eglise catholique.

En 1825, la voûte de la chapelle nouvellement construite s'écroule. Manquant d'informations, on peut supposer qu'elle est  réparée peu de temps après, ou que l'église du village remplit la fonction du culte pour les étudiants et prêtres de l'école.

Trois ans plus tard, l'ancienne école est officialisée en tant que petit séminaire avec plus de trois cents élèves.

Un incendie en 1846 le dévaste en grande partie. Il est  reconstruit au même emplacement  de 1847 à  1855, sur un modèle bien ordonné tout en étant plus vaste. D'autres parties sont finalisées plus tard. Ce nouveau collège, qui dura jusqu'en 1906, s'organise alors en forme de u, offrant une cour intérieure ouverte au "levant". Se détachant à  l'ouest, une chapelle d'une relative grandeur est construite et ouverte en 1856. " Sans style bien déterminé " (Joseph Barou), le clocher est surmonté d'une petite coupole carrée.


Le petit séminaire poursuit son chemin, avec toutefois une baisse de ses effectifs les dernières années. La grande catastrophe arrive évidemment avec la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui scelle son sort. Il ferme dans la douleur et la résignation à  la mi-décembre 1906. Les élèves et quelques-uns de leurs maîtres arrivent à  l'institution Victor de Laprade de Montbrison.

Les bâtiments cèdent peu à  peu, sont vendus, pillés pour leurs matériaux. En 1916, il n'en reste que des ruines. La chapelle subit de gros dégâts comme nous le verrons plus loin. Ces bâtiments, hormis la chapelle, seront rebâtis bien plus tard pour connaître l'utilisation qu'on en connaît aujourd'hui, à  savoir un lycée hôtelier et des logements pour la colonie.

L'ancienne ferme du séminaire, qui se situe au dos à  l'est de ce dernier, autour de l'ancienne chapelle, bénéficie d'une fiche sur le site du patrimoine de la région Rhône-Alpes (cf bibliographie), avec une petite description de son architecture. Pour résumer, on dira qu'outre les logis du côté sud, elle est composée d'une écurie et d'un poulailler au rez-de-chaussée, de la grange au-dessus, à  laquelle on accède depuis une rampe. Un arc est disposé en dessous de la rampe pour accéder au poulailler depuis la cour. C'est la forme traditionnelle des fermes des monts du Forez de cette époque. Un chappi lie les logis et le gros de la ferme, la porcherie est en retrait. Les bâtiments sont pour une partie construits au début du XIXe siècle (mais le cadastre napoléonien de 1809 n'en fait pas encore mention) le long de la rue d'entrée nord du bourg.


La ferme a servi pendant tout ce siècle pour le séminaire, abritant également une boulangerie, d'après Jean-Pierre Guillet, ancien élève né en 1870.


L'ensemble de la parcelle, comprenant aussi l'ancienne chapelle, semble avoir été acheté par un certain Jean-Joseph Chassagneux au moment de la mise aux enchères des domaines du petit séminaire. Il la vend en 1916 à  Jean-Claude Faure, un habitant du bourg, agriculteur, déjà  mentionné comme exploitant de la ferme avant son achat. Celui-ci, pour 12.000 francs, comprend approximativement 30 ares (3000 mètres carrés).

Depuis la cour, on bénéficie donc d'une vue peu commune sur son ancienne chapelle, en partie écroulée au début du siècle dernier et dont il ne reste qu'une partie des murs.

C'est au hameau de Péragut, non loin de la route de Chazelles-sur-Lavieu, que nous débutons véritablement notre partie de chasse — je n'ai pas  précisé que c'était en fait le but de notre petite virée.  Ce hameau est déjà  cité au XIIIe siècle (Chartes du Forez, cf bibliographie). Le cadastre napoléonien de 1809 indique déjà  de nombreux bâtiments, montrant bien que celui-ci, malgré ces deux siècles passés, n'a que peu varié en termes de grandeur. Un bâtiment fait figure de proue pour témoigner de son passé. Le bâtiment au second plan semble être, pour les spécialistes de la région Rhône-Alpes, en partie constitué d'éléments du XVIe siècle. L'analyse est difficile à  faire, car de nombreux rajouts et modifications ont été effectués. Les ouvertures comblées ou non se succèdent toutes dans un style différent et sans grande ordonnance. On vous renvoie à  la fiche le concernant en bibliographie pour plus de détails d'experts.


Au bord de la petite route à  droite, une petite croix a été érigée. Les mêmes experts indiquent que sa tablette pourrait dater du XVIIIe siècle, et le reste du XIXe. La date de sa dernière rénovation, pas toute jeune, a été inscrite : 1955.

Le chemin se poursuit en direction des Poizats, où la vue est plaisante en ces jours d'automne. On aperçoit le hameau de Vanel au centre, de l'autre côté du vallon du ruisseau de la Curraize. Plus difficile à  voir, le bourg de Chazelles-sur-Lavieu est bien au-dessus, avec son clocher.

Montant en direction du hameau de Phialet, on distingue facilement quelques anciens chemins emmurés, tombés depuis quelques temps dans l'oubli. L'exode rural, la réorganisation des terres, sinon  la mécanisation, auront eu raison de ces vieux chemins étroits que la nature reconquit lentement.

On effectue une boucle, traversant la route de Chazelles pour remonter ensuite sur La Côte, hameau situé le long de la route. Un ensemble de bâtiments semble intéressant, datés en partie du XVIe siècle. A droite derrière la route, une Madone a été érigée en 1871 par un prêtre nommé Griot. Il y est écrit : "Notre Dame de Verrières. Erigée par M. Griot. Prêtre. 1871." Au détour d'un pré, un petit tombereau attend patiemment son prochain chargement.


Et notre tableau de chasse finalement ? Eh bien, il affiche un score vierge. Le gibier levé aura pourtant été conséquent : cinq faisans, une perdrix, un lièvre et un chevreuil qui aura même attiré un temps des border collie, brisant fidélité à  leur troupeau de moutons.

Bibliographie :

Joseph Barou, Le petit séminaire de Verrières
http://forezhistoire.free.fr/verrieres.html

Fiche sur l'ancienne ferme du séminaire, de l'Inventaire du patrimoine par la région Rhône-Alpes (2005)

Fiche sur la vieille ferme du XVIe siècle de Péragut, de l'Inventaire du patrimoine par la région Rhône-Alpes (2005)

Fiche sur la Madone de la Côte
, de l'Inventaire du patrimoine par la région Rhône-Alpes (2005)