Saturday, December 05, 2020

Le logo de la commune représente, dans une barre à  roue de bateau, l'église Saint-Irénée bordée par le canal de Roanne à  Digoin. Nous sommes à  Briennon, chez les marins d'eau douce du pays de Charlieu.

L'église date, pour sa partie la plus ancienne, du XIe siècle. Construite en calcaire blond, elle se distingue par un rare clocher choeur (qui s'élève au dessus du choeur). Sa toiture en tuiles vernissées rappelle la proximité de la Bourgogne. Avant d'entrer dans l'église, on remarquera dans le mur de la maison voisine un petit ensemble de sculptures très ancien qui représente trois personnages et, en dessous, un oiseau. Il s'agirait, d'après ce que nous lisons dans l'église, d'une représentation des quatre évangélistes, l'aigle symbolisant Jean. Ce serait un vestige de l'ancien autel.

 


 

La nef et les collatéraux datent du XIXe siècle. La chaire, de style Baussan a été sculptée par un Picaud, de Roanne (lequel ?). Le retable de l'autel de la Vierge est du XVIIe siècle. On remarquera surtout les dix chapiteaux romans sous le clocher et dans l'abside. Un d'entre eux montre Judas, identifié comme tel car la tête représentée tire la langue (allusion à  la pendaison), et un autre, un acrobate.

 


Chapiteaux: Judas, l'acrobate et un animal fantastique

 

A deux pas de l'église et du centre de Briennon se trouvent le port de plaisance, situé à  l'emplacement de l'ancien port de commerce, et le parc des canaux avec la Dhuys. Le parc des canaux est un parc récréatif. Ouvert en 2001, il propose des jeux pour enfants et des activités sur le thème de la batellerie (location de maquette radiocommandées qu'on fait naviguer sur un petit plan d'eau). La Dhuys est une vraie péniche de type "Freycinet" de près de 39 mètres de long, construite en 1959 et dont l'intérieur a été reconstitué. On peut visiter la timonerie, la cale, etc. Elle a été achetée en 1992 par l'Association Briennon Canal et Traditions et la commune pour être installée hors de l'eau en bordure de canal. Elle s'appelle La Dhuys car le couple qui la possédait avait eu précédemment un autre bateau qui coula dans la Marne, après une collision avec une autre péniche à  la passerelle de la Dhuys.

 

 

La péniche et la grue

 

Après cette brève escale, nous prenons la direction de La Bénisson-Dieu en empruntant le chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

 

En quittant Briennon, on passe devant le cimetière. Une plaque noire sur une tombe attire l'attention. " Ici repose l'Abbé Jean Faveyrial, âme noble qui, au péril de sa vie, a caché et sauvé, de 1940 à  1944, les six membres de la famille Kalcheim, Juifs français fuyant les nazis. Que soit ici gravé le souvenir de son action humaine et de la charité dont il a fait preuve au temps où le ciel de France était chargé de nuages noirs."

Suit un verset des Psaumes (chapitre 22): " Je proclamerai ton nom devant mes frères. Au milieu de l'assemblée, je te louerai." Nous sommes maintenant sur un tronçon du chemin de Cluny au Puy où les pèlerins prennent la via podiensis, l'une des quatre routes majeures vers Santiago. Il faut compter une heure environ pour rejoindre La Bénisson depuis Briennon. L'itinéraire est parfaitement balisé grâce à  l'Association des Amis de Saint-Jacques. On aperçoit soudain, entre les feuillages, une flèche qui brille.Le pays de Charlieu est à  la croisée des chemins entre la Grande Voie Française (Paris-Lyon) et la route du Beaujolais au Forez. Entre Charlieu et la Galice, le trajet fait environ 1750 km.

" Ce n'est pas sans émotion, que pèlerin d'un jour ou du voyage, croyant ou simple marcheur à  la recherche de soi, on foule ces chemins immémoriaux alors que se dessinent les vestiges de l'abbaye de La Bénisson-Dieu."

 


 

" Frères, bénissons Dieu", se serait exclamé saint Bernard, ébloui, en voyant la vallée de la Teysonne. En fait, le nom primitif de l'abbaye était "Notre-Dame de la Bénédiction de Dieu". Abbaye cistercienne donc, 30e fille de Clairvaux, elle fut fondée par Albéric, un compagnon de saint Bernard, arrivé ici avec d'autres moines le 29 septembre 1138, jour de la Saint-Michel. L'église actuelle, à  l'architecture pure et dépouillée, marque la transition entre les arts roman et gothique. Avec les bâtiments conventuels qui l'accompagnaient, elle fut édifiée à  la fin du XIIe, début XIIIe, grâce notamment aux libéralités des comtes de Forez et vicomtes de Mâcon. Le clocher (51 mètres de haut dont 13 mètres de flèche) et la toiture en tuiles polychromes vernissées datent de la fin du XVe siècle.

 


 


Vue de la nef, longue de 45 mètres

 

Pierre tombale à  l'effigie de Jean II, abbé du lieu au XIVe siècle. D'autres rappellent le souvenir d'Alice de Suilly (décédée en 1225), épouse de Gui III de Forez, ou encore le chevalier Humbert de Lespinasse (décédé en 1324), représenté avec son épouse.

 

Sainte Anne et sa fille Marie portant l'Enfant (sculpture de la fin du XVe siècle). Un autel, une sculpture de Saint Sébastien, une piscine et le fragment d'une Trinité notamment sont datés aussi du XVe siècle. A voir aussi la chapelle dite de la Vierge de Nérestang, du nom de la famille qui la fit bâtir et dont une fille fut abbesse. Cette histoire a été racontée dans un précédent article, publié en 2012 (LIRE). La chapelle est de style baroque. La statue de la Vierge qui s'y trouve vient de Gênes (1637). On remarquera en particulier les grilles en bois derrière lesquelles les religieuses assistaient à  l'office et le trompe-l'oeil au-dessus.

 

Notre petite balade se poursuit en direction de Noailly. Pour celles et ceux qui recherchent un hébergement atypique, signalons qu'à  deux km environ de La Bénisson, au lieu-dit Garambeau ( commune de Noailly), Mr et Mme Chambost proposent de dormir dans une yourte. Le couple est très sympathique, l'accueil parfait. La route qui mène à  Garambeau est la première à  gauche après le rond-point de La Bénisson. Sur celui-ci on ne ratera pas une impressionnante bestiole. On est pourtant loin du Gévaudan. Il s'agit de la reproduction d'un anthracotherium, un animal préhistorique proche de l'hippopotame dont on a découvert des ossements sur la commune vers 1910.


Vue de Noailly. Pour pique-niquer, on recommande le parc à  côté de l'église. L'endroit est très sympathique avec sa chapelle, ses grands arbres et la vue, superbe.

 

De Garambeau, un sentier, toujours aussi bien balisé, permet de rejoindre le bourg de Noailly. De là , on peut rejoindre la belle forêt de Lespinasse (une heure trente de marche environ à  bonne allure).


La clé de voûte de la yourte (ouverture sur le ciel et les étoiles)

 

De cette forêt très ancienne, nous ne verrons qu'une infime partie. Forêt de plaine, feuillue (chênes et charmes principalement), autrefois propriété des houillères de la Loire, elle s'étend sur plusieurs communes soit plus de 450 hectares qui en font le plus grand ensemble forestier de la Loire. Plusieurs circuits balisés permettent de l'arpenter de long en large dont le sentier d'interprétation du chêne Président. Cet arbre a 250 ans environ. De nombreuses aires de pique-nique équipées de jeux d'enfants sont à  disposition. La pêche est également possible dans certains étangs. Sur la commune de Vivans, un bâtiment appelé "le Grand Couvert" a été restauré à  l'initiative du Conseil général de la Loire il y a dix ans cette année. Il accueille les visiteurs, présente des expositions temporaires et thématiques.


L'Etang Gontière

 

"Grand couvert" désigne dans le roannais un type d'architecture rurale très particulier. Le plus célèbre semble être celui de Saint-Hilaire. Voici une définition, extraite de l'ouvrage collectif Forez. De la Madeleine au Pilat (Bonneton 1987). C'est la seule que nous ayons dénichée: " La toiture caractérise également un type de construction du Roannais: le "grand-couvert". Les quatre pans inégaux regroupent sous le même toit le logement, l'étable et une vaste grange. De tels bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles s'observent encore, attestant l'ancienneté et l'importance de l'élevage dans la plaine roannaise comme sur ses bordures orientales. Les contraintes actuelles des exploitations agricoles, en matière d'outillage et même de locaux, ne favorisent pas la conservation de ces bâtiments qui comptent parmi les derniers à  être revêtus des vieilles tuiles creuses." Les Grands Couverts sont expliqués plus en détail dans une autre page. Quant au bâtiment de la forêt, il n'a de grand couvert que le nom. C'est un ancien séchoir de tuilerie-briqueterie.

 

Nous quittons la yourte pour prendre le chemin du retour. Sur la fin, nous longeons cette fois le canal en suivant le chemin de halage (un circuit pédestre "entre halage et rivage" de 4,8 km part de Briennon). On passe en particulier près de l'écluse. Longue de 39 mètres, sur une largeur de 5, 20 (gabarit Freycinet), elle est l'une des dix écluses du canal permettant de franchir les 38 mètres de dénivelé entre le bassin de Roanne et le bassin d'eau de Chavane (55,6 km). L'église sonne les douze coups de midi. On arrive à  Briennon juste à  temps pour poursuivre en douceur, c'est à  dire en bus, vers Charlieu. Mais ceci fera un autre article.