Tuesday, July 14, 2020

En prologue à  notre petit article, nous tenons à  remercier les habitants de Gumières. D'abord la famille Chauve pour son accueil dans son élevage de cerfs. Ensuite cet autre habitant qui nous a spontanément ouvert ses portes pour nous montrer le magnifique blason ornant sa vieille cheminée en pierres. Enfin cet autre qui nous a aimablement prêté les clefs de l'église. Si parcourir les villages du Forez est toujours un plaisir, il faut dire que nous garderons de notre petite escapade à  Gumières un souvenir particulier.

 

Oui bon alors Gumières est un village des Monts du Forez dans le canton de Saint-Jean-Soleymieux. La commune qui s'étire jusque vers les limites de la Loire et du Puy-de-Dôme compte environ 260 habitants... et 180 cerfs ! Depuis belle lurette, le noble animal qui avait élu domicile dans nos forêts d'antan les a désertées non sans avoir laissé son nom au village de Cervières près de Noirétable.

Faisons d'abord brièvement connaissance avec la bête. Le cerf élaphe est le plus grand des animaux de chasse européen vivant à  l'état sauvage. La consultation d'un ouvrage animalier nous donne les chiffres suivants : la hauteur de son garrot atteint 1, 40 m. voir 1, 50 m. et la longueur de son corps se tient entre 1, 50 m. et 2, 20 m. Quant à  son poids il est en moyenne de 150 kg. L'ornement essentiel du cerf, en tout cas du mâle, sa couronne pourrait-on dire, ce sont bien sûr ses bois dont le spécialiste peut égrèner les noms savants en fonction de leur développement (de l'âge de l'animal): enfourchure, épois, perlures...


Animal puissant mais aussi élégant, ce n'est pas un hasard si nombre d'histoires lui donnent le beau rôle, les plus connues étant le cerf de saint Hubert ou cet autre, mystérieux ,que vit le roi Philippe le Bel avant son trépas, une croix scintillante dans sa ramure.

Dans le cas de Gumières, il s'agit principalement d'un élevage de daguets (jeunes mâles de 12 à  24 mois) destinés à  la production et à  la vente de viande. Et on ne peut que se féliciter de la bonne idée de Gilles Chauve d'avoir opté, en cherchant une source de revenus d'appoint, pour les cerfs plutôt que pour les poules. Je n'ai rien contre les poules mais enfin les Cerfs du Forez (c'est le nom de l'élevage) ça sonne mieux que les Poules du Forez. Ainsi le promeneur peut à  nouveau voir gambader les cerfs " élevés en plein air dans les vertes prairies de Gumières ". Il peut aussi discuter avec la famille Chauve et acheter de la venaison, côtes, épaules, saucissons, cuissots, filets mais aussi des produits préparés, terrines, saucissons, godiveaux, etc. Pour notre part, nous avons investi dans de la terrine. Excellente. Contrairement à  ce que j'avais pensé le goût est peu prononcé. Ajoutons que des bois et des pelages sont également proposés à  la vente. Nous n'indiquons pas les tarifs des produits mais ils nous semblent très acceptables.

En tout cas, venir dire bonjour aux cerfs ne vous coûte pas un centime. Il suffit de vous présenter à  la ferme. Nous vous conseillons cependant d'amener des jumelles pour mieux voir les animaux, d'autant plus que si les femelles sont peu farouches, les mâles eux ne se laissent pas " syeuter " facilement. C'est entre le 15 mai et le 15 juin que la biche met bas. La période du brame, quant à  elle, se déroule du 20 septembre à  la Toussaint. M? Chauve recommande en particulier la première semaine d'octobre pour entendre ce chant d'amour si particulier.

Après les cerfs, direction le petit bourg de Gumières. Ce qui frappe d'abord le regard, ce sont les signes apparents de religiosité. Certes les massifs montagneux en général et en particulier les Montagnes du Soir sont connus pour cet aspect mais à Gumières il est particulièrement visible.

L'église de Gumières, si les portes sont fermées, demandez les clés aux habitants qui en ont la garde.

Chaque maison ou presque a sa petite Vierge de protection, Vierge de Lourdes le plus souvent mais aussi une statue de saint Joseph qui protège la maison proposant des chambres d'hôtes. Là  c'est un soleil rayonnant qui porte le monogramme du Christ, IHS, abréviation en latin de " Jésus Sauveur des Hommes ". Ici c'est une petite coquille de saint-Jacques surmontée d'une croix rappelant que le village est sur le chemin des étoiles, vers la Galice. Et c'est pour cette même raison qu'un prieuré y fut fondé au Xe siècle par Amblard de Thiers. Placé sous la juridiction de l'abbaye bourguignonne de Cluny via le prieuré auvergnat de Ris. Les maisons clunisiennes étaient en effet situées sur le chemin de Saint-Jacques.

La commune est également riche en calvaires. Pas moins de vingt-cinq croix y sont répertoriées, en pierre, en fer ou en fonte. La plus ancienne date du XVe siècle. Celle dont nous vous présentons ici l'image est datée du XVIe. Elle porte le Christ sur un croisillon et une Vierge couronnée par un ange sur l'autre.

L'église du XVe siècle illustre l'austérité du gothique forézien avec son massif clocher précédé d'un porche. A noter sur un des murs extérieurs, la sculpture d'un animal féroce, peut-être un lion. L'intérieur se distingue par la présence de nombreuses fleurs de lys, une de grande taille au dessus du choeur, un petit blason à  trois fleurs dans une nef latérale, un lys encore sur le confessionnal de bois. Cette fleur stylisée célèbre pour être l'emblème de la famille royale de France semble nous rappeler qu'Anne Dauphine de Bourbon, Comtesse de Forez possédait une maison à  Gumières. Rappelons une fois encore l'importance de cette dame dans l'histoire du Forez. Son mariage avec le Duc de Bourbon en 1371 fit passer le Forez sous la coupe des Bourbons.

Le fauve de l'église lorgnerait-il les biches savoureuses ?

Ils peuvent nous rappeler aussi que le village pendant la terreur a été un refuge pour les prêtres réfractaires et les royalistes persécutés. Notons encore au passage qu'Antoinette Montet vivait à  Gumières durant cette période. Le nom ne vous dira peut-être rien mais c'est à  elle que nous devons l'église voisine de Saint-Jean-Soleymieux, construite après qu'elle ait obtenu la grâce d'une vision divine.

Grâce à  l'amabilité d'un habitant, nous avons pu photographier ce superbe blason sur une cheminée du XVIe siècle. Anne-Dauphine de Forez a vécu dans cette demeure en face de l'église.

A 1/2 heure de marche du village, vous pouvez aussi aller vous tremper les pieds dans l'eau et saluer le saut du Diable...