Tuesday, July 14, 2020

Petite visite du village de Salt-en-Donzy, découverte du château de Donzy, de l'étrange pierre-sur-autre de Jas et du Monorail éphémère.

Vingt-sept communes à  l'est et au nord-est de Feurs, en direction de Roanne, du Lyonnais et du Beaujolais, forment le territoire des " Montagnes du matin " (26 de la Loire + une du Rhône: Chambost-Longessaigne).  Il s'agit d' une appelation relativement récente puisqu'elle date des années 70 et renvoie à  l'expression plus ancienne de " Montagnes du soir " désignant de l'autre côté de la plaine les Monts du Forez. On continue aussi à  leur propos de parler plus généralement de " Monts du Lyonnais " dont elles sont la partie occidentale. Cet espace qui a été - et reste encore par quelques survivances - un pays de tisseurs (Bussières, Rozier-en-Donzy, Panissières) fut par là  même amené à  travailler en étroite collaboration avec la capitale des Gaules. Les tisseurs foréziens qui n'étaient pas passementiers (c'est à  dire rubaniers) comme leurs compatriotes stéphanois, honoraient les commandes passées par les fabricants lyonnais

Le minuscule village de Salt-en-Donzy, à  cinq kilomètres de Feurs est connu de longue date. Selon le petit historique que peut consulter le visiteur dans l'église, Salt signifierait " qui jaillit ". Un référence à  la source d'eau minérale du Gour-Chaud connue depuis l'antiquité et qui existe encore de nos jours quoique non-accessible car située dans une propriété privée. Selon l'encyclopédie du Forez, le nom viendrait du mot saltus : saut. Quant à  Donzy, le mot peut venir du gaulois Dun (colline) ou les noms Dionisius ou Denis.

 Le prieuré de Salt-en-Donzy

Outre les ruines du château de Donzy que nous évoquerons plus loin, le village doit son intérêt aux bâtiments conservés de son prieuré. Situé au croisement de deux voies romaines, il est probable que celui-ci ait été construit à  l'emplacement d'un ancien temple romain. Fondé en 1018 par les Calvus, seigneurs de Salt, il dépendait de l'abbaye bénédictine de Savigny dans le Rhône. L'église actuelle, rénovée, est située à  l'emplacement de l'ancienne église du prieuré. Cette première église pré-romane, placée sous le vocable de St Julien fut détruite au XIIe siècle et ses matériaux réutilisés pour la construction de l'église actuelle. Le bénitier à  l'entrée est le vestige le plus remarquable de cette première église. Celle-ci est romane d'influence méridionale, austère voir fruste. Seulement deux chapiteaux sur les colonnes à  la croisée des transepts supportant le clocher massif sont sculptés : un nous montre un âne gloutonnant des chardons, l'autre qui lui fait face est sculpté de feuilles d'acanthe. La nef détruite pendant les guerres de religion fut reconstruite en 1662 et enduite de plâtre. La restauration de 1977 permit à  cette très vieille église où les fouilles continuent de nos jours à  retrouver son cachet d'origine. Quant au reste des bâtiments du prieuré ils furent vendus à  la révolution comme bien nationaux et sont aujourd'hui habités.

De haut en bas: le blason de Philibert de Lavieu, prieur du monastère, une margelle de puits en granit sculpté vieille de 800 ans, mur en pisé à Salt (le pisé est un procédé de construction avec de la terre, sans la soutenir par aucune pièce de bois, et sans la mélanger de paille, ni de bourre) où on lit le mot " République" et l'année 1810 (ou 19), l' âne du chapiteau de l'église, qui mange des chardons.

A deux kilomètres du village on trouve les ruines du château de Donzy qui est un des plus anciens du Forez avec ceux de Bussy et Marcilly. On trouve sa première mention en 1021 et fut donc construit probablement aux environs de l'an mille par les seigneurs-châtelains de Salt déjà  cités. En 1167, le château passa aux mains des comtes de Forez. A voir le dessin de Guillaume Revel et les ruines imposantes qui demeurent, il ne fait aucun doute que ce château fut un des plus massif du Forez. L'influence de Donzy s'exerçait alors sur la plaine, au moins jusqu'à  la Loire; mais plus tard l'édification des châteaux de Feurs et de Sury-le-Bois amputa Donzy d'une partie de son mandement et au XIIIe siècle la forteresse ne se trouvait plus plantée au centre mais aux limites méridionales de ce mandement. Au XIVe siècle, Donzy fit partie du douaire de Jeanne de Bourbon, protectrice du Forez contre les Anglais à  la mort de son mari le comte Guy VII et à  la place de son fils Jean, incapable. Un siècle plus tard, le château était en très mauvais état et le connétable Charles III de Bourbon le fit relever et renforcer ses défenses, en raison des tensions qui naissaient entre le Roi de France et l' Empereur germanique Charles Quint auquel il se rallia. La tradition veut que ce soit dans ce château que se retira le connétable après l'accord signé à  Montbrison avec l'ennemi de la France. Le château fut démoli en 1603 à  la demande des habitants eux-mêmes car la place était un lieu de refuge pour les maraudeurs et restait un foyer d'insurrection. En 1709, ses restes furent vendus à  la famille de la Rivière.


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A gauche, le château de Donzy selon l'Armorial de Guillaume Revel, à  droite les vestiges actuels

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Entrée fortifiée de l'ancien village de Donzy au pied du château

Le château se trouve sur une petite élévation dont l'accès n'est pas aisé (attention aux vipères !), en contrebas en direction de la rivière (La Charpassone) on trouve les vestiges de la chapelle Saint-Alban qu'un seigneur du lieu, Arnulph offrit aux moines du prieuré voisin. Une statue de Saint-Alban provenant de la chapelle castrale se trouve d'ailleurs encore dans l'église du village. Plus bas encore, au bord de la rivière, les nombreux pans de murs et les pierres éparses au milieu des arbres offrent un décor idéal pour déjeuner sur l'herbe, au frais.

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Ce petit circuit de quelques kilomètres que nous avons emprunté n'est que le tronçon d'un circuit plus vaste, le circuit du Monorail qui s'étire sur 24 kilomètres entre Salt et Panissières. Il suit le parcours du petit train Monorail dont l'aventure mérite d'être contée. Mais pour cela nous prenons la route de Panissières (en voiture) non sans nous arrêter un moment pour voir l'étrange pierre-sur-autre gravée de mots latins mystérieux. Cet amas de pierres se trouve sur la route entre Salt-Donzy et Panissières au bord de la route. Haut de plusieurs mètres, mais localisé dans les arbustes et les buissons, il est difficile de s'en approcher.

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Sur la roche granitique sont gravés quelques mots en latin ainsi que l'année 1938 et un nom : Georges Guichard. Il s'agit d'un historien et archéologue, membre de la célèbre famille stéphanoise, qui a méthodiquement étudié la source du Gour-Chaud. Quant à  l'inscription, nous ne savons pas de quoi il retourne...

mm.jpg Panissières se trouve sur un ancien chemin qui reliait deux provinces : Forez et Beaujolais. Le vieux bourg emmuré, dont il ne reste plus rien, s'est transformé au cours des siècles en une cité moderne avec de nombreux services et une importante activité industrielle, agricole, commerciale, artisanale et touristique. Son blason (moderne) rappelle à  la travers la navette l'industrie du tissage qui fit ses beaux jours, le Lion et le Dauphin signifie que la ville est entre Forez et Lyonnais.

C'est à  la fin du XIXe siècle que débuta l'aventure du monorail, née des réclamations des tisseurs de Panissières. La voie ferrée devait assurer l'avenir de leur industrie. En 1888, le conseil général met à  l'étude un projet calqué sur un modèle déjà  en service en Irlande. En 1891, tout est prévu : la construction des machines à  Saint-Chamond, le prix des transports (y compris celui du poisson frais et des cercueils), le trajet depuis Feurs vers Panissières via Donzy, Salvizinet et Cottance. La voie suit la vallée de la Loise puis celle de la Charpassonne sur 16km 800. Le rail unique est porté à  90 centimètres du sol sur des chevalets assez rapprochés. De chaque côté, à  60 centimètres un rail-guide devait maintenir l'équilibre de la locomotive et du wagon. Le franchissement des rivières et des chemins ou routes demande la construction d'une cinquantaine de ponts dont certains sont encore visibles. En 1895, pour hâter les travaux le gouvernement alloue une somme de 600 000 francs et le 22 août, une commission d'ingénieurs vient faire des essais pour autoriser l'ouverture du trafic.

Le voyage aller depuis Feurs se passe sans encombre à  une vitesse moyenne de 12 km à  l'heure mais au retour au niveau du hameau de la Vallette c'est l'accident. Les boulons craquent et la voie est arrachée sur 25 mètres. Les officiels doivent revenir à  pied ! En 1896 et en 1898, d'autres essais ont lieu mais l'approvisionnement en eau de la locomotive est insuffisant. En 1899, le ministre des travaux publics prononce la déchéance des concessionnaires et le 5 mai 1902, le matériel est adjugé à  un ferrailleur de Lyon pour un prix de 53 000 francs. Fin de l'histoire. Mais les Panissiérois, pas " bignettes ", eurent l'idée de faire du parcours du Monorail un circuit pédestre toujours très prisé.
 

La locomotive du Monorail à  Panissières construite en 2000 par les éleves chaudronniers du Lycée Claude Lebois de Saint-Chamond. Plus de 100 ans auparavant, la locomotive du Monorail avait également été construite à  Saint-Chamond.