Les musiciens épuisent les agogos, l'atabaque, les tambourins et les berimbaus. Inlassablement, ils rythment le jeu tandis qu'à  leurs pieds, le demi cercle blanc des capoeiristes assis sur le sol encouragent leurs condisciples en frappant des mains.
 
Au centre de la roda, les deux adversaires s'affrontent en mettant en mouvement le panel de leurs "coups" et de leurs ruses. Ils jouent l'un avec l'autre, avec le sourire aux lèvres. Sans se toucher, ils virevoltent dans une sorte de danse endiablée qui va crescendo et bat aux pulsations de "la Chula" (chants) et des claquement de mains. Ils offrent aux spectateurs, sous le regard de Mestre Valtinho, venu exprès do Brasil, l'éventail de leurs techniques, de leurs figures acrobatiques et font la démonstration de la valeur essentielle de leur art: le respect d'autrui...
 
"Le respect" devant le maître, que doivent faire les capoeiristes avant de se lancer dans le jeu. Devenir maître demande de nombreuses années de pratique. Ce n'est pas tout de savoir maîtriser le jeu, il doit connaître les chants, les rythmes, savoir jouer des instruments...
 

L'association Ginga do Brasil, présente depuis dix ans à  Saint-E‰tienne, a organisé un superbe spectacle de capoeira. La 4ème édition des€œ Rencontres internationales de capoeira €"“Batizado 2007"€ a réuni au gymnase Paul-Michelon (La Métare) environ 250 spectateurs venus assister au Baptême (Batizado) des élèves. Au terme de cette cérémonie publique clôturant un stage d'une semaine, ceux-ci se sont vus remettre leur cordon de couleur (l'équivalent d'une ceinture au judo par exemple), marquant leur progression dans la hiérarchie de la capoeira.

Débarqué à  Saint-Etienne "un peu par hasard, au départ, sans avoir l'intention d'y rester", M. Marcelo Bernini est à  l'origine de la création de Ginga do Brasil, la plus ancienne des quatre académies de la ville proposant des cours aux enfants et adultes. "La capoeira, explique-t-il, est un art martial dissimulé dans une danse pour échapper à  une prohibition. Ses origines sont encore méconnues - est-elle née en Afrique ou en Amérique du sud ? - toujours est-il que son histoire est intimement liée à  celle des esclaves noirs africains forcés de vivre au Brésil. Elle est encore aujourd'hui fortement ancrée dans notre culture. Même le Brésilien qui ne l'a jamais pratiquée la connaît un minimum."

Nicolas, 22 ans, pratique déjà  depuis huit ans. Parce qu'il a une corde assez élevée, il ne sera pas baptisé aujourd'hui. "Ce qui me plaît dans la capoeira, dit-il, c'est l'aspect très original de sa pratique. En plus de l'exercice physique propre à  tout art martial, il y a l'apprentissage de la musique et du chant. Elle permet de s'immerger dans la culture brésilienne et dans l'histoire du pays".

Autorisée au Brésil depuis 1937, la discipline depuis quelques années a le vent en poupe en Europe. Parce qu'elle porte en elle un réel aspect festif et convivial, elle tend à  devenir un phénomène de mode catalogué "culture urbaine". D'où le besoin aussi, a rappelé Marcelo Bernini en introduction à  la cérémonie, de "se ressourcer parfois pour retrouver le sens et l'histoire de ses valeurs".