Tuesday, September 21, 2021
En mai 2008, l'association "Visages de notre Pilat" invitait tous les curieux à  venir découvrir quelques lieux de Maclas et Véranne. Au programme, le domaine des Camiers, le pont Paradis (voir articles) et l'église de Véranne. Le parcours,  concocté par Thierry Rollat, avec l'aide de Viviane Dumas, conseillère municipal de Véranne, débutait au hameau du Buisson. Placée sous le signe du partage, elle permit en particulier d'entrer dans les anciennes prisons du château, aujourd'hui situées dans une habitation privée et, à  ce titre, jamais ouvertes au public. Elles contiennent des graffitis étonnants.

Le hameau du Buisson est situé à  400 mètres d'altitude, sur la commune de Véranne et à  deux pas de Maclas. Nous sommes ici sur le versant sud du Pilat, en plein coeur du Parc Naturel Régional, au point de rencontre entre plusieurs départements. Il y avait autrefois un château, plutôt une grande maison de maître, dont le bâtiment principal fut détruit par un incendie en 1831. Mais il reste encore de beaux restes des ailes du château et des bâtiments de l'enclos en forme de quadrilatère: pigeonnier, portes, prisons... Aujourd'hui, ils sont en partie occupés, notamment par le Domaine Château du Buisson que dirige Pascal Basset depuis 2004. Le Domaine constitue un outil essentiel pour l'hébergement et la restauration de groupes, au coeur du Parc Régional du Pilat. Au propriétaire on doit aussi la restauration de la chapelle. Une superbe fresque de voûtes et vitraux en trompe l'oeil y est peinte. Elle a été réalisée par Jacques Patard.
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Pour évoquer le château, l'association avait sollicité un de ses anciens, Pierre Dumas, un natif du pays, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. Transportés par son accent inimitable, les participants, au nombre d'une centaine, ont chevauché le temps, au fil des baronnies et des seigneuries (Lupé, Malleval...), depuis les Villars et les Labeau de Bérard  jusqu'au "bistanclaque"* des métiers à  tisser au XIXe. 

Tout village de France possède ses petits secrets et ses anecdotes. Celui du Buisson ne déroge pas à  la règle. On y trouve des souterrains, en réalité un réseau d'adduction d'eau, mais ça fait toujours rêver. Pierre Dumas nous relate l'histoire d'une sage-femme conduite les yeux bandés vers une femme en couche et un enfant "baptisé de père et de mère inconnus",  futur intendant du château. Des oubliettes encore, bien sûr, mais qui n'existent pas. On évoque aussi l'évasion rocambolesque d'une prisonnière. On montre encore le passage par où elle se serait enfuie.
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Les graffitis eux, sont bien réels. Ils se trouvent dans les caves d'une habitation où vit un jeune couple originaire de la Drôme, très heureux de montrer son petit trésor. Construites au début du XVIIIe siècle, et utilisées jusqu'à  la Révolution, on sait que les prisons ont accueilli une certaine Jeanne-Marie Duplond, dont la légende fait l'évadée mentionnée plus haut. Les parois sont recouvertes d'étranges dessins. On y voit un joueur de violons, de nombreux hommes et femmes en habit du XVIIIe siècle et portant perruques, un personnage  fume la pipe... Là  ce sont des fougères, ici des serpents et des lettres. Le dessin d'un couple de grande taille pourrait représenter les seigneurs du Buisson. On n'en sait pas plus. Les nombreux poissons restent muets comme des carpes. Espérons que les parois puissent garder encore longtemps ces figures énigmatiques, même si elles ne sont pas visibles du grand public.

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* Bruit des métier à  tisser